7 Quelques thématiques abordées par François Jégou

7 Quelques thématiques abordées par François Jégou

7.1 Extraits de la conférence donnée le 24 novembre 2016, ici quelques thématiques abordées par François Jégou.

1 Analyse d’un événement : le 31 août 1666

2 Une évolution des rapports institutionnels entre le bourg de Lorient et la seigneurie du Faouëdic-Lisivy de 1666 à 1786

3 Ce que François Jégou doit à Eugène Mancel

4 L’histoire au travers de l’étude psychologique d’un personnage

5 La démographie au service de l’histoire

6 La linguistique au service de l’histoire

7 Une histoire des femmes

8 L’étude des rues de Lorient

9 L’étude des sciences et techniques : le bois dans la construction navale

10 L’espace lorientais et la Compagnie des Indes

11 Une approche multiscalaire d’un espace géohistorique

12 Lorient et la Révolution

7.2 L’histoire-bataille : relation de l’affrontement franco-anglais à propos de l’Ile de Groix des journées de mars 1760 et suivantes

7.3 L’histoire-bataille : relation de l’affrontement franco-anglais de l’année 1746 à L’Orient

7.1 Extraits de la conférence donnée le 24 novembre 2016, ici quelques thématiques abordées par François Jégou

DIAPO Le 31 août 1666

1 Analyse d’un événement : le 31 août 1666

Ce choix d’un évènement clé autour duquel tournent un avant et un après, ou comme une date à partir de laquelle la physionomie du Faouëdic est changée de manière irréversible, en fait un élément précurseur d’une série historique qui a paru dans les années 1960 chez l’éditeur Gallimard. Intitulée Trente journées qui ont fait la France. Elle avait pour objectif de mettre en avant un temps fort de la construction de l’identité nationale française au travers d’évènements et dates-clés qui ont marqué son histoire, et dans l’esprit de François Jégou le 31 août 1666 , un temps fort de l’identité historique lorientaise qui, hors les travaux d’Eugène Mancel, manquait singulièrement pour l’époque en comparaison de la ville de Vannes qui elle s’enorgueillissait d’une histoire bi-millénaire.

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François Jégou en fait d’emblée une date pivot puisqu’elle est à la fois l’aboutissement d’enquêtes et de décisions prises dans les années précédentes qui ont abouti au choix du Faouëdic Lisivy, et la cause de contestations jusqu’en 1786, soit 120 ans…

Que se passe-t-il concrètement sur le terrain ?

DIAPO Plan

1 Louis XIV en juin 1666 signe l’ordonnance qui donne à la Cie des IO le Port-Louis pour siège de ses armements et lui concède gratuitement certaines places et terres vaines et vagues et inutiles au Port-Louis et ailleurs, notamment au Faouëdic, à l’embouchure du Scorff pour y construire des ports, quais, chantiers, magasins et autre édifices

2 Denis Langlois, marchand et bourgeois de paris , un des Directeurs généraux de la Cie IO  se rend sur place, prend possession des places vaines et vagues concédées , qualifiées de «  landes arides et désertes, des grèves « dans le premier ouvrage Le Faouëdic-Lisivy de Jégou

Ce 31 août 1666 il trace l’enceinte de l’établissement de la Cie, pour une surface de 1207 cordes, soit 7 hectares environ

Voilà pour l’histoire officiellement connue

Mais en réalité cela ne s’est pas tout à fait passé comme cela…

3 Problème  : le roi ne possédait dans la rivière du scorff et de ses affluents aucun territoire …

Des terres arides et inutiles ? des parcelles de landes, mais aussi des parcelles de pré. Des terres vaines et vagues et désertes ? Toute la presqu’île appartient à des propriétaires connus..Les 1207 cordes sont divisées en une vingtaine de parcelles et un peu plus d’une douzaine de propriétaires un Guillaume du Bahuno , Guillaume Eudo sieur de Keroman.

4 En juillet tous ces propriétaires ainsi que le Prince de Guéméné vont s’opposer énergiquement à la prétention de la Cie de les déposséder

Le procureur fiscal de la Rochemoisan et de Tréfaven s’y oppose également au nom du prince de Guéméné

Seul le propriétaire du Faouëdec-Lisivy n’est pas présent, car ce fief attendait la conclusion de la succession de Pierre de Jégado et était en attente d’un acquéreur…

5 La Cie fait donc volte-face et ne réclame plus la cession gratuite des terrains au nom du roi, mais propose des indemnités, toutes les oppositions disparaissent car 1207 livres tournois sont versées aux propriétaires et appui de toutes les autorités du pays, des magistrats de la sénéchaussée d’Hennebont car tous attendent des avantages de cette création..

6 A l’Audience du 26 août 1666 destinée à entendre les dernières réclamations et oppositions, le représentant du prince de guéméné demande communication des lettres patentes du roi qui autorisent la Cie à à s’établir dans le fief du prince de Guéméné : rien ne lui fut communiqué et les juges royaux d’Hennebont vont passer outre et désignent le sénéchal pour procéder aux opérations sur le terrain…puissance du roi absolutiste sur privilèges féodaux bretons

7 Après 6 semaines de contestations Denis Langlois entre en possession de la baie du Roshellec le 31 août 1666. Prise réelle de possession faite en présence du Lieutenant pour le roi au port louis et de nombreuses personnalités locales dont..Thomas Dondel, sieur de Brangolo,  qui a signé

Prise réelle de la possession du terrain, mesurage et estimation des lieux et bornage en présence de nombreux habitants du pays dont des possesseurs à convenant de la seigneurie du Faouëdic Procès-verbal de débornement et de

8 Toutes les oppositions disparaissent, sauf celles du Prince de Guéméné car pour lui c’est un déni de justice et c’est le début d’une contestation qui va durer 120 ans

DIAPO

François Jégou utilise une autre technique, celle de l’histoire évolution.

2 Une évolution des rapports institutionnels entre le bourg de Lorient et la seigneurie du Faouëdic-Lisivy de 1666 à 1786

Les hommes sont soumis à une structure – la seigneurie ( Dondel/Rohan) – à un enchevêtrement décisionnel – les différents pouvoirs, Royal ( intendance, sénéchaussées ) , des Etats de Bretagne, de la Marine Royale, de la Compagnie des Indes, seigneurial – s’exerçant sur l’espace dévolu au Faouëdic-Lisivy,  et tentent au travers de problèmes qu’ils rencontrent d’y trouver des réponses,  ce qui passe par  la recherche d’appuis et in fine,  parfois malgré eux,  par des possibilités décisionnelles créées, élargies et renforcées, mais jamais totalement autonomes ( la paroisse, la communauté).

Disons-le tout net, François Jégou n’est pas le premier à mettre en évidence cette évolution et ses problèmes afférents. S’il approfondit cette étude jusque dans les moindres détails, c’est à Eugène Mancel que revient la primauté d’avoir mis ces problématiques en évidence et des les avoir traitées, comme nous le montrerons ci-dessous.

La divergence entre les deux analyses relève pour Mancel d’une approche téléologique des libertés dites communales alors que François Jégou en montre l’opportunisme ou le non-choix aboutissant à ce que parfois la situation décisionnelle soit imposée par un pouvoir extérieur,  en faisant une étude fine des rapports entre le pouvoir paroissial, puis celui de la Communauté des habitants de Lorient et la seigneurie du Faouëdic-Lisivy, travaux commencés dans l’ouvrage qui balaie la période 1690-1720, puis continués dans ses notes manuscrites pour la période 1720-1799.

Cette succession de problèmes rencontrés et de recherches de solutions au cas par cas va s’étendre de 1666 à 1786, date à laquelle le roi de France Louis XVI échange la seigneurie du Faouëdic-Lisivy contre la Principauté des Dombes, selon François Jégou qui cite la date de l’arrêt.

« Arrêt du Conseil d’Etat du Roi qui ordonne l’acquisition au profit du Roi, tant de la ville de l’Orient, que des terres du Châtel, Carman et Recouvrance, appartenantes à la maison de Rohan-Guéméné : Et qui nomme des Commissaires pour l’accepter au nom de Sa Majesté, et consommer toutes opérations relatives.

Du 31 août 1786  Extrait des Registres du Conseil d’Etat.

Sur la requête présentée au Roi, en son Conseil, par Jules-Hercule de Rohan, prince de Rohan, duc de Montbazon et Henri-Louis Marie de Rohan, prince de Guéméné, contenant : Que pleins du désir de prévenir les pertes que la nature des embarras survenus dans les affaires et dans la fortune de leur Maison, pourrait occasionner à leurs créanciers, s’en occupant continuellement dans le sein de leur famille et de leurs conseils, ils ont reconnu que si Sa Majesté daignait agréer l’acquisition de quelques domaines qui leur appartiennent, ils pourraient espérer de parvenir à leur libération…

…Sur quoi Sa Majesté s’étant fait rendre compte, en son Conseil, des avantages qui peuvent résulter de cette acquisition, tant pour l’accroissement du commerce à l’Orient, que pour le bien du service de la Marine à Brest. Elle a reconnu que le commerce de l’Orient avait intérêt à la réunion de la justice et de la police de cette ville dans la main de Sa Majesté, déjà propriétaire du port ; que le service de la Marine à Brest nécessitant journellement à Recouvrance des acquisitions qui donnent lieu à des lods et ventes et à des indemnités, il était aussi utile à son domaine qu’à son Etat d’acquérir sur ce port et aux environs une justice et une directe sans concurrence; et que la terre du Châtel, en mettant Sa Majesté à portée de se procurer par des échanges respectivement délivrés, toute la Seigneurie de la ville de Brest, actuellement partagée entre Elle et des Seigneurs voisins, servirait à donner à la Marine de nouvelles facilités, et pourrait contribuer à son accroissement.

Sa Majesté a d’ailleurs considéré que l’évaluation de la convenance qu’Elle trouve dans cette acquisition, s’élève au-dessus des règles des évaluations ordinaires ; que le prix ne peut en être déterminé que par Sa Majesté Elle-même, unique et suprême arbitre de tout ce qui peut intéresser l’administration publique..

Fait au Conseil d’Etat du Roi, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le trente-unième jour d’août mil sept cent quatre-vingt-six. Signé Le Baron de Breteüil. »

Ainsi toute la collecte de la jurisprudence établie par les Officiers du Roi sur 400 ans et les arrêts successifs rendus en défaveur des Rohan étaient-ils annihilés d’un trait de plume. La proximité relationnelle et aristocratique des Rohan avec Louis XVI s’avérait être supérieure aux Coutumes, Droits et législations françaises et bretonnes de toutes natures. L’Etat judiciaire , et tous ses Officiers, était ainsi abaissé au profit d’un arrangement douteux. On peut imaginer l’image que pouvaient en retenir les Serviteurs de l’Etat de celui qui en était le Garant Suprême..

René Estienne parle d’un échange financier dans Les Compagnies des Indes, Gallimard, Ministère de la Défense, 2013. Quelques-années plus tard Le marquis de La Fayette s’élèvera en effet contre la somme astronomique qui a été offerte par le roi au Prince de Rohan :  » J’ai proposé et je propose au bureau que Sa Majesté soit suppliée d’ordonner un examen sérieux de tous les bons du roi pour les domaines, ainsi que des ventes, échanges ou achats, de manière que Sa Majesté puisse connaître la valeur des dons qu’elle a faits, revenir sur les marchés onéreux qui n’ont pas été liquidés et rompre ceux où, depuis son avènement au trône, elle aurait été lésée d’outre-moitié.

Et pour appuyer nos craintes de quelques exemples, j’ai cité le marché de Lorient, parce que le public a été scandalisé d’apprendre que, pour la seigneurie de Lorient, et la terre du Châtel, ne valant pas ensemble 180 000 livres de rentes, M. le prince de Guéméné ait eu la Principauté de Dombes, estimée 40 000 livres de rentes, sans compter , dit-on, 80 000 livres payées à M. de Laubespine qui en avait obtenu la concession, et la somme de 12 500 000 livres payable en vingt-cinq ans. » in Mémoires, correspondances et manuscrits du général La Fayette publiés par sa famille, Bruxelles, 1837, p. 64.

L’échange avec la principauté de Dombes et le paiement considéré comme scandaleux de la seigneurie de Lorient vont laisser des traces dans les mémoires. On retrouve l’épilogue de cette opération dans une loi de 1792 qui réunit au domaine national les domaines cédés, au nom du Roi, aux Sieurs de Rohan.

« Du 14 septembre 1792., l’an 4e de la Liberté.

L’Assemblée Nationale, après avoir entendu le rapport de son comité des domaines, considérant qu’il est de l’intérêt national de ne pas payer plus longtemps des sommes considérables, en conséquence d’un acte frauduleux, décrète qu’il y a urgence.

L’Assemblée Nationale, après avoir entendu le rapport de son comité des domaines, et décrété l’urgence, décrète:

ARTICLE PREMIER

L’Assemblée Nationale révoques les traité, vente et échange passés le 3 octobre 1786, entre les commissaires du Roi, d’une part, Charles de Rohan, ci-devant prince de Soubise, comme fondé de la procuration de Jules-Hercule de Rohan et de Guéménée, et Henri-Louis-Marie-de Rohan-Guéménée, et trout ce qui a précédé et suivi; décrète en conséquence que tous les domaines cédés au nom du Roi sont réunis au domaine national, pour être administrés par les préposés à la régie des domaines nationaux, à compter de la publication du présent décret.

II

L’agent du trésor national se pourvoira par les voies de droit, en restitution des sommes payées en conséquence du contrat ci-dessus, tant en capital qu’en rentes viagères, sous déduction néanmoins des fermages et autres revenus perçus au profit de la Nation, et provenant des biens vendus par M. de Guéménée.

III

L’agent du trésor national se pourvoira également en remise des titres et pièces relatifs aux terres et ci-devant seigneuries de Trévoux, et autres ci-devant seigneuries formant l’ancienne principauté de la Dombe, lesquels biens seront dès-à-présent mis en vente, suivant les formes décrétées pour la vente des biens nationaux.

