Bouquet 20 Durer ! Amplifier les succès initiaux rencontrés par ses peintures sur faïence dans les années 1870-1880

 

 

Bouquet 20  Durer !  Amplifier les succès initiaux rencontrés par ses peintures sur faïence dans les années 1870-1880

 

N’oublions pas que Michel Bouquet a commencé à peindre sous Charles X en 1827, et exposé pour la première fois sous le roi Louis-Philippe en 1834. Dans les années 1870 et 1880, celles de la Troisième République, la société et les goûts du public acheteur ont considérablement évolué.

Et pourtant il est toujours là, toujours apprécié par le public, vendant ses créations picturales qui lui permettent de vivre très confortablement à Paris et à Roscoff.

Le choix de reconversion de Michel Bouquet sur un créneau pictural qu’il avait estimé plus porteur en termes de revenus s’avère être le bon « Les céramistes sont dans le mouvement. C’est qu’ils répondent à un besoin véritable de notre époque, et à ses exigences d’ornementations extérieures et intérieures qui tourmentent tout ce qui s’occupe de la question d’habitation ».

Le journaliste salue également la modernité du mouvement

« Jamais il ne serait venu à la pensée d’un faïencier de ce temps là de traiter la terre émaillée comme la toile et le bois, et de peindre un véritable tableau sur la plaque de faïence qu’il va mettre au four. Mais nous sommes dans le siècle des nouveautés et des audaces. Aussi, nos céramistes abordent-ils l’émail avec des pinceaux qui n’hésitent point à confier aux trahisons de grand feu une figure, un paysage, ou un sujet de genre. » Le Constitutionnel, journal du commerce, politique, libéral, 2 juillet 1870

Et que nous dit Ernest Feydeau dans la Revue internationale de l’art et de la curiosité en 1870 ?

« Voici la physionomie ouverte de M. Michel Bouquet, l’heureux céramiste à qui son amour pour toutes les aventures de l’émail cru fondant au grand feu, a refait une seconde jeunesse.

Un vivant portrait d’artiste, surpris dans toute sa joyeuse et sympathique maturité ». Michel Bouquet est alors âgé de 63 ans, un âge où de nos jours tout le monde songe à prendre sa retraite.

 

Portrait de Michel Bouquet

Jaroslaw Cermak,1831-1878, Portrait de Michel Bouquet, huile sur toile, 47 x 60 cm, signé et daté en bas à droite, oeuvre de la collection personnelle de Michel Bouquet achetée en 1895 par la municipalité de Lorient, 1869 © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

 

Michel Bouquet connaît alors la gloire : celle d’être reconnu comme chef de file d’un courant artistique nouveau.

« M. Michel Bouquet est un de ceux que l’on peut ranger parmi les promoteurs du mouvement. Il a été un des premiers à marcher dans cette voie, et l’on peut dire que personne n’est allé plus loin que lui ». Le Constitutionnel, Journal du commerce, politique et littéraire, 2 juillet 1870

Michel Bouquet connaît alors la gloire, celle de rentrer de son vivant dans le musée de céramique de Limoges : « Dans les salles du musée, je vois des faïences des hispano-mauresques, des carreaux persans, d’Urbino, de Faënza, des Rouen, Moustiers, des Nevers, des Delft.

En faisant retour, je trouve des faïences de Minton, des frères Deck, de M. Michel Bouquet, le service de Bracquemond, des pâtes rapportées de Wegwood ». Ecoles et musée céramique de Limoges, Gazette des Beaux-arts .

Ironie de l’histoire, c’est Philippe Burty qui signe l’article, étant obligé de citer Bouquet, qu’il avait crucifié en 1863.

Michel Bouquet connaît alors la gloire, celle de rentrer de son vivant dans le musée des Arts décoratifs, au palais des Champs-Elysées : « De nombreux aristocrates prêtent des objets au musée pour son inauguration le 10 avril 1880. Messieurs Deck et Michel Bouquet avaient envoyé des morceaux importants de céramiques. Puis Michel Bouquet a fait don au Musée des arts décoratifs d’une peinture sur faïence émaillée » in Philippe de Chennevières, Revue des arts décoratifs, avril 1881, p. 8 1880.

Jules Noriac dans Paris tel qu’il est, Calmann-Levy, 1884. p. 277 souligne « Qui disait donc, je vous prie, que l’esprit se perdait en France ? Michel Bouquet, le peintre que vous savez, est un artiste de grande valeur, fort estimé de ses confrères. Ces admirables plaques peintes sur émail cru lui ont valu une réputation universelle. L’Angleterre le flatte, l’Amérique lui sourit, la Russie lui fait des avances et la Hollande l’adopterait volontiers ».

Michel Bouquet connaît alors la gloire, celle de figurer de son vivant dans les collections de musées anglaises, américaines, russes, australiennes.

Mais il sait pour la fréquenter depuis 1835 combien la gloire est éphémère, et se pose pour lui de manière lancinante une question dans les années 1870 et 1880. Comment durer ?

 

Oui, comment durer ?

1 Acquérir une maîtrise technique qui fait de vous un maître reconnu à l’échelle européenne

2 Embrasser le secteur de la publicité dans les journaux

3 Rester visible dans le champ médiatique : soigner ses relations avec la presse

4 Bénéficier d’un soutien de choix en la personne de Paul Casimir Périer, frère du futur Président de la République

5 Exposer systématiquement au Salon de Paris

6 Continuer à participer au mouvement de la modernité industrielle en exposant au Palais de l’Industrie : un Beau bien Utile

7 Saturer les espaces d’exposition commerciale du réseau des galeries artistiques

8 Participer aux nouvelles techniques de vente hors-salon  : les expositions éphémères

9 Toujours innover : vendre lors d’une exposition rétrospective consacrée à son oeuvre

10 Susciter des émules : devenir le chef de file d’une nouvelle génération

11 Participer à la mondialisation du champ artistique : les Expositions internationales de Londres 1871, Paris 1878, Sydney 1879 , Melbourne 1880

12 Rester, malgré toute cette gloire et ces succès, sensible aux malheurs des autres

 

1 Acquérir une maîtrise technique qui fait de vous un maître reconnu à l’échelle européenne

 

1 Quelles nouvelles avancées de la part de Michel Bouquet sur le plan technique entre les années 1860 et les années 1870/1880 ?

11 Un changement dans la composition des plaques ?

Il nous faudrait procéder à une analyse chimique des matériaux employés, elle reste à faire.

1870

Michel Bouquet, Paysage de vallée avec rochers plongeant vers la mer, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 32 x 50 cm, 1878 © Manufacture de Sèvres, MNC 7279

Michel Bouquet, Paysage de vallée avec rochers plongeant vers la mer, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 32 x 50 cm, 1878 © Manufacture de Sèvres, MNC 7279

1871 Marine en Hollande

Michel Bouquet, Marais de Keremma, 1871 Vente Brest, 12 décembre 2017

1875 A Biskra

 

12 Sur le plan de l’emploi des oxydes, on constate peu d’évolution entre les écrits de Brongniart et ceux de Théodore Deck

Comparons Brongniart 1844 et Deck 1887

BRONGNIART 1844 DECK 1887
1 Matières colorantes : oxydes simples
Oxyde de chrome Oui Oui
Oxyde de fer Oui Oui
Oxyde d’urane Oui Oui
Oxyde de manganèse Oui Oui
Oxyde de zinc Oui Oui
Oxyde de cobalt Oui Oui
Oxyde d’antimoine Oui Oui
Oxyde de cuivre Oui Oui
Oxyde d’étain Oui Oui
Oxyde d’irridium Oui
2 Matières colorantes : oxydes salifiés ou mêlés de matières terreuses
Chromate de fer Oui Oui
Chromate de baryte Oui Oui
Chromate de plomb Oui Oui
Chlorure d’argent Oui Oui
Pourpre de Cassius Oui Oui
Terre d’ombre Oui Oui
terre de Sienne Oui Oui
Ocres rouges et jaunes Oui Oui

 

Seul l’oxyde d’irridium s’ajoute à la liste de Brongniart. Mais ce dernier avait déjà mentionné cet oxyde dans son Traité des arts céramiques de 1844 en soulignant ses effets de gris et de noirs.  Ajoutons à cela que le chef d’entreprise qu’est Deck n’a peut-être pas envie de donner ses secrets de fabrication et d’ajouter ses nouvelles découvertes aux anciennes utilisations..

 

13 Comment continuer à attirer le public ?  élargir la palette des possibilités techniques de ce nouveau matériau pictural

 

Comment fait-il pour obtenir un tel effet de brouillard à partir d’un émail poudreux sur lequel il dépose des oxydes ?

Michel Bouquet, Vaches dans un pré, Peinture  sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 20 x 30 cm, s.d. © vente, Amiens, 1999

 

Brouillards, montez ! Versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Qui noiera le marais livide des automnes
Et bâtissez un grand plafond silencieux!

Stéphane Mallarmé, Vers et proses, 1893

 

14 Attirer les regards par la virtuosité : une maîtrise extraordinaire de la main

En  1871 il est en pleine maturité de son art, ce chemin creux dans un forêt est éblouissant de maîtrise. Ici on peut parler d’émail atmosphérique. Les sous-bois sont humides et légèrement brumeux, la terre de l’étroit sentier forestier est détrempée, des lierres plein de fraîcheur s’élancent à l’assaut des troncs perlants d’eau, le silence règne et les deux pies picorent en toute sérénité

 

Sous-bois brumeux, rendez-nous les échos de nos aïeux

Michel Bouquet, Paysage de forêt, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 50 x 35 cm, 1871  © vente Maynards, Canada, Vancouver,  27 mars 2012

 

15 Attirer les regards par une composition moderne, où les premiers plans sont plus élevés que les arrières-plans

 

Dans les plis du vallon vert, toujours nous attend la mer

Michel Bouquet, Paysage de vallée avec rochers plongeant vers la mer, Peinture sur email cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 32 x 50 cm, 1878 © images-art, Manufacture de Sèvres, MNC 7279

 

Une faïence achetée par la manufacture de Sèvres

Paiement de 300 francs à Michel Bouquet pour Paysage de vallée avec rochers plongeant vers la mer, 9 juin 1878 © Archives de la manufacture de Sèvres

 

2 Embrasser le secteur de la publicité dans les journaux

Tout comme Sarah Bernhardt, Michel Bouquet a parfaitement compris les règles de la vente publicitaire pour un marché de masse. Un exemple parmi d’autres :  les 16 et 17 décembre 1876 , les faïences Rudhart lui consacrent un espace publicitaire dans un journal quotidien, politique et littéraire, Le Temps. L’affiche mentionne Grand feu, peintes sur émail cru, Architecture, Pièces, Oeuvres de Michel Bouquet, 1 rue Halévy. Il proposerait donc aussi des travaux qui s’inscriraient dans l’architecture d’une maison. C’est ce qu’il avait fait avec ses plaques de faïence sous forme ovale pour intégration dans l’architecture de la salle à manger du duc de Montebello , puis avec ses plaques intégrées dans des boiseries de bois confectionnées spécialement à cette occasion pour le cabinet des dames du transatlantique Princesse Eugénie, et dans des meubles d’intérieur de luxe à l’Exposition internationale de Paris en 1878.

 

Le Temps, 1876 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Le Figaro, 1877 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Le Rappel, 1879 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Journal Officiel de la République française © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Des articles qui ne sont que des publicités déguisées, des incitations à aller voir.

Il est cité dans le journal Le Rappel du 13 mai 1879 pour un Paysage, Peinture sur émail cru dans le cadre d’un reportage sur le salon de 1879 « Nous donnons nos notes sommaires de première impression. Parmi les ouvrages qui, après les portraits et les tableaux d’histoire que nous avons cité hier, captiveront les yeux et la pensée du public, nous citons parmi les peintures sur faïence et sur autres matières : Fabre, La dîme, émail cru ; Michel Bouquet, Paysage, émail cru ».

La même année dans L’Univers illustré « Salon, nous montons au premier étage du palais pour accorder un coup d’œil rapide à ses œuvres que nul ne regarde, etc. critique, qui sont l’espoir suprême des graveurs, etc. Injustice blessante me direz-vous. Je partage votre avis. Mais il n’est au pouvoir d’aucun de nous de placer des gardiens la porte d’entrée pour crier aux visiteurs : « Ne négligez pas les pastels ! Allez tout droit aux faïences ! » Ces choses-là ne se commandent pas. Pourtant Monsieur Michel Bouquet, célèbre peintre sur émail, ne serait pas je suppose, indigne d’une minute d’attention ». L’Univers illustré, juillet 1879

 

3 Soigner ses relations avec la presse

Les relations de Michel Bouquet avec le milieu journalistique sont très étroites. Elles lui garantissent au accès au grand public, une plus grande visibilité dans le monde artistique et dans celui des acheteurs potentiels.

Le 26 novembre 1880 s’ouvre l’Exposition de La Presse. Créé par Emile de Girardin en 1831, c’est un des premiers journaux véritablement populaires. Son orientation politique est fluctuante, mais l’orientation dominante est conservatrice. Y collaborent des personnages qui connaissent bien Michel Bouquet : Alexandre Dumas, Théophile Gautier qui y tient une rubrique consacrée à l’art. Victor Hugo et Gérard de Nerval ont également signé des articles dans ce journal. Des romanciers n’hésitent pas dans le milieu du XIXe siècle à y publier des extraits de leurs œuvres : Balzac, Le curé de village ; Lamartine ses Confidences ; George Sand, Histoire de ma vie. C’est aussi dans ce journal qu’on assiste à la grande vogue des romans qui paraissent sous forme de feuilletons, afin de fidéliser le public : Alexandre Dumas y a rédigé les épisodes successifs de La San Felice.

Que dit le journaliste qui rend compte de l’inauguration de cette exposition ?

« De Michel Bouquet, celui que depuis longtemps déjà, nous saluons comme le maître des peintres céramistes contemporains, nous avons la bonne fortune de pouvoir montrer à nos amis deux tableaux très variés comme tonalité et comme aspect. Ils sont peints tous deux sur émail cru, d’un pinceau sûr de lui, plein de vigueur et d’éclat. L’un de ces tableaux représente les bords d’une rivière coulant entre ses rives fleuries, dans un site agreste plein de fraîcheur et de poésie. L’autre, les côtes de Bretagne par un gros temps. La mer soulevée, le ciel orageux, l’atmosphère saturée de l’embrun de la vague marine, tout cela est rendu par Monsieur Michel Bouquet avec la justesse et la puissance d’un véritable artiste.

Monsieur Michel Bouquet, qui est un ami, nous traite en amis, et à ses deux jolis tableaux sur faïence il a joint deux feuilles de papier bristol, dont chacune est couverte de 19 cartes de visites qui sont autant de petits tableaux à l’encre de Chine, dont l’élégance, la distinction et la finesse de liens ne laisse rien à désirer que d’en être le possesseur… » Louis Enault, La Presse, 26 novembre 1880.

