Bouquet 15 Les réseaux relationnels : les artistes peintres des années 1840 aux années 1860

 

Bouquet 15 Les réseaux relationnels : les artistes peintres des années 1840 aux années 1860

 

Bouquet a un très grand talent, celui de savoir séduire ses interlocuteurs, de quelque niveau social qu’ils soient. Ses relations avec le milieu des artistes sont très éclectiques, suivies et picturalement variées. C’est Théodore Gudin, un peintre de marine, alors au firmament de sa gloire, qui l’engage pour travailler à Versailles pour une commande de Roi des Français Louis-Philippe.

L’inclassable Thomas Couture, qui a et aura comme élèves Pierre-Puvis de Chavannes, Henri Fantin-latour ou Edouard Manet,  et qui se voit supplier quotidiennement par les aristocrates mondains de faire leur portrait, dont par exemple la femme du baron d’Astier de la Vigerie, et bien,  c’est Michel Bouquet qu’il choisit pour modèle.

Jaroslaw Cermak, David d’Angers fils et Joséphine Houssaye, tous trois artistes peintres ou sculpteur prennent tour à tour le même Michel Bouquet comme modèle vivant pour travailler la technique du portrait ou du buste.

Les réseaux sont une composante essentielle de la vie de Michel Bouquet. Il habite et travaille dans un des coeurs battants de la vie artistique parisienne, celui des peintres, des sculpteurs, des musiciens, des chansonniers et des écrivains : le quartier de La Nouvelle Athènes. Il y loue pendant un certain temps un atelier à Louis Becq de Fouquières, et rencontre quotidiennement dans le même immeuble, ou dans ceux adjacents, des artistes en vue sur Paris et en Europe. Théodore Gudin habite en dehors de ce périmètre, au 49 Rue de la Ville-l’Évêque, dans le très chic VIIIe arrondissement, mais à moins de huit cents mètres à vol d’oiseau de l’appartement de Michel Bouquet. Les autres fréquentations suivies de Michel Bouquet comme par exemple Ernest Renan ou Ary Scheffer habitent à moins de 200 mètres.

Paradoxalement, alors que Michel Bouquet ne peint jamais de portrait, nombreux sont les peintres – dont des plus célèbres – et des sculpteurs qui font le sien.

 

1 Un homme dont de nombreux artistes ont fait le portrait : portrait de Michel Bouquet par Thomas Couture

Thomas Couture habite au 118 faubourg poissonnière, à 500 mètres de Michel Bouquet. Il a peint ce portrait deux ans après qu’Edouard Manet soit rentré comme élève dans son atelier, et ce pour de nombreuses années. Michel Bouquet qui suit toujours très attentivement l’évolution des courants picturaux, connaît tout ce petit monde.

 

Thomas Couture, Portrait de Michel Bouquet, Huile sur toile, 55 x 46 cm, vers 1852 © Musée de Morlaix

 

Tout l’art de l’artiste a consisté à saisir l’essentiel de la personnalité de Michel Bouquet. Et elle est toute contenue dans l’oeil : interrogateur, scrutateur, profond, un regard qui en impose par son autorité. Un être très cérébral, ouvert sur l’extérieur, réfléchi, mais dont on sent, sous la musculature tendue du visage, la volonté de dominer sa nature profonde, à la fois impérieuse et sensible. Un homme qui sait admirablement lire dans le coeur des autres hommes. Une capacité d’empathie, de projection hors de soi et d’analyse qui lui permettent de créer un réseau relationnel étonnant dans des milieux très divers, socialement et géographiquement.

 

2 Un homme dont de nombreux artistes ont fait le portrait :  Portrait de Michel Bouquet par Thomas Couture dans la Décadence des Romains, 1847

 

« Plus cruel que la guerre, le vice s’est abattu sur Rome et venge l’univers vaincu » Juvénal

 Thomas Couture, Les romains de la décadence, huile sur toile, 472 x 772 cm, 1847 © Images-art, Musée d’Orsay

 

A mon sens Michel Bouquet est représenté trois fois dans ce tableau.