IV

Les terres du Châtel, Carmant et autres vendues ou cédées par le sieur Guéménée, par ledit acte du 3 octobre 1786, demeurent en nantissement entre les mains de la Nation jusqu’à parfait remboursement des sommes payées, soit audit sieur Guéménée, soit à ses créanciers, tant en capital qu’en rentes viagères.

V

La terre de l’Orient n’ayant pas cessé d’appartenir au domaine national, y est définitivement réunie, pour être administrée comme tous les autres biens nationaux : les biens en dépendant seront vendus suivant les formes décrétées pour la vente des biens nationaux.

VI

Tous paiements de rentes constituées ou viagères faits jusqu’à ce jour par la trésorerie nationale, en vertu dudit acte du 3 octobre 1746, soit au sieur Guéménée, soit à ses créanciers, cesseront à compter du jour de la publication du présent décret.

Au NOM DE LA NATION, le Conseil exécutif provisoire mande et ordonne à tous les corps administratifs et tribunaux, que les présentes ils fassent consigner dans leurs registres, lire, publier et afficher dans leurs départements et ressorts respectifs, et exécuter comme loi. A Paris, le 18e jour du mois de septembre 1793, l’an quatrième de la liberté. Signé MONGE. Contresigné DANTON. Et scellées du sceau de l’état. »

Ces sommes ont-elles été remboursées aux Rohan-Guéménée lors de la loi dite « du milliard des émigrés » promulguée le 27 avril 1825, où Lafayette lui-même reçut des indemnités ?

DIAPO schéma 1

DIAPO schéma 2

DIAPO schéma 3

DIAPO schéma 4

DIAPO 147 Claude NIERES aborde ces études dans Histoire de Lorient, Privat, 1988, soit un siècle après.

3 Ce que François Jégou doit à Eugène Mancel

4 L’histoire au travers de l’étude psychologique d’un personnage

Clairambault, étude de sa psychologie : l’homme fait l’histoire cf XIXe siècle, loin du changement de paradigme de  la période structuraliste;  cf nouveau changement de paradigme  aujourd’hui, les approches de Claude Quétel

Il parvient admirablement à pénétrer la psychologie du personnage et à mettre ses actions en relation avec sa personnalité

De Clairambault / Un personnage positif / l’exemple d’un grand commis de la marine

Un homme d’action et de réflexion

Il avait occupé des emplois supérieurs

son âge 60 ans lui donnait une longue pratique une haute intelligence jointe à une grande activité qui en faisaient un homme précieux pour Lorient

L‘influence, l’intervention et l’action du nouvel ordonnateur ont été considérables

Toutes les améliorations, tous les perfectionnements trouvèrent en Clairambault un zélé partisan

Ce fut lui qui attira le constructeur napolitain Blaise Pangolo pour améliorer la constructions des navires de Hubac, idée non suivie d’effet trois ans plus tard

C’est sur son instigation que l’ordre fut donné par le roi de conserver les gabarits de vaisseaux

En 1694 il proposa de faire construire une machine pour le curage du port de Brest

Il soutint les expériences d’affût à mortier de l’invention d’un sieur Gobert en 1695, celle d’une coulisse au moyen de laquelle Blaise Pangolo parvint à tirer un vaisseau de 60 canons pour le radouber en 1699

L‘instruction des officiers fut aussi l’objet de la sollicitude de Clairambault

Jusqu’à présent dans les écoles de la marine il y avait autant de méthodes que de professeurs : il en résultat un règlement qui introduisit de l’uniformité dans l’enseignement des ports

Un homme soucieux des dégâts causés à l’environnement et de la raréfaction des ressources

La construction d’une importante quantité de vaisseaux de ligne dégarnissait d’une manière inquiétante les forêts de Bretagne, il avisa les forêts d’Amérique du nord et s’offrit pour aller au Canada pour la recherche des essences forestières utilisables pour les vaisseaux

Prévoyant la guerre, il demande l’autorisation de faire des recherches de gisements houillers pour compenser le charbon de terre qui ne viendrait plus d’Angleterre

Un homme qui n’est pas indifférent à la souffrance des autres

A son instigation on autorisa la distribution entre les ouvriers de l’arsenal de Brest des copeaux et débris de bois des chantiers et ateliers

En 1694 les misérables habitants du bagne eurent la faculté d’ouvrir sur le quai de petites boutiques dont le produit servit à soulager leur infortune

Ceci est à mettre en relation avec les modèles républicains mis en avant dans le Lavisse Histoire de la France depuis les origines jusqu’à la révolution, 25 volumes, en 1901 ou dans ses manuels scolaires. Idem pour les manuels scolaires d’Albert Malet à partir de 1902.

5 La démographie au service de l’histoire

DIAPO Relevé des actes de baptêmes, mariages et sépultures concernant les individus demeurant dans l’enclos ou hors l’enclos de Lorient , inscrits sur les registres de la paroisse de Ploemeur de 1666 à 1702

DIAPO émouvant premiers baptêmes

DIAPO extraits d’actes de baptêmes mariages sépultures de la paroisse de Lorient

DIAPO Construction d’un tableau statistique

DIAPO Il propose un Modèle d’analyse statistique pour en déduire la population totale

6 La linguistique au service de l’histoire :

DIAPO LIRE

Titre de l’ouvrage Loc-Maria-Kaër, étude de géographie gallo-romaine en Armorique, d’après les noms de lieux par F.J.K.R. de Broguénec, Lorient, Impr. Lorientaise, 1888,

travail de Jégou sur l’étymologie des mots bretons, notamment Caër Kaër qui pour lui renvoient à César

Cette démarche repose sur une maîtrise de l’étude linguistique, ce qui n’est pas le cas de François Jégou, qui dans l’état actuel de nos connaissances ne s’est appuyé que sur un seul ouvrage celui de HOUZE, Etude sur la signification des noms de lieux en France,1864,

Il est à noter que François Jégou n’a pas osé publier cet ouvrage sous son nom, mais sous un pseudonyme, l’historien amateur rencontrant là ses limites.

Entretemps d’autres traités de toponymie, plus complets, ont été élaborés, comme celui du Professeur à l’Ecole impériale des chartes, J. QUICHERAT, De la formation française des anciens noms de lieu, Paris, 1867 et celui paru malheureusement trop tard pour lui de Henry d’ARBOIS de JUBAINVILLE, Recherche sur l’origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France, Période celtique et romaine, Paris, Ernest Thorin, 1890.

Envivré par le goût du systématique et de l’analogie parallèle, il veut croire qu’il a trouvé la pierre historiophale avec la liaison langue bretonne et le gallo-romain, analogies que faisait également l’abbé Mahé dans son Essai sur les antiquités du Morbihan en 1825 qui soutenait notamment que le breton a été parlé autrefois en Perse, en Espagne, en Italie et en Germanie. Il va jusqu’à soutenir  » que le breton était une langue autrefois couramment parlée jusqu’au cœur de l’Afrique », in Erwan CHARTIER, La construction de l’interceltisme en Bretagne, 2010, 720 p.

DIAPO

Le commentaire de l’ouvrage de François Jégou par Joseph Loth est particulièrement rude.Lire le texte

Joseph LOTH est professeur à l’université de Rennes de 1884 à 1910. Agrégé de grammaire, linguiste – il était ami avec Ferdinand de Saussure – et historien, il avait obtenu en 1903 la création d’une chaire de celtique. Auteur de nombreux travaux dont les plus importants paraîtront l’année de la mort de François Jégou comme la Chrestomathie bretonne qui le précise Joseph Loth dans son introduction « esquisse à grands traits l’histoire du breton jusqu’à nos jours, en mettant à profit les principaux documents que représentent le inscriptions et les textes étudie la transformation progressive des langues bretonnes depuis leur origine », parue en 1890; Les mots latins dans les langues brittoniques – à savoir un répertoires des mots brittoniques empruntés au latin dans les années suivantes, ainsi que des Notes étymologiques et lexicographiques consacrés à l’origine de 500 mots celtiques.

Il ne quittera Rennes que pour occuper au Collège de France la chaire de langue et de civilisation celtiques. C’est donc le meilleur professionnel de l’étude des langues celtiques – auxquelles il faut ajouter le grec et le latin – qui a jugé le travail de François Jégou.

DIAPO Texte de Loth «  Au point de vue philologique il peut donner la main à l’Abbé Bayon. « Il n’y a rien de plus exaspérant à la langue que cette éclosion continuelle de brochures et de livres reposant sur une soi-disant connaissance du breton et des langues celtiques, lorsqu’ils ne sont d’un bout à l’autre qu’un outrage à la science et parfois au bon sens. L’auteur anonyme étant un honnête homme, je ne doute pas qu’il se montre supérieur à ses confrères en bon goût et en résignation chrétienne »

DIAPO manuscrit de Jégou

François Jégou tentera de lui répondre, mais la mort l’a saisi avant

René Kerviler encore une fois défend François Jégou « On prétend que tous les travailleurs obstinés sont affligés chacun d’un péché mignon, les irrévérencieux disent d’une toquade, les simples profanes d’un dada. Je ne veux pas cacher que François Jégou avait le sien, comme toute la confrérie. Sa principale occupation était de retrouver dans l’étymologie des noms de lieu, des vestiges romains ».

DIAPO Texte manuscrit de Jégou

il prépare sa réponse à Joseph Loth, mais elle ne sera jamais publiée

7 Une histoire des femmes

Peu de femmes dans l’œuvre de François Jégou

DIAPO On les trouve comme mères ou épousesdans les Relevés des actes de baptêmes, mariages et sépulture concernant les individus demeurant dans l’enclos ou hors de l’enclos de Lorient, inscrits sur les registres de la paroisse de Ploemeur de 1666 à 1702 Ici le décès de- citer le patronyme.

1739 14 novembre Mariage à Lorient de Julien-Jean Offray, ,fils de Julien, Sieur de la Mettrie (1), et de Marie Gaudron, né à Saint-Malo le 19 septembre 1709, et de Marie Louise Droneau. Il s’agit du médecin lecteur du roi de Prusse, mort à Berlin en 1751 ( in Biographie Bretonne ).  (1) était frère de Madame Esnoul Deschatelets, et par conséquent l’oncle de M. Deschatelets, maire de Lorient en 1789.

Les veuves ont un rôle important et sont souvent citées; donner des exemples

Femmes utilisées par le recteur de Ploemeur

L’opposition du curé de Ploemeur Morphy à la fondation de la paroisse de Lorient : il a entraîné un groupe de femmes à manifester pendant la réunion

«le dit recteur a pris d’un ton haut à parler au peuple un espace de temps, et par ses paroles et ses discours il s’est élevé un grand bruit par des femmes qui étaient en ladite église avec plusieurs paroles d’emportement», ce qui fait que l’évêque de Vannes présent sur les lieux est parti rapidement

Une femme de Kerbalay qui joue aux jeux d’argent

Femmes au pouvoir décisionnel

Mlle Claire Droneau

1740

13 août : Mlle Claire Droneau, fait don à la ville de sa maison et du terrain pour l’Hôtel-Dieu ancêtre de l’hôpital et se signale par ses actions constantes envers les malades et les pauvres

Copie de l’acte original :

1740 13 août « Du 13e Aoust 1740, en l’assemblée de ville tenue en la maison de M. Perrault, Maire et Président de ladite assemblée, présents M.M. Monistrol, lieutenant de maire, de Montigny, Procureur du roi, Aubert, avocat du roi; Esnée et Droneau échevins, Lafontaine et Deffonds, assesseurs ; Cordé, contrôleur du greffe, Brossière et de la Villecadio échevins-électifs; Lefebvre, de la Fonds, Raimond de Varresne délibérants ; absents M.M. Quimper et bellin. Le dit Sieur Procureur du roi a remontré que la demoiselle Droneau s’étant depuis plusieurs années adonnée au service des pauvres de ce lieu , n’y ayant point de maison dans cette ville pour les retirer, elle les logeait dans des maisons qu’elle louait après et les assistait de son bien et de ses soins et conseils. Que les loyers ayant augmenté de deux tiers, ce qui lui occasionnait une dépense , qui quoique n’en était pas moins considérable, elle prit le parti d’acquérir de ses propres deniers un terrain d’une grandeur très vaste au haut de la rue du Faouëdic. Que, par les secours de plusieurs bonnes âmes de cette ville, et par les aumônes et quêtes elle est parvenue à à commencer une maison sur ce terrain où elle a actuellement trente pauvres malades, laquelle ou l’état qu’elle est revient à plus de 18 000 livres dont elle a emprunté  7 000 livres. Qu’elle souhaiterait que cet établissement put se perfectionner ; que pour cet effet elle est dans le dessein d’abandonner aux pauvres cette maison et terrain avec les meubles y étant. Que comme il lui faut une partie qui puisse recevoir et accepter ce don, elle croit qu’elle ne peut le remettre en meilleures mains qu’en celles de la Communauté de cette ville , intéressée au soulagement des pauvres , à laquelle elle offre d’abandonner ladite maison et terrain, parce qu’elle se chargera d’acquitter les 7 000 livres qu’elle a été obligée d’emprunter du Sieur Droneau son père pour subvenir à la bâtisse de cette maison dont la Communauté se chargear de l’acquitter, libérer et indemniser, de lui en payer la rente jusqu’au parfait remboursement ; que la Communauté se chargera de payer tous les droits d’amortissement et autres, auxquels la présente donation peut être sujette. Que la Communauté y recevra indistinctement les pauvres malades de l’un et l’autre sexe, soient qu’ils soyent de la ville ou d’autres paroisses, tant qu’il y en pourra consentir. Que ladite demoiselle sera directrice dudit hospital, pendant sa vie sans qu’elle puisse être destituée sous quelque prétexte que ce soit ; qu’elle y sera nourrye, logée, chauffée, et blanchie saine ou malade, en payant par elle 300 livres de pension chaque année ; qu’il lui sera libre d’avoir deux personnes à son choix, pour l’aider au service des pauvres, qui seront nourryes comme elle et qui auront 10 écus de gages chacune ; et qu’elle pourra prendre trois domestiques pour le service de la maison qui auront 24 livres de gages chacune pour chaque année, qu’elle choisira et changera comme elle jugera à propos.