 

Atelier Nadar, Louis Enault, Photographie positive sur papier albuminé, d’après négatif sur verre, 8,5 x 5,8 cm après 1850 ©  Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Une excellente stratégie utilisée par Michel Bouquet auprès des journalistes :  un produit, un gratuit, un placement, une publicité, le tout anglicisé aujourd’hui sous le nom de marketing

Cours d’eau

Michel Bouquet, Cours d’eau, Lavis d’encre sur bristol, 7,8 x 12,5 cm, signé en bas à droite, daté au dos et dédicacé, Ancienne collection Monsieur et Madame Haraux, amis du peintre, 1882 © vente Bayeux enchères, 2 avril 2018

Sous-bois

Michel Bouquet, Sous-bois, Lavis d’encre sur bristol, 11,2 x 8 cm, signé en bas gauche, daté au dos, Ancienne collection Monsieur et Madame Haraux, amis du peintre, 1880 © vente Bayeux enchères, 2 avril 2018

Côte de Bretagne

Michel Bouquet, Côte de Bretagne, Lavis sur bristol, 5,2 x 9 cm , signé en bas à gauche, titré au dos, Ancienne collection Monsieur et Madame Haraux, amis du peintre, s.d. © vente Bayeux enchères, 2 avril 2018

Barque sur la Tamise

Michel Bouquet, Barque sur la Tamise, Lavis sur bristol, 5,2 x 9 cm, titré au dos, signé en bas à droite, Ancienne collection Monsieur et Madame Haraux, amis du peintre, s.d. © vente Bayeux enchères, 2 avril 2018

Paysage à l’étang

Michel Bouquet, Paysage à l’étang, Lavis d’encre sur bristol, 7,3 x 11,5 cm, signé à droite, daté au dos, Ancienne collection Monsieur et Madame Haraux, amis du peintre, 1880  © vente Bayeux enchères, 2 avril 2018

 

Un milieu dans lequel il se meut avec facilité comme le montre cet article du 10 mars 1882 :

« Le comité du cercle de La Presse a fêté hier dans un dîner intime présidé par M. Auguste Vitu, trois de ses membres récemment promus au grade d’officier de la Légion d’honneur, MM. Edouard Detaille, 34 ans, Alphonse de Neuville », 47 ans, un ancien mousse lorientais, dont la vie est un roman

 

Parmi les convives présents, citons au hasard MM. Michel Bouquet, artiste céramiste distingué, 65 ans

Bayard et Bertall, Portrait de Michel Bouquet, épreuve sur papier albuminé à partir d’un négatif verre, contrecollée sur papier canson, 10x6cm, avant 1866 © images-art.fr, Musée d’Orsay; Michel Bouquet, Michel Bouquet, Paysage de bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 31 x 51 cm, signée et datée, 1874 © vente, Galerie Kerkamak

 

Falguière, peintre et sculpteur, 51 ans

Nadar, Alexandre Falguiere, Photographie, tirage de démonstration s.d. ©  Source gallica.bnf.fr / BnF ; Alexandre Falguiere, Vainqueur au combat de coqs, 1864 © Photographie Didier Descouens, Toulouse, 2013

 

Alfred Stevens, le peintre des femmes, mais aussi un artiste qui enseignait à un atelier de femmes les secrets de l’utilisation du dessin et des couleurs, 59 ans

Robert Jefferson Bingham, Portrait d’Alfred Stevens, Photographie sur papier albuminé, après 1850 © Source gallica.bnf.fr / BnF ; Alfred Stevens, Dans le studio, Huile sur toile, 106.7 x 135.9 cm (42 x 53 1/2 in.), 1888 © Metropolitan Museum, New York

 

Bastien Lepage, le peintre des humbles lorrains et de Jeanne d’Arc, 34 ans

Dagron, Portrait de Bastien Lepage, Photographie, tirage sur papier albuminé, 9,2 x 5,6 cm, entre 1870 et 1890, © images-art.fr ; Jules Bastien Lepage, Jeanne d’Arc, Huile sur toile, 254 x 279 cm, 1879 © Metropolitan Museum of Art, New York

 

Jean Béraud, le peintre du Paris de la Belle époque, 32 ans

Nadar, Jean Béraud, Photographie, épreuve argentique contrecollée sur carton, 7 x 4 cm vers 1880  © images-art.fr, Photographie Gérard Blot ; Jean Béraud, After the Misdeed, Huile sur toile, 38 x 46 cm, 1889 © Tate Gallery’s Collection of Modern Art, London

Edouard Pail, le peintre des couleurs chaudes, 31 ans

Anonyme, Portrait d’Edouard Pail, Photographie, s.d. © oniros.fr ; Edouard Pail, Chemin de campagne aux bruyères, Huile sur toile, signée en bas à droite, 33 x 46 cm © vente lot 75, Aguttes, 27 février 2014

 

Coquelin aîné, acteur célèbre sur les planches parisiennes, 41 ans

Napoleon Sarony, Portrait de Coquelin aîné dans Les Précieuses ridicules de Molière, 1888  © New York Public Library ; Raimundo de Madrazo y Garreta, Portrait en pied de Constant Coquelin l’aîné dans le rôle de Don César de Bazan du Ruy Blas de Victor Hugo, Huile sur toile, 201 x 78 cm, 1879 © vente, Sotheby

 

Arcos, Santiago, Jean Aubert,

Luis Ricardo Falero, duc de Labranzano, le peintre par excellence des corps féminins et de la conception masculine de la femme dans cette seconde moitié du XIXème siècle, 32 ans

Luis Ricardo FALERO, Le vin Ginguet, Le vin de Tokai, Huiles sur toile, 47,5 x 64 cm, s.d. © vente lot 78, Ader, 16 décembre 2016

 

Giovanni Boldini, le peintre des toilettes masculines et féminines de la high upper class, 40 ans

Giovanni Boldini, Le comte Robert de Montesquiou, Huile sur toile, 115 x 82 cm, 1897  © images-art.fr ; Giovanni Boldini, Jeune femme au chapeau à plumes, Aquarelle , 313 x 342 cm, s.d. © images-art.fr

 

Mario Uchard, homme de lettres, célèbre pour son duel épistolaire et judiciaire avec Victorien Sardou sur la notion de propriété littéraire, 58 ans

 

Nadar, Mario Uchard à la lumière électrique, Photographie positive sur papier salé, 22,6 x 16,8 cm, vers 1869 © Source gallica.bnf.fr / BnF ; Victorien Sardou, Mes plagiats ! Réplique à Mario Uchard, Paris, 1882 © Source gallica.bnf.fr / BnF ;  Claude Monet, Mario Uchard, D’après une photographie d’Etienne Carjat, Crayon graphite sur papier, 32 x 24 cm, Référence number 1933.891, non signé, entre 1857 et 1860 © Art institute of Chicago

 

L’extraordinaire pianiste et professeur au conservatoire Louis Diemer, 39 ans

Atelier Nadar, Portrait de M. Diemer, Photographie positive sur papier albuminé, d’après négatif sur verre, 22,3 x 16,2 cm, avant 1890 ©  Source gallica.bnf.fr / BnF ; Louis Diemer, Valse extraite de la sérénade pour instruments à cordes de P. Tschaïkowsky, op. 48, transcrite pour le piano, Edition Mackar, 1888 ©  Source gallica.bnf.fr / BnF ; Louis Diemer jouant la valse chromatique de Godard en 1906

 

Victorin de Joncières, compositeur et critique musical français, 43 ans

Anonyme, Victorin de Joncières, Photographie, 12,5 x 8,5 cm, s.d. © Source gallica.bnf.fr / BnF ;  Victorin de Joncières, Ouverture de Dimitri, Opéra en cinq actes,  Livret, 1876 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Le peintre orientaliste Georges de Dramard, 44 ans

Edmond Bénard, Georges de Dramard dans son appartement, Photographie, épreuve sur papier albuminé, 19 x 26,5 cm, avant 1890 © vente lot 38, Estim nation Paris, 28 septembre 2013 ; Georges de Dramard, Tunisiens en conversation, Huile sur toile, 55 x 33 cm, s.d. © vente lot 113,  Drouot, 20 mai 2011

 

Richard O’Monroy, 33 ans

Joseph Uzanne, Portrait de Richard O’Monroy, Figures contemporaines tirées de l’Album Mariani, Librairie Henri Floury, Paris, vol V, 1900 © Source gallica.bnf.fr / BnF ; Richard O’Monroy, Les femmes des autres, Calmann Lévy, 1879 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Dans ce cadre réservé à quelques happy few, Michel Bouquet est considéré comme un invité de marque  et côtoie comme il l’a toujours aimé le faire depuis 1830 la nouvelle génération d’artistes, qu’ils soient peintres, musiciens ou écrivains.

Dans le cadre des relations avec la presse, Michel Bouquet est efficace. Ses expositions font l’objet de relations dans différents journaux et revues. On peut citer pour la période Le Gaulois, Le Temps, Le Rappel, La Semaine des familles, Le Petit parisien, Le Pays,  Journal des volontés de la France, le Journal officiel de la République française, la Lanterne, le Constitutionnel, Journal du commerce, politique et littéraire, Gil Blas, Journal des débats politiques et littéraires, Le Matin, La Presse, La Liberté, La Justice, Le XIXème siècle, L’Univers, Le Figaro, L’Univers illustré, L’Intransigeant, Le Cri du peuple, The New York Herald, European edition,

Pour durer, il lui faut figurer dans les comptes-rendus des revues artistiques. C’est le cas dans La Revue artistique et littéraire, le Bulletin de l’Union des arts, la Revue des Beaux-arts, la Revue des Beaux-arts appliqués à l’industrie, les Annales de la Société libre des beaux-arts, Le Courrier de l’Art, La Gazette littéraire et artistique, la Chronique des arts et de la curiosité, le Supplément à la Gazette des Beaux-Arts , l’Union des arts, nouvelles des beaux-arts, des lettres et des théâtres, l’Almanach de la littérature, du théâtre et des Beaux-arts, l’Art en province, la Correspondance littéraire : critique, beaux-arts, édition, la Revue des arts décoratifs, la Revue intenationale de l’art et de la curiosité,

D’autres articles concernant Michel Bouquet paraissent dans les ouvrages consacrés aux compte-rendus des diverses expositions comme  Albert Patin de la Fizelière, Memento du Salon de peinture, de gravure et de scupture en 1875, indiquant les oeuvres les plus remarquables exposées au Palais de l’Industrie, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1875, etc.

Nadar,  Albert Patin de la Fiselière, Caricature, Dessin au fusain rehaussé de gouache, sur papier brun, 23,1 x 15,1 cm, après 1850 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Sa célébrité fait qu’il se retrouve de son vivant dans les dictionnaires, comme celui de Pierre Larousse, Le Grand Dictionnaire universel du XIXème siècle, paru entre 1866 et 1877 ou celui d’ Émile Bellier de La Chavignerie et de Louis Auvray, le Dictionnaire général des artistes de l’École française depuis l’origine des arts du dessin jusqu’à nos jours : architectes, peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes, Paris, 1882

Émile Bellier de La Chavignerie, Louis Auvray, le Dictionnaire général des artistes de l’École française depuis l’origine des arts du dessin jusqu’à nos jours : architectes, peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes, Paris, 1882 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

4 Bénéficier d’un soutien de choix en la personne de Paul Casimir Périer, frère du futur Président de la République

Paul Casimir Périer, l’arrière petit-fils d’un des fondateurs de la Banque de France, le petit-fils d’un chef de gouvernement sous Louis-Philippe en 1831, le fils d’un ministre dans le gouvernement Thiers de 1871 à 1873, lui-même banquier et futur député de la gauche républicaine sous la Troisième république, fait un vibrant éloge des travaux de Michel Bouquet dans sa critique d’art Propos d’art à l’occasion du salon de 1869, p.277-288

 

Paul Casimir-Périer, Propos d’art du Salon de 1869, Revue du Salon,Pparis, Lévy, 1869 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

« Une fort bonne marine, par Michel Bouquet, Marée basse, est placée trop haut pour qu’on puisse l’apprécier à son aise. Beaucoup d’éclat et de bonne lumière, de la vérité dans les détails, un bon sentiment marin, voilà bien le signalement d’un peintre matelot, pêcheur et bourgeois de Roscoff, ayant son pignon et sa digue à même les grands et sauvages enrochements de mer qui bordent la baie de Morlaix. Au surplus, je voudrais bien pouvoir attaquer cet emploi des rares et multiples aptitudes que Michel Bouquet tient à son service. Il serait dommage de le voir se détourner peu ou prou de l’art considérable et nouveau dont il est l’incontestable et incontesté créateur.

Un seul, entendez bien, un seul, et, par cela seul aussi, plus fort et plus hardi, plus méritant et plus illustre un jour, avait tenté d’importer en céramique le paysage nature. On vit alors, ce que des progrès incessants nous font mieux voir encore aujourd’hui, c’est-à-dire de quel haut intérêt cette glorieuse conquête dans l’art céramique est pour l’art universel.

L’attention du monde artistique s’était vivement portée sur les extraordinaires paysages et marines peints par Monsieur Michel Bouquet sur faïence émaillée. Comme tous les artistes, sans exception, Monsieur Bouquet est soumis, quant au mérite ordinaire de la peinture, à tous les caprices du jugement de la foule, comme à la discussion de tous amateurs et critiques.

Mais refuser à ces travaux céramiques, en tant que peinture proprement dite – et le procédé mis hors de cause – un rang des plus distingués, ce serait une injustice pure à mon sens.

J’y trouve même à certains égards de certaines vertus – nées du procédé pour un peu, je crois – qu’aucune main ne saurait donner à la peinture à l’huile.

Mais revenons à la spécialité technique de celle de Monsieur Bouquet. Ce qu’il faut admirer, honorer plus encore, c’est à quel haut degré d’avancement il a conduit son art, par le ton et par la façon, sur la voie d’un bon réalisme, dans la représentation des choses de la terre et du ciel. Cet art, jusqu’à lui maintenu par défaut de moyens ou par faiblesse de goûts dans les aigreurs, ou dans la chlorose d’un badigeonnage offensant.

 

Michel Bouquet, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Achat par Paul Casimir-Périer et don à la Ville de Lorient © Réserves, Musée municipal de Lorient

 

Ce que l’artiste a dû dépenser de courage et de persévérance, de temps et de recherche, celui-là seul peut le comprendre qui sait les données et les moyens du travail, qui sait par exemple :

Que l’on peint sur cru, c’est-à-dire sur une épaisseur d’un demi centimètre de pâte sèche, blanche et mate ;  un mélange d’oxyde de plomb et d’étain, de sable, et d’un peu de sel marin, de minium et de soude.

Que cette pâte est pulvérulente, s’attache au doigt et que tout y fait tache.

Que les couleurs sur les poudres métalliques, qui n’ont au moment de l’emploi, rien absolument de commun, par la nuance, avec ce qu’elles seront après la cuisson.

Qu’il faut peindre du premier coup, sans retouche possible, et qu’on avait pu seulement tracer d’abord librement les contours du dessin, le trait, au moyen d’une couleur végétale que le feu volatilisera.

Que la pièce préparée de la sorte exige, pour sa cuisson le plus grand feu de four et doit y subir une chaleur énorme pendant au moins 36 heures.

Qu’elle y est confondue le plus souvent avec la faïence à poêle, ordinaire.

Qu’un léger excès de plus ou de moins, dans l’opération, rend l’image archi-violente, ou la laisse absolument fade.

Et qu’enfin, dans l’état actuel des moyens de cuisson, matière ardue si ce n’est obscure à la plus haute science, une foule d’accidents de surface tels que : gerçures, coulage, écaillage, bouillons, sucés, ponctuage, trous et coque d’oeufs, sans parler des cas de brisures, condamnent l’artiste à perdre à peu près la moitié des pièces ornées par lui de ses meilleures peintures, avec les soins les plus minutieux.

Tourtin, Portrait de Paul-Casimir Périer, député, sénateur de la Seine-Inférieure, Le Panthéon de l’industrie, 29 mai 1887 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Monsieur Bouquet a tout étudié, matériaux, moyens, départs de ton, chances et degrés de fusion, accidents ou bonheurs. On comprend maintenant qu’il ait été jusqu’ici le seul à cette grande entreprise.

Car il faut savoir que les neufs dixièmes des produits que l’on croit appartenir à ce genre sont obtenus à petit feu dans des conditions infiniment plus simples, et qu’on n’en voit d’ailleurs aucun de sérieux, en fait de paysages.

Il ne fallait pas moins qu’une vocation, qu’un génie spécial, que la sainte passion artistique, pour conduire un homme de plus de cinquante ans alors, d’un talent déjà fait, un peintre, un dessinateur, déjà couvert de chevrons, à de pareils labeurs, à travers tant de hasards et de déceptions.

C’est donc là, je le répète un courageux, un noble, un grand exemple ! C’est là un caractère, une figure, un homme !

Michel Bouquet, Marée montante, Vaches s’abreuvant, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 30 x 49 cm, signé en bas à gauche, Achat par Paul Casimir-Périer et don à la Ville de Lorient  © Réserves, inv. n° 62, Musée municipal de Lorient

 

Ces résultats dépassent de cent coudées tout ce qui s’est jamais fait d’analogue. Au XVIe siècle, dans l’ère suprême de la majolique, et plus tard au XVIIIe, quand vers 1775, après une longue décadence, l’art eut un réel accès de vie dans les fabriques d’Urbino, il n’y a jamais eu que des informités à peine qualifiables du nom de quasi-paysages. Le plus souvent ils sont odieux à tout œil harmoniste, par les crudités ou par la lymphe du coloris.