Une première fois en bas, à droite, comme l’ont observé la plupart des analystes de ce tableau. Il y est présenté selon les historiens sous les traits d’un fier noble barbare – un vénète aux valeurs supposées morales – qui assiste, méprisant, à la fin d’une débauche romaine

Thomas Couture, Les romains de la décadence, huile sur toile, 472 x 772 cm, 1847 © Images-art, Musée d’Orsay

 

Les pied croisés symbolisant son exaspération

Thomas Couture, Les romains de la décadence, huile sur toile, 472 x 772 cm, 1847 © Images-art, Musée d’Orsay

 

A gauche, il apparaît une seconde fois, coiffé d’une couronne de lauriers ou d’acacia, le regard levé, tourné vers la statue qui est placée en haut à droite,

Thomas Couture, Les romains de la décadence, huile sur toile, 472 x 772 cm, 1847 © Images-art, Musée d’Orsay

 

une statue qui représente pour la troisième fois Michel Bouquet, dont la réprobation vis-à-vis de la scène à laquelle il est obligé d’assister est très nette.

Thomas Couture, Les romains de la décadence, huile sur toile, 472 x 772 cm, 1847 © Images-art, Musée d’Orsay

 

Tout ce système fonctionne sous le signe de la triangulation. On n’est pas loin d’un triangle rectangle dont les angles sont formés par le même personnage. Curieux choix de Thomas Couture : qu’a-t-il voulu exprimer par là ?

Le jeu des trois personnages fonctionne comme un triangle de  – réprobation – commisération – désolation.

 

3 Un homme dont de nombreux artistes ont fait le portrait : portrait de Michel Bouquet par le tchèque Jaroslav Cermak, 1869

 

Portrait de Michel Bouquet à l’âge de 62 ans par Jaroslav Cermak

Jaroslaw Cermak,1831-1878, Portrait de Michel Bouquet, huile sur toile, 47 x 60 cm, signé et daté en bas à droite, oeuvre de la collection personnelle de Michel Bouquet achetée en 1895 par la municipalité de Lorient, 1869 © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

 

Michel Bouquet est alors âgé de 62 ans, âge respectable au XIXème siècle, où la carrière professionnelle est pour l’essentiel loin derrière vous. Or c’est un homme qui, il y a moins de quatre ans, à l’âge de 58 ans, avait relancé cette carrière en frappant un grand coup médiatique à l’Exposition des Beaux-arts appliqués à l’industrie, à Paris, par l’utilisation d’une autre technique, celle de la faïence au grand feu dont il va considérablement développer les potentialités de coloris.

Le portrait que présente Cermak nous montre un vieillard, mais un vieillard qui n’est pas tombé dans l’intempérance, mince, à la barbe très soignée, costume sombre, chemise blanche et lavallière bleue. Le portrait d’un grand bourgeois en apparence, mais quelques détails estompent cette première impression.

 

Le col cassé de la chemise n’est pas net, il y manque un sérieux coup de repassage.

Jaroslaw Cermak,1831-1878, Portrait de Michel Bouquet, huile sur toile, 47 x 60 cm, signé et daté en bas à droite, oeuvre de la collection personnelle de Michel Bouquet achetée en 1895 par la municipalité de Lorient, 1869 © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

 

La lavallière s’avère être un petit foulard, ou un grand mouchoir, hâtivement et négligemment noué autour du cou.

Jaroslaw Cermak,1831-1878, Portrait de Michel Bouquet, huile sur toile, 47x60cm, signé et daté en bas à droite, oeuvre de la collection personnelle de Michel Bouquet achetée en 1895 par la municipalité de Lorient, 1869 © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

 

La fermeture de la chemise participe du même débraillé

Jaroslaw Cermak,1831-1878, Portrait de Michel Bouquet, huile sur toile, 47 x 60 cm, signé et daté en bas à droite, oeuvre de la collection personnelle de Michel Bouquet achetée en 1895 par la municipalité de Lorient, 1869 © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

 

Le regard n’est pas celui du bourgeois dominateur qui vous fixe dans le yeux, sûr de son importance sociale. Bouquet regarde vers la droite, un regard pensif, mais réfléchi, grave et sérieux.

