Bouquet 20 Durer ! Amplifier les succès initiaux rencontrés par ses peintures sur faïence dans les années 1870-1880

 

N’oublions pas que Michel Bouquet a commencé à peindre sous Charles X en 1827, et exposé pour la première fois sous le roi Louis-Philippe en 1834. Dans les années 1870 et 1880, celles de la Troisième République, la société et les goûts du public acheteur ont considérablement évolué.

Et pourtant il est toujours là, toujours apprécié par le public, vendant ses créations picturales qui lui permettent de vivre très confortablement à Paris et à Roscoff.

Le choix de reconversion de Michel Bouquet sur un créneau pictural qu’il avait estimé plus porteur en termes de revenus s’avère être le bon « Les céramistes sont dans le mouvement. C’est qu’ils répondent à un besoin véritable de notre époque, et à ses exigences d’ornementations extérieures et intérieures qui tourmentent tout ce qui s’occupe de la question d’habitation ».

Le journaliste salue également la modernité du mouvement

« Jamais il ne serait venu à la pensée d’un faïencier de ce temps là de traiter la terre émaillée comme la toile et le bois, et de peindre un véritable tableau sur la plaque de faïence qu’il va mettre au four. Mais nous sommes dans le siècle des nouveautés et des audaces. Aussi, nos céramistes abordent-ils l’émail avec des pinceaux qui n’hésitent point à confier aux trahisons de grand feu une figure, un paysage, ou un sujet de genre. » Le Constitutionnel, journal du commerce, politique, libéral, 2 juillet 1870

Et que nous dit Ernest Feydeau dans la Revue internationale de l’art et de la curiosité en 1870 ?

« Voici la physionomie ouverte de M. Michel Bouquet, l’heureux céramiste à qui son amour pour toutes les aventures de l’émail cru fondant au grand feu, a refait une seconde jeunesse.

Un vivant portrait d’artiste, surpris dans toute sa joyeuse et sympathique maturité ». Michel Bouquet est alors âgé de 63 ans, un âge où de nos jours tout le monde songe à prendre sa retraite.

 

Portrait de Michel Bouquet

Jaroslaw Cermak,1831-1878, Portrait de Michel Bouquet, huile sur toile, 47x60cm, signé et daté en bas à droite, oeuvre de la collection personnelle de Michel Bouquet achetée en 1895 par la municipalité de Lorient, 1869 © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

 

Michel Bouquet connaît alors la gloire : celle d’être reconnu comme chef de file d’un courant artistique nouveau.

« M. Michel Bouquet est un de ceux que l’on peut ranger parmi les promoteurs du mouvement. Il a été un des premiers à marcher dans cette voie, et l’on peut dire que personne n’est allé plus loin que lui ». Le Constitutionnel, Journal du commerce, politique et littéraire, 2 juillet 1870

Michel Bouquet connaît alors la gloire, celle de rentrer de son vivant dans le musée de céramique de Limoges : « Dans les salles du musée, je vois des faïences des hispano-mauresques, des carreaux persans, d’Urbino, de Faënza, des Rouen, Moustiers, des Nevers, des Delft.

En faisant retour, je trouve des faïences de Minton, des frères Deck, de M. Michel Bouquet, le service de Bracquemond, des pâtes rapportées de Wegwood ». Ecoles et musée céramique de Limoges, Gazette des Beaux-arts .

Ironie de l’histoire, c’est Philippe Burty qui signe l’article, étant obligé de citer Bouquet, qu’il avait crucifié en 1863.

Michel Bouquet connaît alors la gloire, celle de rentrer de son vivant dans le musée des Arts décoratifs, au palais des Champs-Elysées : « De nombreux aristocrates prêtent des objets au musée pour son inauguration le 10 avril 1880. Messieurs Deck et Michel Bouquet avaient envoyé des morceaux importants de céramiques. Puis Michel Bouquet a fait don au Musée des arts décoratifs d’une peinture sur faïence émaillée » in Philippe de Chennevières, Revue des arts décoratifs, avril 1881, p. 8 1880 ( entre la 28 octobre 1879 et le 8 mars 1880 ) A Monsieur le Duc de Chaulnes, Président du Musée des arts décoratifs, 28 octobre 1879, vote des sommes nécessaires à l’installation du Musée des arts décoratifs dans le palais des Champs-Elysées. Bulletin commun entre l’Union centrale et le Musée.

Jules Noriac dans Paris tel qu’il est, Calmann-Levy, 1884. p. 277 souligne « Qui disait donc, je vous prie, que l’esprit se perdait en France ? Michel Bouquet, le peintre que vous savez, est un artiste de grande valeur, fort estimé de ses confrères. Ces admirables plaques peintes sur émail cru lui ont valu une réputation universelle. L’Angleterre le flatte, l’Amérique lui sourit, la Russie lui fait des avances et la Hollande l’adopterait volontiers ».

Michel Bouquet connaît alors la gloire, celle de figurer de son vivant dans les collections de musées anglaises, américaines, russes, australiennes.

Mais il sait pour la fréquenter depuis 1835 combien la gloire est éphémère, et se pose pour lui de manière lancinante une question dans les années 1870 et 1880. Comment durer ?

 

Oui, comment durer ?

1 Acquérir une maîtrise technique qui fait de vous un maître reconnu à l’échelle européenne

2 Rester visible dans le champ médiatique : les journaux nationaux, les revues artistiques

3 Bénéficier d’un soutien de choix en la personne de Paul Casimir Périer, frère du futur Président de la République

4 Exposer systématiquement au Salon de Paris

5 Continuer à participer au mouvement de la modernité industrielle en exposant au Palais de l’Industrie : un Beau bien Utile

6 Participer aux nouvelles techniques de vente hors-salon  : les expositions éphémères

7 Toujours innover : vendre lors d’une exposition rétrospective à consacrée à son oeuvre

8 Susciter des émules : devenir le chef de file d’une nouvelle génération

 

11 Participer à la mondialisation du champ artistique : les Expositions internationales de Londres 1871, Paris 1878, Sydney, Melbourne

 

1 Acquérir une maîtrise technique qui fait de vous un maître reconnu à l’échelle européenne

1 Quelles nouvelles avancées sur le plan technique entre les années 1860 et les années 1870/1880 ?

11 Un changement dans la composition des plaques ?

Il nous faudrait procéder à une analyse chimique des matériaux employés, elle reste à faire.

1870

Rochers Sèvres

1871 Marine en Hollande

Marais de Keremma, 1871 Vente Brest 12/12/2017

1878

Michel Bouquet, Paysage de vallée avec rochers plongeant vers la mer, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 32x50cm, 1878 © Manufacture de Sèvres, MNC 7279

 

12 Sur le plan des oxydes, on constate peu d’évolution entre les écrits de Brongniart et ceux de Théodore Deck

Comparons Brongniart 1844 et Deck 1887

BRONGNIART 1844 DECK 1887
1 Matières colorantes : oxydes simples
Oxyde de chrome Oui Oui
Oxyde de fer Oui Oui
Oxyde d’urane Oui Oui
Oxyde de manganèse Oui Oui
Oxyde de zinc Oui Oui
Oxyde de cobalt Oui Oui
Oxyde d’antimoine Oui Oui
Oxyde de cuivre Oui Oui
Oxyde d’étain Oui Oui
Oxyde d’irridium Oui
2 Matières colorantes : oxydes salifiés ou mêlés de matières terreuses
Chromate de fer Oui Oui
Chromate de baryte Oui Oui
Chromate de plomb Oui Oui
Chlorure d’argent Oui Oui
Pourpre de Cassius Oui Oui
Terre d’ombre Oui Oui
terre de Sienne Oui Oui
Ocres rouges et jaunes Oui Oui

 

Seul l’oxyde d’irridium s’ajoute à la liste de Brongniart. Mais ce dernier avait déjà mentionné cet oxyde dans son Traité des arts céramiques de 1844 en soulignant ses effets de gris et de noirs.  Ajoutons à cela que le chef d’entreprise qu’est Deck n’a peut-être pas envie de donner ses secrets de fabrication et d’ajouter ses nouvelles découvertes aux anciennes utilisations..

 

13 Comment continuer à attirer le public ?  élargir la palette des possibilités techniques de ce nouveau matériau pictural

 

Comment fait-il pour obtenir un tel effet de brouillard à partir d’un émail poudreux sur lequel il dépose des oxydes ?

Michel Bouquet, Vaches dans un pré, 20x30cm, Peinture  sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, s.d. © vente 1999

 

Brouillards, montez ! Versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Qui noiera le marais livide des automnes
Et bâtissez un grand plafond silencieux!

Stéphane Mallarmé, Vers et proses, 1893

 

13 Attirer les regards  par la virtuosité : une maîtrise extraordinaire de la main

En  1871 il est en pleine maturité de son art, ce chemin creux dans un forêt est éblouissant de maîtrise. Ici on peut parler d’émail atmosphérique. Les sous-bois sont humides et légèrement brumeux, la terre de l’étroit sentier forestier est détrempée, des lierres plein de fraîcheur s’élancent à l’assaut des troncs perlants d’eau, le silence règne et les deux pies picorent en toute sérénité

 

Sous-bois brumeux, rendez-nous les échos de nos aïeux

Michel Bouquet, Paysage de forêt, Peinture sur émail cru stannifère, faïence au grand feu, 50x35cm, 1871  © vente Maynards, Canada, Vancouver,  27/03/2012

 

Peut-être est-ce là une infidélité aux conditions établies par les premiers céramistes ou du moins acceptée par eux. Mais c’est là un fait accompli sur lequel il serait maintenant assez difficile de revenir. Il nous faut donc à présent juger la peinture céramique absolument comme l’autre, tout en reconnaissant que la différence qui existe dans leur procédé est aussi dans l’effet obtenu.

 

14 Attirer les regards par une composition moderne, où les premiers plans sont plus élevés que les arrières-plans

 

Dans les plis du vallon vert, toujours nous attend la mer

Michel Bouquet, Paysage de vallée avec rochers plongeant vers la mer, Peinture sur email cru stannifère, Faïence au grand feu, 32x50cm, 1878 © Manufacture de Sèvres, MNC 7279

 

Une faïence achetée par la manufacture de Sèvres

Paiement de 300 francs à Michel Bouquet pour Paysage de vallée avec rochers plongeant vers la mer, 9 juin 1878 © Archives de la manufacture de Sèvres

 

Embrasser le secteur de la publicité dans les journaux

Tout comme Sarah Bernhardt, Michel Bouquet a parfaitement compris les règles de la vente publicitaire pour un marché de masse. Un exemple parmi d’autres :  les 16 et 17 décembre 1876 , les faïences Rudhart lui consacrent un espace publicitaire dans un journal quotidien, politique et littéraire, Le Temps. L’affiche mentionne Grand feu, peintes sur émail cru, Architecture, Pièces, Oeuvres de Michel Bouquet, 1 rue Halévy. Il proposerait donc aussi des travaux qui s’inscriraient dans l’architecture d’une maison. C’est ce qu’il avait fait avec ses plaques de faïence sous forme ovale pour intégration dans l’architecture de la salle à manger du duc de Montebello , puis avec ses plaques intégrées dans des boiseries de bois confectionnées spécialement à cette occasion pour le cabinet des dames du transatlantique Princesse Eugénie.

 

Le Temps, 1876 © Source gallica.bnf.fr / BnF

Le Rappel, 1879 © Source gallica.bnf.fr / BnF

Journal Officiel de la République française © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Des articles qui ne sont que des publicités déguisées, des incitations à aller voir.

Il est cité dans le journal Le Rappel du 13 mai 1879 pour un Paysage, Peinture sur émail cru dans le cadre d’un reportage sur le salon de 1879 « Nous donnons nos notes sommaires de première impression. Parmi les ouvrages qui, après les portraits et les tableaux d’histoire que nous avons cité hier, captiveront les yeux et la pensée du public, nous citons parmi les peintures sur faïence et sur autres matières : Fabre, La dîme, émail cru ; Michel Bouquet, Paysage, émail cru ».