Qu’il y aura dans la maison une chapelle et un chapelain qui sera nourry comme ladite Demoiselle Donatrice aux appointements de 100 livres, qui sera tenu de dire la messe tous les jours dans la chapelle du dit hospital. Qu’à sa mort, sa famille aura à perpétuité et tant que l’établissement subsistera soit qu »il demeure comme hospice, ou qu’il soit érigé en hospital, deux lits pour y mettre deux pauvres ou deux personnes de sa famille. Au moyen desquelles clauses sa famille n’aura rien à demander de ce qui lui appartiendra à sa mort dans ledit hospital, que ses livres seulement qu’elle leur réserve. Lesquelles conditions ledit Sieur Procureur du Roy ayant examiné, il les trouve avantageuses  et estime qu’en les acceptant c’est le moyen de perfectionner cet établissement ; que le soin des pauvres étant dans toutes les villes du royaume confié aux communautés, il est de votre devoir, Messieurs et de l’intérêt public de seconder les vues pieuses de Mlle Droneau en acceptant ses offres. Sur quoy les dits sieurs délibérants : considérant que rien ne peut être plus utile à cette ville que l’établissement d’un hôpital ; après avoir fait entrer la dite demoiselle Droneau, ils l’ont remercié et accepté, de son consentement sous le bon plaisir de Sa Majesté et de nos Seigneurs, les Evêques de Vannes et Intendant de Bretagne le don qu’elle veut faire à la Communauté du dit terrain, maison et meubles, aux points, charges, clauses et conditions cy-dessus référées auxquels ils s’obligent jointement et solidairement. Et pour faire approuver la présente délibération, passer contrat en conséquent avec la dite Demoiselle Droneau, le faire homologuer partout où besoin sera, et obtenir de Sa Majesté  Lettres et Erection de ladite maison en hospital général et toutes lettres patentes requises et nécessaires en pareil cas, ils ont nommé M.M. Perrault, maire, et de Montigny, Procureur du Roy et Mathurin Esnée premier échevin, auxquels ils donnent tous pouvoirs sur ce requis, mesme de substituer en leur lieu et place, approuvant et rectifiant dès à présent tout ce qui sera par eux fait.

Fait et passé en ladite Assemblée, les jours et an que dessus. Signé Claire Droneau; Perrault, De Montigny, Monistrol, Esnée, Lafontaine, Deffond, Cordé, de La Villecadio, Delafond, Brossien, Lefebvre, Raymond de Varesne »

L’acte devant notaire fut passé le 8 septembre 1740. Le 31 août précédent, l’Intendant de Bretagne avait autorisé la Communauté à accepter ce don; et le 7 octobre suivant pareille autorisation fut délivrée par l’Evêque de Vannes.

8 octobre : contrat signé entre la ville et Claire Droneau dans lequel la communauté de ville s’engage à verser une rente annuelle à Claire Droneau, à bâtir une chapelle

Décembre : l’hôpital de la Miséricorde est nommé Hôtel-Dieu et ne pourra recevoir que les malades n’ayant aucune rente

1742

Claire Droneau fait don à la Ville de la Maison de la Miséricorde

1758

L’aumônier Quémard succède à Claire Droneau à la direction de la Maison de la miséricorde

Une femme qui mériterait une biographie

l’abandon ou la prostitution

Jégou cite « un arrêt du 13 février 1770, un arrêt qui nous paraît aujourd’hui inhumain et barbare : les directeurs de l’hôtel-dieu de Lorient s’accordaient certains droits de surveillance sur les filles grosses en interdisant à toutes ces femmes d’accoucher à Lorient sous peine du fouet après qu’elles auront accouché »

Filles du roi pour la colonisation de l’Amérique du Nord dont la Louisiane

Clairambault est chargé de demander aux hôpitaux d’Auray Hennebont Quimperlé un certain nombre de filles pauvres de 16 à 20 ans pour former le noyau d’une colonie, La Louisiane, d’autres partent également de Brest ou de Rochefort.

Elles sont parties en janvier 1713 sur le navire Le Baron de la Fauche, cela ne s’invente pas, sous l’escorte des religieuses de la sagesse dites sœurs grises. Outre la Louisiane, il en est de même pour le Canada où officient d’autres sœurs dites également sœurs grises. François Jégou se pose la question : que deviennent les jeunes filles dans le Nouveau-Monde ?

DIAPO Chaque fille du roi reçoit une dot royale entre 50 et 100 livres, une cassette contenant une coiffe de taffetas, une ceinture, des cordons de souliers, un cent d’aiguilles, un étui et un dé, un peigne, une paire de ciseaux du fil blanc et gris, une paire de souliers. La plupart des mariages – la moyenne d’âge des jeunes filles étant comprise selon les années de 14 à 16 ans- ont lieu dans l’année avec des jeunes hommes de 18 à trente ans comme le recommande Colbert.

DIAPO Contrat de mariage Certaines exceptions apparaissent comme le capitaine de Contrecoeur qui épouse Barbe Denis alors âgée de 15 ans. Lui a 71 ans. De cette union sont issus trois enfants.

8 L’étude des rues de Lorient

DIAPO Celle-ci avait déjà été menée par Eugène Mancel en 1861, cf l’historique de chaque nom de rue

François Jégou l’aborde autrement

DIAPO Un travail méticuleux de dénombrement des immeubles et de leurs habitants à partir de l’étude du cadastre par blocs immobiliers

cette recherche nous renseigne sur sur la localisation exacte des propriétés, de leurs possesseurs ou locataires et par l’utilisation des flèches, de l’étendue de ces propriétés

rue des trois violons n°10 et 11, propriété du contre-amiral Coudé

rue du port n°17 maison de la poste aux lettres Goubert Directeur

13 maison Marion avocat

DIAPO Rue Poissonnière n°5 maison de Magloire-Hippolyte Buisson, négociant, père de l’illustre Bisson, on sait que ce dernier naquit à Guéméné

DIAPO Autre plan Cours du quai 2 héritiers Maurice sachs

DIAPO Ajoutons que sur le plan esthétique ces réalisations sont très réussies

DIAPO

DIAPO Approche extrêmement précise, chaque lot est répertorié

DIAPO Avec documents préparatoires

Une qualité d’historien-chercheur, méticulosité, précision, exhaustivité, et je ne vous ai montré que quelques-uns des très nombreux dessins qu’il a faits

DIAPO Lorent Deutsch est dans la droite lignée de ce qu’a écrit Jégou

Un historique des rues par Léo Le Bourgo 1913

9 L’étude des sciences et techniques : le bois dans la construction navale

@Copyright Archives particulières

Les références aux charpentiers faites par François Jégou :

  • Désertion des charpentier, Laurent Hubac
  • Blaise , maître charpentier. Blaise Pangolo ?
  • Conférences du maître charpentier Coulomb
  • François Brun ou le Brun, maître charpentier du roi, constructeur, 26 ans
  • La méthode Renau (1)
  • Coulomb : abandon du système de membrures à intervalles vides pour celui, pleins de Jean-Baptiste Hubac, bois du Canada.
  • Obligation de créer des gabarits, de face et de profil avec coupe perpendiculaire et horizontale en 1683 (2)
  • Le maître constructeur Gobert de Brest substitue des courbes en fer aux courbes en bois pour Le Saint-Michel
  • Henry
  • Charles Mocaër
  • Louis le Gal
  • Arnoux, constructeur de goélettes, par exemple le Roitelet pour le Comte de Clonard
  • Trichet fils, constructeur de chasse-marées
  • 1781 doublage d’une frégate en cuivre

(1) « La première mention que l’on ait retrouvée d’une mise en œuvre de la méthode de tracé de Renau date du 26 mai 1680. Le vice-amiral Tourville écrit de Rochefort à Seignelay pour rendre compte de l’épreuve qui en a été faite. Elle a consisté à faire tracer les gabarits d’un petit navire par le charpentier napolitain Blaise Pangalo selon ses proportions et sa manière habituelle et de les faire tracer en même temps par Renau, à l’aide de son ellipsographe, sur les proportions de Blaise. L’épreuve consiste donc uniquement à vérifier si la méthode de Renau permet d’obtenir un tracé géométrisé qui corresponde bien avec celui que Blaise propose pour construire « le petit navire que nous faisons présentement « . Le résultat est un semi-échec, selon Tourville qui organise l’épreuve.

Mais Tourville veut vérifier aussi la valeur du tracé de Blaise, et la soumet aux charpentiers et à Renau « qui conviennent qu’elle est bonne et seure ». Il conclut sa lettre à Seignelay en l’assurant qu’il « ne désespère pas néanmoins qu’on ne puisse faire servir la machine du Sr Renauld en luy donnant des lignes convenables au vaisseau et avec lesquelles il puisse trouver quelques ouvertures pour tracer ensuite tous les gabarits »  » Tourville demande alors l’expertise de Feri, ingénieur du roi détaché à la marine à Rochefort; la mise en œuvre de la méthode de Renau commença dans les ports dès 1680. L’objectif se bornait à régulariser les différents tracés des carènes, propres aux principaux maîtres-charpentiers des ports. Le premier travail consista donc à la diffuser parmi eux, sous la conduite de Renau qui procédait lui-même aux calculs nécessaires pour l’utilisation de son instrument, un ellipsographe.

Par ailleurs, dès 1682, elle entrait dans le programme des écoles de construction des ports, destinées aux officiers. En 1684 on comptait trois frégates : l’Arrogant, l’Apollon et Le Brave construits selon ce nouveau procédé. En 1686, Tourville affirmait que les plans de maître Blaise Pangalo, l’un des meilleurs charpentiers du royaume, étaient faits selon cette méthode. À partir de 1692, sous Pontchartrain, l’application de la méthode de Renau entra dans une seconde phase : la détermination des proportions elles-mêmes et non plus simplement une régularisation des tracés. Les qualités nautiques remarquables de la frégate Le Bon en furent le couronnement.  » in La mise en œuvre de la méthode de Renau d’Élissagaray par Hélène VERIN 2008 , Les sources de l’Histoire des mines pp 187-197.

(2) « Pour comprendre le déroulement de ce qui s’ensuivit, il faut distinguer les deux parties du mémoire. Lorsque Seignelay décida de faire faire l’essai de cette machine dans les arsenaux, son projet se limitait à obtenir la même méthode de tracé pour tous les vaisseaux construits, en conservant les proportions et les formes propres aux maîtres-charpentiers. Il ne s’agissait nullement de prendre le risque d’appliquer les élaborations théoriques de la première partie du mémoire, pour en décider  » car « certitude et universalité mettent en péril les savoirs des charpentiers qui se transmettent les secrets de fabrication de père en fils » in Helene VERIN La gloire des ingénieurs, L’intelligence technique du XVIe au XVIIIe siècle , Paris, Albin Michel, 1993

10 L’espace lorientais et la Compagnie des Indes

11 Une approche multiscalaire d’un espace géohistorique

12 Lorient et la Révolution

Eléments bibliographiques concernant les recherches de François Jégou

En 1868, recueillant des documents sur la révolution , François Jégou découvre un ouvrage sans auteur, daté du 2 septembre 1795, une brochure  imprimée in-12 qu’il estime être d’une grande rareté, seul un magistrat de Lorient en possédant un exemplaire.

Il va alors le recopier, puis par la suite le prêter à René Kerviler qui va le faire imprimer en 1887 sous le titre Les Jacobins de Lorient, ou la Gigantojacobinomachie, Poème anonyme daté du 2 septembre 1795, réédité avec des notes historiques et biographiques par René Kerviler sous le pseudonyme de Locpéran de Kerriver, bibliographe morbihannais, Lorient, Cathrine et Guyomar, petit in-4°,1887,  82 p.

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Les recherches faites par Kerviler sont des biographies des personnages cités par l’auteur de la Gigantojacobinomachie.

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Nous disposons de la copie faite par François Jégou en 1868

@copyright Bibiothèque de l’Abbaye de Landévennec

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Nous disposons également de l’ouvrage original

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Ouvrage qui a été acheté par René Kerviler, puis offert à la Bibiothèque de la ville de Lorient

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L’ouvrage pose le problème de l’auteur. Kerviler avance le nom de Briotte , maire de Ploemeur. Pour lui, la dédicace  à P* cache le nom de Pons Vieunet, ami du maire et qui serait franc-maçon. Pour le docteur Du Bois Saint-Séverin, , dans un article intitulé Un Lorientais au XVIIIe siècle , Bulletin de l’Association Bretonne, 1924, pp. 18-31, l’auteur s’appellerait Jean-François Dunault. Les Archives Départementales du Morbihan en possèdent un exemplaire sous la cote KB 4389. Ils l’attribuent à Jean-François Dussault.

L’imprimé compte 95 pages contre 90 pages pour le manuscrit, 16 pages de notes et 74 pages de poèmes, car il s’agit d’un long poème paru après la terreur. L’approche est comprise sur un mode historico-ironique qui renvoie à une analyse très fine des situations réelles survenues lors des évènements révolutionnaires, mêlant à la fois à la fois l’humour et le détachement pour finir par un renvoi aux notes qui, elles, décrivent chaque personnage lorientais dont il est question dans le poème avec netteté et précision, sur fond d’approche violemment anti-jacobine, dans un style qui n’est pas sans rappeler celui de Louis-Ferdinand Céline.

