Bouquet 28 Le peintre Michel Bouquet et la statue de Victor Massé à Lorient

 

 

 

28 Le peintre Michel Bouquet et la statue de Victor Massé à Lorient

 

 

1 L’inauguration de la statue cours de la Bôve à Lorient

 

La foule et la tribune des invités officiels à 16h30 ce dimanche 4 septembre 1887 à LOrient

Tribune officielle, Inauguration de la statue de Victor Massé, Lorient, Photographie, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 4 septembre 1887 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 3484

 

 

Parmi les officiels, sur une des tribunes d’honneur, un invité de marque l’artiste lorientais Michel Bouquet 1807 1890

Michel Bouquet, 80 ans, au centre de la photographie, Inauguration de la statue de Victor Massé, Lorient, Photographie, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 4 septembre 1887 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 3484

 

 

Michel Bouquet, 80 ans, en conversation avec son neveu et la femme de ce dernier

Inauguration de la statue de Victor Massé, Lorient, Photographie, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 4 septembre 1887 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 3484

 

 

Michel Bouquet, 50 ans d’exposition au Salon de Paris de 1835 à 1885

Il aura connu successivement la royauté de Louis-Philippe 1830 1848 la Seconde République 1848 1852 , puis le Second Empire 1852 1870 et enfin la IIIème République de 1870 à son décès en 1890

Michel Bouquet dans la tribune d’honneur, Inauguration de la statue de Victor Massé, Lorient, Photographie, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 4 septembre 1887 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 3484

 

 

Une autre photographie montre la même scène très peu de temps après

Une des tribunes d’honneur où se retrouvent le gendre de Victor massé, l’auteur de la statue, Mercié, l’ancien ministre et membre de la Pomme de Marcère,  le président de La Pomme le Dr Barré,  le compositeur Toulmouche, les officiels de la préfecture et de la sous-préfecture

Michel Bouquet dans la tribune d’honneur, Inauguration de la statue de Victor Massé, Lorient, Photographie, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 4 septembre 1887 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 1662

 

 

Une jeune femme en train de s’installer à côté de Michel Bouquet, un Michel Bouquet qui a déjà assisté à une cérémonie identique en l’honneur de Brizeux à Lorient

Michel Bouquet dans la tribune d’honneur, Inauguration de la statue de Victor Massé, Lorient, Photographie, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 4 septembre 1887 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 1662

 

 

Une image typique des inaugurations officielles de la Troisième République

Michel Bouquet dans la tribune d’honneur, Inauguration de la statue de Victor Massé, Lorient, Photographie, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 4 septembre 1887 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 1662

 

 

Des militaires en grande tenue et deux jeunes femmes : les filles de Victor Massé ? Non, elles ne sont pas en tenue de deuil et en outre elles sont installées dans la tribune officielle face à la statue, en compagnie du maire de la ville de Lorient, Roux-Lavergne et Massent de l’Institut

Michel Bouquet dans la tribune d’honneur, Inauguration de la statue de Victor Massé, Lorient, Photographie, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 4 septembre 1887 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 1662

 

Le sénateur et ancien ministre, le lorientais Jules Simon était présent et son discours   –   les discours des hommes politiques de la IIIème république sont souvent cités en exemple comme une rare maîtrise de rhétorique  –  fut d’une redoutable efficacité.

Le journal rapporte que ” Ce que nous pouvons ne pas taire, c’est l’émotion profonde que les paroles de M. Jules Simon provoquèrent : nul ne cherchait à le dissimuler et cela prouve que l’orateur avait su s’emparer des coeurs.”

Il en est de même pour l’intervention de Barbier le collaborateur de Victor Massé “écrite de main de maître, inspirée par l’affection et la joie de contribuer encore une fois à la gloire de celui qui a été son ami.

Les applaudissements avaient à peine cessé que Mademoiselle Alice Massé se leva et, traversant la tribune, alla porter à M. Barbier l’expression de sa reconnaissance

Nous ne retracerons pas les émotions et les larmes que ce geste suscita, mais cet incident souleva une vive émotion et les applaudissements s’adressèrent moins à l’orateur ou à l’artiste célèbre par ses oeuvres qu’à celle qui représentait, à ce moment, la piété filiale.” Le Morbihannais, 6 septembre 1887

 

 

La statue de Victor Massé vue par l’artiste lorientais Charles Longueville 1829 1899

Yves et Madeleine de Longueville, Charles Longueville 1829-1899, Officier de marine et Peintre de la marine, 2019 © Publication privée

 

 

La famille de l’artiste lorientais Charles Longueville 1829 1899, 4e peintre officiel de la marine et leur famille amie et alliée Le Verger étaient également présents lors de cette cérémonie.

Yves et Madeleine de Longueville, Charles Longueville 1829-1899, Officier de marine et Peintre de la marine, 2019 © Publication privée

 

 

 

2 Une statue qui figure parmi les stars de la cartographie lorientaise des XIXème et XXème siècles

 

La Lorgnette de Bisson, 4 septembre 1897 © Archives départementales du Morbihan

 

 

Sur le socle de la statue des fleurs et une lyre de type gauloise

Socle de la statue de Victor Massé Cours de la Bôve, Lorient, Carte postale © Collection particulière

 

 

Toutes les générations et classes sociales lorientaises vont passer devant Victor Massé entre 1888 et 1945

Toutes les couches sociales de la ville, les jeunes nourrices

La statue de Victor Massé Cours de la Bôve, Lorient, Carte postale © Collection particulière

 

 

Les jeunes filles des classes aisées avec leur chaperon, les rentiers, les jeunes femmes en coiffe

La statue de Victor Massé Cours de la Bôve, Lorient, Carte postale © Collection particulière

 

 

La population industrieuse de la ville en casquettes, les rentiers en melon, les bonnes et cuisinières, les commerçants, les enfants et adolescents, les jeunes paysannes avec leurs paniers

La statue de Victor Massé Cours de la Bôve, Lorient, Carte postale © Collection particulière

 

 

Les dames de la bourgeoisie et des employées de maison, un homme qui pousse une charrette

La statue de Victor Massé Cours de la Bôve, Lorient, Carte postale © Collection particulière

 

 

Un marin pêcheur et une paysanne portant un ballot sur la tête

La statue de Victor Massé Cours de la Bôve, Lorient, Carte postale © Collection particulière

 

 

Les dames de la bourgeoisie et leurs enfants, une bretonne en coiffe, un rentier, un conducteur de charrette avec un cheval

La statue de Victor Massé Cours de la Bôve, Lorient, Photographie à partir d’une carte postale, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, avant 1910 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 1665

 

 

Les marchandes de fleurs et les militaires, enfants et adultes, des jeunes filles en chapeau, un ouvrier avec sa petite sacoche

La statue de Victor Massé Cours de la Bôve, Lorient, Carte postale © Collection particulière

 

 

Des femmes de la campagne en coiffe, des commerçants, un artisan rempailleur et son arpète, une nourrice avec un bébé en poussette

