Introduction François JEGOU

La photographie de la tombe de François Jégou résume bien l’homme et sa destinée. Sa tombe fracassée, son nom et épitaphe à demi-effacés, véritable damnatio memoriae, en contraste avec la tombe voisine, très entretenue de Madeleine Desroseaux.

Tombe de François JEGOU
Tombe de François JEGOU

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L’état de la tombe montre dans quel oubli il est tombé et le désintérêt envers l’historien de Lorient. Il faut pour rétablir l’équilibre ajouter qu’une plaque commémorative a été placée à l’endroit de sa résidence à Lorient, et qu’une rue porte son nom.

plaque de la maison de francois jegou lorient

Pose de cette plaque sur la maison de François Jégou, Mairie de Lorient, Délibération du 13 mars 1940.

L’effacement des travaux de cet historien se remarque aussi dans les travaux universitaires tels que Philippe HAUDRERE, in  La Compagnie française des Indes au XVIIIe siècle, seconde édition, revue et corrigée, Les Indes Savantes, 2005, 1079 p., – qui dans une bibliographie fleuve (31 pages)  cite une seule de ses oeuvres, François JEGOU, Contribution à l’Histoire de Lorient. L’île Saint-Michel, son prieuré, son Lazaret, Lorient, impr. du Nouvelliste, 1939, 58 p. ill. , passant sous silence des oeuvres majeures comme l’ Histoire de la fondation de Lorient, Etude archéologique, Lorient, par M. Jégou, Membre de la Société polymathique du Morbihan, Lorient, A. Lesnard, 1 vol. in 8°, 1870, 351 p. ou  François JEGOU,  Marine militaire et corsaires sous le règne de Louis XIV, Histoire de Lorient, port de guerre 1690-1720, Vannes, Lafolye, 1887, 452 p. ; ou qu’il s’agisse de travaux plus généralistes comme celui de Yann LUKAS Lorient, Histoire d’une ville, Edition Palantine, 1997 qui ne fait aucune référence à Jégou.

Ceci contraste fortement avec les éloges funèbres qui lui ont été rendus lors de sa disparition en 1890 « sous des dehors simples et modestes, il cachait une vaste érudition  » , éloges qui n’hésitent pas à souligner l’ampleur de ses recherches  « Ce que Monsieur Jégou a dépouillé de mémoires, de manuscrits est incalculable  » et la qualité de son oeuvre  « Consciencieux labeur…écrivain érudit… un savant.  » Bouëtiez de Kerorguen, Le Morbihannais, 16 mars 1890. Il disposait d’archives inédites comme le plan ci-dessous de Lorient :

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Et comme nous sommes au 350 e anniversaire de la fondation de Lorient, il n’est pas inutile de rappeler le débat qui avait eu lieu à propos de cette date de fondation :  « Lorsque Lorient voudra sans provoquer les sourires malicieux fêter un anniversaire sérieux, comme le font presque toutes les villes, qu’elle choisisse le seul qui lui soit convenable : celui du 31 août 1666, qui est la date de fondation de notre cité, date aujourd’hui pleinement mise en lumière par des travaux historiques, notamment par ceux de l’érudit Monsieur François Jégou, dans son Histoire de Lorient.  » in Le Courrier de Bretagne, 2 octobre 1869. Même si ce choix peut faire l’objet de controverses (1), – il n’empêche pas qu’il demeure.

Allons à sa rencontre et voyons pourquoi François Jégou a pu laisser une image aussi contrastée dans les mémoires lorientaises.

(1) François Jégou lui-même donne plusieurs dates : il fait d’abord référence à la date de la signature de l’Ordonnance du mois de juin 1666 qui désigne « à la Compagnie des Indes-Orientales le Port-Louis et lui concède gratuitement certaines places et terres vaines et vagues et inutiles..notamment au Faouëdic, à l’embouchure du Scorff..pour y construire des ports, quais, chantiers, magasins et autres édifices nécessaires à la construction de ses vaisseaux.. » in JEGOU François, Histoire de la fondation de Lorient, p.133 ; puis il cite la date d’enregistrement au parlement le 1er septembre 1666 in JEGOU François, ibid., p. 8, ; quant au 31 août 1666 il  représentait « après six semaines de contestations, en vertu du procès-verbal du sénéchal d’Hennebont, la prise de possession solennelle et effective des terrains par Denis Langlois, Directeur général délégué de la Compagnie » in JEGOU François, ibid., p. 139.

Par ailleurs je voudrais remercier ici les personnels du secteur Bretagne de la Médiathèque de Lorient, des Archives Départementales du Morbihan à Vannes et de la Bibliothèque de l’Abbaye de Landévennec pour la bienveillance et la disponibilité avec laquelle ils m’ont toujours accueilli et facilité mes travaux de recherche.


 

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