Ainsi avons-nous pour les premiers personnages cités dans les notes:

1 Charlet. Petit intrigant, Municipal d’une adresse extraordinaire.

2 Julien. Jeune scélérat, Commissaire du Comité de Salut Public, accueilli et logé par Duquesnel.

3 Arnous. Il ne faut pas le confondre avec les honnêtes Arnous de L’Orient, dont il n’est que le cousin. Il y a longtemps qu’il demeure à Vannes où il fait valoir ses principes.

4 Doinet. Ex-novice des Chartreux, ex-marchand de draperie et poëte dans un genre qui ne pouvait être comparé qu’à la prose de Frémicourt, ancien Commandant à L’Orient.

5 Pen-rût. Terme breton qui signifie tête rouge.

6 Corenne. Femme d’un honnête Capitaine de Vaisseau. C’est un modèle de laideur et un prodige de méchanceté et d’effronterie.

Le début du poème

A toi, cher P***, je dédie

Ma Gigantojacobinomachie,

J’ai tâché d’y prendre le ton

Des apôtres de la Raison.

Auprès de toi mon privilège

De camarade de Collège,

D’ami d’enfance, ami de coeur,

Autant que Toi de bonne humeur,

Sont des raisons qui me font croire

Que tu riras de cette histoire

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25 Brutus Le fameux Henry de la Blanchetais, Membre du Comité; indicateur avec le vieux Lacroix des victimes à mettre sur la liste de proscription. Cette bête méchante était en outre Municipal et Capitaine des Vétérans

26 Peyraud. Teneur de livres à la Compagnie des Indes. Il avait remplacé Parmentier dans l’Agence nationale. Son Système de matérialisme l’avait bien préparé à recevoir les leçons de son ami Hannoyer.

27 Hannoyer. Président sans interruption du Comité révolutionnaire. Le symbole de la hyenne que lui donne la Raison est son vrai caractère.

28 Froment. Digne notable de la Municipalité Montagnarde. Cet atroce scélérat eut fait plus de mal s’il avait moins bu

29 Monplé Gros sot, Municipal, ayant gagné beaucoup d’argent à couvrir des maisons à l’Isle de France; faisant bêtement le terrible pour plaire à la clique qui jouissait de toute sa considération.

30 Marion. Adroit petit drôle, clerc de procureur, faux comme Judas et digne Agent du Tribunal révolutionnaire de L’Orient.

31 Cunière Grand ami de Raoul, et qui ne voyait partout que des brigands et des castes à proscrire.

32 Perrot. Commis de la Douane, si enflé de la hauteur de ses sales et abominables assertions, qu’il eût passé pour fou, s’il n’avait pas été jacobin

33 Le Reguet. Avocat sans causes, faisant d’ailleurs un si singulier usage de son érudition sur les lois et coutumes qu’il est incompréhensible et inintelligible, quand il s’échauffe en discussions. Fameux dénonciateur de ses amis et très lié avec Durand.

34 Gasset. Menuisier, suisse et notable ; dénonciateur à l’abri de l’hospitalité.

35 La Croix. Vieille bestiasse. Sculpteur de la Marine, Membre du Comité, et aussi atroce que Hannoyer, toujours pleurant d’attendrissement quand il baisait le buste de Marat.

36 La Croix fils. Municipal, fils aîné du susdit. Le plus infatigable accapareur de marchandises et de tous les comestibles.

37 Granjan. Placé membre du tribunal révolutionnaire à Brest. C’ a été le précepteur de Renaud. S’il avait vécu du temps de Molière, et qu’il l’eut connu, il eut ajouté à son Tartuffe des traits qui lui manquent peut-être, et que Grandjan lui eût fournis.

38 Laffiliée. Commis au bureau de la Douane et membre du District. Scélérat consommé.

39 Voix. Autre Commis du bureau de la Douane qui s’était fait nommer instituteur dans la Paroisse de Quéven , pour y prêcher l’athéisme, ce qu’il a accompagné d’excès si affreux et si dégoûtants que les paroissiens en ont eu tant d’horreur qu’ils l’ont chassé comme un gueux.

40 Barbier. Jadis horloger à Saint-Malo. Elu comme Duquesnel et Hannoyer au Tribunal Sanguinaire de Paris. Homme atroce et orateur de la motion des poignards.

41 Guillot. Grosse tête, aussi sot que Monplé, et grand discoureur sur le Jacobinisme.

42 Madec. Petit menuisier, sot et très méchant.

43 Macé. Municipal. Le plus insolent drôle qui fut dans la clique, très lié avec Charles dans les accaparements.

44 Raoul. Juge du tribunal criminel de Lorient. Ses victimes sont en grand nombre.

45 Ollivier. Municipal, et fils d’un notaire. Impertinent et lâche; d’une immoralité complète. Par malheur pour Drouault, il s’est trouvé malgré lui être son gendre. C’est encore un des hauts faits de la Drouault.

46 Defossé. Notable et Commissaire de la Marine. Fourbe très dangereux.

47 Pontois. Municipal , mercier normand, fort pour les dénonciations et très entêté.

A Quenot. Municipal et notable. Son nom est Vincent Quenot pour le distinguer de son frère. Cet être, dont le physique indique le caractère, est un traître d’ancienne date.

48 Fichoux. Chirurgien. Jacobin outré comme sa femme La Turmel.

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49. Audiat. Municipal, apothicaire, associé de Mouquet qui avait pour mérite de montrer sa scélératesse au grand jour.

50 Gellis. Membre du District et du Comité. Commis au bureau de la Douane. Gascon absurde et effronté. Peintre en miniature. Ses atrocités se combinaient avec Laffilée et Voix.

51 Ulliac. Jadis mauvais chirurgien. Devenu architecte postulant, et ensuite Ingénieur militaire. Grand meneur, et d’une astuce diabolique.

52 Mouquet. C’est ce Mouquet, apothicaire à L’Orient, qui tenait sous la réquisition tout le commerce de Nantes, sous le fameux Carrier.

53 Tassin. Membre du Comité et Contre-Maître au port. Ce n’était qu’un bavard qui singeait les Jacobins.

54 Desaux. Membre du District et jadis Archiviste de l’Abbaye de la Joye à Hennebont. Cet homme et tous ses confrères se sont si bien comportés qu’à la plupart des familles honnêtes de Hennebont, il ne reste plus que les yeux pour pleurer.

55 Cosson. Avocat, porteur du bonnet rouge, jadis Sénéchal de Lesneven. En sa qualité de Bel-esprit, il était grand chansonnier pour les Jacobins.

56 Feutray. Imprimeur des Jacobins, qui lit un peu et ne sait guère écrire. Il ne vendait pas une bouteille sans la partager avec Froment.

57 Curieux. Membre et grand mouchard du Comité. Il est toujours crieur des ventes publiques. Lorsqu’il était concierge de la Chambre de lecture, il a bien trahi ses bienfaiteurs.

58 Cambry. Ce fameux Cambry, si on voulait l’en croire, passerait pour un  des grands génies du siècle. Après avoir assuré sa fortune conjointement avec un camarade de son acabit, par la dévastation de biens prétendus nationaux qu’ils ont achetés, vient d’entreprendre, selon son expression, la recherche de tous les restes précieux du vandalisme, qu’il a si bien prêché dans les deux Diocèses de Quimper et de Saint-Pol qui composent aujourd’hui le Finistère. Ce Cambry , extraordinaire en tout, est, par sa rotondité et son allure digne d’être dessiné par quelque peintre qui eût besoin d’un modèle pour une caricature. Il était Procureur de la Commune lors du massacre de Gérard, et comme tant d’autres, il ne s’est comporté que comme un lâche dans cette occasion. Dusolchoy était Maire alors, et il avait autant de peur que Cambry.

Scènes révolutionnaires à Lorient établies par René Maurice à partir des notes de François Jégou, parues dans le Nouvelliste du Morbihan.

Le seul évènement, l’une des rares émeutes qui ensanglanta Lorient, se passa le 14 septembre 1792. Les massacres du 2 septembre à Paris, les rumeurs étranges qui circulaient sur les complots montés par les émigrés échauffaient les esprits. A ce moment un riche négociant et armateur lorientais, M. Gérard, venait d’embarquer des caisses de fusils, déclarés à la douane sous le titre de quincaillerie, mais en réalité destinés à la traite. Un commis des douanes répandit le bruit parmi le peuple que ces fusils étaient envoyés à l’étranger, pour armer les nobles émigrés. La foule assiégea la salle où se tenait le Conseil Généra de la Commune, réclamant justice et demandant l’arrestation de Gérard. Tant pour calmer cette multitude que pour assurer la sécurité de ce commerçant, la Commune fit droit à cette demande et ordonna à Beysser, major des Dragons nationaux, de se rendre à la propriété, située dans la campagne lorientaise, où Gérard s’était retiré, pour procéder à son arrestation. Les souvenirs s’accordent pour attester que ce détachement accomplit mollement sa mission et retarda le plus possible sa marche, dans l’espoir que ce négociant, prévenu à temps, pourrait s’enfuir et trouver une retraite sûre, à l’abri de toutes recherches. Malheureusement, ce fut lui-même qui se présenta à Beysser. Celui-ci fut dans l’obligation se le mettre en état d’arrestation.

En ville durant ce temps, la colère était à son comble, la foula s’attroupait et grossissait de minute en minute, en poussant des cris de vengeance. Aussi la Commune crut sage de se porter en corps, au passage de Saint-Christophe, à la rencontre de Gérard. Grâce au courage des officiers municipaux, soutenus par les Dragons et les grenadiers de Beysser, ce négociant, protégé contre la foule, put être écroué à la prison de Lorient, rue du Faouëdic ( rue de l’hôpital ).

Par mesure de précaution, le poste de garde fut porté à 20 hommes. Les manifestants parurent un instant se disperser. Cependant, vers une heure et demie de l’après-midi, les ouvriers du port, excités par quelques meneurs et au comble de la fureur, désertèrent leurs ateliers et, armés de leurs outils, s’assemblèrent devant la porte de la prison, réclamant la tête de Gérard. Le maire fit alors battre la générale et envoya une nouvelle députation de son conseil municipal aux ouvriers pour les exhorter au calme. Peine perdue car leur colère ne fit que s’accroître. Et pendant que les officiers municipaux « étaient repoussés la bayonnette au corps », le poste de garde était désarmé et une multitude de gens, véritablement déchaînés, portant des fusils et des haches, envahissait la prison et s’emparait du prétendu traître à la patrie. Son corps mutilé était traîné par des femmes jusque sur la place de la Fédération ( place Alsace-Lorraine ). La tête fut séparée du corps et tous deux promenés à travers la ville, puis finalement jetés dans le port.

Le lendemain de ces faits, la municipalité s’étant ressaisie, prit des mesures énergiques pour le maintien de l’ordre et prescrivit des poursuites contre les assassins de Gérard. Une trentaine d’individus furent immédiatement arrêtés. La population lorientaise peut-être sous le coup du remords n’éleva aucune protestation.

Cependant, sur la proposition du citoyen Le Quinio ( ex-législateur, député à la Convention, vicaire à Sarzeau en 1789, se lance par la suite avec ardeur dans le mouvement révolutionnaire ),  et malgré les protestations des Administrateurs du Département du Morbihan, la Convention Nationale vota la suspension des poursuites et la mise en liberté des coupables :

« JOURNAL DE PARIS NATIONAL

Samedi 3 novembre 1792, l’an Ier de la République

Convention Nationale. Présidence de Hérault-Séchelles.

Dans les premiers jour de septembre, lorsque l’agitation révolutionnaire durait encore ; à cette époque où le Peuple aigri par le ressentiment de ses droits méconnus, de ses espérances trompées, cherchait autour de lui dans une vague et sombre inquiétude les auteurs de ses maux, où tout homme suspect était un traître, où les traîtres étaient trop souvent ravis à la légitime vengeance des lois, un grand mouvement populaire éclata dans la ville de l’Orient. Un négociant, nommé Gérard, en fut la cause et la victime. Voulant soustraire à la surveillance des Administrateurs une expédition illégale de 14 caisses de fusils de traite, il les déclara comme clincaillerie au bureau des Douanes. Un grand nombre de citoyens égarés par l’emploi de ces armes, qu’ils croyaient destinées à servir à la cause de nos ennemis, se porte en foule autour de la maison du malheureux Gérard, et le sacrifient à leurs soupçons. Une procédure a été commencée contre les auteurs de ce meurtre. La question de savoir si elle doit être poursuivie, ou si un voile doit être jeté sur ce triste évènement, dont le motif peut sous quelques rapports devenir l’excuse, présentait de grandes difficultés. Garan, Rapporteur du Comité de Législation, l’a considérée sous toute ses faces : c’est ainsi que les hommes de bonne foi cherchent la vérité ; ils ne plaident pas une cause ; ils l’examinent ; leur avis est toujours le résultat de leur méditation et jamais un parti pris par l’intérêt ou l’amour-propre. Cette émeute, a dit Garan , est née de la Révolution ; elle n’était pas méditée ; aucun instigateur ne paraît l’avoir fomentée ; et la cause qui a excité ce mouvement l’a seule dirigé ; le plus grand nombre des Citoyens de l’Orient y a pris part ; la tromperie de Gérard était évidente et publique ; la véritable destination des armes ne l’était pas. D’un autre côté absoudrez vous d’avance, par l’exemple d’un oubli dangereux des ennemis de l’ordre public, qui fomentent autour de vous des troubles et des séditions ? Compromettrez-vous la sûreté des Citoyens et la discipline des armées ?