La statue de Victor Massé Cours de la Bôve, Lorient, Carte postale © Collection particulière

 

 

Les vieux loups de mer et les enfants des classes moyennes, une employée en costume breton avec deux enfants en bas-âge en marinières, une vieille dame en train de tricoter

 La statue de Victor Massé Cours de la Bôve, Lorient, Carte postale © Collection particulière

 

 

Une lorientaise avec une superbe coiffe, des marchandes de fleurs, une cliente pressée

La statue de Victor Massé sur le cours de la Bôve, Photographie à partir d’une carte postale, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, entre 1910 et 1919 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 1653

 

 

Toutes les classes sociales réunies

La statue de Victor Massé sur le cours de la Bôve, Photographie à partir d’une carte postale, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, entre 1910 et 1919 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 1639

 

Victor massé peut observer les principaux évènements collectifs de la ville

La statue de Victor Massé face à une foire sur le cours de la Bôve, Carte postale © Collection particulière

 

 

et soutenir les jeunes en quête d’argent

La statue de Victor Massé sur le cours de la Bôve, Photographie à partir d’une carte postale, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, entre 1910 et 1919 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 1637

 

 

Des enfants jouant aux pieds d’une si familière statue

La statue de Victor Massé sur le cours de la Bôve, Photographie à partir d’une carte postale, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, entre 1910 et 1919 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 1655

 

 

Jusqu’en 1943 où Victor Massé assiste à la destruction de la ville…

 

 

 

3 Une statue mutilée, noircie par les flammes, mais quasi intacte après les bombardements américains et anglais en 1943, qu’est-elle devenue ?

 

 

Après les bombardements de 1943, la statue est encore intacte

La statue de Victor Massé après les bombardements de la Ville de Lorient, Photographie positive, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 1943 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 79

 

 

Un miracle quand on voit ce qui reste des immeubles alentours

Il n’y a plus de grille en fer forgé autour de la statue car en septembre 1941 un camion nazi l’a très endommagé en le percutant. Il a été retiré et réutilisé comme tous les supports métalliques de la ville, dont les statues.

La statue de Victor Massé  parmi les ruines des immeubles, Photographie positive, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 1943 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 79

 

 

La statue de Victor Massé au début du XXème siècle

La statue de Victor Massé cours de la Bôve, Lorient, Carte postale, avant 1920 © Collection particulière

 

 

Un bien triste spectacle s’offre au musicien qui aimait tant dispenser la joie et le bonheur

La statue de Victor Massé  parmi les ruines des immeubles, Photographie positive, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 1943 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 6264

 

 

Les bombes ne sont pas tombées loin

La statue de Victor Massé  parmi les ruines des immeubles, Photographie positive, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 1943© Collection Archives de Lorient, 5Fi 6264

 

 

Massé contemplant le désastre

La statue de Victor Massé  parmi les ruines des immeubles, Photographie positive, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, 1943© Collection Archives de Lorient, 5Fi 6264

 

 

La statue à l’origine, en marbre blanc

La statue de Victor Massé sur le cours de la Bôve, Photographie à partir d’une carte postale, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, entre 1910 et 1919 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 1637

 

 

Ici la statue est totalement mutilée, elle n’est plus sur son socle

La datation est incertaine, mais les magasins reconstruits derrière indiqueraient les années 1950

La statue de Victor Massé après la seconde guerre mondiale, Photographie positive, s.d. © Collection Archives de Lorient, 5Fi 6227

 

La statue à l’origine, en marbre blanc

La statue de Victor Massé sur le cours de la Bôve, Photographie à partir d’une carte postale, 24 x 30 cm, Fonds Crolard, entre 1910 et 1919 © Collection Archives de Lorient, 5Fi 1637

 

 

Seul le bras gauche paraît encore en bon état

A priori ce n’est pas l’éclatement d’une bombe qui a causé ces dégâts, mais une mutilation volontaire d’origine humaine

La statue de Victor Massé après la seconde guerre mondiale, Photographie positive, s.d. © Collection Archives de Lorient, 5Fi 6227

 

 

4 Comment en était-on arrivé à cette décision d’érection d’une statue de Victor Massé sur la place publique ?

 

La Pomme, société Normande-Bretonne fondée à Paris en 1878 et présidée par le poète Leconte de Lisle en cette année de 1887 a souhaité participer à l’organisation des fêtes en l’honneur de compositeur lorientais Victor Massé. Parmi le trio d’organisateurs élu par les Pommiers, on retrouve l’artiste lorientais Michel Bouquet qui en 1887 fête ses 80 ans.

 

Elle compte aussi parmi ses membres   –  présent à Lorient en ce jour du 4 septembre 1887  –   le compositeur Frédéric-Michel Toulmouche 1850 1919 qui avait étudié avec Victor Massé au Conservatoire de Paris, le futur auteur de

 

Mademoiselle ma femme par le condisciple de Victor Massé, Frédéric-Michel Toulmouche

Frédéric-Michel Toulmouche 1850 1919, Mademoiselle ma femme, Opéra comique en trois actes, librettistes Ordonneau et Pradels, Paris, 1890 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Frédéric-Michel Toulmouche 1850 1919, Mademoiselle ma femme, Opéra comique en trois actes, librettistes Ordonneau et Pradels, Paris, 1890 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Pour plus de renseignements sur la société Normando-Bretonne La Pomme voir le chapitre 23

Il a fallu plusieurs années pour que cette cérémonie en l’honneur de Victor Massé soit organisée. Du côté lorientais un comité présidé par Danthon s’est beaucoup activé avec la Pomme pour convaincre la mairie de reconnaître officiellement l’un des siens par l’érection de cette statue.

“Ce fut une fête empreinte de dignité avec pour le début et la clôture de ces deux jours une magnifique retraite aux flambeaux dans les rues de la ville de Lorient.

Des artilleurs à cheval portant des torches ouvraient la marche. Puis venant sur deux rangs une foule de marins et d’artilleurs que suivaient les tambours et les clairons, tous munis de lanternes vénitiennes ou de torches. De temps à autres dans l’intervalle des rangs, des corbeilles de verdure éclairées par des feux de bengale roses, blancs ou verts produisaient un effet féérique.

Cà et là d’un char garni de feuillages sortaient des gerbes de feu qui s’élevaient jusqu’à la hauteur des toits des maisons et retombaient en étincelles d’or.

En même temps des centaines de fusées de toutes couleurs traversaient l’air.” Le Morbihannais 1887

 

5 L’oeuvre de Victor Massé

 

Pour le cercle de ses amis dont Oscar Comettant, journaliste du Siècle , Victor Massé est d’un caractère bienveillant, mais capable d’une extrême franchise ce qui est plutôt rare chez un homme qui doit vivre de sa double plume, plume d’écrivain et plume de compositeur, où le nombre de flagorneurs et de dissimulateurs n’est pas rare dans un contexte de vive concurrence, et de survie sociale.