La même année dans L’Univers illustré « Salon, nous montons au premier étage du palais pour accorder un coup d’œil rapide à ses œuvres que nul ne regarde, etc. critique, qui sont l’espoir suprême des graveurs, etc. Injustice blessante me direz-vous. Je partage votre avis. Mais il n’est au pouvoir d’aucun de nous de placer des gardiens la porte d’entrée pour crier aux visiteurs : « Ne négligez pas les pastels ! Allez tout droit aux faïences ! » Ces choses-là ne se commandent pas. Pourtant Monsieur Michel Bouquet, célèbre peintre sur émail, ne serait pas je suppose, indigne d’une minute d’attention ». L’Univers illustré, juillet 1879

D’autres articles concernant Michel Bouquet paraissent dans Le Constitutionnel, Journal du commerce, politique et littéraire, 2 juillet 1870, dans Le journal Officiel de la République française, 1872 à 1885, dans des ouvages comme A. de la Fizelière, Memento du Salon de peinture, de gravure et de scupture en 1875, indiquant les oeuvres les plus remarquables exposées au Palais de l’Industrie, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1875, etc.

 

3 Soigner ses relations avec la presse

Les relations de Michel Bouquet avec le milieu journalistique sont très étroites. Elles lui garantissent au accès au grand public, une plus grande visibilité dans le monde artistique et dans celui des acheteurs potentiels.

Le 26 novembre 1880 s’ouvre l’Exposition de La Presse. Créé par Emile de Girardin en 1831, c’est un des premiers journaux véritablement populaires. Son orientation politique est fluctuante, mais l’orientation dominante est conservatrice. Y collaborent des personnages qui connaissent bien Michel Bouquet : Alexandre Dumas, Théophile Gautier qui y tient une rubrique consacrée à l’art. Victor Hugo et Gérard de Nerval ont également signé des articles dans ce journal. Des romanciers n’hésitent pas dans le milieu du XIXe siècle à ypublier des extraits de leurs œuvres : Balzac, Le curé de village ; Lamartine ses Confidences ; George Sand, Histoire de ma vie. C’est aussi dans ce journal qu’on assiste à la grande vogue des romans qui paraissent sous forme de feuilletons, afin de fidéliser le public : Alexandre Dumas y a rédigé les épisodes successifs de La San Felice.

Que dit le journaliste qui rend compte de l’inauguration de cette exposition ?

« De Michel Bouquet, celui que depuis longtemps déjà, nous saluons comme le maître des peintres céramistes contemporains, nous avons la bonne fortune de pouvoir montrer à nos amis deux tableaux très variés comme tonalité et comme aspect. Ils sont peints tous deux sur émail cru, d’un pinceau sûr de lui, plein de vigueur et d’éclat. L’un de ces tableaux représente les bords d’une rivière coulant entre ses rives fleuries, dans un site agreste plein de fraîcheur et de poésie. L’autre, les côtes de Bretagne par un gros temps. La mer soulevée, le ciel orageux, l’atmosphère saturée de l’embrun de la vague marine, tout cela est rendu par Monsieur Michel Bouquet avec la justesse et la puissance d’un véritable artiste.

Monsieur Michel Bouquet, qui est un ami, nous traite en amis, et à ses deux jolis tableaux sur faïence il a joint deux feuilles de papier bristol, dont chacune est couverte de 19 cartes de visites qui sont autant de petits tableaux à l’encre de Chine, dont l’élégance, la distinction et la finesse de liens ne laisse rien à désirer que d’en être le possesseur… » Louis Enault, La Presse, 26 novembre 1880.

 

Atelier Nadar, Louis Enault, Photographie positive sur papier albuminé, d’après négatif sur verre, 8,5 x 5,8 cm après 1850 ©  Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Une excellente stratégie utilisée par Michel Bouquet auprès des journalistes :  un produit, un gratuit, un placement, une publicité, le tout anglicisé aujourd’hui sous le nom de marketing

Cours d’eau

Michel Bouquet, Cours d’eau, Lavis d’encre sur bristol, 7,8 x 12,5 cm, signé en bas à droite, daté au dos et dédicacé, Ancienne collection Monsieur et Madame Haraux, amis du peintre, 1882 © vente Bayeux enchères, 2 avril 2018

Sous-bois

Michel Bouquet, Sous-bois, Lavis d’encre sur bristol, 11,2 x 8 cm, signé en bas gauche, daté au dos, Ancienne collection Monsieur et Madame Haraux, amis du peintre, 1880 © vente Bayeux enchères, 2 avril 2018

Côte de Bretagne

Michel Bouquet, Côte de Bretagne, Lavis sur bristol, 5,2 x 9 cm , signé en bas à gauche, titré au dos, Ancienne collection Monsieur et Madame Haraux, amis du peintre, s.d. © vente Bayeux enchères, 2 avril 2018

Barque sur la Tamise

Michel Bouquet, Barque sur la Tamise, Lavis sur bristol, 5,2 x 9 cm, titré au dos, signé en bas à droite, Ancienne collection Monsieur et Madame Haraux, amis du peintre, s.d. © vente Bayeux enchères, 2 avril 2018

Paysage à l’étang

Michel Bouquet, Paysage à l’étang, Lavis d’encre sur bristol, 7,3 x 11,5 cm, signé à droite, daté au dos, Ancienne collection Monsieur et Madame Haraux, amis du peintre, 1880  © vente Bayeux enchères, 2 avril 2018

 

Un milieu dans lequel il se meut avec facilité comme le montre cet article du 10 mars 1882 :

« Le comité du cercle de La Presse a fêté hier dans un dîner intime présidé par M. Auguste Vitu, trois de ses membres récemment promus au grade d’officier de la Légion d’honneur, MM. Edouard Detaille, Alphonse de Neuville et Georges Viert.

 

Parmi les convives présents, citons au hasard MM. Falguière, peintre et sculpteur,

Nadar, Alexandre Falguiere, Photographie, tirage de démonstration s.d. ©  Source gallica.bnf.fr / BnF ; Alexandre Falguiere, Vainqueur au combat de coqs, 1864 © Photographie Didier Descouens, Toulouse, 2013

 

Alfred Stevens, le peintre des femmes, mais aussi un artiste qui enseignait à un atelier de femmes les secrets de l’utilisation du dessin et des couleurs

Robert Jefferson Bingham, Portrait d’Alfred Stevens, Photographie sur papier albuminé, après 1850 ©  Source gallica.bnf.fr / BnF ; Alfred Stevens, Dans le studio, Huile sur toile, 106.7 x 135.9 cm (42 x 53 1/2 in.), 1888 © Metropolitan Museum, New York

 

Bastien Lepage, le peintre des humbles lorrains et de Jeanne d’Arc

Dagron, Portrait de Bastien Lepage, Photographie, tirage sur papier albuminé, 9,2×5,6 cm, entre 1870 et 1890, Publication payante, Musée Carnavalet, www.photo.rmn.fr ; Jules Bastien Lepage, Jeanne d’Arc, Huile sur toile, 254x279cm, 1879 © Metropolitan Museum of Art, New York

 

Jean Béraud, le peintre du Paris de la Belle époque

Nadar, Jean Béraud,  ; Jean Béraud, After the Misdeed, Huile sur toile, 38×46 cm, 1889 © Tate Gallery’s Collection of Modern Art ; Jean Béraud, Contes patriotiques, Affiche, Lithographie en couleurs, 80 x 62 cm Bnf

Edouard Pail,

Coquelin aîné,

Arcos,

 

Santiago, Jean Aubert, Luis Falero,

Boldini,

Pedro, Gailhard, Emile Bourgeois, Diemer,

Victorien, Joncières,

Michel Bouquet, G. de Dramard,

Marie Uchard, Richard O’Monroy,

Jules Costé, etc. » Les femmes des autres © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Figurer dans les comptes-rendus des revues artistiques

Exposition de Limoges 1870 sur Bouquet

Annales de la Société libre des beaux-arts 1875, 1880, 1883

La chronique des arts et de la curiosité, Supplément à la Gazette des Beaux-Arts

 

3 Bénéficier d’un soutien de choix en la personne de Paul Casimir Périer, frère du futur Président de la République

Paul Casimir Périer, l’arrière petit-fils d’un des fondateurs de la Banque de France, le petit-fils d’un chef de gouvernement sous Louis-Philippe en 1831, le fils d’un ministre dans le gouvernement Thiers de 1871 à 1873, lui-même banquier et futur député de la gauche républicaine sous la Troisième république, fait un vibrant éloge des travaux de Michel Bouquet dans sa critique d’art Propos d’art à l’occasion du salon de 1869, p.277-288

 

Paul Casimir-Périer, Propos d’art du Salon de 1869, Revue du Salon,Pparis, Lévy, 1869 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

« Une fort bonne marine, par Michel Bouquet, Marée basse, est placée trop haut pour qu’on puisse l’apprécier à son aise. Beaucoup d’éclat et de bonne lumière, de la vérité dans les détails, un bon sentiment marin, voilà bien le signalement d’un peintre matelot, pêcheur et bourgeois de Roscoff, ayant son pignon et sa digue à même les grands et sauvages enrochements de mer qui bordent la baie de Morlaix. Au surplus, je voudrais bien pouvoir attaquer cet emploi des rares et multiples aptitudes que Michel Bouquet tient à son service. Il serait dommage de le voir se détourner peu ou prou de l’art considérable et nouveau dont il est l’incontestable et incontesté créateur.

Un seul, entendez bien, un seul, et, par cela seul aussi, plus fort et plus hardi, plus méritant et plus illustre un jour, avait tenté d’importer en céramique le paysage nature. On vit alors, ce que des progrès incessants nous font mieux voir encore aujourd’hui, c’est-à-dire de quel haut intérêt cette glorieuse conquête dans l’art céramique est pour l’art universel.

L’attention du monde artistique s’était vivement portée sur les extraordinaires paysages et marines peints par Monsieur Michel Bouquet sur faïence émaillée. Comme tous les artistes, sans exception, Monsieur Bouquet est soumis, quant au mérite ordinaire de la peinture, à tous les caprices du jugement de la foule, comme à la discussion de tous amateurs et critiques.

Mais refuser à ces travaux céramiques, en tant que peinture proprement dite – et le procédé mis hors de cause – un rang des plus distingués, ce serait une injustice pure à mon sens.

J’y trouve même à certains égards de certaines vertus – nées du procédé pour un peu, je crois – qu’aucune main ne saurait donner à la peinture à l’huile.

Mais revenons à la spécialité technique de celle de Monsieur Bouquet. Ce qu’il faut admirer, honorer plus encore, c’est à quel haut degré d’avancement il a conduit son art, par le ton et par la façon, sur la voie d’un bon réalisme, dans la représentation des choses de la terre et du ciel. Cet art, jusqu’à lui maintenu par défaut de moyens ou par faiblesse de goûts dans les aigreurs, ou dans la chlorose d’un badigeonnage offensant.

Ce que l’artiste a dû dépenser de courage et de persévérance, de temps et de recherche, celui-là seul peut le comprendre qui sait les données et les moyens du travail, qui sait par exemple :

Que l’on peint sur cru, c’est-à-dire sur une épaisseur d’un demi centimètre de pâte sèche, blanche et mate ;  un mélange d’oxyde de plomb et d’étain, de sable, et d’un peu de sel marin, de minium et de soude.

Que cette pâte est pulvérulente, s’attache au doigt et que tout y fait tache.

Que les couleurs sur les poudres métalliques, qui n’ont au moment de l’emploi, rien absolument de commun, par la nuance, avec ce qu’elles seront après la cuisson.

Qu’il faut peindre du premier coup, sans retouche possible, et qu’on avait pu seulement tracer d’abord librement les contours du dessin, le trait, au moyen d’une couleur végétale que le feu volatilisera.