Garan a pensé que la Convention devait se rendre aux considérations qui atténuent le délit commis à l’Orient, sans laisser aux scélérats qui tenteraient d’abuser de son indulgence l’espoir de partager un pardon que les mêmes motifs ne pourraient colorer. Il a repoussé l’idée d’une amnistier générale , et a voté pour l’extinction des procédures commencées contre les prévenus de l’Orient. »

Que recouvre le terme de délit employé par  la Convention nationale ? Les faits rapportés « On a connaissance qu’on escalade la prison de toutes parts ; que la multitude composée d’hommes armés de fusils et de haches, comme un torrent, écarte tout ce qui l’approche et l’environne ; elle parvient jusqu’à la chambre où était le prévenu, le saisit, l’arrache aux commissaires ; on traîne la victime jusque sur la place de la Fédération, où elle est immolée. Le Conseil apprend que la tête et le corps de l’infortuné sont promenés dans les rues par une multitude effrénée…la tête de la victime est jetée dans la cour de la maison commune, d’où on la transfère à l’hôtel-Dieu, où était déjà déposé le cadavre » in Extraits du registre des délibérations du Conseil Général de la commune du mercredi 14 septembre et jeudi 15 septembre 1792

Le lundi mention est faite par Conseil Général de la Commune du terme  « assassinat » et de « crime« .. La recherche des auteurs, moteurs et complices assassins aboutit aux personnages suivants :

Gabriel Oellic, marchand à Lorient, arrêté ; Pierre Caro, charpentier du port, arrêté ; Jean-Guilloux, charpentier-navigateur, arrêté ; Gabriel Labesque, marin, arrêté ; Vincent Kerrès, menuisier au port aurait porté la tête de la victime selon Pierre François Metour, commissaire , recherché puis arrêté ;  Guyovic, cordonnier, excuse l’assassinat en s’autorisant des massacres commis à Paris, arrêté ; Rousseau , marin et Herviant, boucher, sont dénoncés pour avoir coupé la tête avec un sabre, recherchés ; une femme Annette Gauthier, vue un sabre à la main disant qu’elle seule lui ferait son affaire, recherchée ;  Jean-Marie Mahé, cordier un des chefs , arrêté ; Jean-Baptiste Souri, marin, a affirmé avoir donné plus de 20 coups de baïonnette au sieur Gérard, arrêté ; Monnier , tonnelier, a frappé la figure du sieur Gérard, recherché ; Marc Scanvic, canonier matelot a le premier frappé le sieur Gérard d’un bâton, arrêté ; Antoine, syndic des classes, chef d’attroupement, arrêté ; Boinet, embaleur pour la Compagnie, a traîné le cadavre, arrêté ; Marchamach, jouait du fifre lorsque le cadavre de Gérard était traîné, arrêté ; Barat engage ses ouvriers au massacre, recherché ; le palefrenier de Madame Marsilly a assommé Gérard à coups de bâton, recherché ; le sieur Lacour , a excité le bataillon de Kérentré contre le sieur Gérard, recherché ; les femmes Robinot et Goury pour avoir excité le peuple à massacrer Gérard, recherchées ; Yves Nedelec, pour avoir traîné le corps, pris la bourse, la clef et des deux assignats, arrêté ; Corentin le Blanc, cordonnier, a traîné Gérard par les cheveux en le frappant d’une baïonnette, arrêté ; le samedi, le cadavre étant revenu devant la prison, on lui fit faire trois sauts pour la Nation; Antoine, syndic des classes a dit « que voulez-vous, il faut bien des exemples ». Le même s’est fait ouvrir la porte de la prison et a ordonné à la garde de ne point faire de résistance par la force ; Carour, ouvrier de la garniture s’est présenté comme envoyé par M. Beysser ( capitaine de gendarmerie ) au Commandant du Port Desecqville pour le requérir, afin de sonner la cloche, pour la sortie des ouvriers. Ce dernier refusa. On a ici un élément qui montre que cette émeute était organisée. Il est à remarquer que ces personnes appartiennent au petit peuple des ouvriers , des artisans et boutiquiers avec quelques marins.

Une explication de cette férocité populaire est avancée par Lequinio le 20 octobre 1792 : « La cause dont il s’agit est celle des riches contre les pauvres, c’est-à-dire, celle de l’aristocratie d’argent contre ce qu’on appelait jadis la canaille. Un homme cupide et imprudent jusqu’au dernier excès a embarqué des fusils à l’Orient sous fausse déclaration de clincailleries, le 15 septembre, temps auquel on venait à peine d’apprendre les massacres de Paris et de Versaille ; le peuple irrité, qui a vu dans cet homme un conspirateur, lui a tranché la tête en présence de deux mille hommes armés au moins ( Qui les a armés ? D’où venaient les armes ? ) L’indignation était générale; et quoique ce soit un crime, il n’en est certainement aucun qui mérite plus que celui-là le nom de crime relatif à la révolution ; malheureusement pour le peuple, le commerçant Gérard était l’homme le plus riche de L’Orient, et les riches ne pardonnent jamais aux pauvres. » Le Quinio, député du Morbihan, Convention Nationale du jeudi 4 octobre 1792.

Le négociant Jean-Louis Gérard, âgé de 32 ans,  ne fut pas à Lorient la seule victime de la Révolution. Le Tribunal Criminel qui siégeait à Vannes, chef-lieu du département depuis le 7 janvier 1792, se transporta à Lorient du 20 novembre 1793 au 27 décembre 1794, et tint ses séances dans la chapelle de la Congrégation, rue de Bretagne ( rue du Port). Il était présidé par J.M. Raoul.

Selon René Kerviler, le nouveau tribunal criminel du Morbihan ne se pressait pas d’employer la guillotine à vider les prisons. Son apathie exaspérait les sans-culottes, furieux de ce que le jury de jugement, apitoyé par les habitants de Vannes, osât acquitter des prévenus qu’ailleurs ont eût envoyés à l’échafaud. Le Président du Tribunal Raoul et l’accusateur public Marion demandèrent le 16 novembre 1793 sa translation à Lorient où il serait entouré « d’une force morale suffisante, où ses opérations seraient protégées par la patriotisme des citoyens ». Cette requête fut favorablement accueillie: le 20 novembre, Vérité Corbigny, chargé de pouvoir des représentants, prit un arrêté transférant le Tribunal Criminel de Vannes à Lorient…

Lorient avait été habilement choisi pour ce transfert, car s’il n’y a rien de plus mauvais que le Morbihan, écrivait Corbigny, aux membres de la Commission Militaire de Rennes le 24 novembre, « rien de meilleur que Lorient » et Prieur pouvait affirmer au Comité de Salut Public que cette ville marchait de plus en plus dans l’esprit de la Révolution : « La Municipalité sans-culotte ne chancelle jamais sur les principes, la raison triomphe, le peuple prend un grand intérêt aux fêtes décadaires, les habitants des campagnes répondent aux invitations qui leur sont faites d’y assister, les apôtres de la Raison sont envoyés dans les environs.. »

Ce résultat avait été obtenu par un jeune échappé de rhétorique, Marc-Antoine Jullien, dit de Paris, qu’il ne faut pas confondre avec son père, le Conventionnel Jullien. Employé dans les bureaux du Comité de Salut Public, il y avait conquis la confiance de Robespierre, qui l’envoya en mission près de Tréhouart, peut-être pour le surveiller, avec des pouvoirs vraiment formidables…

Né le 10 mars 1775, Marc-Antoine Jullien n’avait encore que 18 ans. Les sans-culottes eux-mêmes l’appelaient le morveux de Robespierre, mais ils étaient subjugués par sa faconde et son audace, dit René Kerviler dans La Bretagne pendant la Révolution.

La Gigantojacobinomachie propose une analyse très fine de la psychologie des comportements individuels dans les groupes :

 Les uns, par peur et par caprice

Portaient le bonnet de malice ;

D’autres par imitation,

S’étaient coiffés pour la Raison :

Et la rage démagogique

De tous ceux qu’affolait la Clique

A tel degré les possédait,

Et fureur les animait,

Que par plaisir et complaisance

Ils eussent ravagé la France

***

L’accusateur public fut successivement François-Marie Marion, puis René-Marie Brûlé. Voici le nom des juges qui composèrent successivement le Tribunal Criminel à Lorient : Le Vaillant, Girard, Rousseau, Brûlé, Néron, Chassin, Maury, Coarec, Ménager, F.J.Maisonneuve, Botréan, Saint, Fornier, Sévène. Le greffier s’appelait Thomas.

Treize prêtres insermentés qui refusèrent de « se déporter » furent livrés au peuple par ce tribunal « au Vengeur du Peuple » et montèrent à l’échafaud élevé à Lorient sur la place de la Montagne ( place Alsace-Lorraine ). Ces exécutions attiraient chaque fois une foule considérable, poussant des cris de mort et hurlant des chants révolutionnaires.

Les gendarmes et les gardes nationaux avaient peine à ouvrir un passage aux condamnés qui marchaient au supplice « sous une averse d’outrages et d’insultes ».

Voici la date des exécutions, le nom de ces prêtres et celui des personnes qui moururent avec eux, pour leur avoir donné asile.

11 décembre 1793, 11 heures et demie du matin : Olivier Le Fellic, prêtre à Bubry, âgé de 39 ans fut guillotiné. Pour assister à cette exécution, le commissaire national près le Tribunal du district d’Hennebont, Charles-François Lozach se tint dans la maison du citoyen Le Chesne, à la fenêtre d’une chambre située au premier étage.

11 janvier 1794, 11 heures 30 du matin : Julien Minier, vicaire à Limerzel, âgé de 36 ans. Joseph Maurice, âgé de 53 ans, cultivateur et maire de Pluherlin et Jean Desgrées, âgé de 23 ans, secrétaire-greffier de cette même commune, pour avoir  » sciemment donné asile à ce prêtre, furent condamnés à la déportation à vie; leurs biens furent confisqués.

26 mai 1794, 6 heures de l’après-midi, Pierre Mahieux, vicaire à Sérent, âgé de 30 ans. Les dames Jeanne Trégaro, épouse Maurice Clément, âgée de 38 ans et Jacquette Merlet, veuve Joseph Guimant, âgée de 44 ans, toutes deux domiciliées à Sérent convaincues d’avoir recelé le dit Mahieux, prêtre réfractaire à la loi » furent également condamnées à la mort et guillotinées le même jour que l’abbé Mahieux.

9 juin 1794 Bertrand Carel, vicaire de la Trêve de Notre-Dame des Brières, en Guéhenno, âgé de 57 ans, Anne Jan, femme le Maître, convaincue  » d’avoir recelé ledit prêtre  » fut également exécutée.

27 juin 1794 Dom Léon Mathurin, Chartreux de Saint-Michel d’Auray, âgé de 47 ans fut guillotiné.

7 juillet 1794, Mathurin Le Breton, vicaire à Pleucadeuc, âgé de 45 ans, Jacques Santerre, chapelain de la Madeleine, à Guérande, âgé de 80 ans, et son neveu, Jacques Santerre, vicaire à Guérande, âgé de 60 ans furent guillotinés

22 juillet 1794 Jean Frochain, vicaire à Sainte-Reine, Nantes, âgé de 59 ans fut guillotiné.

4 octobre 1794 Jean-Noël Goujeon, diacre à Ploërmel, âgé de 51 ans fut guillotiné.

5 octobre 1794, Abel Lévenas, prêtre à Ambon, âgé de 41 ans, fut guillotiné

27 octobre 1794, Joseph Rio, prêtre à Péaule, âgé de 40 ans fut guillotiné

Ajoutons à cette liste qu’une religieuse lorientaise, Mathurine Marchand, née à Lorient le 12 novembre 1767, fille d’un écrivain de la Compagnie des Indes et officier municipal, en religion Soeur-Saint-Salomon, fut guillotinée à Nantes, le 18 décembre 1793, sans aucune forme de jugement et par ordre de Carrier.

A l’exemple de Nantes et à la manière de Carrier, Lorient également au cours de la Terreur , faillit attacher son nom au souvenir sinistre des noyades républicaines.

Le club de la Montagne, qui comptait 130 sans-culottes présidé et dirigé par le Commissaire du Comité de Salut Public, Jullien, âgé seulement de 18 ans, et fils du Conventionnel, régnait alors en maître sur la ville. Ses membres discutaient pour savoir ce qu’il y avait lieu de faire des 832 individus emprisonnés comme suspects, à la suite des nombreuses dénonciations qui affluaient au Club, constitué en Société de Surveillance.

Cependant, Hannoyer, Président du Comité Révolutionnaire pendant toute la Terreur, les citoyens Campsas et La Croix père, Parmentier, agent national de la Municipalité, et sa commère voulaient imiter Carrier. On s’enquit près du Club Nantais du procédé des fameux bateaux à soupape. « Les embarcations destinées aux noyades étaient des sapines ou gabarres, en forme de chalands, grossièrement établies, utilisées d’ordinaire comme allèges, entre Nantes et Paimboeuf pour les navires de fort tonnage et n’ayant d’autre valeur que celle des planches dont elles étaient construites. On les dépeçait après un voyage : le prix d’une gabarre ne dépassait pas deux à trois cents livres. Mais il y fallait, quand on les employait aux noyades, quelque préparation. La tradition est restée de navires s’ouvrant largement par le fond en laissant couler dans la Loire une cargaison humaine qu’ils contenaient entassée. C’est une légende car, au début tout au moins, l’immersion s’effectuait par le moyen de sabords pratiqués en-dessous la ligne de flottaison et qu’on ouvrait en plein courant. Cependant ce système avait ses inconvénients et il sembla bien qu’on le perfectionna/ tout en conservant les sabords, on y ajouta une soupape qui servait à l’invasion plus rapide de l’eau » selon Georges LENOTRE, Les noyades de Nantes, Paris, 1914.

Et grâce au zèle du Constituant Coroller du Moustoir, appelé par la suite par les lorientais Coroller-Soupape, devenu Juge au Tribunal Criminel, on put trouver rapidement les galiotes indispensables.

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Les locataires de la Maison Dodun, la plus spacieuse de Lorient, durent évacuer leurs appartements pour permettre de loger les soldats de l’armée républicaine « qui étaient à Lorient pour tenir en respect les opposants à l’exécution, s’il y en avait eu d’assez courageux ».