On lui reconnaît également la qualité de travailleur acharné, ce que l’on relève eu égard à sa production musicale  –  499 oeuvres selon la Bibliothèque Nationale de France  –  et aux divers emplois officiels qu’il a occupés en même temps.

Sa vie musicale a connu une ascension régulière à partir de 1840, puis une série de succès éclatants dans les années 1850 pour décliner dans les années 1860 et renouer enfin avec le succès dans les années 1870.

 

Il habitait l’hôtel particulier du 1 rue Frochot  –   un temps acquis par Sylvie Vartan  –  quasiment en face d’Edgar Degas qui s’est installé à partir de 1870, et non loin de Tristan Corbière qui s’était installé au n° 10, tout ce petit monde n’étant guère éloigné de l’artiste lorientais Michel Bouquet, familier de Victor Massé et de Tristan Corbière, et dont l’appartement était situé à moins d’une centaine de mètres.

Victor Massé recevait ses visiteurs au petit salon du rez-de-chaussée, surtout à la fin de sa vie, où la maladie faisant qu’il ne pouvait plus écrire, et seulement dicter la suite des notes une à une qu’il créait. Lorsqu’il meurt, sa gloire est encore très présente, Charles Garnier le célèbre architecte de l’Opéra de Paris a en effet réalisé son tombeau.

Hors les succès qu’on a surtout retenus de lui dans l’Opéra-comique dont il est l’un des maîtres, Victor Massé est un compositeur romantique, plein de fraîcheur et de finesse, où la recherche de l’harmonie est constante.

 

Jules Simon a dit de lui

“On chante Victor Massé dans les salons ; on le chante aussi dans la rue. Personne ne peut entendre sa musique sans la trouver aimable, et on ne peut aimer sa musique sans l’aimer lui-même, car il y a mis tout son coeur.” Le Progrès du Morbihan, 1887

La fin de sa vie ne lui épargne rien : la mort de sa femme, une maladie incurable et longue – six ans – et très douloureuse qui lui vaut d’être cloué sur son lit avec une paralysie qui envahissait son corps de jour en jour, et consécutivement des ressources financières qui  se réduisaient comme peu de chagrin.

 

 

51  Sa vie musicale a connu une ascension lente mais régulière à partir de 1840

 

Et pourtant son milieu social ne pouvait guère laisser présager une telle carrière.

En effet, né le 7 mars 1822 à Lorient dans la rue qui porte actuellement son nom, Victor Massé était le fils d’un ouvrier cloutier de l’arsenal et d’une repasseuse.  Rien ne prédestinait donc cet enfant à devenir un jour un musicien internationalement célébré pour ses Opéras, opérettes et comédies musicales, ses musiques vocales et chorales.

 

Plaque honorant la mémoire de Victor Massé, Rue Victor Massé, Lorient © Collection particulière

@ Collection particulière

 

Nous ne savons rien des personnes qui l’initièrent à la musique. Un auteur parle d’une initiation à l’âge de trois ans. Les cercles lorientais jouèrent-ils un rôle ? La présence d’un théâtre au bas du Cours de la Bôve  – à moins de 400 mètres de sa maison familiale  –   et de musiciens qui y exerçaient ont-ils contribué à son éveil ? Cette histoire est encore à écrire.

Toujours est-il qu’il mène une enfance heureuse à Lorient.

Il avait trois ans à peine, lorsqu’un beau dimanche, par un gai soleil, son grand-père, un meunier, l’emmena faire une promenade à travers champs. En route, on rencontre des marins. On s’attable. Le vin coule. On met un verre aux mains du petit Victor :

— Dis : « J’en veux plein ! » lui souffle le grand-père.

— J’en veux plein! répète l’enfant

Il en eut plein !. La « tournée » finie, le brave meunier, qui lui-même avait son compte, dut le prendre entre ses bras, où il s’endormit d’un sommeil de plomb.

Il fallait entendre Massé raconter cette aventure enfantine :

— Ici, disait-il, il y a dans ma mémoire une légère lacune. Tout ce dont je me souviens, c’est de m’être éveillé perdu dans un champ d’épis, qui, à mes yeux encore troubles, prenait des airs de forêt. Grand-père dormait, le gilet ouvert, le chapeau sur le visage. Je me mis à faire des bouquets de coquelicots. Nous ne rentrâmes que fort tard à la maison, où ma mère m’attendait dans les transes!… Ce fut ma première et ma dernière orgie !”

Mais malheur son père décède en 1827. Dans les années suivantes, consciente de ses aptitudes musicales, sa mère l’emmène à Paris. Il entra d’abord chez Choron.

Ses dons firent qu’ il entra au Conservatoire de Paris, en 1834, à l’âge de 12 ans.

Son maître pour le piano au Conservatoire est Zimmermann, et son maître de composition Halevy.

Zimmermann enseignait l’harmonie en vingt leçons. Doué d’une mémoire prodigieuse, Massé avait assimilé toute sa science.

“Le Maître, fier de ce petit prodige, prenait plaisir à lui poser les questions les plus ardues. Mais le petit prodige devenait tout rouge et ne soufflait mot.

– Je savais bien, nous disait-il, ce qu’il fallait répondre. mais je savais surtout que je ne savais pas l’harmonie. Je l’ai, depuis, apprise à fond, et tout seul !”

 

C’est un élève exceptionnellement doué. Il obtient les 1er prix de solfège, de piano en 1838 à 16 ans, d’harmonie en 1840 , de contrepoint et de fugue en 1843.

 

Quelques extraits du sujet tiré par Victor massé pour l’épreuve du Concours de fugue du lundi 31 juillet 1843

Sujet de Victor Massé, Epreuve du Concours de fugue, Devoirs d’élèves du Conservatoire national de musique de Paris, Vol. 4, 1843 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Sujet de Victor Massé, Epreuve du Concours de fugue, Devoirs d’élèves du Conservatoire national de musique de Paris, Vol. 4, 1843 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Sujet de Victor Massé, Epreuve du Concours de fugue, Devoirs d’élèves du Conservatoire national de musique de Paris, Vol. 4, 1843 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Sujet de Victor Massé, Epreuve du Concours de fugue, Devoirs d’élèves du Conservatoire national de musique de Paris, Vol. 4, 1843 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

En 1844 il est lauréat du Grand prix de Rome de composition musicale décerné par l’Institut pour sa création accompagnant Le Rénégat de Tanger, un texte du librettiste et marquis Amédée de Pastoret

” Enfin la séance a été terminée par l’exécution de la belle scène de M. Massé, élève de MM. Halévy et Zimmerman. Les applaudissements réitérés du public et de l’orchestre ont prouvé que M. Massé avait parfaitement atteint le but qui lui était proposé. Son œuvre brille par un plan très bien conçu, par une mélodie qui exprime toujours, d’une manière heureuse, le sentiment des paroles, par une harmonie où la correction la plus irréprochable n’exclut pas l’originalité des combinaisons, et enfin, par une instrumentation savante, colorée, vigoureuse, que la mauvaise conformation acoustique de la salle de l’Institut rendait un peu bruyante, mais qui, partout ailleurs, produirait l’effet le plus saisissant. En résumé, M. Massé possède toutes les qualités que peut donner l’éducation musicale la plus parfaite, et un naturel qui promet un compositeur de mérite. MM. Halévy et Zimmerman doivent être fiers d’avoir produit un pareil élève, et nous serons heureux de constater les succès qu’il ne peut manquer d’obtenir. La cantate de M. Massé a été parfaitement chantée par Octave, qui s’est montré plus chaleureux à l’Institut qu’à l’Opéra, et par Gérard et Mlle Dobré.” La France musicale 13 octobre 1844

Chanté trois fois à l’Opéra pour sa première oeuvre, voilà qui était de bon augure.