Jaroslaw Cermak,1831-1878, Portrait de Michel Bouquet, huile sur toile, 47 x 60 cm, signé et daté en bas à droite, oeuvre de la collection personnelle de Michel Bouquet achetée en 1895 par la municipalité de Lorient, 1869 © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

 

Un homme dont l’âge n’a pas calmé le bouillonnement intérieur, mais qui, de par sa longue expérience humaine, s’efforce de s’élever à la sérénité, même si ce visage traduit aussi des regrets d’une vie brillante, hyper relationnelle, mais paradoxalement peut-être un peu trop solitaire : pas de femme, pas d’enfants, pas de doux foyer où quelqu’un vous attend. Des amis certes, et très nombreux, ce qui signifie qu’ils n’en sont pas réellement, mais même  après avoir festoyé et chaleureusement échangé avec eux, le soir, chez soi, même avec des domestiques, la solitude doit peser…

 

C’est un regard un peu triste et légèrement désabusé que nous livre Michel Bouquet.

Jaroslaw Cermak,1831-1878, Portrait de Michel Bouquet, huile sur toile, 47 x 60 cm, signé et daté en bas à droite, oeuvre de la collection personnelle de Michel Bouquet achetée en 1895 par la municipalité de Lorient, 1869 © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

 

Les choix antérieurs sont faits et avoir des enfants n’est plus de mise, ce qui lui coûtera cher les années et siècles suivants, personne n’étant présent pour animer sa mémoire, personne pour recueillir pieusement ses lettres intimes, cartons d’invitation, annonces d’expositions, courriers officiels, ses centaines d’esquisses, ses milliers de dessins, ses centaines d’essais faïenciers, ses toiles et pastels posés çà et là contre les murs, les dons ou cadeaux de ses amis peintres comme une Vue de Quimperlé de Troyon, un petit pastel charmant dans les tons mauves et verts, que l’on croirait rapidement exécuté, hypothèse qui tombe lorsque l’on remarque l’étude très fine du chapelet de bâtiments qui s’égrène sur les collines de la ville, avec le clocher si délicieusement coiffé de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption sur la place Saint-Michel, une précision joyeuse de murs, de tourelles qui s’entrobservent et qui a dû nécessiter un temps de travail assez conséquent,

 

Vue de Quimperlé par Constant Troyon

Constant Troyon, 1810-1865, Paysage de Quimperlé, Pastel, sans dimensions données, s.d., oeuvre de la collection personnelle de Michel Bouquet achetée en 1895 par la municipalité de Lorient, 1869 © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, sans numéro d’inventaire fourni

 

sa collection personnelle de faïences, les photographies en compagnie de ses intimes… Tout cela a disparu, faute d’une progéniture qu’il a toujours dû trouver encombrante pour un homme qui n’aimait tant que les voyages, les soirées à converser avec des connaissances choisies, la liberté individuelle

Ian Vilimek, Portait de Jaroslav Cermak, Album tchèque, 1890 © Bibliothèque nationale de la république tchèque, Praque

VILÍMEK, Jan. Jaroslav Čermák. In: VILÍMEK, Jan a RAIS, Karel Václav, ed. České album: sbírka podobizen předních spisovatelů a spisovatelek českých, učenců, mužů i žen práce, kteří život svůj zasvětili povznesení národa svého [online]. V Praze: Jos. R. Vilímek, [189- ] [cit. 2019-04-24]. S. 59. Accessible dans la Bibliothèque numérique Kramerius, Bibliothèque nationale de la République tchèque: http://kramerius.nkp.cz/kramerius/handle/ABA001/12223127.

 

Le peintre tchèque Jaroslav Cermak, 38 ans,  qui ressemble un peu à Michel Bouquet jeune, même haut front, même calvitie bien avancée, même port de barbe, dédicace cette toile par un « A mon ami Michel Bouquet ». Quel sens faut-il donner à ce terme ? Un sentiment affecté ou réel de la part du portraitiste ? Nous penchons pour une amitié réelle. Ce peintre connaît très bien Michel Bouquet puisqu’il vivait tout comme lui à Roscoff dans les années 1860 et 1870 et qu’ils s’y sont fréquentés tout au long de ces années.

Jaroslaw Cermak,1831-1878, Portrait de Michel Bouquet, huile sur toile, 47 x 60 cm, signé et daté en bas à droite, oeuvre de la collection personnelle de Michel Bouquet achetée en 1895 par la municipalité de Lorient, 1869 © Réserves, Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

 

Plus jeune, formé dans la plus pure tradition académique, il avait par la suite rencontré  le coloriste Delacroix et l’orientaliste Descamp à Paris.  Comme Michel Bouquet, il avait visité les Balkans et l’empire ottoman, ce qui a pu contribuer à les rapprocher. Il dénonçait notamment les exactions envers les chrétiens commises par les musulmans Bachi-Bouzouks, cavaliers albanais mercenaires de l’empire ottoman. On a de lui une oeuvre qui résume les lignes précédentes, tout en ayant réussi le tour de force à mécontenter à la fois les idéalistes et les réalistes, signe de son originalité.