Les fabriques de Delft, en Hollande, ont aussi produit des peintures sur cru, paysages ou marines, quelques-unes, les petites, sont polychromes. Mais les grandes, inférieures encore de taille à celles de Monsieur Bouquet, sont monochromes et presque toujours en camaïeu bleu, sans effet aucun ; un trait, d’un dessin naïf et d’une perspective enfantine.

Ainsi, Monsieur Michel Bouquet est le premier qui, par la couleur et par l’effet, non moins que par la vérité, par la sincérité de la composition, ait obtenu des paysages nature, sur faïence émaillée, cuite au grand feu de four, c’est-à-dire de véritables œuvres d’art, comme toutes les autres, mais absolument inaltérables à toujours, indestructibles par toute autre cause qu’une chute violente ou qu’un coup de marteau.

Toutefois il est encore loin de se croire parvenu là où il veut et là où il pense qu’on peut aller. Qui sait ?

C’est un beau titre, et c’est un grand honneur qui lui permet de se passer des autres.

Les deux cadres de Monsieur Michel Bouquet se voient, l’un dans la salle des noyés du salon, tout au bout des dessins : Les quatre saisons numéro 2549, le second sur le palier du grand escalier, Paysage en Savoie, numéro 2550″.

 

5 Exposer systématiquement au Salon de Paris

 

1870 Marée basse, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1870, Oeuvre non retrouvée in Dictionnaire 1882

1870 Paysage le soir, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 24 x 36 cm, faïence au grand feu, Salon de 1870, Oeuvre non retrouvée, une des plus remarquables productions de cet artiste selon Demmin dans le Catalogue du Musée des arts Dictionnaire des industries

« Aujourd’hui que nos céramistes ont une salle, qu’ils occupent fort bien, et où le public ne manque jamais d’aller les voir, nous avons vu dans nos diverses expositions des paysages signés de Michel Bouquet, qui avaient tout de véritables tableaux à l’huile ; les arbres avaient la même légèreté, les terrains la même souplesse onduleuse, et l’eau la même fluidité.

Ce sont ces précieuses qualités que je retrouve cette année dans le petit tableau intitulé Le Soir, et celui que l’auteur appelle la Marée basse, où tous les phénomènes qui accompagnent la retraite de la vague marine sont fidèlement reproduits ». Le Constitutionnel, Journal du commerce, politique et littéraire, 2 juillet 1870

 

En 1871, pas de Salon, au vu des évènements

Adolphe Glock, Hôtel de ville de Paris, Ruines après les combats et l’incendie, Photographie, 1871 © Paul Getty Museum, Californie

 

Adolphe Glock, Hôtel de ville de Paris, Parisiens devant les ruines après les combats et l’incendie, Photographie, 1871 © Paul Getty Museum, Californie

 

Les lettres par ballon monté que Michel Bouquet attend à Roscoff et dont se moque Tristan Corbière sont envoyées de Paris assiégé

Puvis de Chavannes, La ville de Paris investie confie à l’air son appel à la France, gravure, 1870 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Lettre envoyée par ballon monté à Lorient

Général Renaut, Lettre pour Etretat, puis Loriant par ballon monté, départ rue de Palestro, Paris 6-10 décembre 1870, cachet d’arrivée à Lorient, 25 décembre 1870 © vente, Paris, 2019

 

1872 Marée basse, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1872, n° 190 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

1872 Soleil levant dans le brouillard, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1872, n° 191 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

« Monsieur Michel Bouquet est toujours maître dans son art particulier : sa Marée basse et son Soleil levant sur faïence valent ses meilleurs ouvrages ». Jules Claretie, Peintres et sculpteurs contemporains, L’art français en 1872, p. 291

 

1873 Barques de la Tamise, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1873, n° 159 du livret du Salon Appartient à M.A. Périer, Oeuvre non retrouvée

« Ses barques sur la Tamise sont surprenantes d’exécution ; il est arrivé à des résultats étonnants, inespérés, de tons et d’harmonie » Jules Claretie

1873 Intérieur de forêt, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1873, n° 160 du livret du Salon ; mais où il est surtout à son aise, c’est dans ses bois, en plein paysage agreste. Son intérieur de forêt peut être comparé à ce que les toiles voisines offrent de plus remarquable. Quelles chaudes teintes automnales ! Le ton de cette verdure est un peu cru ; mais quelle fraîcheur !

 

1874 Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1874, n° 1934 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

1874 Pêcheurs de sardines sur les côtes de Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu,  Salon de 1874, n° 1935 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

1874 Coup de soleil entre deux ondées, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1874, n° 1936 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

Au Salon de 1874 M. Michel Bouquet est toujours le chef de la tribu, de plus en plus nombreuse, des peintres céramistes. La semaine des familles, revue universelle illustrée, 27 juin 1874, p.199

« MM. Michel Bouquet et Shopin demeurent encore les rois de la peinture sur faïence. Mais sur leurs traces, à des distances inégales, marchent de vaillants praticiens nommés Gustave Noël, Bourdery, Cuvillon, Grobon, et Mlle Amélie Lelong qui expose un excellent portrait de notre confrère Robert Mitchell ».  Journal officiel de la République française, Salon de 1874, 15 juillet 1874

Cette année-là il reçoit un rappel de médaille d’argent, un Prix de première classe et reçoit un éloge, alors que l’un des membres du jury de la Vie section et le seul non-professionnel, l’homme de lettres Philippe Burty, est l’un de ses plus grands détracteurs. Le Président est Albert Jacquemart, auteur de l’Histoire de la céramique en 1873, le vice-président le maître-verrier Paul Bitterlin, les membres, Théodore Deck, un des plus grands faïenciers français, Adrien Dubouché, le directeur du musée céramique et des écoles de beaux-arts appliqués à l’industrie de Limoges, Léon Parvillée, auteur d’un livre sur l’art turc qui paraît la même année, céramiste orientaliste très admiré, futur créateur, en 1885, du très beau décor de faïences des thermes de Bourbon-l’Archambault, chercheur et historien de l’art.

 

Au Salon de 1875 où l’on peut admirer Gavarni, Harpignies, Pils, Appian, Allongé, Saintin, et Emile Bergerat souligne que  « Dans les faïences et les porcelaines, M. Shopin n’ayant pas exposé, nous n’avons à citer que M. Michel Bouquet, un grand artiste dans la faïence, et qui reste toujours digne de sa célébrité européenne ». Emile Bergerat, Journal officiel de la République française, Salon de 1874, 16 juillet 1874

C’est l’année ou Joséphine Houssay présente au Salon un portrait de lui, un dessin, traité avec goût et une étude consciencieuse, une oeuvre non retrouvée.

1875 Les vaches noires, plage de Villers, Calvados, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1875, Oeuvre non retrouvée

« Au tour des faïences. Il y en a beaucoup de médiocres, quelques-unes très-jolies. Parmi les meilleures, celles de M. Bouquet : Les Vaches noires, excellente marine, où la mer toutefois est trop confusément rendue. M. Bouquet, depuis longtemps hors concours, est très-sûr de son métier. » Un compte-rendu par le critique Mario Proth qui s’est engagé à fond contre les travaux de Cabanel et de Bouguereau, admirateur de Manet. Michel Bouquet a évité l’écueil de la nouvelle disgrâce picturale initiée par les critiques, et surtout par les galeristes et les marchands, depuis longtemps impatients de remplacer les choix de l’administration par de justes retours sur investissement.

Un petit clin d’oeil à cette faïence avec Vaches pie-noir sur la plage à Concarneau

Charles Augustin Lhermitte, Vaches couchées sur la plage à Concarneau, Photographie, Aristotype contrecollé sur carton, 8,3 x 11 cm, 1912 © images-art.fr

 

« Une Plage de Villers-sur-Mer, où Michel Bouquet et Jean-Louis Petit se sont rencontrés pour peindre cette plage, où naguère un autre membre de notre Société, M. Pigeory, architecte, était venu fonder une colonie, aujourd’hui florissante in Annales de la Société libre des Beaux-Arts, Paris, 1875, p. 50. Le Port de Saint-Vaast-la-Hougue, marée basse, soleil couchant, une marine de Jean-Louis Petit, ressemble étrangement à une aquarelle de Bouquet ; 1875 ; selon les Annales de la Société libre des Beaux-arts, 1875, p. 87 et selon Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, 1880

1875 Tentes arabes près de Biskra, province de Constantine, Peinture sur émail cru stannifère, 30x51cm, signé et daté en bas à gauche, Salon de 1875, intitulé de l’oeuvre selon Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, 1880, vente, lot 99, Rouillac, Vendôme, 28 janvier 2013

 

Une faïence analysée dans le Chapitre 6 Etre toujours à l’écoute du marché et des acquéreurs : le moment orientaliste

Michel Bouquet, Tentes arabes près de Biskra, province de Constantine, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 30 x 51 cm, signé et daté en bas à gauche, Salon de 1875  © vente, lot 99, Rouillac, Vendôme, 28 janvier 2013

 

« Le grand talent de M. Bouquet, et sa supériorité, consistent surtout dans l’habileté prodigieuse avec laquelle il obtient, dans un genre de peinture où l’on ne peut apprécier l’effet cherché qu’après la cuisson de la pièce, les jeux de lumière, les transparences et les finesses de la demi-teinte spéciaux à la peinture à l’huile. Ses faïences ont l’harmonie et la magie d’aspect des meilleurs tableaux de paysage ». Mémento du Salon de peinture, de gravure et de sculpture, 1875.

 

1876 Le marais de Kanfroux, Kéremma, Finistère, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1876, n° 248 du livret du Salon

Peut-être celui-ci ? Mais pour un salon, Michel Bouquet n’aurait pas omis de mettre la date

Michel Bouquet, Héron dans un marais, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu,25 x 37 cm, signée et datée, 1871 © vente, lot 51,  Adjug’art, Brest 12 décembre 2017

 

1876 Le ruisseau de Kéremma, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, Salon de 1876, n° 249 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

Les artistes au salon de 1876 : « Qu’il soient peints sur faïence ou brossés sur toile, comme ces vues du marais de Kamfrout et du Parc de Keremma, les paysages de Monsieur Michel Bouquet respirent la même fraîcheur, le même accent de vérité ».

 

Une oeuvre qui doit être très proche de celle-ci, conservée dans les réserves du Musée municipal de Lorient

Michel Bouquet, Le ruisseau dans la forêt, Huile sur toile, 59 x 47 cm, s.d. © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 70

 

un thème qu’affectionne également son ami Troyon, hélas disparu 10 ans auparavant

Nadar, Portrait de Constant Troyon , Tirage sur papier enduit de sel de cuisine et de nitrate d’argent, 21 x 16 cm, après 1860 © Paul Getty Museum, Los Angeles ; Constant Troyon, Ruisseau dans le bois, Huile sur toile, 32 x 46 cm, après 1860 © images-art.fr

 

1877 Un étang en Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, Salon de 1877, n° 2349 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

La céramique a fait une précieuse conquête le jour Monsieur Michel Bouquet a quitté la toile pour la terre, et, séduit par l’inaltérabilité de l’émail et la durée en quelque sorte indéfinie que le feu donne à tout ce qu’il touche, quand il ne le dévore pas l’instant, a consacré à la peinture sur faïence un talent dans toute la force de sa maturité, auquel le travail a donné tout ce qu’il lui était possible d’acquérir, sans que les jalouses années lui encore enlevaient de la se de sa puissance. Les faïences peintes de Monsieur Michel Bouquet attirent les regards de tous les connaisseurs. On sent dans ses œuvres l’homme qui a étudié la nature en peintre et en amoureux, et qui en a rendu tous les aspects avec une fidélité saisissante. Il est difficile, même à ceux qui sont le plus étrangers aux mystères de la fabrication de la céramique, de passer devant ces belles créations sans s’y arrêter un moment. Pour tous ceux au contraire, qui connaissent les difficultés inhérente à ce travail, d’une nature toute particulière ; pour tous ceux qui ont expérimenté les duretés et les trahisons du feu, et qui savent que cet auxiliaire du céramiste est parfois son plus cruel ennemi, ils ne peuvent trop qu’admirer l’habileté mêlée de bonheur avec laquelle M. Michel Bouquet échappe à tous les dangers, grâce à une exécution aussi sûre d’elle-même devant la plaque couverte d’émail cru sur laquelle il va promener son pinceau, fait du fin poil des rats d’Espagne, qu’il le serait devant une toile ordinaire ou un simple panneau. En fait de peinture céramique, il n’est pas seulement un maître, il est le maître.Louis Enault, Les arts industriels, Vienne, Londres, Paris, Paris, Hachette, 1867, p.187.

 

1877 Le vieux moulin, clair de lune, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1877, n° 2350 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

D’aucuns se plaignent des conditions d’exposition : « La céramique au salon est de plus en plus sacrifiée. Les maîtres du jury, les peintres, ceux qui « font sur toile » la dédaignent, sans doute parce qu’ils l’ignorent profondément. Ils la livrent à M. Grosmaur, un homme d’administration armé d’un mètre, qui pour ne point se tromper, admet indistinctement et classe confusément tous les produits offerts à sa routine dévorante. Faïences grand feu, sous couverte, sur cru, porcelaines dures, tendres, sont accrochées pêle-mêle, en faux-jour, et signalées en quelque sorte à l’indifférence du public. On leur octroie généralement les honneurs de l’antichambre. Ce n’est que de l’art dit industriel ! Et les artistes dits industriels, vivant de l’industrie de leur art, vivant de l’industrie de leur art, mêlés incessamment à l’activité nationale, sont gens fort indépendants, rebelles, pour l’ordinaire, à la doctrine et aux câlineries administratives, pour tout dire de ces malappris de républicains dont œuvres et personnes doivent agacer tout particulièrement les sensibles nerfs de l’Impériale Pontificale Administration des Beaux-arts. Depuis des années les artistes protestent. Cà commence à vous ennuyer, répond une direction joviale ; eh bien ! Nous allons recommencer.

C’est à l’Union centrale que la céramique est très bien exposée, qu’elle est brillante. »

 

1878 Un marais à Keremma, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1878, Oeuvre non retrouvée

1878 Une ferme à Keremma, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1878, Oeuvre non retrouvée

 

1879 Marée basse, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1879, appartenant à M. Casimir Périer, Oeuvre non retrouvée

1879 Paysage en Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1879, Oeuvre non retrouvée

 

1880 Galiote hollandaise, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1880, , Oeuvre non retrouvée

1880 Le ruisseau, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1880, Oeuvre non retrouvée

« Michel Bouquet, le vétéran du genre et son rénovateur, sinon créateur, sorties de ses habiles mains »

 

1881 Bords de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1881, achetée par M. Bouzemont, Oeuvre non retrouvée

1881 Souvenir des bords du Scorff, en Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1881, achetée par M. Bouzemont, Oeuvre non retrouvée

 

1882 Bateaux sur la plage, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1882, Oeuvre non retrouvée

1882 Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1882, 30 x 60 cm, appartient à M. Casimir Périer

Barques napolitaines

Michel Bouquet, Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1882, 30 x 60 cm, don de Mme Périer à la Ville de Lorient © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

 

 

6 Continuer à épouser les milieux de la modernité industrielle

N’oublions pas que Michel Bouquet est un membre fondateur de l’Union des Beaux-arts appliqués à l’industrie.

Dans ces membres fondateurs en 1864, représentatifs d’une société du Second Empire dont les élites sont en plein renouvellement, on rencontrait outre les habituels aristocrates dont l’incontournable comte de Nieuwerkerke, sénateur, surintendant des Beaux-arts, amant de la princesse Mathilde et à ce titre véritable prince régnant, dispensateur des fonds publics, faisant et défaisant les carrières artistiques, des banquiers dont Hottinguer, des chefs d’entreprise  dont Allain-Niquet et Engel-Dollfuss, des membres de l’institut comme Ferdinand de Lasteyrie, des fonctionnaires de haut rang ou directeur d’organes de presse,

et les concurrents, de plus en plus nombreux, de Michel Bouquet dans le domaine de la céramique : Théodore Deck, fabricant de faïences d’art ; Genlis et Rudhardt, artistes peintres céramistes ; Claudius Popelin, artiste peintre ; Dubouché, artiste peintre à Limoges ; le céramiste Georges Pull, Madame de Callias et Collinot, peintres céramistes ; d’autres peintres céramistes à Blois, à Limoges ;

le sculpteur Aimé Millet, un ami de Michel Bouquet ; le sculpteur Bartholdi ;

le fabricant d’instruments de musique Adolphe Sax ;  l’éditeur d’estampes Goupil et son gendre, le peintre Gérôme qui viennent prendre leurs repas dans le café situé à côté de l’appartement de Michel Bouquet ; le critique d’art Champfleury ; Philippe Burty qui se présente comme un homme de lettres, mais qui en réalité, par le mariage de sa fille avec le propriétaire de la manufacture de Limoges, représente les intérêts de Haviland.