 

Dans les deux années suivantes, il voyage en Italie et en Allemagne, bénéficiant grâce à son prix de Rome d’une pension du gouvernement.

Il en profite pour passer à la création de ses propres émotions musicales.

1844  Te voir ! Romance, Paroles du comte Eugène de Lonlay

1844 Chante Madeleine ! Romance, paroles de Victor Doinet

1844 Le Muletier de la Calabre, Paroles de Joseph Vimeux

 

 

Comme la jeunesse de son époque, il se passionne pour le courant romantique et selon la quasi totalité de ses biographes, une de ses premières oeuvres est une mélodie sur le poème Les Orientales du chef de file de la génération romantique Victor Hugo, paru en 1839.

1845 La Favorita e la Schiava, opéra La Favorite et l’Esclave.

Plusieurs divergences se font jour selon les biographes quant à la datation de La Favorite et l’Esclave : 1845 ou 1855 ?  Les deux car cet opéra, titré en italien, aurait selon les biographes été joué à Milan au théâtre de la Canobbiana, et selon l’Encyclopédie de l’Art lyrique français, il aurait été joué également à Venise en 1855.

La Canobbiana est le deuxième théâtre lyrique milanais selon Matthieu CAILLIEZ La Diffusion du comique en Europe  à travers les productions d’opere buffe, d’opéras-comiques et de komische Opern France -Allemagne -Italie,1800-1850, Université Paris-Sorbonne École doctorale V «Concepts et langages» , Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität BonnInstitut für Germanistik, Vergleichende Literatur-und Kulturwissenschaft, Università degli Studi di Firenze Dipartimento di Storia, Archeologia, Geografia, Arte e Spettacol ,Paris Sorbonne, 2014

 

Mais Victor Massé conteste ses propres biographes.

“Fétis et, après lui, tous ses biographes l’ont enrichi gratuitement d’une pièce intitulée : la Favorite et l’Esclave.

Cette erreur rendait le Maître très malheureux, et lorsqu’on l’interrogeait à cet égard, il répondait impatiemment :

—  Je n’ai jamais pu savoir ce qu’est cet opéra !..

—  Je n’en connais pas une note !..

—  J’ai beau protester, dire sur tous les tons que je n’y suis pour rien, on n’écrit pas une ligne sur mon compte sans qu’on me le jette au nez !. C’est mon cauchemar ! ”

in Parisis (Emile Blavet) 1838 1924, La vie parisienne, préface par Aurélien Scholl, Paris, Ollendorff 1886

 

Il écrit cette même année

1845 Petit enfant, en toi je le retrouve, Scène lyrique à 1 voix et accompagnement, La Mélodie, Album de Chant

1845 Amour et souffrance ! Mélodie, paroles d’Emile Barateau

1845 La feuille du chêne, Ballade, Poésie de Millevoye

1845 Voix de la nuit, Mélodie, paroles de J.O.

1845  Taiaut, Chasse pour voix de basse, Paroles du comte Eugène de Lonlay

1845  Taiaut, Chasse pour voix de ténor, Paroles du comte Eugène de Lonlay

 

L’année suivante, en Italie, il crée une musique à orientation religieuse

1846 Messe solennelle, Musique chorale Messe solennelle exécutée à Rome en l’Eglise St Louis des Français le 1er mai 1846

 

 

Revenu en France, et pour se faire connaître sur la place de Paris, il s’oriente vers des accompagnements musicaux de poètes de la Pléiade, Ronsard, des poètes classiques comme Théophile de Viau et Malherbe, ou romantiques, Hugo, Musset

1849 Albums de mélodies à 1 voix et piano, Paroles du comte Eugène de Lonlay

1849,  Les Chants d’autrefois (12 chansons, )  Musique vocale,

 

Création musicale sur le poème Mignonne de Pierre Ronsard, 1545

Victor Massé, Mignonne allons voir si la rose, poésie de Pierre Ronsard, Chants d’autrefois, création musicale, livret, 1849 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Création musicale sur le poème de Pierre Ronsard 1524 1585 Bel Aubépin verdissant, 1550

Victor Massé, Bel aubépin verdissant, poésie de Pierre Ronsard, Chants d’autrefois, création musicale, livret, 1849 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Création musicale sur le poème de François de Malherbe, 1555 1628, Consolation à M. du Périer, Gentilhomme d’Aix-en-Provence sur la mort de sa fille, 1599

Victor Massé, Consolation à M. du Périer, Gentilhomme d’Aix-en-Provence sur la mort de sa fille, poésie de François de Malherbe, Chants d’autrefois, création musicale, livret, 1849 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Il crée en

1849 La Chambre gothique, opéra

 

 

 

52  Puis il rencontre une série de succès éclatants dans les années 1850

 

1850  La Chanteuse voilée, opéra-comique en un acte, textes des librettistes Eugène Scribe et Adolphe de Leuwen, à la salle Favart

Il jouissait d’une solide estime dans les milieux musicaux et celui des connaisseurs quand il présenta La Chanteuse voilée au théâtre de l’Opéra-Comique. Présentée au départ en lever de rideau, cette pièce connut un succès fulgurant de modernité grâce à sa vivacité et sa fraîcheur. Elle conquit selon les critiques la jeunesse romantique par sa délicatesse de ses mélodies, mais surtout par un hymne à la paresse chanté par Ganymède et l’appel à l’univers de la volupté bacchique de Brindisi “Ah ! verse encore !..” La presse parle d’un boléro brillamment chanté par Mlle Lefebvre.

 

© Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Mademoiselle Lefevre dans la Chanteuse voilée

L’actrice Mademoiselle Lefevre dans la Chanteuse voilée, Lithographie, 31 x 50 cm, 1850 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

1850  Les Chants du Soir, 10 chansons, Musique vocale

1852 La France sauvée, cantate, Musique chorale, livret de Philoxène Boyé

Soucieux d’attirer sur lui la bonne fortune du dispensateur suprême de bénéfices dans le domaine de la musique  –  dans une période où la culture, quelle qu’elle soit, dépend des subventions de l’Etat – , il n’hésite pas à composer pour le Président de la Seconde République Louis-Napoléon Bonaparte qui fait son retour à Paris.