Que la pièce préparée de la sorte exige, pour sa cuisson le plus grand feu de four et doit y subir une chaleur énorme pendant au moins 36 heures.

Qu’elle y est confondue le plus souvent avec la faïence à poêle, ordinaire.

Qu’un léger excès de plus ou de moins, dans l’opération, rend l’image archi-violente, ou la laisse absolument fade.

Et qu’enfin, dans l’état actuel des moyens de cuisson, matière ardue si ce n’est obscure à la plus haute science, une foule d’accidents de surface tels que : gerçures, coulage, écaillage, bouillons, sucés, ponctuage, trous et coque d’oeufs, sans parler des cas de brisures, condamnent l’artiste à perdre à peu près la moitié des pièces ornées par lui de ses meilleures peintures, avec les soins les plus minutieux.

Monsieur Bouquet a tout étudié, matériaux, moyens, départs de ton, chances et degrés de fusion, accidents ou bonheurs. On comprend maintenant qu’il ait été jusqu’ici le seul à cette grande entreprise.

Car il faut savoir que les neufs dixièmes des produits que l’on croit appartenir à ce genre sont obtenus à petit feu dans des conditions infiniment plus simples, et qu’on n’en voit d’ailleurs aucun de sérieux, en fait de paysages.

Il ne fallait pas moins qu’une vocation, qu’un génie spécial, que la sainte passion artistique, pour conduire un homme de plus de cinquante ans alors, d’un talent déjà fait, un peintre, un dessinateur, déjà couvert de chevrons, à de pareils labeurs, à travers tant de hasards et de déceptions.

C’est donc là, je le répète un courageux, un noble, un grand exemple ! C’est là un caractère, une figure, un homme !

Ces résultats dépassent de cent coudées tout ce qui s’est jamais fait d’analogue. Au XVIe siècle, dans l’ére suprême de la majolique, et plus tard au XVIIIe, quand vers 1775, après une longue décadence, l’art eut un réel accès de vie dans les fabriques d’Urbino, il n’y a jamais eu que des informités à peine qualifiables du nom de quasi-paysages. Le plus souvent ils sont odieux à tout œil harmoniste, par les crudités ou par la lymphe du coloris.

Les fabriques de Delft, en Hollande, ont aussi produit des peintures sur cru, paysages ou marines, quelques-unes, les petites, sont polychromes. Mais les grandes, inférieures encore de taille à celles de Monsieur Bouquet, sont monochromes et presque toujours en camaïeu bleu, sans effet aucun ; un trait, d’un dessin naïf et d’une perspective enfantine.

Ainsi, Monsieur Michel Bouquet est le premier qui, par la couleur et par l’effet, non moins que par la vérité, par la sincérité de la composition, ait obtenu des paysages nature, sur faïence émaillée, cuite au grand feu de four, c’est-à-dire de véritables œuvres d’art, comme toutes les autres, mais absolument inaltérables à toujours, indestructibles par toute autre cause qu’une chute violente ou qu’un coup de marteau.

Toutefois il est encore loin de se croire parvenu là où il veut et là où il pense qu’on peut aller. Qui sait ?

C’est un beau titre, et c’est un grand honneur qui lui permet de se passer des autres.

Les deux cadres de Monsieur Michel Bouquet se voient, l’un dans la salle des noyés du salon, tout au bout des dessins : les quatre saisons numéro 2549, le second sur le palier du grand escalier, Paysage en Savoie, numéro 2550″.

 

4 Exposer systématiquement au Salon de Paris

« Aujourd’hui que nos céramistes ont une salle, qu’ils occupent fort bien, et où le public ne manque jamais d’aller les voir.

Nous avons vu dans nos diverses expositions des paysages signés de Michel Bouquet, qui avaient tout de véritables tableaux à l’huile ; les arbres avaient la même légèreté, les terrains la même souplesse onduleuse, et l’eau la même fluidité.

Ce sont ces précieuses qualités que je retrouve cette année dans le petit tableau intitulé Le Soir, et celui que l’auteur appelle la Marée basse, où tous les phénomènes qui accompagnent la retraite de la vague marine sont fidèlement reproduits ». Le Constitutionnel, Journal du commerce, politique et littéraire, 2 juillet 1870

1870 Marée basse, Peinture sur émail cru stannifère, faïence au grand feu, Salon de 1870, Oeuvre non retrouvée in Dictionnaire 1882

1870 Paysage le soir, Peinture sur émail cru stannifère, 24x36cm, faïence au grand feu, Salon de 1870 Oeuvre non retrouvée,« une des plus remarquables productions de cet artiste selon Demmin dans le Catalogue du Musée des arts Dictionnaire des industries

1871 pas de Salon au vu des évènements

Palais de Saint-Cloud, Ruines après le bombardement et l’incendie, Photographie,

Puvis de Chavannes, La ville de Paris investie confie à l’air son appel à la France, gravure, 1870 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Général Renaut, Lettre pour Etretat, puis Loriant par ballon monté, départ rue de Palestro, Paris 6-10 décembre 1870, cachet d’arrivée à Lorient, 25 décembre 1870 © vente, Paris, 2019

 

1872 Marée basse, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1872, n° 190 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

1872 Soleil levant dans le brouillard, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1872, n° 191 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

« Monsieur Michel Bouquet est toujours maître dans son art particulier : sa Marée basse et son Soleil levant sur faïence valent ses meilleurs ouvrages ». Jules Claretie, Peintres et sculpteurs contemporains, L’art français en 1872, p. 291

1873 Barques de la Tamise, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1873, n° 159 du livret du Salon Appartient à M.A. Périer, Oeuvre non retrouvée

Ses barques sur la Tamise sont surprenantes d’exécution ; il est arrivé à des résultats étonnants, inespérés, de tons et d’harmonie

1873 Intérieur de forêt, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1873, n° 160 du livret du Salon ; mais où il est surtout à son aise, c’est dans ses bois, en plein paysage agreste. Son intérieur de forêt peut être comparé à ce que les toiles voisines offrent de plus remarquable. Quelles chaudes teintes automnales ! Le ton de cette verdure est un peu cru ; mais quelle fraîcheur !

1874 27 juin Au Salon M. Michel Bouquet est toujours le chef de la tribu, de plus en plus nombreuse, des peintres céramistes. La semaine des familles, revue universelle illustrée, 27 juin 1874, p.199

1874 Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1874, n° 1934 du livret du Salon, appartient à M.P. Casimir Périer

Barques napolitaines

Michel Bouquet, Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1874, n° 1934 du livret du Salon huile sur toile, 47x60cm, signé et daté en bas à droite, oeuvre de la collection personnelle de Michel Bouquet achetée en 1895 par la municipalité de Lorient © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

1874 Pêcheurs de sardines sur les côtes de Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère ,Salon de 1874, n° 1935 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

1874 Coup de soleil entre deux ondées, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1874, n° 1936 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

15 juillet 1874 , Journal officiel de la République française, Salon de 1874   « MM. Michel Bouquet et Shopin demeurent encore les rois de la peinture sur faïence. Mais sur leurs traces, à des distances inégales, marchent de vaillants praticiens nommés Gustave Noël, Bourdery, Cuvillon, Grobon, et Mlle Amélie Lelong qui expose un excellent portrait de notre confrère Robert Mitchell. »

1874 Rappel de médailles d’argent, Prix de première classe, VIe section, Bouquet Michel. Michel Bouquet reçoit un éloge, alors que l’un des membres du jury de la Vie section et le seul non-professionnel, l’homme de lettres Philippe Burty, est l’un de ses plus grands détracteurs. Le Président est Albert Jacquemart, auteur de l’Histoire de la céramique en 1873, le vice-président le maître-verrier Paul Bitterlin, les membres, Théodore Deck, un des plus grands faïenciers français, Adrien Dubouché, le directeur du musée céramique et des écoles de beaux-arts appliqués à l’industrie de Limoges, Léon Parvillée, auteur d’un livre sur l’art turc qui paraît la même année, céramiste orientaliste très admiré, futur créateur, en 1885, du très beau décor de faïences des thermes de Bourbon-l’Archambault, chercheur et historien de l´art.

Salon de 1875 Journal officiel Pastels, aquarelles, fusains, dessins, etc Gavarni, Harpignies, Pils, Appian, Allongé, Saintin, Michel Bouquet,  « Dans les faïences et les porcelaines, M. Shopin n’ayant pas exposé, nous n’avons à citer que M. Michel Bouquet, un grand artiste dans la faïence, et qui reste toujours digne de sa célébrité européenne ». Emile Bergerat

1875 Les vaches noires, plage de Villers, Calvados, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1875 ; selon les Annales de la Société libre des Beaux-arts, 1875, p. 87 ; selon Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, 1880 ; 1875 Plage de Villers-sur-Mer, où Michel Bouquet et Jean-Louis Petit se sont rencontrés pour peindre cette plage, où naguère un autre membre de notre Société, M. Pigeory, architecte, était venu fonder une colonie, aujourd’hui florissante in Annales de la Société des Beaux-arts, Société libre des Beaux-Arts, Paris, 1875, p. 50 Le Port de Saint-Vaast-la-Hougue, marée basse, soleil couchant (titre de Salon), une marine de Jean-Louis Petit, ressemble étrangement à une aquarelle de Bouquet ; 1875

1875 Tentes arabes près de Biskra, province de Constantine, Peinture sur émail cru stannifère, 30x51cm, signé et daté en bas à gauche, Salon de 1875, intitulé de l’oeuvre selon Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, 1880, vente, lot 99, Rouillac, Vendôme, 28/01/2013

Une faïence analysée dans le chapitre 6 Etre toujours à l’écoute du marché et des acquéreurs : le moment orientaliste

1876 Salon Les artistes au salon de 1876, « Qu’il soient peints sur faïence ou brossés sur toile, comme ces vues du marais de Kamfrout et du Parc de Keremma, les paysages de Monsieur Michel Bouquet respirent la même fraîcheur, le même accent de vérité. »

1877 Un étang en Bretagne, Peinture sur émail stannifère, Salon de 1877, n° 2349 du livret du Salon

1877 Le vieux moulin, clair de lune, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1877, n° 2350 du livret du Salon, in Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, 1880 ; et in Ministère de l’instruction publique et des Beaux-Arts, Direction des beaux-arts, Salon de 1877, 94e exposition depuis 1673 ; Bouquet fait alors partie de la Société libre des Beaux-Arts

1877 La céramique au salon est de plus en plus sacrifiée. Les maîtres du jury, les peintres, ceux qui « font sur toile » la dédaignent, sans doute parce qu’ils l’ignorent profondément. Ils la livrent à M. Grosmaur, un homme d’administration armé d’un mètre, qui pour ne point se tromper, admet indistinctement et classe confusément tous les produits offerts à sa routine dévorante. Faïences grand feu, sous couverte, sur cru, porcelaines dures, tendres, sont accrochées pêle-mêle, en faux-jour, et signalées en quelque sorte à l’indifférence du public. On leur octroie généralement les honneurs de l’antichambre. Ce n’est que de l’art dit industriel ! Et les artistes dits industriels, vivant de l’industrie de leur art, vivant de l’industrie de leur art, mêlés incessamment à l’activité nationale, sont gens fort indépendants, rebelles, pour l’ordinaire, à la doctrine et aux câlineries administratives, pour tout dire de ces malappris de républicains dont œuvres et personnes doivent agacer tout particulièrement les sensibles nerfs de l’Impériale Pontificale Administration des Beaux-arts. Depuis des années les artistes protestent. Cà commence à vous ennuyer, répond une direction joviale ; eh bien ! Nous allons recommencer.

C’est à l’Union centrale que la céramique est très bien exposée, qu’elle est brillante.