 

Dix ans plus tard, en 1873, sous le régime républicain, ces précurseurs dont leur création est devenue l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie, une société par actions à capital variable, comptent parmi leurs membres les plus hauts niveaux de la Société industrielle : le régent de la Banque de France, les trois barons banquiers Rothschild, Alphonse, Gustave et Edmond, les présidents des conseils d’administration des chemins de fer dont le comte de Kersaint pour celui de l’Ouest, d’autres banquiers, des députés de la troisième République dont le duc d’Aumale exilé en Angleterre pendant 30 ans à qui Michel Bouquet, qui le connaissait personnellement, a fait cadeau d’un alguier, un ancien ministre des Beaux-arts, des hauts fonctionnaires toujours dont un conseiller référendaire à la Cour des Comptes,

et toute une flopée de créateurs liant l’industrie et les arts : le fabricant de bronze Barbedienne, le négociant en diamants Isaac Cohen, le faïencier Rousseau, l’orfèvre Christofle, le sculpteur Carrier-Belleuse, le bijoutier-joaillier Falize, tous ceux qui vont profiter des possibilités ouvertes par la nouvelle République d’une ascension sociale sans limites, fondée sur les talents de quelque nature qu’ils soient.

L’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie, est donc une Société dont il faut en être si l’on veut faire partie des nouveaux décideurs au niveau national. Elle dispose de sa propre revue.

Revue mensuelle des Beaux-arts appliqués à l’industrie, novembre 1874 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Et encore une fois, Michel Bouquet en fait partie, après avoir été successivement intégré dans les milieux artistiques gravitant autour des rois Charles X et Louis-Philippe, de l’empereur Napoléon III et maintenant des parlementaires de la Troisième république. Une longévité et un parcours exceptionnels.

 

1873 Troupeau de vaches à la rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 27 x 44 cm, signée et datée, vente, Drouot,

 

Un beau travail sur les couleurs complémentaires jaunes et violettes et leur déclinaison dans l’espace

Michel Bouquet, Troupeau de vaches à la rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 27 x 44 cm, signée et datée, 1873 © vente lot 129, Couteau Bégarié, 2013

Deux couleurs influencent tout l’espace, le jaune et le violet

Michel Bouquet, Troupeau de vaches à la rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 27 x 44 cm, signée et datée, 1873 © vente lot 129, Couteau Bégarié, 2013

Les feuilles dans le vent courent comme des folles ;
Elles voudraient aller où les oiseaux s’envolent,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin
Elles iront mourir sur les étangs demain.

Anna de Noailles, Automne, 1901

 

Recherche technique : l’entremêlement des violets et des jaunes, deux couleurs complémentaires directes

Ne pas oublier que cette recherche se fait sans voir le résultat qui sera donné par la cuisson au grand feu

 

Des feuilles aux ombres à contre jour violettes en 1873, qui a parlé de l’invention impressionniste ? ( première exposition publique des impressionnistes en avril 1874 ) Gauguin à Sérusier en 1888 : Cette ombre plutôt bleue ? Ne craignez pas de la peindre bleue.

 

Une vache brun violet sur des eaux jaunes

 

Feuilles violettes et troncs à lumière verte, deux couleurs complémentaires indirectes froides

 

Feuilles violettes sur double fond jaune et bleu violet

 

Tronc avec rainures de l’écorce violettes

 

Une entremêlement des eaux à dominante violette et jaune

Michel Bouquet, Troupeau de vaches à la rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 27 x 44 cm, signée et datée, 1873 © vente lot 129, Couteau Bégarié, 2013

 

En 1874, le complexe psychologique à l’égard des professions dites artistiques ne joue plus. L’Union centrale affiche désormais avec vigueur les professions de ses exposants

Revue mensuelle des Beaux-arts appliqués à l’industrie, novembre 1874 © Source gallica.bnf.fr / BnF

mais celles-ci à part quelques-unes d’entre elles, sont encore l’apanage des hommes

Revue mensuelle des Beaux-arts appliqués à l’industrie, novembre 1874 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Michel Bouquet, qui apparaît sous la mention de peintre céramiste reçoit en 1874 une médaille d’argent de première classe avec Laurin et Pull, récompense contresignée par le secrétaire rapporteur Philippe Burty, le président Albert Jacquemart, les membres du jury Théodore Deck, Adrien Dubouché, soit la reconnaissance de ses pairs au plus haut niveau.

 

Revue mensuelle des Beaux-arts appliqués à l’industrie, novembre 1874 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

« La quatrième exposition de l’Union centrale des Beaux-arts appliqués à l’industrie s’est ouverte aux Champs-Elysées. Les porcelaines de M. Eugène Rousseau se distinguent par la finesse de la pâte, par sa dureté et son éclat translucide. Les faïences peintes sur émail cru, de M. Michel Bouquet, nous ont particulièrement frappé.

Peindre une marine ou un paysage sur une poussière d’émail que le plus léger souffle peut faire envoler, calculer et deviner ses effets dans cette boue à moitié liquide, au moyen de couleurs et d’oxydes dont les véritables nuances ne se développent qu’au feu, quelle tâche difficile et patiente ! M. Bouquet s’en tire avec grand honneur ». O. Sancey, Journal officiel de la République française, 18 septembre 1874

 

Paysage de bord de rivière

Chercher et peindre le beau dans le simple

Michel Bouquet, Paysage de bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 31 x 51 cm, signée et datée, 1874 © vente, Galerie Kerkamak

 

« Les paysages frais et mouillés que Michel Bouquet confie au grand feu sont sympathiques aux artistes et aux gens du monde » , Exposition de l’Union centrale, Gazette des Beaux-arts, 1874, p. 315

 

Un magnifique travail des nuages

Michel Bouquet, Paysage de bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 31 x 51 cm, signée et datée, 1874 © vente, Galerie Kerkamak

Un très beau rendu du reflet des eaux

Michel Bouquet, Paysage de bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 31 x 51 cm, signée et datée, 1874 © vente, Galerie Kerkamak

 

Très belle utilisation du contraste zone d’ombre / zone de lumière

Même le nid de pies est présent dans l’arbre

Michel Bouquet, Paysage de bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 31 x 51 cm, signée et datée, 1874 © vente, Galerie Kerkamak

 

Michel Bouquet reçoit un éloge pour son travail et un prix de première classe,  alors que l’un des membres du jury de la Vie section et le seul non-professionnel, l’homme de lettres Philippe Burty, est l’un de ses plus grands détracteurs. Le Président est Albert Jacquemart, auteur de l’Histoire de la céramique en 1873, le vice-président le maître-verrier Paul Bitterlin, les membres, Théodore Deck, un des plus grands faïenciers français, Adrien Dubouché, le directeur du musée céramique et des écoles de beaux-arts appliqués à l’industrie de Limoges, Léon Parvillée, auteur d’un livre sur l’art turc qui paraît la même année, un céramiste orientaliste très admiré, futur créateur, en 1885, du très beau décor de faïences des thermes de Bourbon-l´Archambault, chercheur et historien de l’art.

Le mouvement gagne les autres artistes. En 1874 sont cités Gavarni, Harpignies, Allongé, Appian, Paul Flandrin, Français, Mme de Rothschild, Michel Bouquet, Shopin, Noël, Pollet, Feu Nanteuil, Manet Le Polichinelle, Lansyer, La fantaisie japonaise, les aquafortistes et le Salon d’exposition de l’Union centrale prend de l’ampleur

1875 Exposition au Palais de l’industrie, Les vaches noires, Plage de Villiers , Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, n° 2097 , Oeuvre non retrouvée

1875 Bords de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, n° 2099, Oeuvre non retrouvée voir A. de la Fizelière, Memento du Salon de peinture, de gravure et de scupture en 1875, indiquant les oeuvres les plus remarquables exposées au Palais de l’Industrie, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1875

« Le grand talent de M. Bouquet, et sa supériorité consistent dans l’habileté prodigieuse avec laquelle il obtient, dans un genre de peinture où l’on ne peut apprécier l’effet cherché qu’après la cuisson de la pièce, les jeux de lumière, les transparences et les finesses de demi-teinte spéciaux à la peinture à l’huile. Ses faïences ont l’harmonie et la magie d’aspect des meilleurs tableaux de paysage » p.46 Sa notoriété font que ses œuvres sont bien placées, sur la galerie extérieure est. Prestige des médaillés..

La notion de paysage est abordée dans ce Mémento, représentative du regard que les acheteurs portaient sur l’oeuvre « Le paysage moderne a eu sur les progrès de notre Ecole une influence notable. C’est par l’amour, la connaissance intime, l’étude approfondie de la nature et de ses effets puissants et variés, par une habileté excessive à reproduire avec exactitude, que nos paysagistes célèbres ont ramené dans la peinture, par leur exemple, le culte du vrai et le sentiment profond de la poésie. C’est en cela surtout que le paysage est intéressant ».

Henri Harpignies y expose également en huile sur toile Les chênes de Château-Renard, Karl Daubigny son huile sur toile, Cancale, Fantin-Latour, Bonnat et le jeune Bastien-Lepage, tous trois auteurs de portraits.

La philosophie de Bouquet, c’est que l’homme n’est qu’un élément de la nature, qu’il en fait partie, mais qu’il n’y règne pas.

De famille commerçante, il anticipe aussi le marché. S’il quitte la peinture sur toile, c’est aussi parce qu’il voit que nombre de ses confrères, surtout les plus jeunes d’entre eux,  ne sont pas concurrençables. Le créneau de la faïence dans le quel il s’inscrit lui permet de faire preuve d’originalité par rapport à tous les autres peintres et de bénéficier de commandes, que lui assurent un élément fondamental à l’époque, et que nous avons perdu de vue aujourd’hui, la maîtrise absolue du tour de main de l’artisan faïencier, travail qui demande à la fois de profondes connaissances techniques et la maîtrise d’un art délicat, constamment fragile qui est de poser ses émaux liquides au pinceau en n’ayant d’autre solution que de 6e représenter mentalement ce que cela pourra donner au après la cuisson, seul moment où les couleurs apparaîtront, et définitivement, car il n’y a pas de droit à l’erreur, pas de possibilité de récupérer une faute de la main, chaque touche est irréversible.

L’année suivante, en 1876, tous les faïenciers sont là et le titre est révélateur des nouvelles mentalités qui cherchent à s’émanciper de l’Etat : L’industrie privée. La céramique : Théodore Deck, Haviland, Laurin, Gaidan, Michel Bouquet, François Ménard, Eugène Ladreyt, L’émail de Limoges ; Théorie de M. Claudius Popelin ; MM. Paris du Bourget, Frédéric de Courcy, Alfred Meyer, Mlle de Nugent.

« Quelle charmante promenade que celle du jardin du Palais de l’Industrie en ce moment ! Sous ce vaste vitrage, éclairé du jour pâle d’octobre, au milieu de hautes plantes de serre, dans une atmosphère gris argenté qu’ouatent des vapeurs bleuâtres, toute notre industrie d’art est campée sous la bannière de l’Union centrale. Cette exposition vaut d’être parcourue, on n’y perd pas les deux heures que l’on y consacre ».

Parmi les artistes libres et indépendants de tous éditeurs, il faut nommer au premier rang, et avec tout le respect dû à son superbe talent, le grand peintre sur faïence, M. Michel Bouquet. Une demi-douzaine de paysages, exécutés avec cette largeur et cette science de l’effet qui bravent les difficultés du procédé, maintiennent hors ligne la signature de leur auteur. Après un tel artiste, nommer François Ménard, n’est-ce pas assez dire le cas que nous faisons des paysagistes ? » Emile Bergerat

 

Paysage à l’étang. Ici, ce sont les verts qui embrasent la céramique

Michel Bouquet, Paysage à l’étang, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 19 x 30 cm, s.d. © vente Toulon, lot 164, avril 2018

 

Recherche technique d’un mélange d’oxydes métalliques ouvrant sur une gamme de verts subtils

Michel Bouquet, Paysage à l’étang, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 19 x 30 cm, s.d. © vente Toulon, lot 164, avril 2018

 

A la  Cinquième exposition de l’Union centrale des Beaux-Arts appliqués à l’industrie, en 1877 on précise qu’il s’agit d’une institution privée, sans absolument aucune attache gouvernementale.

« La céramique a fait une précieuse conquête le jour Monsieur Michel Bouquet a quitté la toile pour la terre, et, séduit par l’inaltérabilité de l’émail et la durée en quelque sorte indéfinie que le feu donne à tout ce qu’il touche, quand il ne le dévore pas l’instant, a consacré à la peinture sur faïence un talent dans toute la force de sa maturité, auquel le travail a donné tout ce qu’il lui était possible d’acquérir, sans que les jalouses années lui encore enlevaient de la se de sa puissance. Les faïences peintes de Monsieur Michel Bouquet attirent les regards de tous les connaisseurs.

On sent dans ses œuvres l’homme qui a étudié la nature en peintre et en amoureux, et qui en a rendu tous les aspects avec une fidélité saisissante. Il est difficile, même à ceux qui sont le plus étrangers aux mystères de la fabrication de la céramique, de passer devant ces belles créations sans s’y arrêter un moment. Pour tous ceux au contraire, qui connaissent les difficultés inhérente à ce travail, d’une nature toute particulière ; pour tous ceux qui ont expérimenté les duretés et les trahisons du feu, et qui savent que cet auxiliaire du céramiste est parfois son plus cruel ennemi, ils ne peuvent que trop admirer l’habileté mêlée de bonheur avec laquelle M. Michel Bouquet échappe à tous les dangers, grâce à une exécution aussi sûre d’elle-même devant la plaque couverte d’émail cru sur laquelle il va promener son pinceau, fait du fin poil des rats d’Espagne, qu’il le serait devant une toile ordinaire ou un simple panneau. En fait de peinture céramique, il n’est pas seulement un maître, il est le maître ». Louis Enault, Les arts industriels, Vienne, Londres, Paris, Paris, Hachette, 1877, p.187.

Exposition de l’Union centrale

 

Anonyme, Salle d’exposition de l’Union centrale, Photographie, Album Maciet 309.2, 1880 © Images-art, Musée des Arts Décoratifs

 

7 Saturer les espaces d’exposition commerciale du réseau des galeries artistiques

Les charmants paysages peints sur faïence au grand feu par notre confrère Michel Bouquet et qui sont dans les vitrines de tous les marchands de tableaux. Il n’hésite pas à utiliser le marchand des impressionnistes, Durand-Ruel.

 

 

8 Participer aux nouvelles techniques de vente hors-salon  : les expositions éphémères

Dès la création en 1860 de la la Société des arts unis, première société organisatrice d’expositions qui aboutissait à des ventes directes entre peintre et amateur, Michel Bouquet comptait parmi ses premiers actionnaires. Toujours sur le plan de la modernité vendeuse il s’inscrit en créateur.20 ans plus tard, Arsène Houssaye, Revue des deux mondes, 1er mars 1880 , pp.196-202 souligne que « depuis quelques années déjà qu’il est bon ton de se montrer au Salon ou aux courses, les expositions des cercles se sont multipliées ».

La propre demeure du richissime Arsène Houssaye où se déroulaient les plus fastueuses, extrêmes et torrides soirées du Second Empire était elle-même une forme d’exposition permanente.

Une soirée où seules les femmes sont masquées, tout est alors possible

Anonyme, Salon-Galerie chez Arsène Houssaye, Avenue de Friedland, Dessin sur papier beige, crayon, plume et encre, lavis d’encre, 23,8 x 34cm, s.d. © Source gallica.bnf.fr / BnF ; Atelier Nadar, Portrait d’Arsène Houssaye, Photographie positive sur papier albuminé,d’après négatif sur verre, 8,5 x 5,8 cm, s.d. © Source gallica.bnf.fr / BnF ; Anonyme, Une soirée chez Arsène Houssaye, gravure sur bois ; 22,4 x 31 cm, s.d. © Source gallica.bnf.fr / BnF

On retrouve quelques-unes des toiles de Michel Bouquet dans les cercles de la place Vendôme, le Cercle artistique et littéraire au 7 de la rue Volney, au palais des champs-Elysées, ainsi que dans le cercle de la rue Vivienne

81 Rester fidèle à la Société libre des Beaux-arts

En septembre 1871 les locaux de la Société libre des Beaux-arts sont à nouveau opérationnels, Michel Bouquet peut y exposer ses dernières créations.

