32 Conclusion

Conclusion

 

1. Se relancer constamment par l’alliance de la recherche technique et de la stratégie commerciale.

Quand Michel Bouquet expose pour la première fois, c’est en 1834, année des Femmes d’Alger dans leur appartement de Delacroix, des Ages de la vie de Caspar-David Friedrich, La citadelle de Volterra de Corot et du Portrait du comte Molé d’Ingres. L’année de son décès – en 1890 – Van Gogh réalise le Champ de blé avec des corbeaux et son Eglise d’Auvers-sur-Oise, Seurat Le cirque , Odilon Redon, Les yeux clos, et Gauguin son Autoportrait au Christ jaune. C’est dire quel siècle pictural Michel Bouquet a traversé.

Bouquet c’est vendre, mais pas se vendre.

Quel était le talent de bouquet ? Il savait vendre ses productions car il disposait d’un atout : il était fils de marchand ce que n’étaient pas la plupart des peintres qui avaient besoin d’un entremetteur, le marchand.

Quel dommage que Bouquet n’ait pas travaillé le verre !

Michel Bouquet est un artiste indépendant, il n’a jamais fait partie d’un groupe ou d’une école picturale reconnue. C’est probablement pourquoi il est ignoré par les historiens de l’art qui pensent très souvent en termes d’écoles, d’avant-garde, de rupture, de linéarité vers une progression de l’art comme s’il y en avait une.

S’il n’a pas évolué vers une peinture de type impressionniste, il en a fréquenté la plupart des lieux soit de type pré-impressionniste,  la vallée de Chevreuse, Fontainebleau, Rambouillet, la forêt de Compiègne, le Limousin, soit par les impressionnistes eux-mêmes : la Bretagne, les bords de la Marne,  la Seine à Carrière-Saint-Denis, la Normandie, Etretat, Trouville, Yport, Cherbourg, la plage de Villers, la plage de Brighton.

Bouquet connaissait naturellement Durand-Ruel, a exposé chez lui, mais n’a certainement pas voulu traiter avec lui, au regard des contrats léonins qu’il faisait signer aux artistes.

Nous sommes prisonnier pour cette période du prisme des Goncourt et . Ne pouvons-nous pas voir avec nos propres yeux ? Avons-nous besoin de bésicles ?

Pas un peintre extraordinaire, sauf quand il se donne le temps et les moyens

La peinture n’est belle que des beautés que nous lui prêtons.

une œuvre devient une création institutionnelle, témoin d’un pouvoir symbolique, intellectuel, politique, voire financier

En 1835  selon Gudin, la vérité d’un tableau c’est que tous les éléments doivent participer à la vérité ici le drame, donc même les nuages, les eaux, le ciel, les rayons du soleil doivent être porteurs du drame; grandeur et poésie sont attendues d’un paysage. L’observation de la nature, la fidélité de l’ensemble et des détails, les rayons du soleil glissant sur l’herbe ou dorant la cime des chênes séculaires, Bouquet est fidèle à ce qu’il voit.

Il est conscient pour les avoir fréquentés personnellement ou picturalement de l’écart qu’il y a entre lui et ceux qu’on a choisis comme étant des grands Delacroix, Couture, Dumas ou autres, etc. C’est un très bon technicien de la nature, évitant le portrait, et quelqu’un qui est capable de donner des émotions dans le milieu et l’époque qu’il s’est choisis.

Ce qui lui importe c’est d’avoir des revenus réguliers.

Pour exemple, songeons qu’il vend en une seule exposition en 1858 ses oeuvres pour plus de 1100 francs ! Pour comparaison, Jules Simon dans L’ouvrière déclare qu’une minorité d’entre elles gagne deux francs par jour, la très grande majorité n’en touchant même pas la moitié.