Jaroslav Cermak, Une Razzia de bachibouzouks dans un village chrétien de l’Herzégovine, Huile sur toile, 190 x 250 cm, 1861 © Danesh Museum of Art, New York

 

 

4 Un homme dont de nombreux artistes ont fait le portrait : portrait de Michel Bouquet par Joséphine Houssaye, 1877

 

Portrait de Michel Bouquet par Mlle Joséphine Houssaye, née à Nantes, 55 quai des grands augustins, Salon de 1877, n° 2872 du livret du Salon, Oeuvre non retrouvée

 

Qu’est-ce qui a pu motiver Joséphine Houssaye, 37 ans, élève de Jean-Jacques Henner, à portraiturer cet homme de 70 ans ?

Un souci d’établir sa carrière par le relationnel ? Michel Bouquet est célèbre et a beaucoup d’entregent dans des milieux décisionnels très différents. Cet argument pourrait être validé par le fait qu’elle a également fait le portrait de Louis Nicod de Roncheau, une huile sur toile. Celui-ci est devenu inspecteur des Beaux-arts en 1872, puis a accédé à des postes décisionnels importants, celui de secrétaire général des Beaux-arts tout d’abord, et enfin directeur et administrateur des Musées nationaux de 1881 à 1887. Cofondateur de l’Ecole du Louvre en 1882, collaborateur à la Gazette des Beaux-arts,  c’est un homme en vue qui peut faire votre carrière.

Un hommage ? C’est une femme de caractère et de convictions. Elle ne pouvait pas suivre les cours de l’Ecole nationale supérieure des beaux arts, fermée au sexe féminin, et la fonction de gérant de société leur était interdite. Membre de l’Union des femmes peintres et sculpteurs , première société de femmes artistes créée en France dans un contexte de revendication féministe naissant. Elle a exposé au pavillon des femmes, réalisé par une architecte, de l’Exposition universelle de Chicago en 1893, avec une native de Lorient, élève de Ernest Corroller, Elodie La Villette, qui, avec sa soeur, appartiennent également à l’Union des femmes peintres et sculpteurs.

Une relation particulière ? 40 ans de différence entre eux, et elle semble plutôt attirée par les corps lianes des jeunes filles. En fait, c’est quasi exclusivement une portraitiste et la physionomie très particulière du visage de Michel Bouquet n’a pu que l’attirer.

Elle a 35 ans et lui 68 ans. Poser pour elle n’a pas dû être une leçon de déplaisir pour ce vieux célibataire..

 

 

Joséphine Houssaye, La leçon, photographie de l’Huile sur toile, années 1870 © Women painters of the world, 1905

 

Les tisserandes

 

Joséphine Houssaye, La dispute d’Arachné et de Minerve athéné, Huile sur toile, 73 x 69 cm, s.d. © Vente Christies, 21 novembre 2002

 

La dernière toile est intitulée Surprise

Joséphine Houssaye, Surprise, Huile sur toile, 132 x 73 cm, 1888 © Rijkmuseum d’Amsterdam

 

5 Un homme dont de nombreux artistes ont fait le portrait : portrait de Michel Bouquet par Gustave Ricard

Gustave Ricard, Portrait de Michel Bouquet, Huile sur toile, avant 1873 , Oeuvre non retrouvée

 

6 Un homme dont de nombreux artistes ont fait le portrait : portrait de Michel Bouquet par David d’Angers

1877 Portrait de Michel Bouquet par David d’Angers, buste, marbre par David d’Angers, salon de 1877 n° 3603, Oeuvre non retrouvée

David d’Angers est le fils du célèbre sculpteur, l’auteur d’une galerie de bustes d’hommes célèbres pendant la période de la Révolution et l’Empire, en France, en Europe et aux Etats-Unis.