1878 Un marais à Keremma, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1878, peut-être celui-ci ?

1878 Une ferme à Keremma, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1878, Oeuvre non retrouvée

1879 Marée basse, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1879, appartenant à M. Casimir Périer

1879 Paysage en Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1879

1880 Galiote hollandaise, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1880, le vétéran du genre et son rénovateur, sinon créateur, sorties de ses habiles mains

1880 Le ruisseau, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1880

1881 Bords de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1881, achetée par M. Bouzemont

1881 Souvenir des bords du Scorff, en Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1881, achetée par M. Bouzemont

1882 Ile de Capri, un matin de février, Huile sur toile, Salon de 1882, hors concours

1882 Bateaux sur la plage, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1882

1882 Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1882, 30x60cm, appartient à M. Casimir Périer

 

 

5 Continuer à épouser les milieux de la modernité industrielle

N’oublions pas que Michel Bouquet est un membre fondateur de l’Union des Beaux-arts appliqués à l’industrie.

1873 26 27 décembre Création de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie, société par actions à capital variable, anonyme, un ancien député, E. André, en est nommé président

Dans ces membres fondateurs en 1864, représentatifs d’une société du Second Empire dont les élites sont en plein renouvellement, on rencontre outre les habituels aristocrates dont l’incontournable comte de Nieuwerkerke, sénateur, surintendant des Beaux-arts, amant de la princesse Mathilde et à ce titre véritable prince régnant, dispensateur des fonds publics, faisant et défaisant les carrières artistiques, des banquiers dont Hottinguer, des chefs d’entreprise  dont Allain-Niquet et Engel-Dollfuss, des membres de l’institut comme Ferdinand de Lasteyrie, des fonctionnaires de haut rang ou directeur d’organes de presse,

et les concurrents, de plus en plus nombreux, de Michel Bouquet dans le domaine de la céramique : Théodore Deck, fabricant de faïences d’art ; Genlis et Rudhardt, artistes peintres céramistes ; Claudius Popelin, artiste peintre ; Dubouché, artiste peintre à Limoges ; le céramiste Georges Pull, Madame de Callias et Collinot, peintres céramistes ; d’autres peintres céramistes à Blois, à Limoges ;

le sculpteur Aimé Millet, un ami de Michel Bouquet ; le sculpteur Bartholdi ;

le fabricant d’instruments de musique Adolphe Sax ;  l’éditeur d’estampes Goupil  et son gendre, le peintre Gérôme qui viennent prendre leurs repas dans le café situé à côté de l’appartement de Michel Bouquet ; le critique d’art Champfleury ; Philippe Burty qui se présente comme un homme de lettres, mais qui en réalité, par le mariage de sa fille avec le propriétaire de la manufacture de Limoges, représente les intérêts de Haviland.

Dix ans plus tard, sous le régime républicain, ces précurseurs comptent parmi leurs membres les plus hauts niveaux de la Société industrielle : le régent de la Banque de France, les trois barons banquiers Rothschild, Alphonse, Gustave et Edmond, les présidents des conseils d’administration des chemins de fer dont le comte de Kersaint pour celui de l’Ouest, d’autres banquiers, des députés de la troisième République dont le duc d’Aumale exilé en Angleterre pendant 30 ans à qui Michel Bouquet, qui le connaissait personnellement, a fait cadeau d’un alguier, un ancien ministre des Beaux-arts, des hauts fonctionnaires toujours dont un conseiller référendaire à la Cour des Comptes,

et toute une flopée de créateurs liant l’industrie et les arts : le fabricant de bronze Barbedienne, le négociant en diamants Isaac Cohen, le faïencier Rouseau, l’orfèvre Christofle, le sculpteur Carrier-Belleuse, le bijoutier-joaillier Falize, tous ceux qui vont profiter des possibilités ouvertes par la nouvelle République d’une ascension sociale sans limites, fondée sur les talents de quelque nature qu’ils soient.

L’Union des Arts est donc une Société dont il faut en être si l’on veut faire partie des nouveaux décideurs au niveau national.

Et encore une fois, Michel Bouquet en fait partie, après avoir été successivement intégré dans les milieux artistiques gravitant autour des rois Charles X et Louis-Philippe, de l’empereur Napoléon III et maintenant des parlementaires de la Troisième république. Une longévité et un parcours exceptionnels.

 

Michel Bouquet reçoit en 1874 une médaille d’argent de première classe avec Laurin et Pull, récompense contresignée par le secrétaire rapporteur Philippe Burty, le président Albert Jacquemart, les membres du jury Théodore Deck, Adrien Dubouché, soit la reconnaissance de ses pairs au plus haut niveau.

1874 18 septembre, Journal officiel de la République française « La quatrième exposition de l’Union centrale des Beaux-arts appliqués à l’industrie s’est ouverte aux Champs-Elysées « Les porcelaines de M. Eugène Rousseau se distinguent par la finesse de la pâte, par sa dureté et son éclat translucide. Les faïences peintes sur émail cru, de M. Michel Bouquet, nous ont particulièrement frappé. Peindre une marine ou un paysage sur une poussière d’émail que le plus léger souffle peut faire envoler, calculer et deviner ses effets dans cette boue à moitié liquide, au moyen de couleurs et d’oxydes dont les véritables nuances ne se développent qu’au feu, quelle tâche difficile et patiente ! M. Bouquet s’en tire avec grand honneur. » O. Sancey

1874 Sont cités Gavarni, Harpignies, Allongé, Appian, Paul Flandrin, Français, Mme de Rothschild, Michel Bouquet, Shopin, Noël, Pollet, Feu Nanteuil, Manet Le Polichinelle, Lansyer , La fantaisie japonaise, les aquafortistes

1875 Exposition au Palais de l’industrie, Les vaches noires, Plage de Villiers , Peinture sur émail cru stannifère , n° 2097 et Bords de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, n° 2099 voir A. de la Fizelière, Memento du Salon de peinture, de gravure et de scupture en 1875, indiquant les oeuvres les plus remarquables exposées au Palais de l’Industrie, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1875

«  Le grand talent de M. Bouquet, et sa supériorité consistent dans l’habileté prodigieuse avec laquelle il obtient, dans un genre de peinture où l’on ne peut apprécier l’effet cherché qu’après la cuisson de la pièce, les jeux de lumière, les transparences et les finesses de demi-teinte spéciaux à la peinture à l’huile. Ses faïences ont l’harmonie et la magie d’aspect des meilleurs tableaux de paysage » p.46 Sa notoriété font que ses œuvres sont bien placées , sur la galerie extérieure est. Prestige des médaillés..

La notion de paysage est abordée dans ce Mémento, représentaive du regard que les acheteurs portaient sur l’oeuvre « Le paysage moderne a eu sur les progès de notre Ecole une influence notable. C’est par l’amour, la connaissance intime, l’étude approfondie de la nature et de ses effets puissants et variés, par une habileté excessive à reproduire avec exactitude, que nos paysagistes célèbres ont ramené dans la peinture, par leur exemple, le culte du vrai et le sentiment profond de la poésie. C’est en cela surtout que le paysage est intéressant ».  Henri Harpignies y expose également en huile sur toile Les chênes de Château-Renard. Karl Daubigny son huile sur toile, Cancale, Fantin-Latour, Bonnat et le jeune Bastien-Lepage, tous trois auteurs de portraits.

La philosophie de Bouquet, c’est que l’homme n’est qu’un élément de la nature, qu’il en fait partie, mais qu’il n’y règne pas.

De famille commerçante, il anticipe aussi le marché. S’il quitte la peinture sur toile, c’est aussi parce qu’il voit que nombre de ses confrères, surtout les plus jeunes d’entre eux,  ne sont pas concurrençables. Le créneau de la faïence dans le quel il s’inscrit lui permet de faire preuve d’originalité par rapport à tous les autres peintres et de bénéficier de commandes, que lui assurent un élément fondamental à l’époque, et que nous avons perdu de vue aujourd’hui, la maîtrise absolue du tour de main de l’artisan faïencier, travail qui demande à la fois de profondes connaissances techniques et la maîtrise d’un art délicat, constamment fragile qui est de poser ses émaux liquides au pinceau en n’ayant d’autre solution que de se représenter mentalement ce que cela pourra donner au après la cuisson, seul moment où les couleurs apparaîtront, et définitivement, car il n’y a pas de droit à l’erreur, pas de possibilité de récupérer une faute de la main, chaque touche est irréversible.

1876 11 octobre Exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie. L’industrie privée. La céramique : Théodore Deck, Haviland, Laurin, Gaidan, Michel Bouquet, François Ménard, Eugène Ladreyt, L’émail de Limoges ; Théorie de M. Claudius Popelin ; MM. Paris du Bourget, Frédéric de Courcy, Alfred Meyer, Mlle de Nugent

« Quelle charmante promenade que celle du jardin du Palais de l’Industrie en ce moment ! Sous ce vaste vitrage, éclairé du jour pâle d’octobre, au milieu de hautes plantes de serre, dans une atmosphère gris argenté qu’ouatent des vapeurs bleuâtres, toute notre industrie d’art est campée sous la bannière de l’Union centrale. Cette exposition vaut d’être parcourue, on n’y perd pas les deux heures que l’on y consacre.

Parmi les artistes libres et indépendants de tous éditeurs, il faut nommer au premier rang, et avec tout le respect dû à son superbe talent, le grand peintre sur faïence, M. Michel Bouquet. Une demi-douzaine de paysages, exécutés avec cette largeur et cette science de l’effet qui bravent les difficultés ud procédé, maintiennent hors ligne la signature de leur auteur. Après un tel artiste, nommer François Ménard, n’est-ce pas assez dire le cas que nous faisons des paysagistes ? » Emile Bergerat

1877 Cinquième exposition de l’Union centrale des Beaux-Arts appliqués à l’industrie, institution privée, sans absolument aucune attache gouvernementale.

« La céramique a fait une précieuse conquête le jour Monsieur Michel Bouquet a quitté la toile pour la terre, et, séduit par l’inaltérabilité de l’émail et la durée en quelque sorte indéfinie que le feu donne à tout ce qu’il touche, quand il ne le dévore pas l’instant, a consacré à la peinture sur faïence un talent dans toute la force de sa maturité, auquel le travail a donné tout ce qu’il lui était possible d’acquérir, sans que les jalouses années lui encore enlevaient de la se de sa puissance. Les faïences peintes de Monsieur Michel Bouquet attirent les regards de tous les connaisseurs. On sent dans ses œuvres l’homme qui a étudié la nature en peintre et en amoureux, et qui en a rendu tous les aspects avec une fidélité saisissante. Il est difficile, même à ceux qui sont le plus étrangers aux mystères de la fabrication de la céramique, de passer devant ces belles créations sans s’y arrêter un moment. Pour tous ceux au contraire, qui connaissent les difficultés inhérente à ce travail, d’une nature toute particulière ; pour tous ceux qui ont expérimenté les duretés et les trahisons du feu, et qui savent que cet auxiliaire du céramiste est parfois son plus cruel ennemi, ils n peuvent trop admirer l’habileté mêlée de bonheur avec laquelle M. Michel Bouquet échappe à tous les dangers, grâce à une exécution aussi sûre d’elle-même devant la plaque couverte d’émail cru sur laquelle il va promener son pinceau, fait du fin poil des rats d’Espagne, qu’il le serait devant une toile ordinaire ou un simple panneau. En fait de peinture céramique, il n’est pas seulement un maître, il est le maître ». Louis Enault, Les arts industriels, Vienne, Londres, Paris, Paris, Hachette, 1877, p.187.

 

6 Participer aux nouvelles techniques de vente hors-salon  : les expositions éphémères

Dès la création en 1860 de la la Société des arts unis, première société organisatrice d’expositions qui aboutissait à des ventes directes entre peintre et amateur, Michel Bouquet comptait parmi ses premiers actionnaires. Toujours sur le plan de la modernité vendeuse il s’inscrit en créateur.