 

Héron dans un marais

Michel Bouquet, Héron dans un marais, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 25 x 37 cm, signée et datée, 1871 © vente, lot 51,  Adjug’art, Brest 12 décembre 2017

Une couleur peu courante en faïence au grand feu

Un ciel qui se décline du jaune pâle serein aux gris menaçants

L’illusion de la profondeur et de l’humidité sur un espace très réduit, moins de un centimètre de hauteur

L’illusion de la profondeur par alternance de zones d’ombres vertes froides et de lumière vertes chaudes horizontales, d’un dégradé de troncs d’arbres lumineux puis sombres qui aboutissent à un horizon froid bleuté

La recherche maximale de l’effet de contraste ombre lumière

Un étonnant héron qui se rapproche davantage de l’ibis égyptien

Une signature discrète

Michel Bouquet, Héron dans un marais, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 25 x 37 cm, signée et datée, 1871 © vente, lot 51,  Adjug’art, Brest 12 décembre 2017

En 1875 « les membres de la société de peinture de La Société libre des Beaux-arts se trouvaient en grand nombre à l’exposition. MM. Gallimard, Balfourier, Duvaux qui ont produit des paysages ; MM Michel Bouquet et Jean-Louis Petit, qui se sont naguère rencontrés pour peindre cette Plage de Villers-sur-Mer, Peinture sur émail cru stannifère, où naguère un autre membre de notre société M. Pigeory, architecte, était venu fonder une colonie, aujourd’hui florissante » Pascal Allain, Société libre des beaux-arts et comité central des artistes, fondés en 1830 et 1848, réunis en 1865, Annales, 27ème vol., Paris, Renouard, 1875, p. 50.Mais s’il y expose des faïences, il n’hésite pas non plus à y présenter des huiles sur toile, deux paysages : La plage de Keremma, FinistèrePrès Keremma.Michel Bouquet fait partie depuis 1865 de La Société libre des Beaux-arts, créée en 1830. Or c’est l’année où cette Société fusionne avec le Comité central des artistes fondé le 10 juillet 1848. Michel Bouquet n’a jamais fait partie de la seconde association, même si une de ses connaissances proches, Louis Auvray, en est membre.Deux raisons peuvent être avancées. La première, personnelle, c’est que son atelier avait été fracturé et envahi par des révolutionnaires à la recherche d’armes dont le peintre faisait la collection, puis l’appât du gain aidant, pillé par d’autres, ce qui occasionnera une perte de 20 années de travail artistique.La seconde raison, c’est que si Michel Bouquet est un homme qui, s’il est un philanthrope soucieux d’aider les individus durement touchés par  la vie comme les orphelins, les pauvres, les familles des péris en mer de Roscoff, et qui en tant que peintre vit dans un monde à vocation égalitaire, n’est pas un admirateur de la violence révolutionnaire.

82 Intégrer les nouveaux espaces artistiques de la scène parisienne

Le Journal Officiel du  24 février 1875 souligne que « déjà se fait sentir l’approche du Salon de 1875. De toutes parts s’ouvrent à Paris de petites expositions préparatoires dans lesquelles les artistes tâtent le goût public et cherchent à savoir d’où soufflent les vents de la faveur, du succès et même de la mode. Constatons d’abord l’empressement général du public à se rendre à l’appel de tant de courageux travailleurs, aux trois cercles que nous avons visités »

L’Union artistique place Vendôme

L’Union artistique place Vendôme avec 600 membres et 140 exposants pour les novateurs assurés d’être vus, jugés, appréciés et achetés peut-être directement et sans intermédiaires, mais si elles peuvent donner la fortune, elles ne donneront jamais la réputation : le Salon seul a ce privilège. Vingt ans d’exposition dans tous les cercles chez tous les marchands ne vaudront jamais pour apprendre un nom à une foule, une simple médaille au Salon du mois de mai.

« La foule qui assiste à ces expositions est celle du vrai public, des amateurs, des curieux, des collectionneurs, des artistes, des désoeuvrés ou des critiques. C’est l’intelligence direz-vous et celle précisément à qui s’adressent les oeuvres d’art. Erreur. Ce n’est pas celle qui donne la gloire. Il y a dans le succès un côté hasardeux qui échappe aux goûts très éclairés et très experts ; ce côté qui peut-être ne l’est pas, mais que la critique tient pour tel dans l’impuissance où elle est de le définir, ne provient que d’un sentiment de beauté, émané inconsciemment de l’idéal même de l’artiste et qui ne frappe que la masse… De telle sorte qu’il est bien dangereux pour l’artiste de s’en fier au succès obtenu en dehors de cette grande concurrence au Salon qui casse les jugements des plus compétents et laisse aux artistes une espérance acquise aux cercles et disparue au Salon..le vrai patriotisme et le vrai libéralisme auront disparu au moment où la signature ne représentera plus rien que chez les banquierson y voit Gérôme, de Nittis, Philippe Rousseau, Eugène Isabey dont il faut regarder les toiles de loin car tout y pétille, y scintille et y étincelle. Que d’esprit dans cette touche si sûre et si libre à la fois, et quel maître artiste que ce peintre ! Et des faïences de Michel Bouquet ».

Marine en Hollande

Michel Bouquet, Marine en Hollande, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 55 x 75 cm, Maison Pichenot Loebnitz successeurs rue des Trois Bornes n°7 et rue Pierre Levée n°4, Legs du Baron Christiani, 7 novembre 1930, 1871 © images-art, Musée des Arts décoratifs

 

Tout un travail axé sur la déclinaison des gris

Michel Bouquet, Marine en Hollande, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 55 x 75 cm, Maison Pichenot Loebnitz successeurs rue des Trois Bornes n°7 et rue Pierre Levée n°4, Legs du Baron Christiani, 7 novembre 1930, 1871 © images-art, Musée des Arts décoratifs

 

Michel Bouquet, Marine en Hollande, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 55 x 75 cm, Maison Pichenot Loebnitz successeurs rue des Trois Bornes n°7 et rue Pierre Levée n°4, Legs du Baron Christiani, 7 novembre 1930, 1871 © images-art, Musée des Arts décoratifs

Ces expositions servent de transition entre l’atelier où on ne voit pas grand-chose, et le Salon où l’on voit trop.

La Société des Amis des Arts

Il s’agit de la Société des Amis des Arts, rue le Pelletier où expose Gustave Doré, l’Intérieur d’une taverne à Londres ; Daubigny un très beau lever de lune sur le Pré des Graves ; Feyen-Perrin La Femme à la fontaine ; deux paysages de Harpignies, et une Bergerie de Charles Jacque, un ami de Michel Bouquet.

Le Cercle artistique et littéraire.

Michel Bouquetparticipe également en 1875 à une Exposition du cercle artistique et littéraire. « L’exposition offre un intérêt réel. Elle comprend 110 tableaux et aquarelles, celles-ci en très petit nombre.Le paysage brille plus à cette exposition par la qualité que par le nombre. On ne saurait s’en plaindre. Diaz y tient le premier rang avec un beau tableau, plein de mystère. Une esquisse de Corot, idée à peine exprimée, mais avec la justesse habituelle du maître. De belles faïences de M. Michel Bouquet. Une Venise de Ziem, digne de ses devancières complète cette exposition.Nous croyons en avoir assez dit, pour inspirer aux retardataires le désir de faire une visite au Cercle de la Chaussée d’Antin ». La chronique des arts et de la curiosité, Supplément à la Gazette des Beaux-Arts, 6 mars 1875, p. 81.

La même exposition dans le Journal Officiel du 24 février 1875 « Au Cercle artistique et littéraire, notre intérêt s’est porté principalement sur les oeuvres qui suivent : une esquisse de M. Bonnat; des faïences de Michel Bouquet ; un paysage de Corot ; un paysage de Boldini ; un beau Diaz sombre et poétique ; une Venise de Ziem qui est parmi les meilleures du maître ».

Plusieurs hypothèses : La Tamise à Londres ? Boulogne ?

Cette peinture a accompagné l’article consacré à son éloge funèbre dans le Monde illustré n° 1714 du 1er février 1890

Michel Bouquet, Marine, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 50 x 60 cm, 1875 ©  Musée de Fécamp

 

Un point de fuite à droite, un éclaté des voiles vers le ciel

Michel Bouquet, Marine, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 50 x 60 cm, 1875 ©  Musée de Fécamp

 

Michel Bouquet, qui a commencé avec a peinture la plus académique qui soit, celle des tableaux de la Galerie de Versailles avec Gudin, se retrouve dans un univers conceptuellement très évolutif.

En témoignent les lignes ci-dessous.

En 1877 « ce qui s’en va, c’est l’obéissance à la routine, l’attachement aux préjugés, l’admiration des phrases creuses, le respect des fausses grandeurs et des solennités niaises, la fois dans les fausses et tyranniques protections. Ce qui vient, dans l’armée, comme dans la politique, c’est le self-government, c’est-à-dire l’émancipation des individus par le concert des volontés, par l’association des intérêts.Ce livre vous redira aussi nos impatiences contre les conventions, les intrigues, et camaraderie, les impuissances coalisées, les classiques d’eau, les impressionnistes d’en bas.Vous ne nous demanderez une esthétique nouvelle.

Des esthétiques ? Il y en a désormais autant que de personnes. Ce qu’on que l’on appelle la critique d’art n’est plus, ne serait plus être. En art, une seule habileté subsiste : la sincérité. Avec des empereurs qui veulent aller en guerre, l’art, pour parler argot d’atelier, l’art est dans le marasme. Les acheteurs n’apparaissent un instant que pour fuir, nébuleuses rares, vers des horizons vagues. Devant l’orage qui s’amasse, effroyable et stupide, les cœurs se serrent, et les bourses aussi. Adieu les spéculations fanatastiques, les tableautins couverts d’or, les hausses effrénées !

La seule association, libre, morale et commerciale des artistes, sagement et mûrement organisée, vous débarrassera des jurys pédants, des protecteurs ambitieux, des spéculateurs éhontés qui donnent pour épilogues aux ascensions injustifiables les dégringolades vertigineuses, des critiques solennels, des intrigants de toute allure et de tout langage . Elle seule vous mettra en rapport immédiat et perpétuel avec le public, votre unique et souverain juge ». in Mario Proth, Voyage au pays des peintres, salon de 1877, avec une eau-forte et des dessins autographes, A Jules Ferry, Paris, 1877. 3e vol.

Le cercle artistique et littéraire Volney   ouvre le 2 avril 1882 une exposition consacrée aux femmes artistes, dont une compatriote lorientaise de Michel Bouquet.

« Les deux marines d’Elodie de la Villette Marée basse dans la rade de Lorient, Plage de Kernevel sont des oeuvres tout à fait hors ligne. Vous ne vous lasserez pas de regarder ce grand et petit paysages, d’une vérité si intense et si pénétrante. La Vanneuse bretonne de Madame Laurent-Desrousseaux, Intérieur breton d’Estelle Bergerat. » Emile Blémont, Beaumarchais : journal satirique, littéraire et financier, 1882.

En 1884 c’est l’aboutissement du courant artistique et marchand, initié avec le salon des refusés de 1863,  qui veut échapper à la tutelle de l’Etat et donc du Salon « Ni jury, ni récompenses » proclamant la liberté totale, mais surtout la liberté de vendre pour le marchand sans avoir à passer sous les fourches caudines du jury, et d’imposer ainsi par la publicité et le relationnel les nouveaux courants créés pour vendre. Les impressionnistes de 1874 , comme les néo-impressionnistes de 1884 ne sont qu’un procédé de marketing bien compris, nouveau rouleau compresseur de la marchandisation des arts pour séduire les nouvelles classes bourgeoises internationales en pleine ascension sociale.

Cette liberté de vendre, Michel Bouquet l’a toujours appliquée à lui-même et par lui-même.

83 Les ventes aux particuliers hors salons

1870 ( avant ) Marine au clair de lune, Peinture sur émail cru stannifère, 16 x 28 cm, très belle composition dans le sentiment hollandais et d’un effet mystérieux selon Demmin, et lui ayant appartenu

1871 Paysage de forêt, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 50 x 35 cm, signée et datée, vente, Canada, Vancouver, Maynards, 27/03/2012

 

Michel Bouquet, Paysage de forêt, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 50 x 35 cm, 1871  © vente Maynards, Canada, Vancouver,  27 mars 2012

1872 Marine, Etude d’après nature, Peinture sur émail cru stannifère, faïence au grand feu, 26x40cm, signée et datée en bas à gauche, cuite chez Jules Loebnitz, Musée des Arts décoratifs, don de M. A. Bichet, 1901.

 

Un paysage tourmenté

Michel Bouquet, Marine, Etude d’après nature,  Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 26 x 40cm, signée et datée en bas à gauche, cuite chez Jules Loebnitz,  don de M. A. Bichet, 1901, 1872 © images-art, Musée des Arts décoratifs

 

Une opposition de masses gris bleu / jaune orangé avec un point d’horizon très basUne perspective qui étire tout vers la droite, en bas

Michel Bouquet, Marine, Etude d’après nature,  Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 26 x 40cm, signée et datée en bas à gauche, cuite chez Jules Loebnitz,  don de M. A. Bichet, 1901, 1872 © images-art, Musée des Arts décoratifs

 

1873 ( avant ) Paysage, soleil couchant, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 30x40cm, signée m.Bouquet ; Marine au clair de lune, avec moulin à vent et bateau sous voile, peint dans le sentiment hollandais, Peinture sur émail cru stannifère, signée MB, appartenant à Auguste Demmin, auteur de Guide de l’amateur de faïences et de porcelaines, 2 vol., 4e édition, 1873, p. 791-794

1873 Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 23 x 17 cm, signée et datée, 1873

 

Un envoi « A mon ami David d’Angers ». Un très joli travail sur la succession des plages d’ombre et de lumière qui accentuent l’illusion de la profondeur.

Michel Bouquet, Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 23 x 17cm, signée et datée, 1873 © vente lot 103, Cergy-Pontoise, 2015

 

Le choix d’une perspective centrale

perspective accentuée par l’éclaircissement progressif des troncs d’arbre

avec un couple de paysans bretons en pleine discussion

Michel Bouquet, Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 23 x 17cm, signée et datée, 1873 © vente lot 103, Cergy-Pontoise, 2015

 

Couple de paysans bretons, quarante ans plus tard

Charles-Augustin Lhermitte, Couples de paysans bretons, Photographie positive, aristotype contrecollé sur carton, 8,8 x 11,3 cm, 1912 © images-art.fr

 

1873 ( avant ) Une vue des bords du Scorff, près Arzano, Finistère, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 54 x 81 cm formant le plateau d’une table en chêne sculpté, appartenant à M. J. Saint-Léon, Lyon, Oeuvre non retrouvée

C’est certainement une des plus grandes plaques de faïence peinte d’un seul tenant : 54 cm sur 81 cm de large ! 1874 Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 40 x 50 cm, signée et datée en bas à droite Paysage

Michel Bouquet, Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 40 x 50 cm signée et datée en bas à droite, 1874 © vente lot 115, Oger Blanchet 2017

D’après nos recherches, il y a toutes les chances qu’il s’agisse d’un lieu situé au sud de Paris, à moins de 800 mètres du village de Barbizon.Plusieurs éléments abondent en ce sens : une photographie de cet espace en 1864, et des huiles sur toile de Théodore Rousseau et Jules Dupré. C’est le même arbre, la branche basse de gauche n’ayant pas d’équivalent à droite. Les mêmes rochers affleurent à la surface à gauche et à droite. Il s’agit de la mare Dagnau dans la forêt de Fontainebleau, un point de vue visiblement apprécié par les peintres de Barbizon.