Henry Jouin, secrétaire de la Commission de l’inventaire général des richesses d’art de la France le décrit en quelques mots « M. Michel Bouquet, un artiste en émail, a reçu de M. David d’Angers un buste savamment modelé. Les joues aux plans nombreux, les tempes légèrement écrites modèrent l’expression des yeux et des lèvres, qui portent l’indice de la Volonté ». Henry Jouin, La sculpture au salon de 1877, Paris, Plon, 1878, p.67

7 Un homme dont de nombreux artistes ont fait le portrait : portrait de Michel Bouquet à sa mort

Un buste offert par la société breton-normande la Pomme, Oeuvre non retrouvée

 

8 Un atelier qui lui permet de fréquenter de nombreux artistes : le 77 rue Pigalle de 1862 à 1865.

Il voisine pendant ces trois ans – au moins, nous ne disposons pas pour l’instant de renseignements pour les années 1866 à 1872 –  avec tout un groupe d’artistes dont Puvis de Chavannes, Louis Tuerlinckx, Hermann Behmer, A. Bida, Gendron, Michel Gordigiani , Marchal, J.A.A. , Pils, Wappers.

 

Hermann Behmer 1831-1915, 32 ans en 1862, Michel Bouquet a 55 ans.

 

M.B. Marsch, Portrait de Hermann Behmer dans son atelier, Photographie, 1910 © M.B. Marsch, Wikipedia ; Une famille à Bethléem, huile sur toile, 58x72cm, 1867 © mutualart.com

 

Isidore Pils mort à Douarnenez 1813-1875, 49 ans en 1862. Jusqu’à sa mort, Michel Bouquet a conservé une des oeuvres qu’Isidore Pils lui avait offerte en hommage.

Maurice Leloir, Portrait d’Isidore Pils, s.d. © Inha ; Anonyme, Isidore Pils peignant dans un salle le tableau « La bataille de l’Alma », Aquarelle, dessin à la plume, gouache, 41 x 53 cm, 1857 © Images-art, châteaux de Versailles et de Trianon ; Isidore Pils, Rouget de Lisle chantant la Marseillaise en 1792, 1849 © Musée historique de Strasbourg

 

Puvis de Chavannes 1824-1898, 38 ans en 1862, un homme qui va épouser sur la fin de sa vie celle qui a longtemps été sa maîtresse, la Princesse roumaine Marie Cantacuzène, un pays que Michel Bouquet connaît bien, et avec laquelle il pouvait s’entretenir de son séjour en 1840-1841

Bingham Robert Jefferson, Puvis de Chavannes, Photographie, avant 1870 © Source gallica.bnf.fr / BnF ; Puvis de Chavannes, Le pauvre pêcheur, Lithographie à l’encre violette, 43,4 x 57 cm, 1881 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Michel Bouquet 1807-1890, 55 ans en 1862

Bayard et Bertall, Portrait de Michel Bouquet, épreuve sur papier albuminé à partir d’un négatif verre, contrecollée sur papier canson, 10x6cm, avant 1866 © Images-art.fr, Musée d’Orsay ;  Michel Bouquet, plat à reptiles, papillons et feuillages, Peinture sur email cru stannifère, Faïence au grand feu, don de l’artiste, 1862 © Musée des Arts décoratifs, inv. UC  1046

 

Les photographes Bayard et Bertall sont aussi ceux de Gustave Eiffel et de sa famille, de l’avocat et homme politique républicain à la très longue carrière Jules Favre, du ministre de l’Intérieur Paul Baudet en 1864, du philosophe ministre et Président du Conseil Jules Simon, originaire de Lorient comme Michel Bouquet ; de Madame Béhic, femme du ministre du Commerce et sénateur Louis-Henri Béric, d’Ernest Pinard, Procureur général au Conseil d’Etat, des peintres de portraits Amaury-Duval premier élève d’Ingres et auteur d’un portrait somptueux, Madame de Loynes, maîtresse en titre du Prince Napoléon, où elle recevait Renan, Sainte-Beuve, Théophile Gautier, tous des connaissances de Michel Bouquet ; et Charles Chaplin, peintre de l’intimité des jeunes femmes soyeuses, du peintre Jean-Hilaire Belloc, un homme issu d’une famille d’armateurs nantais, qui ayant peint la Mort de Gaul, ami d’Ossian, et dont sa femme Louise Swanton, traductrice des poètes anglais dont Byron et de l’écrivaine américaine de La Case de l’oncle Tom, Harriet Beecher-Stowe, ne pouvait laisser Michel Bouquet indifférent ; du sculpteur et peintre animalier Henri Jacquemart, du peintre Vincent Vidal, pastelliste de l’impératrice Eugénie de Montijo, et auteur d’une très jolie peinture d’une jeune paysanne bretonne,