Le 28 octobre 1852, le premier des républicains est accueilli par une Cantate en l’honneur du retour du président de la République après le voyage de Bordeaux. Les paroles sont de Philippe Boyer et la musique de Victor Massé. Les chanteurs Roger, Merly, Bremond, et les cantatrices Mmes Lagrua, Tedesco et  Duez chantent cette œuvre empreinte de courtoisie républicaine.

Deux mois plus tard le 2 décembre 1852 la restauration de l’Empire est proclamée et l’Opéra prend le titre d’Académie Impériale de Musique…

 

1853 Les Noces de Jeannette, librettistes Barbier et Carré

 

Un de ses plus grands succès

© Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Une thématique de la femme humiliée mais de la femme qui se bat : d’où un grand succès particulièrement auprès des femmes.

Cette série de succès est due selon les critiques à “la fraîcheur, la grâce exquise, l’émotion que suscite ce tableau champêtre” à une époque où les citadins des villes grises et enfumées ont la nostalgie de la campagne.

C’est une musique gracieuse, légère comme la chanson de l’aiguille qui fait l’unanimité.

Avec ses plaisantes et délicates mélodies Victor Massé conquiert les masses, passant de l’univers purement musical des connaisseurs et des spectateurs de l’Opéra-Comique aux lèvres des passants dans la rue, devenant ainsi littéralement populaire. 958 représentations de cet opéra vont être données entre sa création et 1910.

 

© Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Victor Massé

Guillemot, Portrait de Victor Massé, Gravure, 16 x 11 cm, vers 1860 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

La même année il n’oublie pas sa Bretagne natale et son compagnon lorientais, Brizeux dans

1853 Les Chants bretons, 8 chansons, Musique vocale

 

 

Un livret toujours imprimé 48 ans plus tard

Victor Massé, Chants Bretons, création musicale, 1853 livret de 1889 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Création musicale autour du poème Les Goélands du lorientais Brizeux 1803 1858

Victor Massé, Les Goélands, poésie d’Auguste Brizeux, Chants Bretons, création musicale, livret, 1889 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Création musicale autour du poème Le Sonneur de Cornouaille du bisontin Michel carré 1821 1872

Victor Massé, Le sonneur de Cornouaille, poésie de Michel Carré, Chants Bretons, création musicale, livret, 1889 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Création musicale autour du poème La Chanson de Loic du lorientais Brizeux 1803 1858

Victor Massé, La Chanson de Loïc, poésie d’Auguste Brizeux, Chants Bretons, création musicale, livret, 1889 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Création musicale autour du poème La Chanson de Marie du lorientais Brizeux 1803 1858

Victor Massé, La Chanson de Marie, poésie d’Auguste Brizeux, Chants Bretons, création musicale, livret, 1889 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

1854 Galathée  librettistes Jules Barbier et Michel Carré, Opéra-comique en trois actes

 

Galathée asseoit son triomphe à Paris.

Victor Massé, Galathée, création musicale, livret, 1854 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

L’air de la coupe remporta un succès énorme. Les couplets de l’amphore connurent une très grande popularité.

 

1854 La Fiancée du Diable , Opéra-comique en trois actes, librettistes Eugène Scribe et Hippolyte Romand, présentée au Théâtre-Lyrique le 5 juin, n’obtient elle a contrario qu’un très médiocre succès. Elle n’en obtint pas plus 9 ans plus tard…

Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869 « L’action a lieu en Avignon. Il s’agit d’une pauvre fille que la crédulité populaire fait passer pour avoir été fiancée au diable, par son père, afin d’échapper à la misère. Un marquis de Langeai veut exploiter à son profit cette croyance superstitieuse. Il est pris dans ses filets, et on le contraint d’épouser une paysanne sans fortune, qu’il a compromise. Il y a quelque esprit dans le dialogue, mais la conception du livret est tout à fait défectueuse. La partition renferme des morceaux intéressants ; d’abord la romance sentimentale de Gillette, qui vient s’unir très heureusement aux couplets bien rythmés chantés par l’armurier Andiol, son frère ; l’air de Catherine, au deuxième acte : Ah ! qu’on a de peine à trouver un mari ! et le duo des deux mariés au troisième acte. Couderc a su sauver, par son jeu habile, le côté odieux du caractère de Langeai. »

 

1855 Miss Fauvette, librettistes Barbier et Carré, opérette  en un acte présentée à l’Opéra-Comique, une romance, fut bien accueillie par le public

1855 Le Prix de Famille

1855 ou 1856  Les Saisons, librettistes Barbier et Carré, Opéra-comique en trois actes.

 

La presse parle d’une richesse des motifs et d’un charmant coloris de l’orchestration

Victor Massé, Prix de famille, création musicale, livret, 1856 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

1856 La Reine Topaze, librettistes Lockroy et Battu

 

Un de ses meilleurs opéras selon les critiques parisiens

Victor Massé, La Reine Topaze, création musicale, livret, 1856 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

La presse parle d’un succès éclatant de Mme Carvalho, d’une ouverture d’un caractère bohémien, d’une “partition très riche et toute de chaleur.”

La canzonette de l’abeille est sur toutes les lèvres

C’est un des plus brillants succès des créations de Victor Massé, son acmé, car un déclin relatif s’amorce

 

 

53 Un déclin  dans les années 1860, d’où une recherche de nouvelles ressources financières

 

1857, Le Cousin de Marivaux, 1 acte, Bade

1858 La Chaise à porteurs, 1 acte, , librettistes Dumanoir et Calirville, représenté à l’Opéra-comique

1859 La Fée Carabosse, librettistes Lockroy et Cogniard,

Un opéra-comique en trois actes, précédé d’un prologue, livret de Lockroy et Cogniard, musique de Victor Massé, représenté au Théâtre-Lyrique (boulevard du Temple) le 28 février 1859, avec MM. Pierre Jules Michot, Meillet, Désiré Fromant, Mme Delphine Ugalde (Mélodine), Mlle Faivre.

 

La fée Carabosse rencontre peu de succès

Victor Massé, La Fée Carabosse, création musicale, livret, 1859 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Les représentations au Théâtre-Lyrique sont nettement plus limitées : 25 en 1859.

Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869 « C’est une de ces pièces qu’on voit sans ennui, mais auxquelles on ne s’intéresse pas assez pour retourner les entendre. La partition renferme de jolies choses, notamment l’air du comte Albert : Rocher, bois solitaire, et le chant du sommeil : Dormez, mes amis chéris. Mme Ugalde a joué avec son talent habituel le rôle de la fée Carabosse. »

Un « Sujet féerique ; une mise en scène luxueuse. Mme Ugalde (Mélodine) fait applaudir la « Chanson de l’alouette », qui pourrait faire pendant à la « Chanson de l’abeille » dans la Reine Topaze, du même compositeur. » Albert de Lasalle, Mémorial du Théâtre-Lyrique, 1877

 

Ses insuccès relatifs font qu’il va chercher de nouvelles ressources financières.