20 ans plus tard, Arsène Houssaye, Revue des deux mondes, 1er mars 1880 , pp.196-202 souligne que « depuis quelques années déjà qu’il est bon ton de se montrer au Salon ou aux courses, les expositions des cercles se sont multipliées ».

La propre demeure du richissime Arsène Houssaye où se déroulaient les plus fastueuses, extrêmes et torrides soirées du Second Empire était elle-même une forme d’exposition permanente.

Anonyme, Salon-Galerie chez Arsène Houssaye, Avenue de Friedland, Dessin sur papier beige, crayon, plume et encre, lavis d’encre, 23,8 x 34cm, s.d. © Source gallica.bnf.fr / BnF ; Atelier Nadar, Portrait d’Arsène Houssaye, Photographie positive sur papier albuminé,d’après négatif sur verre, 8,5 x 5,8 cm, s.d. © Source gallica.bnf.fr / BnF

On retrouve quelques-unes des toiles de Michel Bouquet dans les cercles de la place Vendôme, le Cercle artistique et littéraire au 7 de la rue Volney au palais des champs-Elysées, ainsi que le cercle de la rue Vivienne

Volney 1880 : Bonnat, Carolus Duran, Bastien Lepage, Cabanel

 

 

Rester fidèle à la Société libre des Beaux-arts

1875 les membres de la société de peinture se trouvaient en grand nombre à l’exposition de 1785. MM. Gallimard, Balfourier, Duvaux qui ont produit des paysages ; MM Michel Bouquet et Jean-Louis Petit, qui se sont naguère rencontrés pour peindre cette plage de Villers-sur-Mer, où naguère un autre membre de notre société m. Pigeory, architecte, était venu fonder une colonie, aujourd’hui florissante

Pascal Allain, Société libre des beaux-arts et comité central des artistes, fondés en 1830 et 1848, réunis en 1865, Annales, 27ème vol., Paris, Renouard, 1875, p. 50.

1875 Exposition au Salon de La Société libre des Beaux-arts, dont Bouquet est toujours membre : Plage de Villers, Bords d’une rivière, Tentes arabes, Peinture sur émail cru stannifère

Une remarque adjacente. Michel Bouquet fait partie depuis 1865 de La Société libre des Beaux-arts créée en 1830. Or c’est l’année où cette Société fusionne avec le Comité central des artistes fondé le 10 juillet 1848. Michel Bouquet n’a jmais fait partie de la seconde association, même si une de ses connaissances proches, Louis Auvray, en fait partie.

Deux raisons peuvent être avancées. La première, personnelle, c’est que son atelier avait été fracturé et envahi par des révolutionnaires à la recherche d’armes dont le peintre faisait la collection, puis l’appât du gain aidant, pillé par d’autres, ce qui occasionnera une perte de 20 années de travail artistique.

La seconde raison, c’est que si Michel Bouquet est un homme qui, s’il est un philanthrope soucieux d’aider les individus durement touchés par  la vie comme les orphelins, les pauvres, les familles des péris en mer de Roscoff, et qui en tant que peintre vit dans un monde à vocation égalitaire, n’est pas un admirateur de la démocratie.

Pour lui le pouvoir est l’émanation d’un individu, et de lui seul, qui va exercer pleinement ce pouvoir à tel ou tel moment, pendant un laps de temps plus ou moins court, et non le fait d’un groupe décisionnel, même si cette personne en est issue.

Une analyse très présente dans son esprit, l’ayant éprouvée personnellement par le système relationnel qu’il met en place avec les décideurs, et ce depuis la royauté de Charles X ( 1825-1830) au gouvernement parlementaire de la Troisième République incluse, à partir de 1870.

 

 

Les nouveaux espaces artistiques de la scène parisienne

1875 24 février, JO « Déjà se fait sentir l’approche du Salon de 1875. De toutes parts s’ouvrent à Paris de petites expositions préparatoires dans lesquelles les artistes tâtent le goût public et cherchent à savoir d’où soufflent les vents de la faveur, du succès et même de la mode. Constations d’abord l’empressement général du public à se rendre à l’appel de tant de courageux travailleurs : aux trois cercles que nous avons visités,

L’Union artistique place Vendôme

L’Union artistique place Vendôme avec 600 membres et 140 exposants pour les novateurs assurés d’être vus, jugés, appréciés et achetés peut-être directement et sans intermédiaires,mai si elles peuvent donner la fortune, elles ne donneront jamais la réputation : le Salon seul a ce privilège. Vingt ans d’exposition dans tous les cercles chez tous les marchands ne vaudront jamais pour apprendre un nom à une foule, une simple médaille au Salon du mois de mai. » La foule qui assiste à ces expositions est celle du vrai public, des amateurs, des curieux, des collectionneurs, des artistes, des désoeuvrés ou des critiques. C’est l’intelligence direz-vous et celle précisément à qui s’adressent les oeuvres d’art. Erreur. Ce n’est pas celle qui donne la gloire. Il y a dans le succès un côté hasardeux qui échappe aux goûts très éclairés et très experts ; ce côté qui peut-être ne l’est pas, mais que la critique tient pour tel dans l’impuissance où elle est de le définir, ne provient que d’un sentiment de beauté, émané inconsciemment de l’idéal même de l’artiste et qui ne frappe que la masse… De telle sorte qu’il est bien dangereux pour l’artiste de s’en fier au succès obtenu en dehors de cette grande concurrence au Salon qui casse les jugements des plus compétents et laisse aux artistes une espérance acquise aux cercles et disparue au Salon..

le vrai patriotisme et le vrai libéralisme auront disparu au moment où la signature ne représentera plus rien que chez les banquiers

on y voit Gérôme, de Nittis, Philippe Rousseau, Eugène Isabey dont il faut regarder les toiles de loin car tout y pétille, y scintille et y étincelle. Que d’esprit dans cette touche si sûre et si libre à la fois, et quel maître artiste que ce peintre !

Ces expositions servent de transition entre l’atelier où on ne voit pas grand-chose, et le Salon où l’on voit trop.

la Société des Amis des Arts

la Société des Amis des Arts,rue le Pelletier où expose Gustave Doré, l’Intérieur d’une taverne à Londres ; Daubigny un très beau lever de lune sur le Pré des Graves ; Feyen-Perrin La Femme à la fontaine ; deux paysages de Harpignies, et une Bergerie de Charles Jacque, un ami de Michel Bouquet

 

le Cercle artistique et littéraire.

1875 Exposition du cercle artistique et littéraire. L’exposition organisée par le Cercle artistique de la Chaussée d’Antin offre un intérêt réel. Elle comprend 110 tableaux et aquarelles, celles-ci en très petit nombre.

Le paysage brille plus à cette exposition par la qualité que par le nombre. On ne saurait s’en plaindre. Diaz y tient le premier rang avec un beau tableau, plein de mystère. Une esquisse de Corot, idée à peine exprimée, mais avec la justesse habituelle du maître. De belles faïences de M. Michel Bouquet. Une Venise de Ziem, digne de ses devancières complète cette exposition.

Nous croyons en avoir assez dit, pour inspirer aux retardataires le désir de faire une visite au Cercle de la Chaussée d’Antin.

La chronique des arts et de la curiosité, Supplément à la Gazette des Beaux-Arts, 6 mars 1875, p. 81.

 

1875 24 février Journal officiel « Au Cercle artistique et littéraire , notre intérêt s’est porté principalement sur les oeuvres qui suivent : une esquisse de M. Bonnat; des faïences de Michel Bouquet ; un paysage de Corot ; un paysage de Boldini ; un beau Diaz sombre et poétique ; une Venise de Ziem qui est parmi les meilleures du maître ».

1877 ce qui s’en va, c’est l’obéissance à la routine, l’attachement aux préjugés, l’admiration des phrases creuses, le respect des fausses grandeurs et des solennités niaises, la fois dans les fausses et tyranniques protections. Ce qui vient, dans l’armée, comme dans la politique, c’est le self-government, c’est-à-dire l’émancipation des individus par le concert des volontés, par l’association des intérêts.

Ce livre vous redira aussi nos impatiences contre les conventions, les intrigues, et camaraderie, les impuissances coalisées, les classiques d’eau, les impressionnistes d’en bas.

Vous ne nous demanderez une esthétique nouvelle. Des esthétiques ? Il y en a désormais autant que de personnes. Ce qu’on que l’on appelle la critique d’art n’est plus, ne serait plus être. En art, une seule habileté subsiste : la sincérité.

Avec des empereurs qui veulent aller en guerre, l’art, pour parler argot d’atelier, l’art est dans le marasme ? Les acheteurs n’apparaissent un instant que pour fuir, nébuleuses rares, vers des horizons vagues. Devant l’orage qui s’amasse, effroyable et stupide, les cœurs se serrent, et les bourses aussi. Adieu les spéculations fanatastiques, les tableautins couverts d’or, les hausses effrénées !

La seule association, libre, morale et commerciale des artistes, sagement et mûrement organisée, vous débarrassera des jurys pédants, des protecteurs ambitieux, des spéculateurs éhontés qui donnent pour épilogues aux ascensions injustifiables les dégringolades vertigineuses, des critiques solennels, des intrigants de toute allure et de tout langage . Elle seule vous mettra en rapport immédiat et perpétuel avec le public, votre unique et souverain juge.

Mario Proth, Voyage au pays des peintres, salon de 1877, avec une eau-forte et des dessins autographes, A Jules Ferry, Paris, 1877. 3e vol.

1884 c’est l’aboutissement du courant artistique et marchand, initié avec le salon des refusés de 1863,  qui veut échapper à la tutelle de l’Etat et donc du Salon « Ni jury, ni récompenses » proclamant la liberté totale, mais surtout la liberté de vendre pour le marchand sans avoir à passer sous les fourches caudines du jury, et d’imposer ainsi par la publicité et le relationnel les nouveaux courants créés pour vendre. Les impressionnistes de 1874 , comme les néo-impressionnistes de 1884 ne sont qu’un procédé de marketing bien compris, nouveau rouleau compresseur de la marchandisation des arts pour séduire les nouvelles classes bourgeoises internationales en pleine ascension sociale.

7 Toujours innover : Vendre lors d’une exposition rétrospective à consacrée à son oeuvre

1879 Exposition générale des dessins de Michel Bouquet dans les salons du cercle artistique de la rue Saint-Arnault ; une exposition qui révèle son talent sous un jour nouveau pour le public : vues diverses prises sur nature par l’auteur dans ses voyages, en Suisse, en Angleterre, en Ecosse, en Orient, en Algérie, une sorte du tour du monde européen et oriental, musée artistique et pittoresque, également remarquable par la beauté des sites, la fidélité et la vigueur du rendu. In Revue de Bretagne et de Vendée, 23e année, Tome V, Nantes, 1879, Premier semestre.

8 Rester, malgré toute cette gloire et ces succès, sensible aux malheurs des autres

1885 16 août Gil Blas, dir. A.Dumont « Etretat possède en ce moment un véritable salon. La colonie artistique ancienne et moderne a si bien répondu à l’appel du comité de la loterie des sociétés de secours mutuels et du bureau de bienfaisance, que l’exposition des lots est très remarquable au point de vue artistique. Suivant la mode, les aquarelles et les dessins sont les plus nombreux. On n’y remarque de nombreuses oeuvres dont celles de Michel bouquet, Maurice Loir, Parker. L’œuvre de Michel Bouquet est une très belle plaque de faïence, offerte par le président, Monsieur Paul Casimir Périer, député de la Seine inférieure. »

9 Les ventes aux particuliers hors salons

1870 ( avant ) Marine au clair de lune, Peinture sur émail cru stannifère, 16x28cm, très belle composition dans le sentiment hollandais et d’un effet mystérieux selon Demmin, et lui ayant appartenu

1871 Marine en Hollande, Peinture sur émail cru stannifère, 55x75cm, Maison Pichenot Loebnitz successeurs rue des Trois Bornes n°7 et rue Pierre Levée n°4, Paris, Musée des Arts décoratifs, Legs du Baron Christiani, 7 novembre 1930

Michel Bouquet, Marine en Hollande, Peinture sur émail cru stannifère, faïence au grand feu, 55x75cm, Maison Pichenot Loebnitz , 1874 © Paris, Musée des Arts décoratifs

1871 Paysage de forêt, Peinture sur émail cru stannifère, 50x35cm, signée et datée, vente, Canada, Vancouver, Maynards, 27/03/2012

Michel Bouquet, Paysage de forêt, Peinture sur émail cru stannifère, faïence au grand feu, 50x35cm, 1871  © vente Maynards, Canada, Vancouver,  27/03/2012

 

1872 Marine, Etude d’après nature, ( deux bateaux, falaise sur la gauche ) , Peinture sur émail cru stannifère, faïence au grand feu, 26x40cm, signée et datée en bas à gauche, cuite chez Jules Loebnitz, Musée des Arts décoratifs, don de M. A. Bichet, 1901.