Il sait s’adapter à un public qui choisit le beau dans l’utile. choisi par Gudin pour exécuter une part de la gigantesque commande du roi des français Louis-Philippe, il restera fidèle à ce dernier jusqu’à sa mort le à Claremont House, dans le Surrey. Il en est de même pour Gudin, mort le 11 avril 1880 à Boulogne-Billancourt. Sa fidélité est intacte. Il emmènera le fils aîné de la duchesse de Montebello, Napoléon-Auguste, Duc de Montebello, polytechnicien, le Lucien Leuwen de Stendhal, diplomate et ami de Michel Bouquet, à Roscoff. Sa diplomatie et le fait qu’il sache garder toutes ses amitiés et relations de tous genres, Roi, princes de la cour d’Angleterre et de la Cour des Gikha,  ducs dont le Duc d’Aumale, président du Conseil Général de l’Oise, et approché pour la présidence de la République en 1873, des barons tel Gudin, et des maires et chefs d’entreprise, des médecins, la joyeuse bande de Keremma et tant d’autres..

Michel Bouquet a caché sa vie comme l’alchimiste à son four, mais c’est pour mieux répandre son esprit.

Jusqu’au bout il suivra cette stratégie

1889 Album de lithographies par les peintre eux-mêmes, Compositions et reproductions par Abraham, Bernier, Barillot, Michel Bouquet, Cassagne, Chaplin, Paul Collin, Eugène Cicéri, Jules Didier, Dubufe, Faivre, Guillon, Guillemet, Laurens, Lhermitte, Sirouy, Trayer, Vayson, Vergnier, Yon, Zurer, 25 planches, 40x37cm, dans un élégant carton, 30 francs, in Catalogue 1889 Oléographies, chromolithographies, lithographies, photographies, gravures, héliogravures, photogravures, Maison d’édition Sanguinetti, J. Duret successeur, Paris, 1889.

1890 L’univers illustré, 08 février 1890 notice biographique

L’art français vient de faire une perte importante en la personne de l’excellent peintre céramiste Michel Bouquet.

1890 Furetières dans le Soleil du 28 janvier 1890 : « Un autre artiste arrivé à l’extrême limite de l’âge s’en est allé aussi cette semaine dans l’autre monde. Je veux parler du vieux Bouquet, plus connu au surplus dans le monde des ateliers que du public. Il avait dit-on beaucoup parcouru l’Europe vivant au jour le jour de son travail, brossant une Marine ici, bâclant là un portrait, un dessin, mais économe encore plus que laborieux. Si bien que sur le tard il était arrivé à une fortune très respectable, consacrant les dernières années de sa vie à des essais très intéressants de peinture sur faïence. On a trouvé chez lui des milliers de tentatives de cette nature. L’homme privé avait dû être de bonheur un original, un être à part, car dans le fameux tableau de Couture Les Romains de la décadence, c’est lui qui servait de modèle pour le philosophe qui contemple d’un œil morne des saturnales de ces joyeux contemporains. Le temps ne diminua pas ses étrangetés de caractère et de tempérament. Il fut l’un des précurseurs de la crémation et appartenait il y a vieille date à une société fondée en vue de faire triompher ce mode de conservation des restes des morts. Aussi avait-il pris les plus grandes précautions pour que son corps fut incinéré. Ces vœux ont été réalisés et ses amis ont été conviés par lettre funéraire assistée : aux convois et services crématoires de Monsieur Bouquet. »

 

2 Son enterrement : fidèle à la franc-maçonnerie

1890 Son corps a, sur sa volonté été incinéré. Lors de cette cérémonie, un dernier adieu a été fait à Michel Bouquet par Emile Durand, auteur d’une biographie sur Le Poète national de la Petite-Russie, Tarass-Grigoriévitch Chevtchenko, Revue des deux Mondes, 1876, Tome 15 et des Entretiens avec le peintre Jean-Jacques Henner.

Jules Simon et Renan assistaient à la cérémonie.

Ses cendres ont été transportées dans le caveau familial de Lorient où reposaient déjà sa sœur, sa mère et son père. La tombe est aujourd’hui dans un piteux état.

Son neveu E. Le Roux , rédacteur au Ministère des Finances, conduisait le deuil.