En 1860 il devient chef du chant à l’Opéra.

Mais cela ne suffit pas, et il est obligé d’exercer comme professeur d’une institution dirigée par Madame de Barral et enseigner à des jeunes pensionnaires. Il utilise cette nouvelle activité pour créer plusieurs petites opérettes en 1 acte : La Trouvaille, Les Enfants de Perrette qui seront publiées par la suite par Michaelis. D’autres font leur apparition : Une Lois Somptuaire en 2actes, La Petite Soeur d’Achille

” Il fallait le voir au milieu de ces jeunes filles, enseigner son art avec ce feu sacré qui semble avoir embrassé sa vie jusqu’à la consumer. Il était quelque peu brusque avec les les élèves.”

En 1866 il est nommé professeur de composition au Conservatoire de Paris de 1866 à 1880. Il a eu entre autres comme élève le jeune Alexis de Castillon.

 

Parallèlement il écrit

1861 Le dernier Couplet, 1 acte, joué au théâtre de Bade

1862 Mariette la promise, Opérette en un  acte, Librettiste Bogaerts

1863, La Mule de Pedro, livret de Dumanoir, 2 actes, Trois représentations seulement au Grand Opéra, chanté par l’Ancien ténor de l’Opéra-Comique Warot, Faure à l’Opéra-Comique depuis 1852, Guignot, Mmes Gueymard et de Taisy.

Le livret aurait mieux convenu au théâtre de l’Opéra-Comique, et il n’a pu se soutenir à l’Opéra ce qui explique que La Mule de Pedro n’a eu que trois représentations.

 

Victor Massé était un être sensible aux animaux. Il avait un chien qui hurlait à la mort et était littéralement pris de convulsions lorsqu’il jouait du piano. Il disait en plaisantant qua dans le corps de ce chien s’était réfugiée l’âme d’un confrère.

Mais il ne mit pas le chien dehors et s’abstint de jouer du piano devant lui, par crainte disait-il de lui donner un moment d’ennui parce qu’il n’aimait pas sa musique.

Massé se posait ainsi sans le savoir en antithèse de Rameau qui attrapa brutalement un chien par les deux pattes de derrière et le précipita brutalement par la fenêtre au motif qu’il aboyait faux..

Chez lui il aimait les fleurs et le jardinage. Il possédait un arbre unique dans son jardin de la rue de Laval  –  aujourd’hui rue Victor Massé  –  et le taillait longuement avec attention.

Dans ce petit jardin il recevait les gens de lettres et naturellement d’autres musiciens ; Hébert, Cabanel, Jules Verne, CH. Delioux, Barbier, A. Millet et on peut le supposer, Michel Bouquet in La Lorgnette de Bisson, 18 septembre 1884

1866 Fior d’Atiza ou Aliza, 4 actes et 7 tableaux , représenté à l’Opéra-comique dont le Libretto est extrait des Dernières Confidences de Lamartine

Opéra-comique en quatre actes et sept tableaux, livret de Michel Carré et Hippolyte Lucas, musique de Victor Massé. Création à l’Opéra-Comique (2e salle Favart) le 05 février 1866, décors d’Alfred Rubé et Edouard Despléchin, avec Mmes Caroline Duprez (Fior d’Aliza), Galli-Marié (Piccinina), Révilly (Magdalena), Gonthier (la Mariée), MM. Achard (Geronimo), Crosti (Hilario), Eugène Bataille (Antonio), Nathan (le Bargello), Gustave Leroy (le Marié).

Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869 « C’est un ouvrage qui renferme des morceaux excellents et des mélodies fort agréables, mais que les défauts du livret ont malheureusement déjà écarté de la scène. Le sujet de la pièce a été tiré du roman si connu de M. de Lamartine, Graziella. Les principaux événements amenés dans un livre avec des ménagements et des circonstances qui les préparent, les motivent et les rendent vraisemblables, sont ici dans la pièce brusqués, décousus et sans intérêt. Géronimo et Fior d’Aliza ont été élevés ensemble dans une cabane qu’abrite un châtaignier séculaire. Ils s’aiment, et leurs parents consentent à les unir. Mais un capitaine de gendarmes de la ville voisine demande en mariage la jeune fille. Ne pouvant vaincre la résistance des parents, il ne songe qu’à se venger. Il achète la propriété louée aux pauvres gens, et veut faire abattre le châtaignier. Géronimo, indigné et cédant à l’emportement de son amour et de la colère, décharge son arme sur le capitaine et le tue. Il est conduit en prison, et peu après condamné à la mort.

L’infortunée Fior d’Aliza, pour sauver son amant, se déguise en pifferaro et se fait introduire chez le geôlier ou bargello, dont la fille se marie. Elle entre dans la maison avec les gens de la noce ; elle est reconnue par le prisonnier à l’aide d’une cantilène qu’ils chantaient ensemble aux jours de bonheur. Ils parviennent à se voir, et un bon religieux les unit quelques heures avant le moment désigné pour l’exécution. Un incident étrange et fort bien traité complique la situation et, à la fois, amène un heureux dénouement. Une jeune fille, dont le père était bandit et la mère bohémienne, a été élevée dans la prison. Sa raison paraît un peu altérée. Elle devient amoureuse de Géronimo et le fait évader. Fior d’Aliza, de son côté, lorsqu’on vient chercher le condamné, se revêt de la robe préparée pour lui et marche au supplice. Ce qui est d’une invraisemblance choquante. Arrivée sur les remparts, elle va mourir, lorsque Géronimo accourt pour réclamer son sort, et aussi le bon religieux, qui est allé chercher et qui a obtenu la grâce du jeune condamné. L’ouverture offre des effets de rythme piquants et se termine par une saltarelle animée. Dans le premier acte, on a remarqué la romance : C’est l’amour, dont l’accompagnement imitatif est d’une grâce ingénieuse, et le quintette du châtaignier. Les formes du finale sont belles, mais trop pompeuses pour le cadre étroit de l’action. Dans le second acte, il y a une farandole accompagnée de tambours de Basque d’un charmant effet. Dans le troisième, la saltarelle, dont le motif termine l’ouverture, revient à l’occasion de la noce de la fille du geôlier, et elle a été fort applaudie. C’est le principal morceau de chant de l’ouvrage. On a remarqué aussi l’air de la jeune bohémienne, qui a de l’originalité. Nous signalerons encore, dans le quatrième acte, la marche funèbre. Le rôle de Fior d’Aliza a été admirablement interprété par Mme Vandenheuvel-Duprez ; Mme Galli-Marié a joué celui de Piccinina, Achard et Crosti, ceux de Géronimo et du moine. »

En 1866 est inauguré le théâtre du premier casino de MonteCarlo. L’exiguïté de la scène comme de la salle ne permet pas d’y donner des spectacles ambitieux. C’est une opérette en un acte d’Offenbach, Le 66, qui marque le modeste début de la vie lyrique monégasque le 10 décembre 1867. Pendant quelques années, le répertoire se limite à des œuvres légères : on joue des opérettes de Charles Lecocq ou Victor Massé.