L’armement de ces bateaux à soupapes se poursuivit activement. Des équipages , des pilotes furent désignés. Une commission fut choisie pour gouverner. Le marin Charvet et l’officier du génie Ulliac en prirent le commandement.

Tous ces chalands furent bientôt rassemblés à Kernevel, et disposés pour l’opération. Les « passeurs » avant d’exécuter en rade leur funeste besogne, crurent bon de préluder à tous ces massacres par un festin « à la Gargantua ». Chacun apporta son plat , « plat escroqué de tous côtés par réquisition, vols ou abus de confiance ». On but et on mangea tellement qu’il fallut remettre au lendemain les tragiques et criminelles noyades.

Le lendemain, ce fut le 9 Thermidor, la chute et la mort de Robespierre.

Ce texte pose plusieurs problèmes. Si l’on sent la patte de Jégou dans le début de l’article jusqu’à la liste des condamnés à l’échafaud, la suite paraît être une extrapolation faite par René Maurice à partir du texte de la Gigantojacobinomachie. René Maurice s’appuie sur ce texte pour en tirer une relation des massacres par noyade envisagés à Kernevel. Au contraire de François Jégou qui s’appuie sans arrêt sur des citations de textes, ici aucune note ne renvoie à des documents précis, sauf pour aborder techniquement le mode opératoire des noyades exécutées par Carrier, datant de 1914, soit 24 ans après la mort de Jégou, et  n’amenant aucune précision sur l’origine des faits relatés.

Au même instant, sans plus tarder,

C’est la volonté d’Hannoyer

Et de Compmas, son cher Confrère,

Qu’on les jette tous dans la rivière…

Tous les chalands de Kernevel,

Ou de l’Armateur Sans-Pareil,

Etaient parés et prêts à prendre

Les Patients, sans plus attendre;

Dont le nombre, quoique compté,

N’était connu que d’Hannoyer :

On croyait bien que huit cent trente,

Ou neuf cent dix, ou mil quarante,

Faisaient le tout, suivant Brutus,

Quoiqu’il criât toujours : Plus, Plus…

En nouveaux termes la sentence

Etait rédigée par avance,

Où les grands talents de Raoul

L’avaient appliqué tout son saoul.

En insérant dans la paraphe

De ces malheureux l’épitaphe

Il était fort pour les motifs

Qu’il savait rendre positifs…

Sur ce, faisant silence ;

Et tout le monde révérence,

Hannoyer dit : Avant d’aller

Je crois qu’il nous faut déjeuner.

***

Si cela vous paraît nouveau

de jeter le monde dans l’eau,

De tirer au blanc sur des hommes,

Les abattant comme des pommes,

Vous n’avez donc pas voyagé ?

Vous n’avez pas connu Carrier ?

Vous n’avez pas été à Nantes ?

Où les maîtres et les servantes

Ont fait de si beaux soubresauts

Et passé dessous les bateaux ?

***

Mais tandis qu’on prenait mesure,

Et que l’entreprise était sûre,

La Poste arrivant à propos,

Les paquets ouverts aussitôt

Toutes les nouvelles publiques,

Firent connaître sans répliques

Que Robespierre et ses agents

Etaient guéris du mal aux dents :

Que leur résistance soudaine

A l’autorité souveraine

Ne les avaient pas empêchés

d’expier tous leurs vieux pêchés.

Ah ! …C’est ici que notre Clique

En larmoyant ainsi s’explique…

Quoi ! Dit Renaud la larme à l’oeil

Robespierre est dans le cercueil !

Mais Lacroix, braillant comme un fou,

Dit à ses amis, tous en somme :

Que nous sert de pleurer cet homme ?

Il faut nous tenir bien mis.

 La porte nous serons mis ,

Et l’on nous couvrira de honte,

Quand il nous faudra rendre compte !…

***

Visiblement François Jégou se préparait à traiter l’histoire de la révolution à Lorient et notamment la période de la terreur, les 9 mois pendant lesquels Lorient a été livrée à un système de dénonciations, d’accusations et de jugements expéditifs. Ses travaux de rassemblement des sources, notamment celles consacrées à la Gigantojacobinomachie dès 1868, ou à Jullien, vont dans ce sens. Mais c’est une autre personne, Philippe MULLER qui en 1885 a fait paraître un ouvrage sur le sujet, Clubs et clubistes du Morbihan, de 1790 à 1795, Etude de moeurs révolutionnaires, Nantes, Vincent Forest, 1885, à partir de sources qui, le reconnaît-il lui même, lui ont été fournies par René de Kerviler. Comme René de Kerviler puisait dans les documents que lui mettait à disposition François Jégou…

Cette partie de l’histoire de Lorient renvoie à un problème fondamental : comment des institutions révolutionnaires des années 1789, formées essentiellement d’hommes policés comme pouvaient l’être ceux du XVIIIe siècle, épris des Lumières, de la liberté, ont-elles pu basculer dans la mise en place d’un système – entièrement basé sur les concepts d’égalité et de fraternité – système fait de dénonciations à grande échelle, de la peur des citoyens utilisée comme mode de fonctionnement systémique du pouvoir,  de l’internement arbitraire, à la déportation en masse pour aboutir à la suppression physique d’individus innocents,  de classes sociales entières,  et plus abjectement d’enfants ? Le tout dans des délires de violences les plus odieux, le tir au canon sur des groupes d’une centaine d’individus attachés, de noyades où la condition de femme ou de vieillard ne rentraient plus en compte ? Terrible renversement du signifié des termes, comme dans l’Orwell de 1984. Comme en est-on passé de l’humanité la plus affichée à la déshumanisation la plus radicale ? La question est même un point central pour le métier d’avocat, initialement fait pour défendre les personnes qui s’est ici mué en outil rhétorique, d’une glaçante efficacité dans l’emploi de la terreur – la profession d’avocat est l’une des plus représentées dans le Comité de Salut Public et dans le Comité de Sûreté Générale ( ce dernier comité était chargé de la police politique, à savoir la recherche des suspects et leur traduction devant le Tribunal révolutionnaire) -, période où tout comme dans les grands procès staliniens, les mots pouvaient tuer plus sûrement que les balles. Car si l’accès au pouvoir se fait par l’utilisation des mots, les mots de la Terreur montrent bien la déshumanisation en cours et le discours de Jullien est, de par sa phraséologie verbeuse, gommant toute aspérité d’un sens autre que celui de la régénération révolutionnaire – régénérer en biologie consiste à produire un individu nouveau – un document textuel éclairant à cet égard, oir la fin du chapitre 6.

Lorsque Marc-Antoine Jullien, Commissaire du Comité de Salut Public  arrive dans le Morbihan, il rédige un rapport sous la date du 10 brumaire, il dit « qu’il vit une administration de département couverte encore de la lèpre du fédéralisme – toujours l’emploi du registre biologique – , des autorités constituées favorisant l’inexécution de la Loi, le fanatisme tout-puissant, les prêtres insermentés protégés, les décrets de la Convention foulés aux pieds, les assignats méconnus, l’agiotage impuni, le peuple opprimé et trompé par les magistrats appelés à le protéger et le servir, etc.. » Jullien s’était rendu à Auray pour une fête civique. Là, il fit sortir des prisons et produisit au milieu du peuple un homme que son incivisme et sa turbulence avaient depuis longtemps fait mettre en état d’arrestation par l’administration du district et la municipalité d’Auray, et dont l’administration du département avait été forcée de rejeter plusieurs pétitions tendantes au recouvrement de sa liberté. « Accusé, lui dit-il, tes magistrats, peuple ! Voilà celui qu’ils ont opprimé ». Mais ceux-mêmes que les préventions qu’on leur suggérait commençaient à égarer sur notre compte – l’administration de Vannes et de Lorient -, s’élevèrent contre cet homme, contestèrent le patriotisme dont on voulait le parer, et le cri du peuple fut tel, qu’il fallut le rendre à sa détention » On a ici un exemple des techniques de manipulation de la foule par Marc-Antoine JULLIEN, technique qui dans le cas précis n’a pas fonctionné. » in Mémoire justificatif pour les anciens fonctionnaires publics du département du Morbihan, destitués et détenus à Vannes, en vertu d’arrêté du représentant Prieur de la Marne, du 8 brumaire dernier de l’an II de la République, Vannes, Galles

La peur se lit dans l’attitude de Clary, officier municipal lors de la mise à mort dans la rue du négociant Gérard par la populace de Lorient « Pendant qu’on tenait Gérard, un Municipal nommé Clary, Apothicaire, les deux coudes sur une table, et tenant sa mâchoire des deux mains, avait peur de bouger, et disait à ceux qui venaient le stimuler : je veux mourir à mon poste » un homme qui par peur  ne veut surtout pas prendre parti et qui sent bien que la populace, foule dont la violence est manipulée et désinhibée par les mots d’ordre des meneurs, trouverait rapidement d’autres proies.

C’est bien la peur d’être la prochaine victime qui explique toute cette violence, accolée au vertige décisionnel des nouveaux maîtres de la ville de Lorient et à la haine de tout ce qui est individus plus riches, possesseurs de plus de talents ( la République n’a pas besoin de savants ).

C’est le club montagnard lorientais qui prend désormais toutes les décisions qui s’appliquent à la population lorientaise et c’est un jeune homme de 18 ans, Jullien, venu de Paris par ordre de Robespierre qui va exercer l’influence politique la plus puissante sur Lorient. Comment en est-on arrivé là ?

Des magistrats élus avaient été mis en place par les Constituants de 1790 et la Convention de 1792. Il faut remarquer que lors de ces deux élections, les électeurs de 1790 avaient accordé leur confiance majoritairement à d’anciens officiers seigneuriaux de Lorient comme Louis François le Gallic de Kerisouet, procureur fiscal à Lorient, signe qu’ils n’étaient peut-être pas si mal perçus que cela par la population, ou surtout parce que les constituants en leur sagesse avaient mis des garde-fous en place, exigeant notamment une expérience dans le domaine judiciaire. Remarquons la présence d’avocats, Jean Kerlero du Grano, qui a été élu juge de paix et de Charles François Lozach, nommé commissaire national du tribunal du district le 28 brumaire an II.

Les 22 et 25 septembre 1792, la Convention ordonna le renouvellement de tous les corps judiciaires et administratifs. Un décret du 14 octobre supprimait pour les magistrats toute condition de capacité professionnelle, mais la très grande majorité des juges nouvellement élus exerçait déjà dans des fonctions judiciaires, et beaucoup de ceux de 1790 furent reconduits.

La  première secousse qui puisse expliquer les évènements décrits plus haut est celle de la destitution, par le représentant en mission Le Prieur de la Marne de la plupart des membres des tribunaux trouvés trop tièdes par les Montagnards désormais maîtres du pouvoir et « remplacés par des candidats patriotes, plein de bonne volonté, mais dépourvus de connaissances juridiques suffisantes », en vertu des pouvoirs exceptionnellement étendus qui lui avaient été attribués. Pour Le Prieur de la Marne – ancien avocat et juge – chargé de régénérer un département contaminé par le fédéralisme girondin – apprécions la nomenclature médicale qui ouvrait psychiquement la voie à de possibles exactions – « un magistrat patriote, mais ignorant tout en matière et pratique judiciaires était préférable à des juges d’une grande capacité , mais suspects ou d’un patriotisme douteux »; mais pour le district d’Hennebont, ce changement se limita à un juge.

Ajoutons à cela un système de dénonciation institutionnalisé – le club de Lorient applaudit le 21 mars 1791 un discours sur le courage et la belle conduite des dénonciateurs – , et sur la fin, rétribué, y compris sur les navires :  « art. 7 La liste ( des aspirants officiers ) sera affichée dans la commune où se trouve le domicile de chaque officier : tous les habitants qui auront connaissance de leur incivisme, incapacité, inconduite habituelle, sont invités, au nom du Comité de Salut Public, d’en faire la dénonciation écrite et signée, à la Municipalité » Décret du 16 Vendémiaire an II, 7 octobre 1793, et une épuration de l’administration en place « il sera présenté un mode d’épurement de l’administration civile de la marine, art. 20 », ibidem. Destitutions en chaînes des officiers et traductions devant le tribunal révolutionnaire se succèdent.

Le 28 novembre, 28 Brumaire an II, dans le Journal de Paris, Prieur de la Marne révèle les méthodes utilisées pour le Morbihan  :  » Je m’y suis occupé de l’épuration des autorités constituées, presque toutes infestées de l’esprit de fédéralisme…département, district, tribunaux, juges de paix, de commerce, municipalités, comités de surveillance, sociétés populaires, tout a été et sera épuré, les fédéralistes mis en arrestation, le fanatisme poursuivi partout…L’Orient réclamait ma présence : je m’y rendis. Je vis avec plaisir que cette Commune était déjà régénérée..Nous allions nous occuper de faire le scrutin épuratoire de l’administration du port et en chasser les aristocrates ou les faux patriotes…Je fais part au Comité de Salut Public des mesures que j’ai prises à cet égard. Aussitôt leur exécution, j’ai quitté l’Orient. »

L’arbitraire règne en maître, notamment dans le cas du certificat de civisme « Le lieutenant de vaisseau Etcheverri, n’ayant pu obtenir à Lorient son certificat de civisme, le commandant des armes a du le suspendre de ses fonctions le 26 septembre. Depuis cette époque, le commissaire national de la commune a reçu de Brest, le port d’attache de l’officier, des notes tendant à le faire considérer comme suspect. En attendant les preuves de sa culpabilité, on l’a mis aux arrêts et on a fait un minutieux examen de ses papiers : on n’a rien trouvé de répréhensible, mais son incarcération a été maintenue. Le représentant Tréhouart, de passage à Lorient, n’a pas voulu se prononcer sur son sort. Il en résulte que Etcheverri est toujours aux arrêts dans sa chambre, ne reçoit plus d’appointements et n’a plus de crédits pour se nourrir » in Revue maritime, 1901, p 1683. Plus loin, « les certificats de civisme obtenus par le capitaine de vaisseau Sébire-Beauchêne n’ayant pas été trouvés suffisamment bons, cet officier est mis en état d’arrestation », ibidem p. 1687. L’enseigne Lassert, Commandant la Betzy est mis en arrestation et remplacé par l’enseigne Conseil;  l’acte est enregistré par le commandant des armes de Lorient, sans qu’il ait pu obtenir une quelconque explication.