1894 le Petit journal, parti social français, 26 août 1894. Lorient. Ce matin on a inauguré en présence de nombreuses notabilités littéraires et artistiques une plaque commémorative en bronze à la mémoire de Michel Bouquet. Cette plaque est posée sur la maison natale du célèbre peintre céramiste, à l’angle des rues Paul Bert et des Fontaines. On lit cette inscription : « Michel Bouquet, peintre céramiste, est né en cette maison le 17 octobre 1807. »

La rue Saint-Onésime située Nouvelle ville portera désormais le nom de rue Michel Bouquet in Conseil municipal du jeudi 30 mars 1894

Si Bouquet est qualifié selon les historiens de l’art de petit maître, il a fait de grands tableaux

 

3. Il a enfin pu rejoindre sa famille.

Il partage aujourd’hui l’ombre destinée à son ami Brizeux : sub tegmine querci, à l’ombre du chêne.

Il repose à côté de Brizeux et bénéficie au cimetière de Carnel de l’ombre du même chêne

« Vous mettrez sur ma tombe un chêne, un chêne sombre,
Et le rossignol noir soupirera dans l’ombre :
« C’est un barde qu’ici la mort vient d’enfermer.
Il aimait son pays et le faisait aimer. »

Brizeux

 

 

 

 

1894 Vers dits devant sa maison natale, à Lorient le 25 août 1894.

Louis Tiercelin, La Bretagne qui chante, Lemerre, Paris, 1903

 

Pour Michel Bouquet

Encore un fils de plus parmi ceux que tu nommes

avec une fierté de mère ; un fils encore

que tu peux joindre, ô ville heureuse, à tous ces hommes

dans l’éclat pur fait resplendir ton livre d’or.

De quelque coin du ciel que la gloire te vienne,

tu la sais accueillir toujours en souriant

et le bronze et le marbre aussitôt la font tienne

et tu mérites bien ce beau nom : L’Orient !

C’est une gloire encore, aussi c’est une fête !

Non loin de ce héros, ton éternel orgueil,

près du musicien, à côté du poète,

aujourd’hui c’est un peintre à qui tu fais accueil.

Quand son premier regard s’ouvrit à la lumière,

il vit ton Océan, ton port et tes vaisseaux,

et dans ses yeux gardant la vision première,

il en fit des clartés pour luire à ses pinceaux.

La mer, il la peignit comme un fils de la côte

qu’il a connu, enfant, et qui l’aima toujours.,

Et son art en avait une allure plus haute,

fait de tels souvenirs effet de telles amours.

Et, comme sur les flots glisse une blanche voile

se déployant vers l’infini dans un vol fier,

son grand rêve entrouvrit largement sur la toile

ses deux ailes couleur du ciel et de la mer.

Oh ! Le ciel et la mer ! Double infini qui tente!

Il voulait exprimer leur inconstant azur,

et nul ne sut, grandi par l’étude constante,

les peindre d’un pinceau plus fidèle et plus sûr.

Mais l’Art est la poursuite incessante et sans trêve ;

montant toujours plus haut et cherchant toujours mieux,

l’artiste obstinément veut atteindre son rêve

dans l’Inconnu toujours fuyant de nouveaux cieux ;

et quand il a saisi l’adorable Chimère,

qu’il a su la fixer par des traits éclatants,

Il songe tristement que l’œuvre est éphémère

et qu’elle va sombrer aux injures du temps.

La toile est si fragile où son œuvre se fie,

La ligne et la couleur s’effacent chaque jour !

Oh ! Qui pourrait donner une éternelle vie

à l’Idéal qu’il vient de peindre avec amour

Oh ! Qui pourrait sauver son œuvre tout entière !

Il avait cinquante ans quand ce rêve lui vint

d’éterniser son œuvre en domptant la matière.

Il avait cinquante ans, son rêve en avait vingt !

Il le voyait briller au miroir des faïences

et, nouveau Prométhée en lutte avec un Dieu

ce chercheur ignorant les lâche défaillances

eut cette ambition de s’emparer du feu..

et voici tout à coup que cette poudre blanche

où la ligne se perd, ou la couleur s’éteint,

O merveille ! Apparaît brillante, nette et franche

et l’émail radieux est sorti de l’étain !