 

1867 Le Fils du Brigadier, 3 actes, représenté à l’Opéra-comique livret de Labiche et Delacour),

Opéra-comique en trois actes, livret d’Eugène Labiche et Alfred Delacour, musique de Victor Massé. Création à l’Opéra-Comique (2e salle Favart) le 25 février 1867, avec MM. Crosti (le Brigadier), Montaubry (Emile), Sainte-Foy (Bittermann), Prilleux (Benito), Leroy (Frédéric), Mlles Caroline Girard (Catalina), Roze (Thérèse), Révilly (la Colonelle).

 

Victor Massé, LeFils du Brigadier, création musicale, livret, 1867 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Félix Clément, Dictionnaire des opéras, 1869 « La scène se passe en Espagne, pendant le siège de Burgos. C’est une sorte de mélodrame dans lequel sont encadrées plusieurs scènes très comiques ; mais, en somme, le livret n’a pas été goûté. Quant à la musique, elle est pleine de motifs ingénieux et colorés. Toute la première partie de l’ouverture est charmante. Il était difficile de mieux poétiser la formule militaire et banale de la retraite. Nous signalerons dans le premier acte une valse chantée, la romance : Trembler, quand on est militaire ; un refrain populaire : Les Flamands, les Saxons, et un rondo bouffe. Dans le troisième acte, un bon trio et la romance : Pardonne-moi, avec accompagnement de cor anglais. »

1868 Romances,  Livre 1, 20 mélodies, Musique vocale

 

Victor Massé, Premières Mélodies, création musicale, livret, 1868 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Il écrit une biographie de son prédécesseur à l’Institut

Victor Massé, Notice sur la vie et les travaux de D.F.E. Auber, Paris 1873

 

 

54 et renouer enfin avec le succès dans les années 1870 et 1880 dont Paul et Virginie

1872 Les Enfants de Perrette
1873 La petite sœur d’Achille
1873 La Trouvaille

1874 Romances, Livre 2, 20 mélodies, Musique vocale

1874 est l’ année où il exerce également au poste de chef des choeurs de l’Opéra selon Georges d’Heilly, Foyers et coulisses ; 8. Opéra, Tome 3, 1875. Pour augmenter ses chances de succès et de revenus, le second recueil des mélodies créées par Victor Massé s’appuie sur des écrivains de notoriété internationale notamment Alfred de Musset, Gérard de Nerval, Victor Hugo.

 

Deuxième recueil de mélodies de Victor Massé

Victor Massé, Vingt Mélodies, Deuxième recueil, Chant et Piano, Paris, Gérard, 1874 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Vingt Mélodies de Victor Massé

Victor Massé, Vingt Mélodies, Deuxième recueil, Chant et Piano, Paris, Gérard, 1874 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Une poésie de Gérard de Nerval, dans les bois, 1853

Victor Massé, Dans les bois, Odelettes, poésie de Gérard de Nerval, Création musicale pour Chant et Piano, livret de 1874 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Un personnage important qu’est le directeur de la salle parisienne du théâtre de la Gaîté a l’intuition que la nouvelle création de Victor, Paul et Virginie, peut être un bon filon. Les deux hommes conviennent d’un contrat qui concerne notamment  les droits d’exclusivité des représentations dans l’article 1, la distribution des rôles dans l’article 2, les décors et costumes dans l’article 3, la composition de l’orchestre dans  l’article 4, le nombre minimum de représentations dans l’article 5. Rien n’est laissé au hasard

 

Signer un solide contrat pour les représentations de Paul et Virginie

Vizentini, Albert 1841-1906, Projet de contrat entre Victor Massé et Albert Vizentini, directeur du théâtre de la Gaîté, pour la représentation de l’opéra Paul et Virginie, 14 septembre 1875 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

La signature des deux hommes

Vizentini, Albert 1841-1906, Projet de contrat entre Victor Massé et Albert Vizentini, directeur du théâtre de la Gaîté, pour la représentation de l’opéra Paul et Virginie, 14 septembre 1875 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

1876 Paul et Virginie, opéra , livret de Barbier et Carré

Le dernier chef-d’oeuvre

Pour les répétitions et alors au tout début de sa maladie, Victor Massé se faisait porter au théâtre, où on l’installait sur une chaise longue, ses jambes les premières atteintes dissimulées sous des couvertures et alors il s’attelait à diriger les musiciens.  Quel contraste entre sa musique fraîche et joyeuse et son état !

Victor Massé, Paul et Virginie, création musicale, livret, 1876 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Victor Massé, Partition de Paul et Virginie , Opéra en trois actes et six tableaux, Jules Barbier et Michel Carré librettistes, Michaelis 1877 , 330 pages © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Victor Massé, Partition de Paul et Virginie , Opéra en trois actes et six tableaux, Jules Barbier et Michel Carré librettistes, Michaelis 1877 , 330 pages © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Victor Massé, Partition de Paul et Virginie , Opéra en trois actes et six tableaux, Jules Barbier et Michel Carré librettistes, Michaelis 1877 , 330 pages © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Victor Massé, Partition de Paul et Virginie , Opéra en trois actes et six tableaux, Jules Barbier et Michel Carré librettistes, Michaelis 1877 , 330 pages © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Victor Massé, Paul et Virginie, création musicale, livret, 1877 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

1877 Romances, Livre 3,21 mélodies, Musique vocale

 

Victor Massé, Morceaux de chant, Troisième recueil, création musicale, livret, 1877 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

1879 Une loi somptuaire

1880 Petrarque

 

Post-mortem

1885 La Nuit de Cléopâtre, livret de Barbier Opéra, à l’Opéra-Comique

Restent une centaine de mélodies avec accompagnement de piano, une grande cantate en l’honneur de garibaldi

 

 

6 Les relations de Victor Massé avec Wagner

 

Victor Massé dans son rôle de Chef du choeur de l’Opéra

Truchelut, Portrait de Victor Massé, Photographie positive, 11 x 7 cm, vers 1860 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Victor Massé  participe avec Eugène Vauthrot et Louis Croharé aux 164 répétitions de Tannhäuser pour les représentations à l’Opéra de Paris de 1861.

Richard Wagner leur a rendu hommage : “ils lui avaient, avec un réel dévouement, facilité la besogne”.

” Victor Massé adorait la musique symphonique, mais son tempérament le portait exclusivement vers le théâtre, qui fut, toute sa vie, son invariable objectif.

 

On a parlé maintes fois de la reconnaissance que Wagner, l’auteur du Tannhauser, lui gardait pour les soins qu’il avait prodigués à son œuvre, alors qu’il était chef des chœurs à l’Opéra. Ce qu ‘on n’a pas dit, c’est que cette reconnaissance était parfois gênante dans son expansion un peu brutale.