La mare à Dagnau, Barbizon

Paul Berthier, Mare à Dagnau, Photographie, 1864 © Foret-fontainebleau.teria.fr

Le même espace, l’année suivante, en hiver

Anonyme, La mare à Dagnau, Photographie, 1865 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Le même espace, peint par Théodore Rousseau, mort 7 ans auparavant

Théodore Rousseau, Coucher de soleil, La mare à Dagnau, Fontainebleau, Huile sur toile, 24 x 33 cm, A mon ami Ary Scheffer © Foret-fontainebleau.teria.fr

 

Michel Bouquet avait l’occasion de rencontrer de nombreux peintres de l’école de Barbizon, sans en faire partie, et devait s’y rendre de temps à autre avec des amis, comme le peintre Chrsitian Jacque, ce dernier ayant commis un petit dessin sur le même lieu.1874 Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, 30 x 50cm, signé et daté en bas à droite, vente Drouot, Oger-Blanchet, 13 décembre 2017 Un travail technique sur les couleurs vertes dont la palette s’est considérablement élargie.

 

Un traitement des plantes sur les surfaces liquides qui annonce les nymphéas de Monet peints quarante ans plus tard, de 1914 à 1926

Engager ceux qui ont des yeux à regarder aussi, George Sand, La Mare au Diable, 1851

Michel Bouquet, Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 40 x 50 cm, signée et datée en bas à droite, 1874 © vente lot 115, Oger Blanchet 13 décembre 2017

 

1875 Bords d’une rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Salon de 1875

1876 Pêcheur au bord de la rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu,1878 Bords de rivière, ( rivière, rochers au premier plan, colline au centre et à droite, un bateau à voiles ), Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 30 x 50 cm, Au dos n° 30-110, Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient

1878 Paysage de vallée avec rochers plongeant vers la mer, Peinture sur émail cru stannifère, 32 x 50 cm, vendue au Musée de Sèvres, n° d’ inventaire MNC 7279, payée 300 francs à l’artiste ; le premier plan est extraordinaire de maîtrise, la profondeur rendue par les ocres jaunes, les bleus de la mer, du ciel est remarquable

Michel Bouquet, Paysage de vallée avec rochers plongeant vers la mer, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 32 x 50 cm, vendue au Musée de Sèvres © images-art.fr, Musée des Arts décoratifs, inventaire MNC 72791878

1881 Les Rochers dans la forêt, plaque ronde, 25 cm de diamètre, annotée au dos sur une étiquette   « offert à l’oeuvre M. Bouquet juin 1881 » © vente lot 187

Michel Bouquet, Les Rochers dans la forêt, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Plaque ronde, 25 cm de diamètre, annotée au dos sur une étiquette   « offert à l’oeuvre » signé M. Bouquet, juin 1881″ © vente lot 187, Adjug’art Brest, 24 et 25 septembre 2014

 

1882 Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1882, appartient à M. Casimir Périer.

 

Une recherche sur les dégradés de gris bleus et jaunes

Michel Bouquet, Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 30 x 50cm, 1882 © Réserves du musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 65

 

Un bleu poussé sur la toile qui abrite les marins

Michel Bouquet, Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 30 x 50cm, 1882 © Réserves du musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 65

 

L’expression même de la douceur de la brise marine

Michel Bouquet, Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 30 x 50cm, 1882 © Réserves du musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 65

 

Recherche des couleurs : le rouge des fanions et le bleu vert des mâts

Michel Bouquet, Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 30 x 50cm, 1882 © Réserves du musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 65

 

La mer et la voile, ses premiers et derniers tableaux officiels

Michel Bouquet, Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 30 x 50cm, 1882 © Réserves du musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 65

 

Et tout ceci est réalisé à partir de poudres d’oxydes métalliques qui ne donneront leur résultat qu’après une cuisson à plus de 800 degrés

Michel Bouquet, Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 30 x 50cm, 1882 © Réserves du musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 65

 

C’est la dernière peinture sur faïence que nous ayons recensée à ce jour. Les années suivantes il est atteint d’une attaque cérébrale à Roscoff. Son état physique considérableemnt diminué ne lui permet plus que de réaliser des gouaches, lavis, aquarelles, et quelques huiles sur toile

C’est quatre ans plus tard que Gauguin se lance aussi dans la céramique en créant un vase atahualpa, en grès, avec des gris bleus…

Paul Gauguin, Vase Atahualpa dit aussi Vase porte-bouquet, Hiver 1887-1888, Grès, décor incisé, engobes colorés, rehauts glaçurés et dorés, 23 x 29 cm © vente Christie’s / DR

 

 

84 Les oeuvres non datées

Les bords du lac de Genève, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 22 x 40 cm, vente lot 59, Drouot, 2016

Maison en bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 16 x 31 cm, vente lot 46, L’esprit du XIXème, Osenat, Fontainebleau, 06 juillet 2014

 

Le peintre de la simplicité humaine

Michel Bouquet, Maison en bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 16 x 31 cm, s.d.  © vente lot 46, Osenat, Fontainebleau, 06 juillet 2014

 

Toujours la représentation des humbles

Ma maison est bâtie au bord de la rivière ;

Son toit est en paille, elle a des murs en pierre.

Tout près est un courtil où vient jaser l’abeille ;

A ses bourdonnements en été je sommeille ;

Brizeux, La maison de l’aveugle, Les Bretons, Chant XXII, Paris, Masgana, 1845

 

 

L’étonnant rendu de la fraîcheur et de l’humidité

 

Enfin chère maison, pour ton dernier éloge,

La mer baigne tes pieds ; elle nous sert d’horloge ;

J’écoute son départ, j’écoute son retour :

Le flux et le reflux nous mesurent le jour.

Brizeux, La maison de l’aveugle, Les Bretons, Chant XXII, Paris, Masgana, 1845

 

 

Les affres de la technique : un flot de picots qui n’empêchent pas d’admirer la variété et la profondeur du ciel

 

 

Michel Bouquet, Maison en bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 16 x 31 cm, s.d. © vente lot 46, Osenat, Fontainebleau, 06 juillet 2014

 

Un paysage dont la technique révèle des recherches menées pendant l’année 1862

Michel Bouquet, Scène pastorale, Peinture sur email cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 19 x 34 cm, s.d. © vente, lot 252, Pousse-Cornet, Orléans, 2017

 

Une palette de teintes douces

Michel Bouquet, Scène pastorale, Peinture sur email cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 19 x 34 cm, s.d. © vente, lot 252, Pousse-Cornet, Orléans, 2017

 

Un ciel aux nuages réguliers

Un travail de recherche dans l’emploi des couleurs et l’orientation des espaces herbacés

Un fond de colline qui augure de ses recherches sur le rendu des volumes avec les oxydes

Un plan d’eau calme et harmonieux, des couleurs qui ne sont pas poussées pour l’instant

Déjà une belle maîtrise du lointain, où tout se joue, que ce soit dans le sens horizontal

ou dans le sens vertical

Un arbre de belle facture, dominateur au centre

Michel Bouquet, Scène pastorale, Peinture sur email cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 19 x 34 cm, s.d. © vente, lot 252, Pousse-Cornet, Orléans, 2017

 

Paysage de rivière avec barque et pêcheur

Michel Bouquet, Paysage de rivière avec barque et pêcheur, Peinture sur email cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 19 x 26 cm, s.d. © vente lot 161, Morlaix, 2004

 

Cette fois-ci, c’est le jaune qui irise la toile entière à partir du fond

Michel Bouquet, Paysage de rivière avec barque et pêcheur, Peinture sur email cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 19 x 26 cm, s.d. © vente Morlaix, lot 161, 2004

 

Rue au Maghreb, l’enfermement de la ville musulmane sur elle-même

Gris et ocres construisent l’espace, la perspective est accentuée par les personnages

Michel Bouquet, Vue d’une rue du Maghreb, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 32x45cm, signé en bas à gauche, sans date, © Olivier d’Ythurbide et associés

 

Paysage de rivière Musée de Quimper

Michel Bouquet, Paysage de rivière, Peinture sur email cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 17 x 32 cm, s.d. © Musée breton, Quimper

 

Toujours un point de fuite extrêmement soigné, là où tout se passe

Déclinaison des verts

Charme aérien des nénuphars aquatiques

L’éternelle barque sur le fleuve, joindre les deux rives, un rituel de passage

Michel Bouquet, Paysage de rivière, Peinture sur email cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 17 x 32 cm, s.d. © Musée breton, Quimper

 

Bords du Scorff, en Bretagne

Michel Bouquet, Bords du Scorff, en Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Grand plat, 44 cm de diamètre, s.d. © vente, Quimper enchères, 15 décembre 2012

 

Michel Bouquet égale les plus grands de Sèvres dans le domaine de la maîtrise technique du placement des filets entre les trois marlis bordiers successifs, de la bande au cheveu, du bord extérieur au centre

 

Un très beau bleu de cobalt, des symétries inversées dans un jeu d’entrelacement

Michel Bouquet, Bords du Scorff, en Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Grand plat, 44 cm de diamètre, s.d. © vente, Quimper enchères, 15 décembre 2012

 

Paysage au lavoir

 

Un recherche technique sur les valeurs claires

Michel Bouquet, Paysage au lavoir, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 16 x 32 cm, s.d. © Copenhague, Danemark, 18 août 2018

 

 

Une recherche technique sur les valeurs sombres

Un paysage où le soleil jette ses derniers feux avant de disparaître

Michel Bouquet, Paysage romantique, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 16 x 32 cm, s.d. © vente lot 215, Lausanne, 1er mai 2012

 

Un paysage fantasmagorique, où l’on s’attend à voir surgir le Buquel-noz, le gardien de la nuit

 

Brizeux et Marie à Arzano ?

 

Un magnifique travail sur la luminosité des couleurs sombres

Une recherche technique dans la gamme de valeur des verts ternes et sombres

La transparence de l’obscurité

 

Michel Bouquet, Paysage romantique, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 16 x 32 cm, s.d. © vente lot 215, Lausanne, 1er mai 2012

 

 

9 Toujours innover pour vendre

Vendre lors d’une exposition rétrospective à consacrée à son oeuvre

En 1879 s’ouvre une Exposition générale des dessins de Michel Bouquet dans les salons du cercle artistique de la rue Saint-Arnault ; une exposition qui révèle son talent sous un jour nouveau pour le public : vues diverses prises sur nature par l’auteur dans ses voyages, en Suisse, en Angleterre, en Ecosse, en Orient, en Algérie, une sorte du tour du monde européen et oriental, musée artistique et pittoresque, également remarquable par la beauté des sites, la fidélité et la vigueur du rendu. In Revue de Bretagne et de Vendée, 23e année, Tome V, Nantes, 1879, Premier semestre.

 

Un exemple de la maîtrise technique de Michel Bouquet

Un des rares dessins originaux de sa jeunesse qui nous soient parvenus : il est alors âgé de 33 ans

Michel Bouquet, Vue de Jassy, Dessin original, Crayon noir, lavis, rehauts de blanc, 1840 © Bibliothèque Centrale Universitaire
« Lucian Blaga » de Cluj, Collection Gheorghe Sion

 

La technique du modelé des collines et de la suggestion lumineuse de la ville

Michel Bouquet, Vue de Jassy, Dessin original, Crayon noir, lavis, rehauts de blanc, détail, 1840 © Bibliothèque Centrale Universitaire
« Lucian Blaga » de Cluj, Collection Gheorghe Sion

 

Manet fera la même chose 5 ans plus tard avec la rétrospective qu’il organisera pendant un mois en 1884 du 6 au 28 janvier 1884. Quel dommage que Michel Bouquet  n’ait pas eu l’idée de demander à un photographe de fixer ses oeuvres, elles nous permettraient de découvrir, tout comme celles de Manet, des dessins aujourd’hui disparus ou entre mains très privées

       

Anatole Godet, Exposition rétrospective de l’œuvre d’Édouard Manet, Paris, École des beaux-arts, 6 au 28 janvier 1884, Photographies, 1864 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Vendre par le biais des salles de ventes aux enchères

Il figure en 1874 dans la même vente, expertisée par Durand-Ruel, que Corot, Courbet, Diaz, Jongkind, Boudin, Degas, Monet, Pissarro, Sisley. On le considère comme un moderne.

A quatre toiles de Boudin , dont une intitulée Embouchure de rivière, côtes de Bretagne, succède au lot n° 9Uune faïence peinte sur émail cru de Michel Bouquet, Rives boisées d’un étang, 32 x 51 cm ; puis deux Corot dont Environs de Montfermeil, 45 x 60 cm, un Courbet, un Degas, La tribune des courses, à Longchamp, 32 x 40 cm, un Diaz, Forêt de Fontainebleau, 23 x 33 cm, un Jongkind, Canal en Hollande, 46 x 33 cm, trois Monet, La maison bleue, Hollande, 45 x 60 cm, L’Ile de la Grande-Jatte, Seine, 53 x 72 cm, La Seine à Argenteuil, 49 x 64 cm, six Pissarro, Bords de l’Oise, 34 x 45cm, Nature morte, Pommes de châtaigner et faïence sur une table, 45 x 55 cm, Fabriques et barrage sur l’Oise, 55 x 90 cm, Allée plantée d’arbres, près de Pontoise, 49 x 63 cm, Chemin près d’un village, 45 x 54 cm, trois Sisley, Route de Saint-Germain, près Bougival, 46 x 61 cm, Le Barrage de Marly, 46 x 60 cm, Vue du canal aux environs de Paris, 37 x 45 cm, in Collection de tableaux modernes, vente, Drouot, salle 8, Pillet, Commissaire-priseur, Durand-Ruel expert, lundi 12 janvier 1874

 

Voir ses oeuvres être annoncées de son vivant en salle des ventes

Catalogue de vente, Tableaux et études de l’Ecole moderne, Hôtel Drouot, salle n° 9, 30 avril 1874 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Un total de 728 francs contre 10 pour Roqueplan

Catalogue de vente, Tableaux et études de l’Ecole moderne, Hôtel Drouot, salle n° 9, 30 avril 1874 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

10 Susciter des émules : devenir le chef de file d’une nouvelle génération

Michel Bouquet est un artiste dont l’antériorité et l’influence dans le domaine de la peinture sur céramique sont publiquement reconnus.

« Jamais il ne serait venu à la pensée d’un faïencier du XVIIIème siècle de traiter la terre émaillée comme la toile et le bois, et de peindre un véritable tableau sur la plaque de faïence qu’il va mettre au four. Mais nous sommes dans le siècle des nouveautés et des audaces. Aussi, nos céramistes abordent-ils l’émail avec des pinceaux qui n’hésitent point à confier aux trahisons de grand feu une figure, un paysage, ou un sujet de genre.

Monsieur Michel Bouquet est un de ceux que l’on peut ranger parmi les promoteurs du mouvement. Il a été l’un des premiers à marcher dans cette voie ; et l’on peut dire que personne n’y allait plus loin que lui. Nous avons vu dans nos diverses expositions des paysages signés de son nom, qui avaient tout le flou de véritables tableaux à l’huile. Les arbres avaient la même légèreté, les terrains la même souplesse onduleuse, et l’eau la même fluidité. » Le Constitutionnel, journal du commerce, politique, libéral, 2 juillet 1870

1874 27 juin Au Salon M. Michel Bouquet est toujours le chef de la tribu, de plus en plus nombreuse, des peintres céramistes. La semaine des familles, revue universelle illustrée, 27 juin 1874, p.199

Il sent le nouveau marché à venir. Il est l’un des premiers sur ce créneau. Les succès qu’il rencontre font qu’il est rapidement suivi

« En fait de peinture céramique, il n’est pas seulement un maître, il est le maître ». Louis Enault, Les arts industriels, Vienne, Londres, Paris, Paris, Hachette, 1877, p.187.

« Nous allions oublier le chef de cette Pléiade, chaque année plus nombreuse, de peintres céramistes des deux sexes, celui qui, par son exemple et ses leçons, a eu une si large part dans les progrès toujours croissants de cette branche de l’art, M. Michel Bouquet, lequel n’a eu garde de manquer au rendez-vous annuel et nous a envoyé deux de ces faïences peintes sur émail cru, genre dans lequel il est passé maître : Marée basse et Paysage en Bretagne. In Revue de Bretagne et de Vendée, 23e année, Tome V, Nantes, 1879, Premier semestre. »

 

Naturellement il faut nuancer cette présentation faite par les médias de l’époque dont l’objectif est de valoriser le travail de Michel Bouquet.