Et, vêtant de splendeur la substance qui dure,

l’artiste, jeune encore quand l’homme est un vieillard,

a su dans la faïence enfermée la Nature,

et sa maîtrise est immortelle dans son art.

Aussi, bien mieux que par cette pierre gravée,

dans l’éternel orgueil de son rêve accompli,

sa mémoire vivra, pour des siècles sauvée,

par ses émaux, vainqueurs du temps et de l’oubli.

Sois donc fière à bon droit, O ville maternelle

reçois ce fils parmi tes enfants les plus chers

si, loin du ciel natal, l’aiglon ouvrit son aile,

et chercha d’autres cieux et rêva d’autres mers

Et si loin de tes murs, poursuivre sa folie

l’artiste trop longtemps abandonna ton seuil

emportant ton amour, Lorient la jolie

Il comprit qu’il devait te le rendre en orgueil.

Il voulait, escorté de la Gloire immortelle

toutes voiles au vent, aborder à ton port

un jour, tendant les bras il dit « Partons c’est-elle ! »

Celle qui lui saisit la main, ce fut la Mort !

Mais ton fils glorieux t’a demandé la terre

pour y dormir, près de Brizeux, le long sommeil,

tels ses aigles errants qui reviennent à l’aire

pour mourir, radieux d’avoir vu le soleil !

 

4. Michel Bouquet a voué sa vie au minéral et au végétal

A gauche, le tronc du chêne de Brizeux, à droite, la tombe de Michel Bouquet

Tombe de Michel Bouquet à Lorient, Cimetière de Carnel, Lot 29, Lorient, Photographie, 2019, © Collection particulière

 

Le lierre en remerciement le salue

Tombe de Michel Bouquet à Lorient, Cimetière de Carnel, Lot 29, Lorient, Photographie, 2019 © Collection particulière ; Michel Bouquet, Plat à reptiles, papillons et feuillages, Peinture sur email cru stannifère, Faïence au grand feu, don de l’artiste, 1862 © images-art.fr, Musée des Arts décoratifs, inv. UC  1046

 

Les plantules l’étreignent

Tombe de Michel Bouquet à Lorient, Cimetière de Carnel, Lot 29, Lorient, Photographie, 2019, © Collection particulière

Le bel et vivace aujourd’hui

Tombe de Michel Bouquet à Lorient, Cimetière de Carnel, Lot 29, Lorient, Photographie, 2019 © Collection particulière ; Michel Bouquet, Halte de chasse dans la forêt de Fontainebleau, Huile sur toile, 41 x 58 cm, Salon de 1847, n° 196 du livret du Salon, 1847 © Norton Simon Museum

 

 

 

Le lierre s’invite à une autre place

Tombe de Michel Bouquet à Lorient, Cimetière de Carnel, Lot 29, Lorient, Photographie, 2019 © Collection particulière ; Michel Bouquet, Plat à reptiles, papillons et feuillages, Peinture sur email cru stannifère, Faïence au grand feu, don de l’artiste, 1862 © images-art.fr, Musée des Arts décoratifs, inv. UC  1046

 

Le chêne qui lie les deux amis, Brizeux derrière l’arbre et Bouquet au premier plan

 

Tombes de Michel Bouquet et de Brizeux à Lorient, cimetière de Carnel, Lot 29, Photographie, 2019 © Collection particulière ; Michel Bouquet, Retour du troupeau, Peinture sur émail cru stannifère, faïence au grand feu, 29 x 49 cm, 1869 © Musée municipal de la Ville de Lorient

Chantons tous le chêne, roi des grands bois !
Chantons tous, jeunes gens, et chantons les arbres verts
Cruel est celui qui coupe les chênes :

Avec son feuillage touffu un chêne de cent ans,
Et avec ses cheveux longs sur le cou un Breton,
Sont comme deux frères : deux frères sans mentir

Brizeux

32 Conclusion