Michel Bouquet, Marine, Etude d’après nature,  Peinture sur émail cru stannifère, faïence au grand feu, 26x40cm, signée et datée en bas à gauche, cuite chez Jules Loebnitz, Musée des Arts décoratifs, don de M. A. Bichet, 1901.

1873 Marine, Peinture sur émail cru stannifère, reproduit dans le Monde illustré n°1714, 1er février 1890, ( vue d’Yport avec bloc de pierre et anneau sur la rive )

1873 Troupeau de vaches à la rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 27x44cm, signée et datée, vente, Drouot, ( 5 vaches sur la gauche, une gardienne, gros chêne à gauche, rivière, bouquet d’arbres à droite, coloris intéressants )

Un beau travail sur les violets et leur déclinaison dans l’espace

Michel Bouquet, Troupeau de vaches à la rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 27x44cm, signée et datée, 1873 © vente lot 129, Couteau Bégarié, 2013

Michel Bouquet, Troupeau de vaches à la rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 27x44cm, signée et datée, 1873 © vente lot 129, Couteau Bégarié, 2013

 

 

 

 

1873 ( avant ) Paysage, soleil couchant, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 30x40cm, signée m.Bouquet ; Marine au clair de lune, avec moulin à vent et bateau sous voile, peint dans le sentiment hollandais, Peinture sur émail cru stannifère, signée MB, appartenant à Auguste Demmin, auteur de Guide de l’amateur de faïences et de porcelaines, 2vol., 4e édition, 1873, p. 791-794

1873 Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 23x17cm, signée et datée, 1873

Un envoi « A mon ami David d’Angers »

Un très joli travail sur la succession des plages d’ombre et de lumière qui accentuent l’illusion de la profondeur.

Michel Bouquet, Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 23x17cm, signée et datée, 1873 © vente lot 103, Cergy-Pontoise, 2015

 

1873 ( avant ) Une vue des bords du Scorff, près Arzano, Finistère, Peinture sur émail cru stannifère, 54x81cm formant le plateau d’une table en chêne sculpté, appartenant à M.J. Saint-Léon, Lyon.

C’est certainement la plus grande plaque de faïence peinte d’un seul tenant : 54 cm sur 81 cm de large !

1874 Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 40x50cm, signée et datée en bas à droite

Michel Bouquet, Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 40x50cmsignée et datée en bas à droite, 1874 © vente lot 115, Oger Blanchet 2017

D’après nos recherches, il y a toutes les chances qu’il s’agisse d’un lieu situé au sud de Paris, à moins de 800 mètres du village de Barbizon.

Plusieurs éléments abondent en ce sens : une photographie de cet espace en 1864, et des huiles sur toile de Théodore Rousseau et Jules Dupré. C’est le même arbre, la branche basse de gauche n’ayant pas d’équivalent à droite. Les mêmes rochers affleurent à la surface à gauche et à droite. Il s’agit de la mare Dagnau dans la forêt de Fontainebleau, un point de vue visiblement apprécié par les peintres de Barbizon.

 

Paul Berthier, Mare à Dagnau, Photographie, 1864 © Foret-fontainebleau.teria.fr

 

Théodore Rousseau, Coucher de soleil, La mare à Dagnau, Fontainebleau, Huile sur toile, 24x33cm, A mon ami Ary Scheffer © Foret-fontainebleau.teria.fr

Michel Bouquet avait l’occasion de rencontrer de nombreux peintres de l’école de Barbizon, sans en faire partie, et devait s’y rendre de temps à autre avec des amis, comme le peintre Chrsitian Jacque, ce dernier ayant commis un petit dessin sur le même lieu.

Christian Jacques, La mare à Dagnau, plateau de Sainte-Croix, Dessin, s.d. © Foret-fontainebleau.teria.fr

 

1874 Bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, 31x51cm, signé et daté en bas à droite , au dos étiquette ancienne et marque en creux du céramiste, vente, Galerie Kerkamak, à gauche bouquet d’arbres dominant un pêcheur à la ligne en barque, très belle profondeur, beau rendu des eaux de la rivière

Michel Bouquet, Bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 31x51cm, signée et datée, 1874 © vente Galerie Kerkamak 2011

 

1874 Paysage, Peinture sur émail cru stannifère, 30x50cm, signé et daté en bas à droite, vente Drouot, Oger-Blanchet, 13/12/2017

1875 Bords d’une rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Salon de 1875

1876 Pêcheur au bord de la rivière

 

1875 Marine, Peinture sur émail cru stannifère, 50x60cm, Musée de Fécamp

 

1878 Bords de rivière, ( rivière, rochers au premier plan, colline au centre et à droite, un bateau à voiles ), Peinture sur émail cru stannifère, 30x50cm, Au dos n°30-110, Ville de Lorient

1878 Paysage de vallée avec rochers plongeant vers la mer, Peinture sur émail cru stannifère, 32x50cm, vendue au Musée de Sèvres, n°d’ inventaire MNC 7279, payée 300 francs à l’artiste ; le premier plan est extraordinaire de maîtrise, la profondeur rendue par les ocres jaunes, les bleus de la mer, du ciel est remarquable

1881 Les Rochers dans la forêt, plaque ronde, 25 cm de diamètre, annotée au dos sur une étiquette  » offert à l’oeuvre M. Bouquet juin 1881″ © vente lot 187

1884 Paysage, bord de rivière, animé d’un passage de troupeau de vaches sur un bac, Peinture sur émail cru stannifère, 30x45cm, signée et datée en bas à droite, vente Adjug’art, Brest, 09/07/2017

1886 Paysage animé d’un passage de troupeau de vaches, Peinture sur émail cru stannifère, 30x45cm, signé et daté en bas à droite, vente, fracture restaurée, lot 259, Adjujart, Brest, 09/07/2017 artprice, passage des vaches sur un bac

Un travail particulier sur la gamme des verts

Michel Bouquet, 1886 Paysage animé d’un passage de troupeau de vaches, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence cuite au grand feu, 30x45cm, signé et daté en bas à droite, 1886 © vente, lot 259, Adjujart, Brest, 09/07/2017

 

C’est l’année où Gauguin se lance aussi dans la céramique en créant un vase atahualpa, en grès

Paul Gauguin, Vase Atahualpa dit aussi Vase porte-bouquet, Hiver 1887-1888, Grès, décor incisé, engobes colorés, rehauts glaçurés et dorés, 23x 29 cm © vente Christie’s / DR

 

 

Les oeuvres non datées

Les bords du lac de Genève, Peinture sur émail cru stannifère, 22x40cm, vente Drouot

Maison en bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, 16x31cm, Maison et bouquet d’arbres à droite, un bateau sur la rivière, vente lot 46, L’esprit du XIXème, Osenat, Fontainebleau, 06/07/2014, artvalue

1886 Paysage animé d’un troupeau de vaches, 30x45cm, 1886 © vente lot 259, 2017

s.d., Les bords du lac de Genève, Peinture sur émail cru stannifère,Faïence au grand feu, 22x40cm, vente Drouot

s.d., Maison en bord de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, 1Faïence au grand feu, 6x31cm, Maison et bouquet d’arbres à droite, un bateau sur la rivière, vente lot 46, L’esprit du XIXème, Osenat, Fontainebleau, 06/07/2014, artvalue

s.d., Paysage de rivière avec barque et pêcheur, Peinture sur email cru stannifère, Faïence au grand feu, 19x26cm, faïencerie Dumas, Paris

Michel Bouquet, Paysage de rivière avec barque et pêcheur, Peinture sur email cru stannifère, Faïence au grand feu, 19x26cm, s.d. © vente Morlaix, lot 161, 2004

Quimper

 

Paysage de rivière Musée de Quimper

château de la Vieuville, Arbres dans la forêt

 

s.d., Paysage au lavoir, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 16x32cm

Michel Bouquet, Paysage au lavoir Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 16x32cm, s.d. © Copenhague, Danemark, 18 août 2018

 

s.d., Paysage à l’étang, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 19x30cm

Michel Bouquet, Paysage à l’étang, Peinture sur émail cru stannifère, Faïence au grand feu, 19x30cm, s.d. © vente Toulon, lot 164,  avril 2018

 

 

 

8 Susciter des émules : devenir le chef de file d’une nouvelle génération

Nous allions oublier le chef de cette Pléiade, chaque année plus nombreuse, de peintres céramistes des deux sexes, celui qui, par son exemple et ses leçons, a eu une si large part dans les progrès toujours croissants de cette branche de l’art, M. Michel Bouquet, lequel n’a eu garde de manquer au rendez-vous annuel et nous a envoyé deux de ces faïences peintes sur émail cru, genre dans lequel il est passé maître : Marée basse et Paysage en Bretagne. In Revue de Bretagne et de Vendée, 23e année, Tome V, Nantes, 1879, Premier semestre. »

Mlle Destors salon de 1869, Panneau décoratif au grand feu, 2686

Alfred Beau

La plaque est intégrée dans le panneau et fixée par deux croisillons

 

Une recherche de tonalités adoucies

Alfred Beau, Paysage de montagne, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu,  24x30cm, Manufacture Porquier-Beau, 1880 © Musée breton, Quimper

 

Une belle réalisation qui se rapproche des travaux de son maître, Michel Bouquet

Alfred Beau, Paysage de rivière sur un plat, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu, 40x53cm, Manufacture Porquier-Beau, après 1875 © Musée breton, Quimper

 

Si les bateaux montrent une belle maîtrise, les arrière-plans sont encore perfectibles : les petites collines sont simplement détourés, sans recherche des volumes

Alfred Beau, Paysage de rivière sur un plat, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu, Manufacture Porquier-Beau, après 1875 © Musée breton, Quimper

 

Un élève talentueux sur les pas de son maître

Alfred Beau, Paysage de rivière sur un plat, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu, 40x53cm, Manufacture Porquier-Beau, après 1875 © Musée breton, Quimper

 

Gustave Noël

 

1875 cette collection se compose de 63 plaques ou tableaux, peint d’après nature dans les pubs aussi de la France, de la hollandais de la Suisse. Impression vie, dessin précis, couleur intense, effet charmant, plein d’air et de lumière. Le talent du peintre et le talent du céramiste Russie corroboré l’un par l’autre, et l’on ne peut mieux identifier.

Monsieur Gustave Noël, paysagiste bien connu et céramiste novateur, pas ces tableaux depuis ces plaques. Il fait tout lui-même est l’œil du maître veilla tout, du premier coup de crayon à la dernière à la dernière tout du pinceau, et du premier au dernier caprice de sa fournaise.

C’est peintures sont à grand feu sur fond cuit. Procédés particuliers nouveaux qui les distinguent de toutes les autres faïences d’art, peintes sur fond cru, depuis les vieux maîtres italiens jusqu’à Monsieur Noël lui-même.

Expliquant les deux modes d’exécution, dits le cru et le cuit, et l’on jugera.