D’autres peintres sur faïence ont tenté l’aventure avant Michel Bouquet. Le plus mystérieux est Hippolyte Pinart, un artiste de très grand talent doublé d’un chimiste de profession et d’un vendeur d’oxydes pour la peinture sur faïence, mais qui selon les uns a emporté ses secrets techniques dans la tombe, et pour d’autres aurait travaillé avec Michel Bouquet. Nous n’avons aucune confirmation de ces deux informations.

Adolphe Dallemagne, Portrait d’hippolyte Pinart, Photographie positive sur papier albuminé monté sur carton, 1866 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Entre 1830 et 1870, on compte dans cette veine artistique Jules-Claude Ziegler, le spécialiste des faïences allemandes, Charles-Antoine Avisseau et Georges Pull qui vont ressusciter un engouement pour les oeuvres de Palissy, Prosper Journeau qui travaille sur des faïences historiques comme la période Henri II, le Blésois Ulysse, Mlle Destor qui dès le salon de 1869, présente un Panneau décoratif au grand feu, le si inventif Jean, Signoret qui se passionne pour Renaissance, l’alsacien Théodore Deck, formé en Allemagne ,qui va voir défiler dans ses grands ateliers une grande partie des peintres sur faïence

Les peintres Hamon, Français, Harpignies goûtent aussi aux joies de la peinture sur céramique.

Félix Bracquemond quant à lui dépasse la simple représentation picturale pour se mettre à la recherche de formes dessinées et colorées qui conviennent à la céramique, puis se tourne dans les ateliers d’art Legédé, vers une inspiration japonaise, mouvement plus vendeur où il est soutenu par Goncourt. Est-ce à cause de son aversion pour les Goncourt que Michel Bouquet n’a pas exploité cette veine, pourtant présente dans son travail lithographique sur l’Ecosse dès 1851 ?  Contrairement à Michel Bouquet, Bracquemond a aussi accepté d’être le salarié d’une entreprise publique,  Sèvres, ou privée, Haviland, avec l’entregent du rabatteur Philippe Burty.

Et par la suite bien d’autres, mais ce travail dépasserait les limites de notre sujet. On peut citer Benner, Erdmann, Baudry, Mignon, Jean-Charles Cazin, Cariès, Chaplet, Bourdery, Cuvillon, Grobon, Mlle Amélie Lelong, M. AP de Courcy,  Mme de Nugent,  Marielle de la Chassaigne de Nantes,  Mlle de Corbon de Lorient, Jules Houry, les miniatures de Mlle Blin de Quimperlé avec le chef de la tribu de plus en plus nombreuse, des peintres céramistes de l’un et de l’autre sexe, à savoir Michel Bouquet.

Nous nous contenterons de présenter pour l’instant que quelques travaux de Gustave Noël et d’Alfred Beau.

 

10 1 Alfred Beau,  1829-1907

 

 

Une recherche de tonalités adoucies

Alfred Beau, Paysage de montagne, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu,  24 x 30 cm, Manufacture Porquier-Beau, 1880 © Musée breton, Quimper

 

Une nouveauté technique: la plaque est intégrée dans le panneau et fixée par deux croisillons

Alfred Beau, Paysage de montagne, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu,  24 x 30 cm, Manufacture Porquier-Beau, 1880 © Musée breton, Quimper

 

Une belle réalisation qui se rapproche des travaux de son maître, Michel Bouquet

Alfred Beau, Paysage de rivière sur un plat, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu, 40 x 53 cm, Manufacture Porquier-Beau, après 1875 © Musée breton, Quimper

 

Si les bateaux montrent une belle maîtrise, les arrière-plans sont encore perfectibles : les petites collines sont simplement détourées, sans recherche des volumes

Alfred Beau, Paysage de rivière sur un plat, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu, 40 x 53 cm, Manufacture Porquier-Beau, après 1875 © Musée breton, Quimper

 

Un beau rendu de la structure des arbres

lfred Beau, Paysage de rivière sur un plat, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu, 40 x 53 cm, Manufacture Porquier-Beau, après 1875 © Musée breton, Quimper

 

Un élève talentueux sur les pas de son maître

Alfred Beau, Paysage de rivière sur un plat, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu, 40 x 53 cm, Manufacture Porquier-Beau, après 1875 © Musée breton, Quimper

 

10 2 Gustave Noël,  1823-1881

La vente des faïences réalisées par Gustave Noël en 1875 – cinq ans avant son décès – permet à l’expert d’insister sur les difficultés de la peinture sur cru. Le même expert parle dans le texte d’une nouveauté technique. Qu’en est-il vraiment ?

« Cette collection se compose de 63 plaques ou tableaux, peint d’après nature dans les pubs aussi de la France, de la Hollande, de la Suisse. Impression de vie, dessin précis, couleur intense, effet charmant, plein d’air et de lumière. Le talent du peintre et le talent du céramiste Russie corroboré l’un par l’autre.

Catalogue des peinture sur faïence grand feu par Gustave Noël, vente lundi 1er mars 1875 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Monsieur Gustave Noël, paysagiste bien connu et céramiste novateur, peint ses tableaux depuis ces plaques. Il fait tout lui-même et l’œil du maître veille à tout, du premier coup de crayon à la dernière touche du pinceau, et du premier au dernier caprice de sa fournaise.

C’est peintures sont à grand feu sur fond cuit. Procédé particulier qui le distingue de toutes les autres faïences d’art, peintes sur fond cru.

Expliquons les deux modes d’exécution, dits le cru et le cuit, et l’on jugera.

Pour peindre sur cru, sans jouer sur les mots, on prend une plaque en terre, une fois cuite, de même qualité que celle de la grosse faïence commune. On immerge sa surface fruste d’un liquide stannifère, qui sera l’émail, et qui en attendant n’est qu’un enduit, devenu sec et poudreux, de liquide qu’il était tout d’abord. C’est cette couche, très sujette à s’enlever par places, et d’un contact réfractaire au pinceau, que le peintre céramiste sur cru a pour tout subjectile de son tableau. C’est délicat et même inquiétant pour tout artiste qui n’est pas consommé dans la pratique de cet art. De là l’impossibilité de poser franchement sur une surface si chanceuse les grands à plats préparatoires qui déterminent a priori l’effet d’ensemble du sujet, et permettenr d’en mener de front les grandes masses jusqu’au bout, au lieu d’en parfaire les morceaux un à un, sauf à les raccorder ensuite.

Autres inconvénients : pour les architectures, les mâts de navires et les objet particulièrement rigides. Le peintre sur cru, ayant besoin d’une rectitude proportionnelle de traits, n’y peut guère bien réussir sur la surface mouvante de sa plaque : ses traits plus ou moins fermes grossissent et se déforment à la cuisson ; et ces déformations-là ne sont plus corrigibles.

L’artiste qui n’est pas fait, de très-longue main, à tous les scrupules et à tous les obstacles de cette scabreuse exécution, perd en hésitations et en stérilités de pratiques la moitié de son temps, de sa hardiesse et de son abondance. Le moyen de l’art l’emporte sur le but. Le talent, avant de pouvoir s’exprimer, a trop à s’impatienter de cette longue initiation purement matérielle. Et le génie même des vieux maîtres, revenu parmi nous, ne s’y soumettrait plus. Les lenteurs du métier ont toujours irrité l’esprit des grands peintres.

Pour peindre sur cuit, même plaque de terre et même immersion stannifère. Mais au lieu de peindre la plaque ainsi préparée, on la met au four, qui fait de cette couche poudreuse est difficile un émail blanc et résistant.

C’est sur cet émail laque l’art industriel peint directement, à l’essence, ces faïences et ces poteries. Mais c’est sûr double émail que Monsieur Gustave Noël fait ces faïences d’art proprement dite, telles qu’elles sont là. Voici son procédé.

Sur cet émail, dont l’art industriel se contente pour ses produits, Monsieur Noël étend une seconde couche stannifère et la prépare de telle façon que cette surface, au lieu de l’inquiéter, de lui résister comme au peintre sur cru, lui permet de peindre aussi facilement que sur du papier d’aquarelle. Et l’émail cuit, qu’elle recouvre, lui sert de dessous, d’un jeu facile et plein de ressources. Aussi mène-t-il sans encombre son sujet d’ensemble, et reste-t-il toujours le maître de corriger ses lignes, de nourrir ses tons et d’intensifier son effet. En lui le céramiste ne saurait donc gêner ni réduire le peintre.

Monsieur Gustave Noël tout en se faisant des difficultés et des défauts des peintures dites sur cru autant davantage de facilité pour les siennes, a gardé de ses devanciers ce qu’ils ont de bon, même d’excellent. C’est-à-dire les tons bien fondus et profondément incorporés dans l’émail. Lui-même, on l’a vu, peint sur cru, mais avec des ressources nouvelles et des procédés qui ne sont qu’à lui.

Ce qui donne à ses faïences d’art leur éclat doux, leur belle glaçure et leur inaltérabilité, ne résulte pas d’un enduit de verre fondu par l’art industriel sur ses faïences et ses poteries décoratives ; c’est l’intensité même du feu.

Monsieur Gustave Noël s’étant voué au paysage, n’applique naturellement qu’à ses paysages mêmes le procédé de céramique qu’il s’est créé, et qui est très facilement applicable à la figure humaine, à tous les genres de la peinture.

Chaque artiste, chaque peintre habile serait mis tout de suite au courant de cette heureuse application. Et pour ne donner ici qu’un exemple, mais illustre, Corot, l’ayant essayé dernièrement, a fait de ce coup d’essai un coup de maître.

Corot, prenant la plaque préparée et les pinceaux de Monsieur Gustave Noël, a peint un paysage, et Monsieur Noël a cuit la plaque. En deux heures c’était fait, excellent en tous points, et inaltérable.

« Inaltérable ! Inaltérable ! s’écria Corot, enthousiasmé. Ainsi mon cher enfant c’est pour toujours, ne varietur. Ça ne bougera plus ! C’est très bon ça ! Parfait ! Parfait ! Que je voudrais en avoir fait bien d’autres comme ça pour les sauver du temps, qui rase tout ! » Faïences grand feu par Gustave Noël, vente, Drouot, salle 9, Boussaton, commissaire-priseur, Meusnier, expert, lundi 1er mars 1875, p. 6.

 

Gustave Noël, La Chapelle Saint-Aubert du Mont Saint-Michel, Peinture  sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 49 x 28 cm, atelier Pichenot, signé en bas à droite, 1873 © vente Adjugar’t Brest, 2017

 

Un traitement du ciel par brossage

Recherche du rendu de l’aspect minéral

Effet de vagues

Gustave Noël, La Chapelle Saint-Aubert du Mont Saint-Michel, Peinture  sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 49 x 28 cm, atelier Pichenot, signé en bas à droite, 1873 © vente Adjugar’t Brest, 2017

 

Mont Saint-Michel, embouchure du Couesnon

Gustave Noël, Mont Saint-Michel, embouchure du Couesnon,  Peinture  sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 26 x 45,5 cm, atelier Pichenot, signé en bas à gauche, s.d.  © vente Copages Auction, Paris, 2016

 

Donjon du Mont Saint-Michel

Gustave Noël, Donjon du Mont Saint-Michel, Peinture  sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 33,5 x 28,5 cm, atelier Pichenot, signé en bas à droite, 1873 © vente lot 252 Copages Auction, Drouot, 2016

 

Vue de Crépon, Calvados

Gustave Noël, Vue de Crépon, Calvados,  Peinture  sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, Maison Pichenot, 79 x 43 cm, signé en bas à gauche, s.d.  © vente lot 151, Pousse-Cornet, Orléans, 2013

 

Vue de Blois

Gustave Noël, Vue de Blois, Peinture  sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 79 x 43 cm, Maison Pichenot, signé en bas à droite, s.d. © vente lot 150, Pousse-Cornet, Orléans, 2013

 

Un résultat impressionnant de précision dû à la nouvelle technique -peinture à l’essence, double couche d’émail – employée par Gustave Noël ?  Mais ce qui manque, c’est l’émotion produite sur le spectateur

Gustave Noël, Les Vaneuses, Morbihan, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 70 x 31 cm, Maison Pichenot Loebnitz, signé en bas à droite, après 1870 © vente lot 62, Quimper, 2017

 

 

11 Participer à la mondialisation du champ artistique : les Expositions internationales de Londres 1871, Paris 1878, Sydney 1879 , Melbourne 1880

 

11 1 L’Exposition internationale de Londres en 1871

Les rapports des différents commissaires internationaux de l’Exposition internationale sont particulièrement élogieux pour Michel Bouquet.

 

Palais de l’exposition de Londres

The London illustrated, 1871 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

« De nombreux artistes français mettent leur talent et trouvent souvent leur fortune au service de l’industrie anglaise. Monsieur Minton, des usines de Stock on Trent, a pour collaborateurs assidus des hommes d’un vrai talent, Monsieur Carrier Belleuse, Monsieur Solon-Milès, Monsieur Bouquet : de sorte que, en considérant les entreprises les plus considérables de la céramique anglaise, ce sont des noms français qu’il faut citer en première ligne. » p.48 in Rapport du Commissaire, F.A. Gruyer, Exposition internationale de Londres, application de l’art à l’industrie,Paris, 1872

 

F.A. Gruyer, Exposition internationale de Londres, application de l’art à l’industrie,Paris, 1872 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

1871 Les barques sur le lac de Genève, Peinture sur émail cru stannifère, Exposition de Londres, « un espace borné par la fuyante perspective des montagnes », Oeuvre non retrouvée

1871 Les bords de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Exposition de Londres, « avec une coloration verdâtre de l’eau », Oeuvre non retrouvée

1871 Le marais en Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère, Exposition de Londres, « avec ses arbres à feuilles jaunissantes, et cette végétation qui couvre à peine un terrain si gras et si glissant »

1871 Vue de Hollande, Peinture sur émail cru stannifère, Exposition de Londres, « dont l’eau verte et agitée paraît si profonde », Oeuvre non retrouvée

1871 Moulin des Roches, Peinture sur émail cru stannifère, Exposition de Londres, « avec son ciel tourmenté, et cette atmosphère dont la transparence, qui permet de voir au loin les objets avec tant de netteté, est l’indice d’une pluie prochaine », Oeuvre non retrouvée

 

La relation qu’en fait Victor de Luynes est tout aussi élogieuse :

« Monsieur Michel Bouquet a exposé dans une des galeries latérales de l’annexe françaises cinq belles plaques qui permettent d’apprécier son talent de paysagiste, en même temps qu’elles témoignent chez lui d’une rare habileté à réaliser sur émail cru les effets dont l’heureuse variété se faisait remarquer dans ses paysages.

Monsieur Bouquet qui, sous le rapport artistique, s’est chargé de représenter à Londres la peinture sur émail cru, a cultivé pendant longtemps d’une manière distinguée la marine et le paysage, à l’huile et au pastel. C’est vers 62 ans qu’il s’est mis à peindre sur émail cru, en conservant ses genres favoris.

Il a eu la hardiesse d’essayer, ce que nul artiste n’avait osé tenter avant lui, de donner aux paysages un caractère de réalité vivante.

Les Italiens, les Castelli, ont bien fait de jolis paysages, mais c’était purement décoratif, et très loin de la réalité. Monsieur Bouquet est réaliste, et avec son goût éclairé, il sait choisir ses sujets et ses effets.

Ce n’est pas qu’il évite les difficultés ; il paraît, au contraire, les rechercher dans ses marines et dans ses paysages où tous les tons doivent avoir leur valeur atmosphérique, où tous les détails doivent être légers et délicats.

Avec ses couleurs et ses oxydes dont la véritable nuance ne se développe qu’au feu, il sait deviner ses tons et les atteindre avec une rare précision. Il évite les lourdeurs de la gouache en n’employant jamais de blanc, et en réservant le champ sur lequel il peint.

Victor de Luynes, Exposition internationale de Londres, 1871, Paris, 1872 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

M. Bouquet a présenté les Barques sur le lac de Genève, borné par la mise en perspective des montagnes ; les Bords de rivière, avec la coloration verdâtre de l’eau ; le Marais en Bretagne, avec ses arbres à feuilles jaunissantes, et cette végétation qui couvre à peine un terrain si gras et si glissant ; cette Vue de Hollande, dont l’eau verte et agitée paraît si profonde ; enfin le Moulin des Roches, avec son ciel tourmenté, et cette atmosphère dont la transparence, qui permet de voir aux loin les objets avec tant de netteté, est l’indice d’une pluie prochaine ; toutes ces plaques sont des ordres de premier ordre, exécutées largement, avec une grande légèreté demain, une vigueur et une variété de coloris remarquables. Monsieur Michel Bouquet a noblement soutenu l’honneur de l’art français de la peinture sur émail cru.