Le décret du 11 brumaire décide que les mendiants condamnés à la déportation seront transportés dans la partie sud-est de Madagascar ; en attendant, il seront détenus à Lorient, où sera formé un dépôt. Mélangés avec les déportés, il seront transportés à bord de bateaux spécialement préparés à cet effet dans le port de Lorient : mise en place de chaînes et de menottes en fer attachées aux parois. in LALLEMAND, Chronique de Lorient, 1792-1800. Un nouveau Code pénal des vaisseaux est rédigé par les représentants en mission à Brest. Lecture en est donnée à bord du Tyrannicide, en présence de Jullien, « le morveux de Robespierre », Commissaire du Comité de Salut Public. Signe de propagande dans un espace totalitaire, les matelots acclament, selon lui,  le Commissaire Jullien aux cris mille fois répétés de Vive la République. Que dit le texte ? « Toute inéxécution d’ordre sera punie de quatre jours de fers, le refus d’obéissance de huit jours. Le refus accompagné d’injures ou de menaces sera puni  de la cale, s’il y a voie de fait réelle sur son supérieur, la peine sera la mort. S’il y a révolte, ceux qui l’auront fomentée seront punis de mort ». Le tutoiement apparaît dans les actes officiels : « Tu sais bien, citoyen Ministre.. »

La chute de Robespierre n’occasionna aucun trouble à Lorient, pourtant réputée cité révolutionnaire et sans-culottide. Le courage des membres du Comité révolutionnaire  consista essentiellement à essayer de se faire oublier. L’amiral Rosily et ses officiers toujours détenus dans une prison depuis plus de six mois demandent leur liberté. Le commandant des armes Henry qui avait assisté à leur arrestation et procédé à leur détention demande pour appuyer leur requête que leurs qualités morales lui paraissent bonnes. Après le 17 fructidor, septembre 1794, un arrêté du représentant Tréhouart les libère et les rétablit dans leurs grades…Robespierre est bien mort. Mais les bâtiments sont toujours prêts dans Lorient pour transporter les déportés sur l’île de Madagascar…Et les campagnes se soulèvent contre les villes de Lorient et d’Hennebont. Elles n’approvisionnent plus ces villes. De véritables expéditions militaires sont envoyées de Lorient dans les campagnes pour ravitailler la ville. Palasne de Champeaux est nommé représentant du Comité de Salut Public à Lorient en remplacement de Tréhouart. La situation est telle que les prisons sont dégarnies de gardes et que leurs occupants s’évadent assez facilement. Pour y mettre un terme, on songe à créer un ponton mouillé à l’entrée du fleuve Blavet et finalement on les transborde sur un navire en rade. Les 5 et 6 Floreal, mai 1795,  4000 ouvriers se soulèvent à Lorient et menacent de brûler le port et de piller la ville. 400 soldats rappelés arrivent à juguler ces émeutes.

Après la chute du 9 Thermidor, la plupart des tribunaux furent composés d’hommes ayant exercé en 1792. Le cas de Coroller du Moustoir, maintenu dans ses fonctions, est symptomatique des hésitations des Thermidoriens dans le Morbihan. C’était un personnage qui mêlait ses intérêts personnels à ses fonctions politiques : il avait essayé de supprimer les domaines congéables à l’Assemblée, car Le Moustoir qu’il détenait était à domaine congéable, mais ce projet ne fut pas voté.

C’est lui qui proposa dans la Gigantomachie, de manière détournée,  de mettre  les habitants de la ville de Lorient qui avaient été arrêtés « en sûreté » dans une épave,

Vous mit en avant Coroller

Lequel étant à la tribune

Avec sa lenteur peu commune

Dit : Qu’un bon ami le chargeait

D’un patriotique projet

Pour prendre des sûretés

Sur ceux qu’on tenait arrêtés…

C’est une vieille galiotte

Qu’en peut l’on devait mettre en botte,

Et dont l’état de vétusté,

Propre à servir la Liberté,

Peut bien, considérant la chose,

Servir à la métamorphose

De tous ceux que le Comité

Veut, dit-on mettre en sûreté….

puis la solution de les noyer faisant son chemin,

Qu’on les jette dans la rivière

Tous les chalands de Kernevel,

Ou de l’Armateur Sans-Pareil,

Etaient parés et prêts à prendre

Les Patients, sans plus attendre;

il se proposa d’offrir une solution technique pour les futures noyades devant la masse de personnes dont on devait se débarasser

Mais reprenons cette galère,

Qui devait enfermer le père,

Le fils, le gendre, et les enfants,

Aussi l’épouse et ses parents:

On devait cercler des familles,

Et sans en excepter les filles,

Etait-ce pour aller dans l’Inde ?

Non, c’était de par Hannoyer,

Faisant par l’ordre de Carrier

Il voulut procurer au club de la Montagne les plans des bateaux à soupape, ce qui lui valut encore « aux élections de l’an VII de trouver dans les urnes des bulletins au nom de Coroller soupape ». Les Thermidoriens ne le poursuivirent pas, car l’affaire ne fut pas menée sur le terrain en raison de la chute de Robespierre.

Dans le cadre du tribunal criminel, la figure qui apparaît en premier lieu est celle de Raoul, accompagnée de l’accusateur public Marion. Il n’est pas aussi férocement attaqué dans la Gigantomachie que d’autres personnages. Les deux phrases  qui dépeignent sa personne sont empreintes de sécheresse et de concision; un jugement bref et terrible à la fois :

44 Raoul Juge du Tribunal criminel de L’Orient. Ses victimes sont en grand nombre.

30 Marion. Adroit petit drôle, clerc de procureur, faux comme Judas et digne Agent du Tribunal révolutionnaire de L’Orient.

Ces deux magistrats vont demander et obtenir que le siège du tribunal criminel soit transféré de Vannes à Lorient, la première ville étant jugée inefficace dans l’application des peines, obtenir que Raoul puisse choisir le jury de jugement, l’autorisation de faire surveiller ou arrêter les individus acquittés, de faire opérer les exécutions capitales à Lorient.

En fait, le tribunal criminel du Morbihan fut loin d’atteindre le nombre des victimes recensées dans le Finistère. Après la chute de Robespierre, Raoul ne fut pas inquiété. Quant à François-Marie Marion il fut amnistié le 3 floréal an IV. Pourtant le tribunal avait été particulièrement sévère pour les prêtres réfractaires : sur 16 prêtres poursuivis, 11 ont été condamnés à mort soit près de 70 %. Si on ajoute le nombre des 3 prêtres condamnés à mort pour délit de prêtre insermenté, on arrive à près de 75 %, dont un prêtre de 80 ans. Nous n’irons pas jusqu’à suivre Jean-Louis DEBAUVE, La justice révolutionnaire dans le Morbihan 1790-1795, 1965 dans son analyse des personnes condamnées pour avoir caché un prêtre réfractaire « Le recel de prêtre réfractaire est au contraire puni d’une peine plus douce : la déportation simple, ou à vie. Sur 38 poursuites pour recel de prêtre, on note 2 condamnations à mort ( deux femmes ) , 8 déportations à vie, une déportation simple et une détention jusqu’à la paix ».

 

7.2 L’histoire-bataille : relation de l’affrontement franco-anglais à propos de l’Ile de Groix des journées de mars 1760 et suivantes

1760 7 mars Lettre de Venerosi-Pesciolini, commandant de l’Isle de Groix, à M. Godeheu d’Igoville, Directeur de la Compagnie des Indes à Lorient «  depuis que les beautemps ont paru nos voisins ordinaires se font apercevoir, il en paraît tous les jours deux tantôt trois mais fort au loin. Hier pourtant vous avez pu apercevoir à la pointe de l’ouest une frégate de 20 canons qui est venue observer ce qui se passait au Portlouis. Cette frégate qui rôde dans ces parages depuis quatre à cinq jours a pris une de nos chaloupes et une de la grand terre, elle a renvoyé la chaloupe de cette isle , et a gardé six de nos matelots avec l’autre. Le capitaine de cette frégate m’a écrit une belle lettre pour que je lui envoye des provisions dont il m’envoye la liste dans sa lettre et qu’il relâchera nos gens et la chaloupe dès qu’il les aura reçues. Vous jugez, très bien, Monsieur, combien nous avons eu égard à sa missive, cependant ce vilain goinfre nous tient ici fort alertes parce qu’un des gens qu’il a pris a eu la bêtise de lui dire qu’il n’y avait ici que cinquante hommes et des pauvres pêcheurs, ce qui luy pourrait bien lui donner fantaisie de venir chercher quelques-uns de nos moutons, voyant que nous sommes assez impolis pour ne luy en pas envoyer… »

1760 1er mai Lettre du même au même

«  Monsieur, vous voulez bien me permettre de vous témoigner le plaisir que me cause votre heureux retour, on nous avait menacé qu’il ne serait pas sitôt, et je vous avoue que je n’avais pas un médiocre chagrin en mon particulier, car personne, Monsieur, ne vous est plus véritablement et plus sincèrement attaché que je le suis.

Les trois vaisseaux anglais qui croisent sur ces parages depuis quelque temps, mirent hier à la mer trois chaloupes armées qui s’avancèrent jusqu’à l’entrée du port Saint-Nicolas, où nos garde-côtes les ont très bien reçus. On a fusillé de part et d’autre trois quarts d’heure, mais quatre coups de canon de ce poste les ont déterminés à gagner le large avec beaucoup de précipitation; nous n’avons eu qu’un canonnier de blessé à la main, mais nos gens prétendent en avoir cru tomber plusieurs des leurs, ce que j’en pense est que le sang répandu n’a pas été considérable de part et d’autre. Notre détachement s’est comporté avec tout plein de bonne volonté ainsi que nos garde-côtes..

Groix le 1er May 1760 Signé Venerosi Pesciolini ;

P.S. On me mande Monsieur que M. le Comte de Balleroi est à Lorient.. »

1760 18 mai Lettre du même au même.

«  Tous les marins de cette isle ont été si enchantés de la manœuvre de la Frégate de la Compagnie qui a été chassée par deux frégates anglaises jusque dans nos couraux, que je ne peux me refuser, Monsieur, la satisfaction de vous en parler. Nous avons été dans la plus grande inquiétude, craignant qu’elle ne put doubler la pointe de l’ouest sans être coupée et de ne pouvoir pas la secourir de notre batterie du Grogno, mais c »est avec la plus grande joye que nous l’avons vu ranger nostre coste, ce qui a fait cesser nos inquiétudes et fort enrager à ce que je pense nos insolents ennemis.

Je ne me connais pas, Monsieur, en manœuvres de mer, mais les Sieurs Guillou et Janot, pilotes de la Compagnie, assurent que celuy qui commande la Frégate française doit être un habile homme.

Notre batterie de Grogno a tiré sur la frégate ennemie tant que ses affuts ont tenu, mais si une pareille occasion se présentait, nous serions très embarrassés. Un des affuts a cassé son essieu et l’autre est très endommagé ; il en est à peu près de même de ceux du fort Lacroix.

Je vous aurai, Monsieur, bien de l’obligation si vous vouliez nous dire quelque chose de l’autre petite frégate qui sortit hier avec celle qui est entrée aujourd’hui, qui vous aura appris le convoi qui a esté porté vraisemblablement des vivres aux vaisseaux du Morbihan.

Nous vous aurions aussi, Monsieur, beaucoup d’obligation si vous saviez quelque chose de la canonnade du 16, et nous en faire part Signé Venerosi Pesciolini. »

La frégate dont on loue la manoeuvre se nommait la Subtile : elle était commandée par le capitaine Geslin.

1760 1er août Lettre du même au même.

«  Je ne vous diray rien de la manœuvre que Lord Hervey a faite sur ces parages, vous avez été à même de la voir,mais quelque chose qui ne vous est peut-être pas parvenue, c’est la sommation qu’il m’a fait de lui remettre l’Isle et tout ce qui en dépend. Je vous envoye ci-joint la copie et la réponse que je lui ay faite. Ce qu’il y a de certain, c’est que nous étions dans l’intention de le bien recevoir…

Le Lord Hervey est un fort galant homme. Je luy ai demandé un passeport pour une belle sœur qui est ici, il me l’a accordé le plus galamment et de la meilleure grâce du monde. Notre détachement et les garde-côtes ont un peu fatigué pendant les cinq jours que ces vaisseaux ont été mouillés, sans pourtant que cela aye diminué la bonne volonté, surtout ces pauvres garde-côtes dont la plupart n’avait pas de pain…Signé Venerosi-Pesciolini

«  Sommation du Commandant de l’Escadre anglaise au Commandant de l’Isle de Groix :

Afin d’épargner le sang des troupes françaises et des pauvres habitants de l’Isle de Groa et de leur conserver leurs biens et leur liberté, le Commandant de l’escadre anglaise demande :

Que l’Isle de Groa avec toutes ses forteresses soient immédiatement mise en possession des troupes de Sa majesté le Roy de la Grande-Bretagne ;

Que la forteresse de Sainte-Croix soit délivrée immédiatement ; que toutes les compagnies de troupes régulières et celles de la milice immédiatement mettent bas les armes ;

Autrement le commandant de l’escadre anglaise réduira l’Isle avec le feu et l’épée, et dans ce cas les habitants non plus que les troupes ne peuvent espérer aucune grâce.

Le Commandant attend la réponse avant quatre heures après midi, l’armée étant déjà en vue.

Par ordre de Son excellence, le Commandant de l’escadre anglaise. Signé V. Perrot.