 

Wagner

Portrait de Richard Wagner, Estampe, 23 x 19 cm, 1889 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Un soir que Massé se trouvait au Gymnase, à je ne sais plus quelle première représentation, il entend, au milieu d’une scène capitale, une voix de stentor qui lui crie :

— Bonsoir, Massé !

Emotion dans la salle.

Massé, tout interdit, se retourne, et voit, à l’entrée du couloir des fauteuils d’orchestre, Wagner qui gesticulait. Il n’eut pas l’air d’y prendre garde.

— Bonsoir, Massé ! reprit la voix avec un crescendo formidable. Vous ne me reconnaissez donc plus ?

Pour éviter une tempête, Massé se lève et va rejoindre Wagner, qui tombe dans ses bras en disant :

— Ne croyez pas au moins que c’est parce que j’ai trop bien dîné !. Parole d’honneur, à jeun, je vous adore tout de même !

Disons entre nous que Wagner avait ce qu’on appelle une légère pointe. Mais in vino veritas! Il y en a que le bourgogne eût rendus ingrats. Le maître allemand n’était pas de cette école.” in Parisis (Emile Blavet) 1838 1924, La vie parisienne, préface par Aurélien Scholl, Paris, Ollendorff, 1886

 

Victor Massé est un passionné d’une mélodie alliée à l’expression des  sentiments humains, de la vie, du coeur, de l’imagination. Il n’y a pas  de recherche métaphysique dans ses oeuvres.

Il n’aime pas Wagner car sa musique bannit les sentiments humains. “Pour lui l’harmonie tourmentée crée une musique inhumaine par excès de polyphonie et l’altération incessante des accords” in Georges Servière, Richard Wagner jugé en France, Librairie illustrée, 1887

 

Autre témoin de cette manifestation d’hostilité de Massé envers Wagner : dans un volume de critique intitulé Airs variés, Adrien Jullien raconte l’histoire des concours ouverts en 1867 à l’Opéra, à l’Opéra-Comique et au Théâtre-Lyrique.

“Deux musiciens causaient des partitions présentées au concours d’opéra ; l’un d’eux, membre de l’Institut, renseignait l’autre sur la dernière séance du jury dont il faisait partie. — Et M… ? demandait son interlocuteur. — « Oh ! répondit le juré, il est enfoncé… Il y a chez lui un tel abus de formules wagnériennes qu’il n’en résulte qu’ennui et fatigue. »

Bien que M. Jullien n’ait désigné que par une initiale le compositeur qui fut enfoncé par M. Eugène Diaz, il n’est pas malaisé de nommer M. Massenet. Tout le monde, en ce temps-là, fut très surpris de lui voir préférer un concurrent aussi peu sérieux. Quant au membre de l’Institut, coupable de cette indiscrétion sur les séances du jury, c’était, — on peut le dire puisqu’il est mort, — Victor Massé, le professeur du lauréat.

Le 13, M. de Saint-Georges, librettiste habituel du musicien et auteur de ladite Marianne, écrivait au Figaro pour nier que son collaborateur fût chambellan du duc de Mecklembourg. Il ajoutait que l’artiste avait été adopté par la France comme sien et qu’il était membre correspondant de l’Institut, depuis 1864. La lettre était contresignée par le directeur de l’Opéra-Comique, M. de Leuven. Deux jours après, celui-ci prenait la plume pour affirmer qu’aucun ouvrage de M. de Flottow n’était en préparation au théâtre. Le musicien travaillait seulement à un ouvrage qu’il destinait à notre scène et qui serait accueilli avec sympathie quand il serait présenté.

Paul Lafargue, courriériste théâtral du Figaro, ajoutait en insérant la lettre de Victor Massé, que Flottow «est tellement Mecklembourgeois, pour ne pas dire prussien, qu’il a grand’peine à s’empêcher de dire tout le mal qu’il pense de la France. »

 

Puis, Victor Massé s’en mêla, pour déclarer que l’on ne devait pas représenter «sur nos théâtres nationaux et subventionnés des ouvrages d’un compositeur prussien, quelle que soit d’ailleurs la sympathie que l’on éprouve pour sa personne et son talent. »

Dans le même journal, le 23 août 1867, soit trois ans avant la guerre franco-allemande et le désastre de Sedan, M. Albert Millaud prenant la pose contraire “s’indigna vivement contre ce prétendu patriotisme qui consiste à proscrire un homme de talent parce qu’il est étranger.”

 

Le fond de l’animosité envers Wagner,  outre la personnalité de Massé qui l’orientait vers la recherche de la joie et du bonheur humains, peut se retrouver dans cette dernière approche qui voit la montée des antagonismes entre les deux pays dans la cadre d’une montée en puissance de l’Allemagne et d’une rivalité à l’échelle européenne et mondiale.

La défaite de 1870 fit que Wagner ne fut plus trop joué à Paris pendant deux décennies

 

Outre les changements de mode et d’époque, une des explications de la faible postérité accordée à la musique de Massé est tout entière contenue dans Un amour de Swann de Marcel Proust paru en 1913, un an avant le second conflit avec les allemands : le désintérêt des intellectuels pour une musique à leurs yeux trop facile d’accès et pas assez métaphysique.

Proust met en avant dans cet ouvrage les romantiques allemands et particulièrement Wagner  –  le musicien le plus cité selon Timothée Picard Wagner selon Proust in Wagner, une question européenne, Presses Universitaires de Rennes, 2006  –   et affiche son mépris pour le romantisme français au travers des oeuvres de Victor Massé.

Dans Un amour de Swann, Swann entretient une prostituée, une semi-mondaine, Odette de Crécy, présentée comme absolument sotte et profondément inculte.

Entendre du Wagner pendant quinze jours avec elle qui s’en soucie comme un poisson d’une pomme, ce serait gai !

 

Un jour Les Verdurin proposent à Odette d’assister à la représentation d’Une nuit de Cléopâtre de Victor Massé à l’Opéra-Comique

Que pense Marcel Proust de cette proposition au travers de Swann ?

Ce n’est pas de la colère, pourtant, se disait-il à lui-même, que j’éprouve en voyant l’envie qu’elle a d’aller picorer ( comme une poule ) dans cette musique stercoraire ( répugnante, ignoble, un stercoraire est un insecte qui se nourrit d’excréments ).

C’est du chagrin, non pas certes pour moi, mais pour elle ; du chagrin de voir qu’après avoir vécu plus de six mois en contact quotidien avec moi, elle n’a pas su devenir assez une autre pour éliminer spontanément Victor Massé !”

Marcel Proust, Un amour de Swann, 1913, p. 289

La musique romantique française de Victor Massé est actuellement remise à l’honneur par la Compagnie de l’oiseleur

Bouquet 28 Le peintre Michel Bouquet et la statue de Victor Massé à Lorient