Exclusivement artistique lorsqu’elle sort des mains de Monsieur Bouquet, la faïence stannifère nous est offerte sous le rapport industriel par la fabrique de Saint Clément, avec une variété de formes et des décorations. » Victor de Luynes, Exposition internationale de Londres, 1871, Paris, 1872, pages 109-110

 

L’un des membres de la Commission supérieure ajoute dans le rapport général :

« Parmi beaucoup d’estimables peintures sur les matières céramiques, j’appellerai particulièrement l’attention sur les paysages exécutés sur émail cru par Monsieur Michel Bouquet. Monsieur Bouquet a triomphé de la plus grande des difficultés qui se puissent rencontrer dans son art. Peindre sur une poussière d’émail, que le moindre souffle suffit à faire envoler ; calculer et deviner ses effets dans cette boue à moitié liquide ; retrouver après la cuisson l’identité de la conception primitive ; que de tâtonnements ! Que de patience ! Souvent que de déboires ! Mais aussi quelle solidité dans ses peintures, et de quel caractère particulier elle se trouve revêtue ! » p.39

Exposition internationale Londres, France, Commission supérieure, rapport, Paris, Jules Claye, 1872 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Le commissaire Octave Lacroix re lève que « les faïences sur émail cru ( paysages et marines ) de M. Michel Bouquet, les panneaux décoratifs sur faïence camaïeu de Mlle Fany Caille, sont des morceaux délicats, charmants et d’une belle venue ». Octave Lacroix, Rapport de la Commission supérieure, septembre 1872, Exposition internationale de Londres, 1872, p. 11.

 

Exposition internationale Londres, France, Commission supérieure, rapport, Paris, Jules Claye, 1872 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Alfred Talandier, qui est chargé d’un rapport sur la compétition franco-britannique dans le domaine des industries céramiques, déplore que « les fabricants de Limoges n’aient rien envoyé à cette exposition. Ils laissent ainsi le champ libre à leurs concurrents anglais et à leurs émules de France, redoutables, les Deck, Rousseau, Collinot, Houry, de Callias, Parvillée, Geoffroy, Pillivuyt.

Il faut encore que sans cesse votre nom et vos produits soient sous les yeux du public. Sans quoi il vous oubliera et adressera ses commandes à vos voisins qui, mieux avisés, les exposent comme objets d’art dignes de figurer non loin des admirables peintures de Bouquet, de Schopin, de Gluck et de Mme Escalier.

Nous ne persistons pas moins à soutenir que le paysage doit être le principal sur la faïence, la figure l’accessoire, tandis que sur la porcelaine, c’est le paysage qui doit être l’accessoire et la figure principale. Rien de plus curieux à ce sujet, que la comparaison que chacun peut faire, à l’exposition, entre les meilleurs paysages sur faïence, ceux de Bouquet, de Julien, et les plus belles figures, celle, par exemple, de Mademoiselle de Maussion.

On dira que ce n’est pas parce qu’ils sont peints sur faïence, mais parce qu’ils sont peints par Bouquet ou Julien, que ces paysages sont beaux, et de même, que ce n’est pas parce qu’elles sont peintes sur porcelaine, mais parce qu’elles sont peints par Mademoiselle de Maussion, que ces figures sont charmantes.

D’un autre côté, quoi de comparable avec les paysages de ces peintres dont le nom revient sans cesse quand on parle de faïences, Michel Bouquet, Julien, Charles Houry !

Personne au monde assurément ne croira jamais que ce soit par un pur effet du hasard que les uns ont choisi la faïence, les autres la porcelaine. Sans doute le génie se joue des difficultés, et que Madame Escalier peigne ses fleurs, Monsieur Regnier ses oiseaux, Monsieur Bouquet ses paysages, Monsieur de Moll ses centaures, le résultat sera toujours beau ». Alfred Talandier, Rapport sur l’industrie céramique en France et en Angleterre, Choix de rapports et instructions, Archives des missions scientifiques et littéraires, troisième série, tome 1, 1873, p. 459

 

Archives des missions scientifiques et littéraires, Choix de rapports et instructions, troisième série, tome 1, 1873, p. 459 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

11 2 L’Exposition universelle de Paris en 1878

Elle connaît un succès prodigieux : 16 millions de visiteurs !

 

Paris, Champ de Mars, Pavillon de la céramique et du verre

Fougère, Exposition universelle de 1878. Le panorama des palais, chromolithographie, 145 x 195 cm, 1878 © Images-art.fr

 

« Michel Bouquet s’adonne à la peinture des paysages sur plaque, en y déployant toutes les ressources de la peinture. Le procédé des feuillages Laurin se relie en partie à celui de Bouquet, tous deux peignant sur cru et cherchant à simuler la peinture à l’huile.

Le groupe qui s’est formé autour du procédé Laurin est constitué de MM. Thierry, Schopin, Bourgeois, Houry, Havelin, Artigue qui obtient des effets d’une grande douceur et Laurin dont on remarque des essais

Sèvres a joué un grand rôle dans la diffusion des procédés technique, et c’est à elle, selon le catalogue de l’exposition, qu’on doit les pâtes colorées au moyen d’oxydes métalliques supportant le grand feu, les émaux translucides sur porcelaine tendre, les applications de pâte blanche en transparence sur fond coloré

La décoration architecturale en faïence est le grand événement pittoresque de la céramique en 1878, comme les fonds d’or de M. Deck en sont le grand événement technique » in A.R. De Liesville, Les industries d’art, La céramique et la verrerie au Camp-de-Mars, Paris, Champion, 1879

Henry Jouin, Notice historique et analytique, Peintures, Emaux, etc, Exposition Universelle de Paris, 1878 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Michel Bouquet est repéré par les commissaires américains « Amoung the numerous examples of underglaze painting on faïence, we note those of Bouquet Michel, ceramic artist, who paints upon a stanniferous enamel and burns in the colors at a high heat – grand feu – in the manner of the artists in Italian majolica of the fifteenth and sixteenth centuries and of the faïences of Rouen, Nevers and Moustiers ». Rapport des commissaires américains de l’exposition à Paris en 1878

 

11 3  Les Expositions internationales de Sydney en 1879 et Melbourne en 1880

 

L’ Exposition internationale de Sydney, 1879

L’exposition de Sydney inaugurée le 18 septembre s’est étalée sur sept mois. L’exposition comptera plus d’un million de visiteurs. Michel Bouquet y est médaillé.  Seuls 300 exposants français sont présents, le gouvernement et les milieux économiques n’ayant pas encore saisi l’importance des enjeux géopolitiques maritimes, alors que la France est présente depuis Napoléon III dans une partie de l’Indochine.

 

Vue générale de l’Exposition internationale de Sydney de 1879

JT Richardson, The Garden Palace, Watercolor and ink, 56 x 82 cm, between 1879 and 1882 © State Library of the New South Wales, Australia, FL3326206

Plan de l’Exposition internationale dans laquelle figurent deux oeuvres de Michel Bouquet

Anonyme, Map of the International Exhibition of Sydney, New Souths Wales, lithography,  at the Survesor General’s Office, 14 x 24 cm, 1879 © State Library of the New South Wales, Australia, M2 811.1729

 

Le Garden Palace, 244 mètres de long, 112 000 mètres carrés

Anonyme, Garden Palace, Macquarie Street, Exhibition Building, Sydney, Photograph, 1879  © State Library of the New South Wales, FL1231512

 

Anonyme, Macquarie Street entrance to the Garden Palace, Photograph, 20 x 25 cm, 1879  © State Library of the New South Wales, FL1954574

 

Intérieur du Garden Palace

Richards & Company, Département d’exposition de la France, Photographie for the International Exhibition Commissioners, Sydney, New South Wales, Australia, 14,7 x 20 cm, 1879 © Museum of Applied Arts & Sciences, Powerhouse Museum, Ultima, NSW, Australia , FL1955935

 

Est-ce dans ce secteur que les plaques de faïence de Michel Bouquet ont été exposées ?

Richards & Company, Département d’exposition de la France, Photographie for the International Exhibition Commissioners, Sydney, New South Wales, Australia, 14,7 x 20 cm, 1879 © Museum of Applied Arts & Sciences, Powerhouse Museum, Ultima, NSW, AustraliaFL1954574

 

Il est possible que ce soient deux faïences de Michel Bouquet, en haut à droite, encadrées de noir avec un liseré doré, comme il le fait systématiquement

Les étiquettes accrochées aux oeuvres signifient-elles qu’elles ont été vendues ?

Richards & Company, Département d’exposition de la France, Photographie for the International Exhibition Commissioners, Sydney, New South Wales, Australia, 14,7 x 20 cm, 1879 © Museum of Applied Arts & Sciences, Powerhouse Museum, Ultima, NSW, AustraliaFL1954574

Michel Bouquet reçoit deux médailles lors de cette exposition internationale

WYON Alfred-Benjamin & WYON Joseph-Shepherd, Exposition internationale de Sydney, Médaille de premier prix, La Renommée, debout devant divers objets primés, distribuant une couronne de laurier ; le Garden Palace au second plan, diamètre 76 mm, 221 g, 1879 © cgb.fr

 

L’exposition internationale de Melbourne 1880

Cette fois-ci le gouvernement français et les milieux économiques ont pris conscience de l’importance des enjeux dans cette zone de l’Océan Pacifique. Ce ne ne sont pas moins de 1250 exposants qui ont envoyé leurs produits ou sont allés sur place. On est loin des seuls 300 exposants de l’exposition de l’année précédente à Sydney. Les retombées économiques pour les produits français sont conséquentes. Sur le plan politique, il s’agissait de montrer la présence de la France dans une zone maritime où si les anglais sont depuis longtemps présents, les allemands commencent à y avancer leurs pions, en témoigne l’importance somptuaire du secteur allemand dans l’exposition. Trois ans plus tard, en 1883 l’Amiral Courbet entreprend de conquérir méthodiquement l’Annam et le Tonkin pour en faire des colonies de peuplement. Et comme nous le verrons plus loin, un stand représentant les colonies françaises, dont la Nouvelle-Calédonie, est présent dans cette exposition internationale.

 

Le palais de l’exposition en 1880

Joseph Reed, The Exhibition Building Melbourne 1880, the South West Aspect of the Main Hall, Watercolour on Paper, 1880  © Museums Victoria, Melbourne, Australia

Ticket d’entrée du visiteur

Ticket, One shilling, Melbourne International Exhibition, Paper, SH 960341 © Museums Victoria, Melbourne, Australia

 

Passe permanent d’exposant

Exhibitor’s Pass, International Exhibition, Melbourne, 1880 © Museums Victoria, Melbourne, Australia

 

Hall de l’exposition française

 

Ludovico Hart, French court, Great hall, Exhibition Building, Photograph, MM 107908, 1880 © Museums Victoria, Melbourne, Australia

 

Le secteur de la faïence française

Ludovico Hart, French Court, Temporary Annexe, Exhibition Building, Photograph, MM 107832, 1880 © Museums Victoria, Melbourne, Australia

 

Catalogue des exposants, dont Michel Bouquet

Offices of the Royal Commission, Royal Commission catalogue, SH 960367, 1880 © Museums Victoria, Melbourne, Australia

Stand des colonies françaises : Algérie et Nouvelle-Calédonie

,

Ludovico Hart, View of the French colonial courts of Algeria and New Caledonia, Photographie, MM 107 856, 1880 © Museums Victoria, Melbourne, Australia

 

Ce talent si particulier de peintre sur faïence lui vaut encore l’admiration en 1903 de Louis-Marc-Solon

« Michel Bouquet, the landscape painter, was never attached to the Laurin factory; but as he brought his work there to be fired, he was, to some extent, connected with the place. I have no hesitation in saying that a plaque by M. Bouquet stands apart from all ceramic painting of every description as embodying, in an almost perfect form, the notion of using ordinary vitrifiable colours in the rendering of purely pictorial subjects. The treatment is highly finished, but without undue minuteness ; delicate shades are skilfully contrasted with powerful tints ; the general effect is always true to nature. If we compare it with a valued canvas, the plaque will hold its own and lose nothing of its intrinsic qualities; but it does not suggest any pretension to an imitation of oil painting. Owing to the true method employed in its execution — which consists in painting upon the white enamel, in the powdery state, with the elementary metallic pigments which alone can stand the oven’s fire — it retains an absolutely ceramic character. Bouquet was a constant exhibitor at the Paris Salon. His work has remained in private hands, and is never seen in the trade. Neglected as his plaques may be at the present day, they have only to be better known to be appreciated as they deserve. The time is not far removed when the task of illustrating  with adequate examples the phases of a highly interesting revival will be taken in hand by appreciative collectors. Bouquet’s landscapes on faïence will then be eagerly sought after as representing the most striking instance of the old processes having yielded results undreamed of by the ancients, when cleverly handled by a modern painter. » A history and description of the old French faïence, with an account of the revival of faïence painting in France, by Marc Louis Solon, 1835-1913 ; with a preface by William Burton. Containing twenty-four plates in colours, together with reproductions of marks and numerous illustrations, London, New York [etc.]Cassell and Co., ltd., 1903

 

12 Rester, malgré toute cette gloire et ces succès, sensible aux malheurs des autres

Dans les années 1870 et 1880 Michel Bouquet évolue à Paris dans un monde où l’argent est très présent, un monde qui, ici, a le goût de l’art et de l’industrie, le monde de l’aristocratie et de la politique et enfin celui des entrepreneurs, ce qu’il est, à sa petite échelle, puisqu’il travaille tout seul. Il a su mener à bien sa petite entreprise picturale puisqu’il est encore là près de cinquante ans après ses débuts dans les années 1830. Il n’est pas facile de figurer au sommet sur toute une carrièr , d’être reconnu pendant plus de 50 ans comme une référence, d’être et surtout de rester un maître, et non pas un vieux maître. C’est là tout son talent.

S’il évolue dans le monde de la high-upper class, Michel Bouquet est toujours intervenu dans différentes oeuvres de bienfaisance ou de charité, que ce soit vis-à-vis de ses collègues peintres dans le dénuement ou pour des oeuvres pour enfants malades.

Dès 1864, il offre des faïences et un dessin pour l’Oeuvre des jeunes convalescentes fondée par les médecins de l’hôpital Sainte-Eugénie, en compagnie de Mme Becq de Fouquières, une amie, qui offre un pastel et Claudius Popelin, l’autre grand maître de la peinture sur faïence. Les fonds ainsi récoltés servent à l’entretien et au développement des soins réservés aux enfants d’Epinay-sous-Sénart.

Maison de convalescence d’Epinay-sous-Sénart, Carte postale © Collection particulière

Dans le journal Gil Blas daté du 16 août 1885, A.Dumont écrit « Etretat possède en ce moment un véritable salon. La colonie artistique ancienne et moderne a si bien répondu à l’appel du Comité de la loterie des sociétés de secours mutuels et du bureau de bienfaisance, que l’exposition des lots est très remarquable au point de vue artistique. Suivant la mode, les aquarelles et les dessins sont les plus nombreux. On n’y remarque de nombreuses oeuvres dont des dessins de Michel Bouquet, Maurice Loir, Parker, des peintures de Charles Landelle.. Une autre œuvre de Michel Bouquet, une très belle plaque de faïence, est offerte par le président, Monsieur Paul Casimir Périer, député de la Seine inférieure. »

Un dessin de Michel Bouquet : falaise d’Etretat

Un autre exemple de vente au profit des oeuvres de charité

Les rochers dans la forêt

Michel Bouquet, Les rochers dans la forêt, Peinture sur email cru stannifère, Faïence au grand feu, 25,5 cm de diamètre, janvier 1881 © vente, Adjug’art Brest, 24 et 25 septembre 2014

 

Mais Paris n’est pas toute sa vie, il y a aussi cette région par lui tant chérie, la Bretagne.

 

 

Bouquet 20 Durer ! Amplifier les succès initiaux rencontrés par ses peintures sur faïence dans les années 1870-1880