 

Vincent Vidal, Portrait d’un jeune paysanne bretonne, Huile sur toile, s.d.,  © Collection musée d’art et d’histoire – ville de Saint-Brieuc, Inv.143

l’ académicien Jules Sandeau, ancien secrétaire de Balzac, un des premiers amants de Georges Sand, qui lui a en outre donné son nom d’écrivain, l’académicien et sénateur Emile Augier, ancien condisciple et bibliothécaire du duc d’Aumale, de la comtesse Guy de Dampierre, du comte Roger Galard de Béarn, de Victor Hugo à Jersey en 1855,  des fils de Victor Hugo : Charles Hugo, journaliste fondateur du journal politique l’Evènement en 1848,  et François-Victor Hugo, traducteur des œuvres de William Shakespeare,  de l’historien Jules Richard et de Sainte-Beuve. Un milieu dans lequel Michel Bouquet connaît personnellement et de manière officiellement attestée Jules Simon, Théophile Gautier et Sainte-Beuve, pour les autres, nous n’en sommes réduits pour l’instant qu’aux conjectures.

 

 

Alexandre Bida 1813-1895, 49 ans en 1862, dessinateur

Bingham Robert Jefferson, Portrait d’Alexandre Bida, Photographie, avant 1870 © Source gallica.bnf.fr / BnF ; Nadar, Caricature d’Alexandre Bida, Dessin, 20,4 x 12,9 cm, après 1850 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Auguste Gendron 1817-1881, 45 ans en 1862, le spécialiste des corps féminins

Robert Jefferson Bingham, Portrait d’Auguste Gendron, Célébrités du XIXe siècle, Photographie, entre 1860 et 1875 © Source gallica.bnf.fr / BnF ; Auguste Gendron, Les Ondines, huile sur toile, 132×108 cm, 1846 © Musée des Beaux-Arts de Bordeaux ; Auguste Gendron,  Les Willis, Lithographie par Fanolly, 69 x 52 cm, Goupil & Cie, 1848 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Bida, Gendron, Camille Demesmay, trois connaissances, dont la dernière très proche de Michel Bouquet, caricaturées par Nadar qui exerçait dans les ateliers ou lors des soirées au café de la Rochefoucaud ses talents aux dépends de ses amis dont Jongkind

Nadar, Caricatures d’Alexandre Bida, Auguste Gendron, Camille Demesmay et Jongkind, Dessins, 20 x 13 cm, après 1850 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Michel Gordigiani 1830-1909, 32 ans en 1862

 

Michel Gordigiani, Autoportrait, Huile sur toile, 74x59cm, 1887 © Bertolami Fine Arts ; Michel Gordigiani, Marguerite de Savoie, reine d’Italie, Huile sur toile, 1870 © liveauctioneers.com ; Portrait de sa femme Gabriela, Huile sur toile © Musée d’art moderne, Palais Pitti, Florence ; Portrait de sa fille Giulietta Giovinetta, Huile sur toile, 74x52cm, 1887 © Musée d’art moderne, Palais Pitti, Florence

 

Charles-Francois Marchal, 1825-1877, 37 ans en 1862 a peint deux ans plus tard un tableau étonnant, véritable dénonciation d’un quasi-esclavage, notamment sexuel,  au milieu du XIXème siècle. Une influence due à celle dont il sera le dernier amant, George Sand ?