Pour peindre sur cru, sans jouer sur les mots, on prend une plaque en terre, une fois cuite, de même qualité que celle de la grosse faïence commune. On immerge sa surface fruste d’un liquide stannifère, qui sera l’émail, et qui en attendant n’est qu’un enduit, devenu sec et poudreux, de du liquide qu’il était tout d’abord. C’est cette couche, très sujette à 100 vices par place, et d’un contact réfractaire au pinceau, que le peintre céramiste sur cru a pour tous subjectives de son tableau. C’est délicat et même inquiétant pour tout artiste n’est pas consommé dans la pratique de cet art. De la l’impossibilité de poser franchement sur une surface et chanceuse les grands aplats préparatoires qui déterminent a priori l’effet d’ensemble du sujet, et permet d’en mener de front les grandes O boue, au lieu d’en parfaire les morceaux un à un, sauf à les raccorder ensuite.

Autre inconvénient : pour les architectures, les ma navires et elles objet particulièrement rigides, le peintre sur cru, ayant besoin d’une rectitude proportionnelle de très, ni peut guère bien réussir sur la surface mouvante de sa plaque : c’est très la moins ferme grossissait se déforme à la cuisson ; et ces déformations la ne sont plus corrigées :

l’artiste qui n’est pas fait,, de très longues mains, à tous les scrupules et à tous les obstacles de cette scabreuse exécution, perd en hésitation et en stérilité de pratiques la moitié de son temps, de sa hardiesse et de son abondance. Le moyen de l’art l’emporte sur le but. Le talent, avant de pouvoir s’exprimer, à trop à s’impatienter de cette longue initiation purement matérielle. Et le génie même des vieux maîtres, revenus parmi nous, ne s’y soumettraient plus. Les lenteurs du métier ont toujours irrité l’esprit des grands peintres.

Pour peindre sur cuit, même plaque de terre et même immersion stannifère. Mais au lieu de peindre la plaque ainsi préparée, on la met au four, qui fait de cette couche poudreuse est difficile un émail blanc et résistant.

C’est sur cet émail laque l’art industriel peint directement, à l’essence, ces faïences et ces poteries. Mais c’est sûr double émail que Monsieur Gustave Noël fait ces faïences d’art proprement dite, telles qu’elles sont là. Voici son procédé.

Sur cet émail, dont l’art industriel se contentons ses produits, Monsieur Noël étend une seconde couche stannifère et la prépare de telle façon que cette surface, au lieu de l’inquiéter de lui résister comme au peintre sur cru, il permet de peindre aussi facilement que sur du papier d’aquarelle. Et l’émail cuit, qu’elle recouvre, lui sert de dessous, d’un jeu facile et plein de ressources. Aussi mène-t-il sans encombre son sujet d’ensemble, et reste-t-il toujours le maître de corriger ces lignes, de nourrir ses tons et d’intensifier son effet. En lui le céramiste sera donc gêné ni réduire le peintre.

Monsieur Gustave Noël tout en se faisant des difficultés des défauts des peintures dites sur cru autant davantage de facilité pour les siennes, à garder de ses devanciers ce qu’ils ont de bons, même d’excellents. C’est-à-dire les tons bien fondus et profondément incorporés dans l’émail. Lui-même, on l’a vu, pas sur cru, mais avec des ressources nouvelles et des procédés qui ne sont qu’à lui.

Ce qui dans la ces faïences d’art leur éclat doux, leur belle glaçure et leur inaltérabilité, ne résulte pas d’un enduit Devers fondus par l’art industriel sur ces faïences et ces poteries décoratives ; c’est l’intensité même du feu.

Monsieur Gustave Noël s’étend voué au paysage, n’applique naturellement qu’à ses paysages mêmes le procédé de céramique qu’il s’est créé, et qui est très facilement applicable à la figure humaine, à tous les genres de la peinture.

Chaque artiste, chaque peintre habile serait mis tout de suite au courant de cette heureuse application. Et pour ne donner ici qu’un exemple, mais illustres, Corot, ayant essayé dernièrement, a fait de ce coup d’essai un coup de maître.

Corot, prenant la plaque préparée les pinceaux de Monsieur Gustave Noël, à part paysage, et Monsieur Noël a prie la plaque. En deux heures cet effet, excellent août., Et inaltérables.

« Inaltérables ! Inaltérables ! S’écria Corot, enthousiasmé. Ainsi mon cher enfant c’est pour toujours, né varié tour. Ça ne bougera plus ! C’est très bon ça ! Parfait ! Parfait ! Que je vous en l’avoir fait bien d’autres comme ça pour les sauver du temps, qui rase tout ! »

Ce n’est pas seulement le caractère particulier et exclusive de telle et telle cite que rendent ces sujets. On sent chacun de le caractère général de la région environnante, le type le plus suggestive de tout le pays.

C’est ainsi par exemple que la seule vue de Dinan nous a fait faire toute la belle remontée de la Rance, depuis Saint-Malo. C’est bord escarpé, couronné de Château, couvert d’une végétation profuse et splendide, sont comme le bouquet d’artifices du pittoresque de la contrée. Sauf la modernité des châteaux, on se croirait mais en petit entre les deux rives du Rhin. Sur la route colline, dans les arbres semble étouffer les maisons et avec son grand viaduc qui plonge ses pieds dans la rivière en reliant les deux montagnes, Dinan, dans sa ceinture de remparts à tourelles, et, par ce beau clair de lune, un doux et caressant nocturne.

Faïences grand feu par Gustave Noël, vente, Drouot, salle 9, Boussaton, commissaire-priseur, Meusnier, expert, lundi 1er mars 1875, p. 6.

Gustave Noël 1823 1895

Gustave Noël, La Chapelle Saint-Aubert du Mont Saint-Michel, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu, 49x28cm, atelier Pichenot, signé en bas à droite, 1873 © vente Adjugar’tBrest, 2017

 

Gustave Noël, Vue de Blois, Faïence sur émail cru stannifère, cuite au grand feu, 79x43cm, atelier Pichenot, signé en bas à droite, après 1870 © vente Blois, 2017

Scribe 1877

Les céramistes pourront s’éclairer pleinement sur le procédé de la peinture sur faïence à émail ou grand feu, retrouvé, vers 1855, par Pinart, qui mourut avec son secret en 1871. Voir le Guide de l’amateur de faïence d’Auguste Demmin. Vers 1862 le paysagiste Bouquet a trouvé le même moyen et continue à l’appliquer avec succès. Mais il était réservé au peintre céramiste M. Léon Ovide Scribe, d’être plus en possession du procédé du XVI e siècle que Pinart ne l’a jamais été, puisque ce denrier mettait quatre mois pour faire une plaque, tandis que M. Scribe n’a mis qu’une semaine à peindre chacune des plaques exposées cette année ; et la grande quantité des faïences italiennes qui existent encore aujourd’hui prouve que les maîtres de Faensa et d’Urbino pratiquaient un procédé pus expéditif. Dans les Merveilles de la céramique, Ed Hachette, M. Jacquemart dit , p 106 que les Majoliques de la Renaissance sont décorées surle cru, pratique difficile et chanceuse, qu’elles y gagnent une franchise de ton extraordinaire. Ainsi, sauf M. Bouquet, et M. Bouvier, peintre connu et médaillé qui peint aussi la faïence à cru, M. Scribe pratique seul cet art, perdu depuis le milieu du XVIIe siècle et en pleine décadence depuis la fin du XVIe siècle. in Dictionnaire Véron , ou mémorial de l’art et des artistes de mon temps, 1877, p.394

1878 Exposition universelle, Paris, Champ de Mars, Pavillon de la céramique et du verre

Michel Bouquet s’adonna à la peinture des paysages sur plaque, en y déployant toutes les ressources de la peinture. Le procédé des feuillages Laurin se relie en partie à celui de Bouquet, tous deux peignant sur cru et cherchant à simuler la peinture à l’huile.

Le groupe qui s’est formé autour du procédé Laurin est constitué de MM. Thierry, Schopin, Bourgeois, Houry, Havelin, Artigue qui obtient des effets d’une grande douceur et Laurin dont on remarque des essais

Sèvres a joué un grand rôle dans la diffucion des procédés technique, et c’est à elle, selon le catalogue de l’exposition, qu’on doit les pâtes colorées au moyen d’oxydes métalliques supportant le grand feu, les émaux translucides sur porcelaine tendre, les applications de pâte blanche en transparence sur fond coloré

La décoration architecturale en faïence est le grand événement pittoresque de la céramique en 1878, comme les fonds d’or de M. Deck en sont le grand événement technique

in A.R. De Liesville, Les industries d’art, La céramique et la verrerie au Champ-de-Mars, Paris, Champion, 1879

 

86 L’Exposition internationale de Londres en 1871

Les rapports des différents commissaires internationaux de l’Exposition internationale sont particulièrement élogieux pour Michel Bouquet.

Palais de l’exposition de Londres

The London illustrated, 1871 © Bnf

 

Rapport du Commissaire, F.A. Gruyer, Exposition internationale de Londres, application de l’art à l’industrie,Paris, 1872

« De nombreux artistes français mettent leur talent et trouvent souvent leur fortune au service de l’industrie anglaise. Monsieur Minton, des usines de Stock on Trent, a pour collaborateurs assidus des hommes d’un vrai talent, Monsieur Carrier Belleuse, Monsieur Solon-Milès, Monsieur Bouquet : de sorte que, en considérant les entreprises les plus considérables de la céramique anglaise, ce sont des noms français qu’il faut citer en première ligne. » p.48

 

1871 Les barques sur le lac de Genève, Peinture sur émail cru stannifère, Exposition de Londres,un espace borné par la fuyante perspective des montagnes, Oeuvre non retrouvée

1871 Les bords de rivière, Peinture sur émail cru stannifère, Exposition de Londres, avec une coloration verdâtre de l’eau, Oeuvre non retrouvée

1871 Le marais en Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère, Exposition de Londres, avec ses arbres à feuilles jaunissantes, et cette végétation qui couvre à peine un terrain si gras et si glissant

 

Michel Bouquet, Le marais en Bretagne, Peinture sur émail cru stannifère, 25x37cm, signé et daté en bas à droite, 1871 © vente lot 51, Brest, Adjujart,  12 décembre 2017

1871 Vue de Hollande, Peinture sur émail cru stannifère, Exposition de Londres, dont l’eau verte et agitée paraît si profonde, Oeuvre non retrouvée

1871 Moulin des Roches, Peinture sur émail cru stannifère, Exposition de Londres, avec son ciel tourmenté, et cette atmosphère dont la transparence, qui permet de voir au loin les objets avec tant de netteté, est l’indice d’une pluie prochaine, Oeuvre non retrouvée

 

La relation qu’en fait Victor de Luynes est tout aussi élogieuse :

« Monsieur Michel Bouquet a exposé dans une des galeries latérales de l’annexe françaises cinq belles plaques qui permettent d’apprécier son talent de paysagiste, en même temps qu’elles témoignent chez lui d’une rare habileté à réaliser sur émail cru les effets dont l’heureuse variété se faisait remarquer dans ses paysages.

Monsieur Bouquet qui, sous le rapport artistique, s’est chargé de représenter à Londres la peinture sur émail cru, a cultivé pendant longtemps d’une manière distinguée la marine et le paysage, à l’huile et au pastel. C’est vers 62 ans qu’il s’est mis à peindre sur émail cru, en conservant ses genres favoris.

Il a eu la hardiesse d’essayer, ce que nul artiste n’avait osé tenter avant lui, de donner aux paysages un caractère de réalité vivante.

Les Italiens, les Castelli, ont bien fait de jolis paysages, mais c’était purement décoratif, et très loin de la réalité. Monsieur Bouquet est réaliste, et avec son goût éclairé, il sait choisir ses sujets et ses effets.

