Bouquet 5 Dessinateur dans la France maritime  : cibler les milieux portuaires et les amateurs du monde marin par une diffusion à grande échelle

5/24  Dessinateur dans la France maritime  : cibler les milieux portuaires et les amateurs du monde marin par une diffusion à grande échelle

 

Michel Bouquet va favoriser la diffusion de ses dessins dans de nouvelles couches sociales – n’oublions pas qu’il a commencé par conquérir la monarchie et les couches aristocratiques – par l’emploi de la gravure sur bois dans les années 1830, puis sur acier dans les années 1850 – en endossant le rôle de Reporter d’images dans la France maritime, en ciblant les milieux portuaires et les amateurs du monde marin.

Il va collaborer à cette revue de 1836 à 1852 – collaboration certainement facilitée par ses relations dans le milieu administratif maritime qu’il connaît bien – ce qui va lui assurer une grande diffusion à plus grande échelle de ses oeuvres auprès des milieux maritimes et des amateurs de marines prêts à payer pour une estampe beaucoup moins chère qu’un tableau. La grande nouveauté technique est la publication, importée d’Angleterre et initiée dès 1831 par la revue L’ Artiste, de gravures hors-textes sur une page complète. Michel Bouquet ne grave pas, il se contente de dessiner, ce qui ne sera pas le cas dans ses travaux sur l’Ecosse où il mettra personnellement la main à la réalisation finale de l’oeuvre.

Il proposera successivement une série de ports, le port de Bayonne, en 1836, le port de Cherbourg en 1836, une Vue de Granville en 1837, le port de Dunkerque en 1837, un Boulogne, Vue des bords de la Liane en 1837, le port de Gibraltar en 1841, puis la chaloupe de pêcheurs en 1852, le poste de douaniers en 1852, l’entrée de la mer Noire, vue du Bosphore en 1852, la vue de la citadelle du Port-Louis en 1852.

C’est également dans le cadre de cette revue qu’il a pu lire en 1837 un compte-rendu de l’ouvrage d’Alexandre Dumas Voyage autour de la Méditerranée – un voyage qu’il fera deux ans plus tard -,  et être mis en contact avec Edouard Corbière, qui signera de nombreux articles et ce dès 1837, comme Naufrage sur la côte de Plouguerneau, dans le Finistère.

 

Le port de Bayonne en 1836

Michel Bouquet, Le port de Bayonne, gravure sur bois ou acier, 13x20cm, La France maritime, 1836 © Collection particulière

 

Vue de Granville en 1837

Michel Bouquet, Vue de Granville, gravure sur acier, 13x20cm, La France maritime, 1837 © Collection particulière

 

D’autres artistes collaborent lors de cette année 1837 pour la revue : Descamps, Pirates grecs ; Théodore Gudin, Habitants des côtes, environs du Havre ; le corsaire et graveur Louis Garneray, qui a participé à la prise du Kent avec Surcouf, Une trombe ; Jugelet, Sémaphore de Pen-Marc’h, Finistère.

 

Boulogne, Vue des bords de la Liane en 1837

Michel Bouquet, Boulogne, Vue des bords de la Liane, La France maritime, gravure sur bois ou acier, 13x20cm, 1837 © Collection particulière

 

Dunkerque en 1837

Michel Bouquet, Dunkerque, La France maritime, gravure sur bois ou acier, 13x20cm, 1837 © Collection particulière

 

Port-Louis en 1852

Michel Bouquet, Port-Louis, gravure sur acier par Desjardins, 13x22cm, La France maritime, 1852 © Collection particulière

 

Mais il peut également aborder d’autres sujets destinés à illustrer des textes comme l’attaque d’une chaloupe de pêcheurs majorquins par des français en 1842

 

Attaque d’une chaloupe de pêcheurs majorquins enlevée par des prisonniers français

Michel Bouquet, Attaque d’une chaloupe de pêcheurs majorquins enlevée par des prisonniers français, gravure sur bois ou acier, 13x22cm, La France maritime, 1842 © Collection particulière

 

 

Le dépècement d’une baleine en 1837

Michel Bouquet, Le dépècement d’une baleine, gravure sur bois ou acier, 13x20cm, La France maritime, 1852 © Collection particulière

 

C’est étonnant qu’il ait réalisé ce dessin. Son camarade d’atelier de Versailles Morel-Fatio avait en effet composé un album représentant les épisodes de la pêche à la baleine, faits d’après nature sur les lieux mêmes de pêche, sur  la côte occidentale d’Afrique et dans le Pacifique. Etait-il pris par d’autres obligations et lui avait-il demandé de le remplacer ?  En tout cas il est fort possible qu’enfant, adolescent et jeune adulte à Lorient il ait eu l’occasion d’en voir de près, passant le long des côtes ou échoués sur la plage, ou même dans la rade de Lorient comme le montre la photographie ci-dessous.

 

Bellec, Une baleine échouée à la pointe de l’espérance dans la rade de Lorient, Photographie, 1896 © Collection Gilles Blayo

 

Ou a-t-il réalisé cette scène de dépeçage en relation avec la parution du livre d’Herman Melville, Moby Dick or The Wale en 1851, un livre romantique qui exalte l’aventure et la libre entreprise, un texte profondément métaphysique ou les concepts de Bien et de Mal, la place de l’homme dans l’univers sont explorés ? Ce dernier lui aurait-il décerné le même satisfecit que pour les baleines de Louis Garneray ?