Pour Son Excellence le Commandant de l’Isle de Groa.

Réponse

«  Le Commandant des troupes du Roy dans l’Isle de Groa répond au chef de l’Escadre Anglaise qu’avec les troupes qui sont à ses ordres, il est en état de repousser les entreprises que les ennemis du Roy pourraient faire sur cette isle, et nullement dans le cas d’entendre à nulle capitulation.

Par ordre de Monsieur le Comte de Venerosi-Pesciolini, Commandant de l’Isle de Groix. Signé Duplessix, capitaine au régiment de Penthièvre. »

Je n’ai pas trouvé de détails d’une attaque de Groix à la suite de la sommation de Lord Hervey. Mais cette attaque eut lieu sans doute et elle fut sanglante ; car dans une lettre de du Bourcier, Commissaire des guerres au Portlouis, adressée le 3 septembre 1760 au Directeur de la Compagnie des Indes, Godeheu d’Igoville, j’ai lu ce passage significatif

«  J’ai adressé, Monsieur , une gratification de trois louis pour les deux chirurgiens, que vous aviez eu la bonté d’engager lors de l’aventure de Groix… »

Dans le courant de ce mois d’août 1760, le ponton le Philibert fut mouillé devant le Portlouis. A cette époque, les vaisseaux anglais étaient constamment dans les eaux de Groix.

Voisi les notes que j’ai recueillies sur le brave Venerosi-Pesciolini :

Ecuyer Jean-Jacques Venerosi-Pesciolini, de la famille des Comtes d’Estrido, est-il dit sur un acte de la paroisse de Portlouis, était capitaine au régiment d’Eu, infanterie, et Chevalier de Saint-Louis. Il naquit sur la paroisse Saint-Martin de la ville de Marseille, du mariage de Louis et de Marie Le Roy. Les Venerosi-Pesciolini sont italiens d’origine. Etant en garnison au Portlouis, il épousa le 2 juin 1749 Marie-Françoise Catherine des Blottières, fille d’écuyer François-Gilles des Blottières et de Dame Marie Panon, née à l’Isle Bourbon. De ce mariage naquirent un grand nombre d’enfants, garçons et filles. Une de ces dernières, Emmanuelle Marie Germaine Rosalie Venerosi-Pesciolini, le 30 novembre 1791, épousa à Portlouis Augustin Marie-Fidèle Bédel du Tertre qui devint capitaine de vaisseau et mourut à Portlouis en 1837. Madame Lestrohan, de Lorient, était fille de ces époux Bédel du Tertre.

Venerosi Pesciolini mourut à Portlouis. J’ignore ce qu’est devenu sa descendance masculine.

Le nom patrimonial Panon est celui de la famille des Bassyns de Richemont demeurant actuellement au château Talhouet en la commune de Guidel, famille originaire des colonies françaises de l’Inde, dont un membre a fait partie du Sénat de Napoléon Trois.

Note de l’auteur du site Yves Berthelot

J’ai retrouvé mention de cet affrontement de juillet 1760 dans la Gazette du 16 août 1760

«  Une escadre anglaise composée de deux vaisseaux de ligne et de trois frégates parut le 18 du mois dernier devant l’Isle de Grouais et elle vint mouiller à dix heures du matin dans la rade. Le Lord Hervey, Commandant de cette escadre, envoya aussitôt un officier sommer le Château de Sainte-Croix de se rendre. Cette sommation était accompagnée de la menace de mettre l’isle au pillage et de ne faire aucun quartier aux habitants et à la garnison. Le Comte de Venerosi Pesciolini, commandant pour le Roi dans l’isle et dans le château, répondit qu’il était résolu de se défendre. Sur cette réponse, le Lord Hervey fit avancer dix-huit bâtiments de transport escortés de quelques frégates, qui entrèrent dans la rade le lendemain matin. On fit les dispositions nécessaires pour se bien défendre. Cette contenance en imposa aux anglais, et leur flotte se retira peu de temps après sans tenter aucune attaque. Les cinq vaisseaux de guerre restèrent seulement pendant plusieurs jours devant le fort. Ils tirèrent quelques bordées de canons, auxquelles l’artillerie du fort répondit. On leur a tué quelques hommes dans une de ces chaloupes «  in La gazette, à Paris, du bureau d’adresse aux Galeries du Louvre, vis-à-vis la rue Saint-Thomas, le 16 août 1760, avec Privilège du Roi. »

Nous avons donc quatre  approches du même événement, l’une, par échanges de lettres d’un acteur de l’épisode guerrier, au ton badin qui sied entre membres de cour, même s’il s’agit d’une affaire où des hommes perdent la vie ; une autre, historique, qui cherche à vérifier le degré d’affrontement entre les deux parties ;  une troisième, journalistique avec un certain cynisme pour les victimes anglaises et une quatrième, celle d’un marchand de Lorient cité par François JEGOU. Il ne nous reste plus qu’à découvrir la version des anglais.

M. Delaye, négociant à Lorient écrit le 28 juillet 1760 à M. Seryckman à Nantes :

« …Nous sommes à la veille de voir tomber l’île de Groix au pouvoir des Anglais, puisqu’au moment où je vous écris, cinq vaisseaux de guerre qui y sont mouillés semblent y en attendre de sept autres qui paraissent déjà. Vingt quatre heures décideront du sort de cette île. On est tranquille ici, étant entourés de bonnes troupes, mais qui ne pouvaient servir à défendre l’île en question, notre port étant bloqué. Et si les anglais s’emparent de Groix, rien ne pourra entrer ni sortir d’ici.. »

On sait, par la correspondance de Venerosi-Pescioloni, que les anglais attaquèrent Groix, mais qu’ils furent repoussés par ce brave officier.

Les cinq vaisseaux étaient mouillés à la pointe ouest de Groix et d’après M. Delaye, ils auraient sommé deux fois inutilement cette île de se rendre durant les huit jours qu’ils restèrent à ce mouillage : nous ne connaissons que la sommation de la fin de juillet. Dans cet intervalle toute communication entre Nantes et Lorient par mer fut interrompu. Cependant la navigation au cabotage et au bornage ne fit pas de grandes pertes durant cette guerre : «  Quant aux Anglais, écrivait Delaye le 6 octobre 1760, nous les avons toujours sur les bras, mais malgré cela, je ne sache pas qu’ils aient intercepté aucun de nos chasse-marées.. »

Mais dans ces circonstances de plus en plus difficiles, avec la perte de Belle-Isle en 1761 Delaye trouve le moyen de voir l’avenir de manière positive avec l’introduction d’assurances sur les risques de prises par les Anglais ou de pertes de navires dans une lettre du 12 juin à Bertrand de la Closerie à Nantes :

«  Je n’ai fait encore aucune opération en assurance pour vous, toute navigation ayant été interrompue par l’embargo qu’on a mis tant sur les navires que chasse-marées par rapport à Belle-Isle. Mais comme aujourd’hui cette place importante est au pouvoir de nos ennemis, j’ai lieu de croire que votre projet aura une influence considérable par le concours des assurances. La proximité de nos ennemis ne pouvant que donner de la terreur à ceux qui voudront faire venir des marchandises et dont je pourrai profiter pour l’augmentation de la prime… »

7.3 L’histoire-bataille : relation de l’affrontement franco-anglais de l’année 1746 à L’Orient

C’est un des épisodes de l’histoire de L’Orient qui a fait l’objet de très nombreuses relations tant par des acteurs ou auteurs contemporains des affrontements que des historiens des siècles suivants.

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M. HERVOUËT de PONTVALLON, Relation de la descente des anglais à la Côte de Bretagne, le 1er octobre 1746 , copie de François Jégou.

M. MOUE ou LEMORIE, dit Durand, lieutenant de milice, Relation de la descente des anglais en Bretagne en octobre 1746, copie de François Jégou.

Il existe également

Abbé PONTVALLON-HERVOUËT, Communication de M. l’abbé MAROT, Relation du siège de Lorient par les anglais, en 1746, Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan, 1860 ; PONTVALLON-HERVOET, recteur de Pleucadeuc, Relation de la descente des anglais à la côte de Bretagne, le 1er octobre 1746, et du siège de Lorient et de la retraite des anglais, le 9 dudit mois, Copie de la main de Bizeul, 41 feuillets in 8°, manuscrits de la bibliothèque de Nantes

MANCEL, Chronique lorientaise, Origine de la ville de Lorient, son histoire, son avenir, Gousset, 1861

Charles du CHALARD, Le siège de Lorient et la procession de la Victoire, Revue de Bretagne et de Vendée, 1863

HUME David, Attaque des anglais contre la ville de Lorient en 1746, Bulletin archéologique de l’Association bretonne, 1886, même texte dans la Revue de Bretagne et de Vendée, avec la chanson complète de la descente des anglais, 1887

MACE Albert, Attaque des anglais contre la ville de Lorient et le pillage de Quiberon, Le Nouvelliste du Morbihan, 5 , 9 octobre 1890

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Leo LE BOURGO, Professeur au Lycée Dupuy-de-Lôme, Docteur ès lettres, Conservateur de la Bibliothèque municipale, Le siège de Lorient, 1746, Documents recueillis, 1921

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Dans ce document manuscrit, Leo Le Bourgo a recensé, sous la forme d’extraits,  un certain nombre d’ouvrages faisant référence au siège de Lorient en 1746, à savoir Le journal de Barbier ( 1718-1763 ) , Paris, Charpentier,1857-1858 en 8 volumes ; Mémoires du duc de Luynes ( 1735-1758 ) , publiés par Dussieux et Soulié, 7 volumes in 8°,  in Paris Firmin-Didot, 1860-1865 ; Relation du siège de la ville de Lorient, 1746 par Barbarin, Lieutenant de Maire ; Manifeste que publia le général Saint-Clair, 29 septembre 1746 ;  Voeux faits par la ville et communauté de Lorient à l’occasion de la levée du siège faite par les anglais, le 7 octobre 1746 ; Lettre de M. de Maurepas qui cède en don à la ville de Lorient les quatre canons laissés avec un mortier par les anglais dans leur camp, Fontainebleau, le 20 octobre 1746 ; Le chercheur des provinces de l’ouest, 2e année, n° 10, octobre, De Wismes, Nantes, 1901 ; Inventaire sommaire des archives départementales, antérieures à 1790, Commune de Calan, cahier in folio de 532 feuilles papier ; Lieutenant Binet, La défense des côtes de Bretagne au XVIIe siècle, Etudes et documents, Revue de Bretagne,  Tome XLIII, 1910 ; Cayot-Delandre, Le Morbihan, son histoire et ses monuments, Vannes, 1847 ; A. Jobez, La France sous Louis XV, 1715-1774, 6 vol., Librairie académique Didier, Paris, 1867 ; Albert Macé, Attaque des anglais contre la ville de Lorient, Pillage de Quiberon, Bulletin archéologique de l’Association bretonne, 1888 ; A. de la Borderie, La Bretagne aux temps modernes, 1691-1789, Résumé du cours d’histoire professé à la Faculté des lettres de rennes en 1893-1894, Rennes, Hervé, 1894 ; Henry Weber, Docteur en Droit, Avocat à la cour d’appel, Préface de M. Emile Levasseur, Membre de l’Institut, Administrateur du Collège de France, La Compagnie française des Indes, 1604-1875, Paris, Librairie nouvelle de droit et de jurisprudence, Rousseau, 1904 ; Lacour-Gayet, Docteur ès lettres, Professeur à l’Ecole supérieure de marine, La marine militaire de la France sous le règne de Louis XV, Paris, Honoré Champion, 1910 ; Barthélemy-Ambroise-Marie Pocquet du Haut-Jussé dit Barthélemy Pocquet, Histoire de Bretagne, Tome sixième, 1715-1789, Rennes, Vatar, 1914 ; Leystock Richard, An authentic account to the late spedition to Bretagne, conducted by Richard Leystock, Esq. Admiral of the Blue and Lt. Gen. Saint-Clair, 8°, London, 1747, manuscrit en langue française

P. Diverrès, L’expédition anglaise de 1746, siège de Lorient, Compte-rendu authentique de la dernière expédition en Bretagne sous la conduite de Richard Lestock, Amiral de l’escadre bleue et du Lieutenant-Général Saint-Clair, Commandant en chef des troupes de terre, Londres, 1747, Lorient, Cathrine, 1928.

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Comptes-rendus de la presse anglaise, Extraits du Gentleman’s Magazine, reproduisant les articles du Westminster Journal, datés du 8 et 15 novembre 1746, in P. Diverrès, L’expédition anglaise de 1746, siège de Lorient

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BOUGOIN Charles, Descente des anglais en Bretagne et siège de Lorient en 1746, Bulletin de la Société archéologique de Nantes, vol. IX, Nantes, 1870.

Le GOÏC, Col .E., Le débarquement des anglais au Loc et le siège de Lorient en 1746, Nouvelliste du Morbihan, 23 avril 1927.

Louis LE CAM, Le siège de Lorient par les anglais en 1746, La Bayon Roger et Henrion, Lorient, 1931, 188 p., avec une description précise des sources anglaises.

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J. LEMOINE et H.BOURDE de la ROGERIE,  dans l’inventaire des archives du Finistère antérieures à 1790, Archives civiles, série B tome III, Quimper, 1902 signalent les archives d’Ille-et-Vilaine C1083, 2819, le manuscrit 11 de la Bibliothèque de Quimper ( Histoire de Bellisle-en-Mer par Detaille) et aux Archives du Finistere, E. 205 (fonds Cheffontaines), E 238 bis, ( fonds du Dresnay ) et B. 4648-4649 (fonds du consulat de Morlaix). ORCEAU de FONTETTE  a été un des témoins du siège in Archives du Calvados, C. 1794, cité par G. Dupont, Histoire du Cotentin, tome IV, p. 487.

7 Quelques thématiques abordées par François Jégou