Ce n’est pas qu’il évite les difficultés ; il paraît, au contraire, les rechercher dans ses marines et dans ses paysages où tous les tons doivent avoir leur valeur atmosphérique, où tous les détails doivent être légers et délicats.

Avec ses couleurs et ses oxydes dont la véritable nuance ne se développe qu’au feu, il sait deviner ses tons et les atteindre avec une rare précision. Il évite les lourdeurs de la gouache en n’employant jamais de blanc, et en réservant le champ sur lequel il peint.

M. Bouquet a présenté les Barques sur le lac de Genève, borné par la mise en perspective des montagnes ;les Bords de rivière, avec la coloration verdâtre de l’eau ; le Marais en Bretagne, avec ses arbres à feuilles jaunissantes, et cette végétation qui couvre à peine un terrain si gras et si glissant ; cette Vue de Hollande, dont l’eau verte et agitée paraît si profonde ; enfin le Moulin des Roches, avec son ciel tourmenté, et cette atmosphère dont la transparence, qui permet de voir aux loin les objets avec tant de netteté, est l’indice d’une pluie prochaine ; toutes ces plaques sont des ordres de premier ordre, exécutées largement, avec une grande légèreté demain, une vigueur et une variété de coloris remarquables. Monsieur Michel Bouquet a noblement soutenu l’honneur de l’art français de la peinture sur émail cru.

Exclusivement artistique lorsqu’elle sort des mains de Monsieur Bouquet, la faïence stannifère nous est offerte sous le rapport industriel par la fabrique de Saint Clément, avec une variété de formes et des décorations. » Page 109-110

L’un des membres de la Commission supérieure ajoute dans le rapport général :

« Parmi beaucoup d’estimables peintures sur les matières céramiques, j’appellerai particulièrement l’attention sur les paysages exécutés sur émail cru par Monsieur Michel Bouquet. Monsieur Bouquet a triomphé de la plus grande des difficultés qui se puissent rencontrer dans son art. Peindre sur une poussière d’émail, que le moindre souffle suffit à faire envoler ; calculer et deviner ses effets dans cette boue à moitié liquide ; retrouver après la cuisson l’identité de la conception primitive ; que de tâtonnements ! Que de patience ! Souvent que de déboires ! Mais aussi quelle solidité dans ses peintures, et de quel caractère particulier elle se trouve revêtue ! » p.39

Exposition internationale Londres, France, Commission supérieure, rapport, Paris, Jules Claye, 1872 © Bnf

 

Le commissaire Octave Lacroix re lève que « les faïences sur émail cru ( paysages et marines ) de M. Michel Bouquet, les panneaux décoratifs sur faïence camaïeu de Mlle Fany Caille, sont des morceaux délicats, charmants et d’une belle venue ». Octave Lacroix, Rapport de la Commission supérieure, septembre 1872, Exposition internationale de Londres, 1872, p. 11.

 

Alfred Talandier, qui est chargé d’un rapport sur la compétition franco-britannique dans le domaine des industries céramiques, déplore que « les fabricants de Limoges n’aient rien envoyé à cette exposition. Ils laissent ainsi le champ libre à leurs concurrents anglais et à leurs émules de France, redoutables, les Deck, Rousseau, Collinot, Houry, de Callias, Parvillée, Geoffroy, Pillivuyt.

Il faut encore que sans cesse votre nom et vos produits soient sous les yeux du public. Sans quoi il vous oubliera et adressera ses commandes à vos voisins qui, mieux avisés, les exposent comme objets d’art dignes de figurer non loin des admirables peintures de Bouquet, de Schopin, de Gluck et de Mme Escalier.

Nous ne persistons pas moins à soutenir que le paysage doit être le principal sur la faïence, la figure l’accessoire, tandis que sur la porcelaine, c’est le paysage qui doit être l’accessoire et la figure principale. Rien de plus curieux à ce sujet, que la comparaison que chacun peut faire, à l’exposition, entre les meilleurs paysages sur faïence, ceux de Bouquet, de Julien, et les plus belles figures, celle, par exemple, de Mademoiselle de Maussion.

On dira que ce n’est pas parce qu’ils sont peints sur faïence, mais parce qu’ils sont peints par Bouquet ou Julien, que ces paysages sont beaux, et de même, que ce n’est pas parce qu’elles sont peintes sur porcelaine, mais parce qu’elles sont peints par Mademoiselle de Maussion, que ces figures sont charmantes.

D’un autre côté, quoi de comparable avec les paysages de ces peintres dont le nom revient sans cesse quand on parle de faïences, Michel Bouquet, Julien, Charles Houry !

Personne au monde assurément ne croira jamais que ce soit par un pur effet du hasard que les uns ont choisi la faïence, les autres la porcelaine. Sans doute le génie se joue des difficultés, et que Madame Escalier peigne ses fleurs, Monsieur Regnier ses oiseaux, Monsieur Bouquet ses paysages, Monsieur de Moll ses centaures, le résultat sera toujours beau ». Alfred Talandier, Rapport sur l’industrie céramique en France et en Angleterre, Choix de rapports et instructions, Archives des missions scientifiques et littéraires, troisième série, tome 1, 1873, p. 459

 

87  L’Exposition universelle de Paris en 1878

Elle connaît un succès prodigieux : 16 millions de visiteurs !

 

Paris, Champ de Mars, Pavillon de la céramique et du verre

Fougère, Exposition universelle de 1878. Le panorama des palais, chromolithographie, 145x195cm, 1878 © Musée Carnavalet

 

Michel Bouquet s’adonna à la peinture des paysages sur plaque, en y déployant toutes les ressources de la peinture. Le procédé des feuillages Laurin se relie en partie à celui de Bouquet, tous deux peignant sur cru et cherchant à simuler la peinture à l’huile.

Le groupe qui s’est formé autour du procédé Laurin est constitué de MM. Thierry, Schopin, Bourgeois, Houry, Havelin, Artigue qui obtient des effets d’une grande douceur et Laurin dont on remarque des essais

Sèvres a joué un grand rôle dans la diffusion des procédés technique, et c’est à elle, selon le catalogue de l’exposition, qu’on doit les pâtes colorées au moyen d’oxydes métalliques supportant le grand feu, les émaux translucides sur porcelaine tendre, les applications de pâte blanche en transparence sur fond coloré

La décoration architecturale en faïence est le grand événement pittoresque de la céramique en 1878, comme les fonds d’or de M. Deck en sont le grand événement technique

in A.R. De Liesville, Les industries d’art, La céramique et la verrerie au Camp-de-Mars, Paris, Champion, 1879

Michel Bouquet est repéré par les commissaires américains « Amoung the numerous examples of underglaze painting on faïence, we note those of Bouquet Michel, ceramic artist, who paints upon a stanniferous enamel and burns in the colors at a high heat – grand feu – in the manner of the artists in Italian majolica of the fifteenth and sixteenth centuries and of the faïences of Rouen, Nevers and Moustiers.1878 Rapport des commissaires américains de l’exposition à Paris en 1878

 

88 Les Expositions internationales de Sydney et Melbourne

 

1879. L’exposition de Sydney inaugurée le 18 septembre s’est étalée sur sept mois. L’exposition comptera plus d’un million de visiteurs. Michel Bouquet y est médaillé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Melbourne

 

 

 

 

 

 

 

9 Une poétique de la nature : eau, terre, air magnifiés par le feu des cuissons au four

La maîtrise de l’eau par les arts du feu

 

La maîtrise de l’air

 

 

La maîtrise de la végétation

 

 

 

 

La célébrité ? Susciter des émules : les suiveurs de Bouquet

 

 

 

Ses amis inquiets de sa démarche, essayèrent de l’en dissuader, insistant sur les immenses difficultés à franchir pour maîtriser cette technique, entièrement nouvelle pour lui. Vouloir l’acquérir en autodidacte était à leurs yeux une gajeure. Il risquait de ruiner son image publique, sa réputation de peintre. A leurs yeux l’entreprise était vraiment hasardeuse et les risques financiers n’étaient pas à négliger. Ils lui annonçaient les pires difficultés. Un échec retomberait sur l’ensemble de son oeuvre. La ruine le guetterait, voire la misère !

Mais le caractère de Michel Bouquet ne l’entraînait pas à se laisser décourager par de pareilles considérations.  Ayant confiance en sa capacité de travail et de créativité,  en son sens des techniques picturales porteuses de vente, et surtout en son instinct de chasseur des marchés picturaux annonciateurs de rentabilité, il commença à se renseigner de manière intense, et à se livrer à un travail systématique,  d’essais, de recherches, d’obtention des couleurs sur la faïence au grand feu. Les difficultés furent innombrables, comme nous le verrons dans le chapitres suivant.

 

 

Rapports du jury international et Catalogue officiel des exposants récompensés, Exposition maritime internationale du Havre, Londres, Johnson and Son, Libraires, Bruxelles, Amsterdam, Berlin, Hambourg, Vienne, New York, 1868

1868 le temps 9 janvier

Exposition universelle des arts industriels : la céramique.

La céramique n’a pas l’éclat illuminé des vitraux, elle en possède un autre, celui des fonds d’un blanc, tantôt laiteux, tantôt bleuâtre que lui donne ou la porcelaine, demi translucide, ou la faïence, franchement opaque. Il y a lutte depuis quelques années dans la prédilection du public entre ces deux substances qui sous la coloration du peintre et l’outil du sculpteur, donne des effets tous différents. Nous possédons aujourd’hui de nombreux artistes et maîtres en l’art de terre, qui cherchent à faire revivre les traditions des procédés. Monsieur Deck a garni son étagère de nombreuses compositions rappelent toujours, comme lignes et couleurs, les chefs d’oeuvre de la céramique orientale. Monsieur Deck a été sollicité par le paysagiste Français, les peintres Gluck et Ehrmann pour leurs sujets de fantaisie, Madame Escalier pour les fleurs. Pour ces artistes, rien n’est possible sans la collaboration vigilante de Monsieur Deck car les ratés sont nombreux : telle couleur s’enfume tel relief s’émousse, tel émail coule et se perd.

Messieurs Genlis et Rudhart , peintres tous les deux, avaient en commençant, pris pour modèle nos poteries françaises XVIIe siècle, les pièces de Moustiers, surtout si légèrement et si gaiement colorées de fleurettes bleues sur fond blanc.

Michel Bouquet travaille seul. Dans ses panneaux grand feu, les vieilles habitudes du paysagiste, amant de la nature, font quelquefois tort à l’habileté consommée du peintre céramiste. Nous aimerions avoir ces motifs, libres échappées du regard sur les bois, les ciels et les eaux, toujours encadrés d’ornements, comme l’a fait quelquefois l’artiste pour des plats décoratifs ou des guéridons. Chez Laurin, à la fabrique de Bourg-le-Reine, le peintre Chapelot donne des allures nouvelles et picaresques aux brigands légendaires. L’émail cru qui, avant sa fusion, absorbe rapidement la couleur comme le ferait la fresque, a été remis en pratique et en honneur par Pinart, dont la touche a moins de brio et d’entrain que celle de Bouquet, par exemple. Mais il est savant et contenu, respectueux pour les types qu’il reproduit, il est plein de mesure lorsqu’il compose.

Les services agencés par Rousseau ont été enrichis d’une sorte de décoration volante par l’un de nos dessinateurs à l’eau-forte les plus originaux et les plus indépendants : nous avons nommé pratiquement. Ici la forte fantaisie reste libre, et les exigences commerciales ne sont point froissées. C’est un bon exemple. La fabrication de la faïence d’art contemporaine a été, on le voit, un centre d’attraction pour bien des individualités,et bien des aptitudes différentes. Aussi fait-elle depuis quelques années concurrence sérieuse à l’industrie de la porcelaine de luxe, qui devra se modifier. Grangedor, Le Temps, 9 janvier 1868.

Bouquet 20 Durer ! Amplifier les succès initiaux rencontrés par ses peintures sur faïence dans les années 1870-1880