 

Il réalise également le dessin d’un couple de jeunes bretons, ce qui est rarissime chez lui.

 

Jeunes habitants des côtes de Bretagne, Douarnenez.

Michel Bouquet, Jeunes habitants des côtes de Bretagne, Douarnenez, gravure sur acier par Louis Bertier, 16x23cm, La France maritime, 1852 © Collection particulière

 

Tous ces dessins sont dans un premier temps gravés sur acier, en noir et blanc, pour une vente des seules gravures dans les bureaux de la France maritime, au prix d’artiste, comme le précise la publicité qui en est faite, pour une vente à plus grande échelle.

Seconde étape, destinée à intéresser un autre groupe d’acheteurs, la colorisation des épreuves en noir et blanc par l’utilisation de l’aquarelle. Michel Bouquet n’oublie jamais qu’un peintre sans ressources régulières est condamné à la misère. Il a hérité de son père un caractère d’entrepreneur dans le domaine du commerce.

Jeunes habitants des côtes de Bretagne, Douarnenez.

Michel Bouquet, Jeunes habitants des côtes de Bretagne, Douarnenez, gravure sur acier par Louis Bertier, aquarellée, 13x22cm, La France maritime, 1852 © Musée breton, Quimper

 

Il en est de même pour

Le port de Bayonne en 1837

Michel Bouquet, Le port de Bayonne, gravure sur acier par Chavanne, aquarellée, 13x22cm, La France maritime, 1837 © Collection particulière

 

Poste de douaniers en 1837

Michel Bouquet, Poste de douaniers, gravure sur bois ou acier par Alès, aquarellée, 13x22cm, La France maritime, 1837 © Collection particulière

 

Vue de Granville en 1837

Michel Bouquet, Vue de Granville, gravure sur bois ou acier par Alès, aquarellée, 13x22cm, La France maritime, 1837 © Collection particulière

 

Le port de Dunkerque en 1837

Michel Bouquet, Le port de Dunkerque, gravure sur bois ou  acier par Alès, aquarellée, 13x22cm, La France maritime, 1837 © Collection particulière

 

Le port de Gibraltar en 1841

Michel Bouquet, Le port de Gibraltar, gravure sur acier par Lamperière, aquarellée, 13x22cm, La France maritime, 1841 © Collection particulière

 

Attaque d’une chaloupe de pêcheurs majorquins enlevée par des prisonniers français en 1842

Michel Bouquet, Attaque d’une chaloupe de pêcheurs majorquins enlevée par des prisonniers français, gravure sur acier, aquarellée, 13x22cm, La France maritime, 1852 © Collection particulière

 

 

Port-Louis en 1852

Michel Bouquet, Port-Louis, gravure sur acier par Desjardins, aquarellée, 13x22cm, La France maritime, 1852 © Collection particulière

 

La dépècement d’une baleine en 1852

Michel Bouquet, Le dépècement d’une baleine, gravure sur acier par Rouargue, aquarellée, 13x22cm, La France maritime, 1852 © Collection particulière

 

L’invention de la presse mécanique à cylindre par Koenig, puis celle de la presse à réaction par Marinoni en 1847 ainsi que le remplacement de la force motrice manuelle par celle de la vapeur ou du gaz permettent une augmentation considérable de la production imprimée – donc des coûts de production qui baissent –  et on obtient au final plus de lecteurs capable d’acheter le produit. On peut penser qu’entre 1836 et 1852 le nombre de lecteurs s’est considérablement accru, touchant toujours plus d’acheteurs de gravures potentiels, car le XIXème siècle, surtout à partir de 1850 est celui de l’hyperaccumulation des objets dans les maisons et appartements. Nous connaissons le cas d’un amateur, Charles Martyne,  qui sur la fin de sa vie, dut loger à l’hôtel, son appartement étant totalement encombré par ses collections.

Installé au 15 puis au 29 rue Tronchet à Paris, il vit confortablement dans un appartement, tout comme un de ses voisins, un polytechnicien, ingénieur de la Marine – un thème qui doit rapprocher les deux hommes – Apollinaire Lebas, celui-là même qui avait été mandaté pour rapporter l’obélisque de Louxor sur la place de la Concorde.

Pour oublier les deuils rapprochés de son père et de sa mère – c’est un homme éminemment sensible sous des dehors parfois rugueux – Michel Bouquet s’embarque pour tenter d’oublier sa tristesse dans un long voyage qui le mènera de l’Algérie en Turquie, en passant par la Sicile et la Grèce, puis la Moldo-Valachie.

Mais il n’ignore pas non plus la montée en puissance de la vague orientaliste dans la tradition picturale française…Et surtout il sait que depuis l’expédition de Bonaparte en Egypte le public est de plus en plus attiré par l’Orient. Un Orient qui fait donc vendre, un Orient qu’il s’agira de croquer sur le terrain pour le retravailler par la suite plus longuement en atelier.

 

Bouquet 5 Dessinateur dans la France maritime  : cibler les milieux portuaires et les amateurs du monde marin par une diffusion à grande échelle