Robert Jefferson Bingham, Portrait de Charles-Francois Marchal, Photographie, avant 1870 © Source gallica.bnf.fr / BnF ; Charles-Francois Marchal, La foire aux servantes, huile sur toile, 109 x 175 cm, 1864 © Musée du Pays de Hanau, Bouxwiller

 

Egide Wappers 1803-1874, 59 ans en 1862

Robert Jefferson Bingham, Portrait d’Egide Wappers, Photographie, avant 1870 © Source gallica.bnf.fr / BnF ;  Portrait , photographie de Ghémar © Archives du palais royal de Bruxelles ; Egide Wappers, Boccace lisant le Décaméron à la reine Jeanne de Naples, huile sur toile, 171 x 228cm, © Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : J. Geleyns – Art Photography –

 

 

A la manière dont ils se représentent, costume, gilet, cravate ou noeud papillon, tous ces hommes ont eu en commun de bien vivre de leur art. En effet ils disposent d’un réseau relationnel très impressionnant.  Auguste Gendron est choisi pour décorer le palais d’Orsay, le château de Saint-Cloud, la salle des fêtes de l’aile Richelieu au palais du Louvre. Egide Wrappers, qui porte le titre de baron,  est le peintre officiel du roi des Belges Léopold Ier. Il a, comme Michel Bouquet, également travaillé à Versailles pour Louis-Philippe, enseigné la peinture à la reine d’Angleterre Victoria et à son fils, le prince de Galles.

Louis Tuerlinckx exécute quant à lui un portrait du roi de Hollande. Hermann Behmer a été un élève de Thomas Couture, et fait sur la fin de sa carrière les portraits de l’aristocratie du Grand-Duché de Saxe-Weimar-Eisenach. Michel Gordigiani fait des portraits de l’aristocratie italienne, de la comtesse di Castiglione  –  maîtresse de Napoléon III  – ,  du comte de Cavour, plusieurs portraits de la reine d’Italie et celui du roi d’Angleterre Edouard VII.

Puvis de Chavannes, également élève de Thomas Couture, construit ses fresques à l’hôtel de ville, puis au Panthéon de Paris. Depuis 1856 il vit avec la princesse roumaine Marie Cantacuzène qui deviendra son épouse et lui fera bénéficier de son réseau mondain. Il n’est pas interdit de penser que Michel Bouquet qui avait voyagé en Roumanie et rapporté dans son album Moldo-valaque de superbes vues de ce pays ait été invité dans son appartement du 17e arrondissement, au 89, Avenue de Villiers.

S’ils semblent moins impliqués dans un réseau relationnel de très haut niveau, Alexandre Bida, élève d’Eugène Delacroix, peintre orientaliste traducteur d’une fable du XIIe siècle, Aucassin et Nicolette, a quand même laissé un portrait  de Victor de Blandinières de Gaillac-Toulza. Charles Marchal était un intime d’Alexandre Dumas fils, et Isidore Pils, prix de Rome 1838 était très lié au Maréchal Oudinot.

Décédé un an auparavant à 54 ans, Jules Laure, peintre d’histoire avait en 1837 peint pour Louis-Philippe un Charlemagne, entouré de ses principaux officiers, reçoit Alcuin avait également son atelier à cette adresse.  Tous ces peintres, qui se sont souvent croisés dans leur carrière, soit lors des salons, soit dans les ateliers d’artistes comme celui de Couture, devaient naturellement se rencontrer dans ces lieux et échanger sur leurs techniques, plans de carrière et conquêtes respectives.

Ils sont tous présents dans l’Annuaire Almanach du Commerce et de l’Industrie à partir de 1861, Michel Bouquet à partir de 1842… Alors qu’un certain nombre d’entre eux  figuraient dans leurs débuts sur la liste civile du roi Louis-Philippe, ils ont choisi à partir du milieu du XIXème siècle, tout en se présentant comme peintres-artistes officiels, de s’inscrire dans le mouvement de marchandisation de leurs oeuvres,  assumant ainsi un nouveau rôle, celui de professionnels rétribués dans un cadre commercial.

 

Mais Michel Bouquet, bien qu’il baigne dans un réseau relationnel artistique orienté sur une peinture, on ne peut plus classique de représentation sociale, avec çà et là quelques avancées conceptuelles comme on a pu le constater dans les tableaux ci-dessus, choisit la rupture avec ce mode de représentation picturale à partir de 1861.

A un âge – 54 ans – où bien d’autres se contenteraient de vivre de leurs acquis, il décide de tenter une nouvelle aventure picturale, dans un domaine où il a tout à apprendre, et peut-être tout à perdre, celui de la peinture sur email stannifère, cuite au grand feu, l’une des spécialités de cuisson de la faïence les plus difficiles à maîtriser.

Bouquet 15 Les réseaux relationnels : les artistes peintres des années 1840 aux années 1860