17 La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808

 

17 La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808

 

Les textes qui vont suivre ont été entièrement rédigés de la main de François Jégou.

Il s’agit d’abord de la première partie de son ouvrage paru à Lorient en 1865 François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Typographie de Victor Auger 1865, 1 vol. in-8, 22 x 14 cm, 32 pp., un ouvrage très difficile à trouver chez les libraires, en reliure en demi-chagrin noir, doré en pied avec plats en percaline noire.

 

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Typographie de Victor Auger 1865, 1 vol. in-8, 22 x 14 cm, 32 pp. © CRBC-UBO-Brest

 

Un exemplaire qui appartenait en propre à François Jégou, ce qui en fait un ouvrage encore plus rare, puisque unique, avec un certain nombre de notes manuscrites insérées entre les espaces typographiques.

 

Une mention manuscrite de François Jégou portant sur la savonnerie lorientaise

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Typographie de Victor Auger 1865, 1 vol. in-8, 22 x 14 cm, 32 pp. © CRBC-UBO-Brest

 

L’auteur expose dans un autre document  –  entièrement manuscrit celui-là  –  sous le titre La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives la suite de la parution de 1865

 

Un manuscrit inséré à la suite de la publication de 1865

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

Une oeuvre d’une modernité exemplaire par le plan qu’elle induit, puisque cet ouvrage n’a pu être rédigé qu’entre 1860 – le début de ses recherches – et 1865 car le document est annexé au livre premier.

 

Plan de l’ouvrage

I Terres à porcelaines

II Bailleurs de fonds

III Oeuvres d’art, Artistes

IV Marques de fabrique

 

En outre ces Notes et pièces justificatives contiennent un document que je n’ai pour l’instant vu nulle part ailleurs, mais connaissant les archives, un autre exemplaire doit bien sommeiller quelque part entre deux rayons poussiéreux

 

Il s’agit du plan du chantier du blanc, c’est-à-dire un chantier de construction navale, mais dans lequel se trouve la Manufacture de porcelaines elle-même

Un espace situé sur la rive droite du Scorff, en face de Lanester et qui correspond approximativement à l’actuel quartier de La Ville en Bois, entre la chapelle Saint-Christophe et l’hôpital actuel du Scorff, l’étymologie de la place de La Poterie pouvant renvoyer à l’emplacement de la manufacture

 

Un plan datant de 1795

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

L’emplacement présumé actuel

La Ville en Bois et la place de la Poterie © Google maps 2020

 

avec placé au centre du dispositif, 1 le bureau de l’ingénieur

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

2 les forges, 3 les fourneaux placé à l’interface terre-mer

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

4 la poulierie et 5 le grand hangar

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

6 un autre grand hangar et 7 encore un autre grand hangar, certainement des bâtiments de stockage ou de travail des ouvriers

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

La surveillance de ce périmètre avec en 8 la cabane du gardien en bord des espaces marécageux et 9 le corps de garde

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

En 10, le luxe absolu, les latrines donnant en avancée sur la mer

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

En 11 les quatre cales de construction, remarquez la précision de l’aquarelle qui indique par un jeu de couleurs différenciées l’estran , c’est-à-dire la partie du littoral recouverte périodiquement par la marée

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

En 12 la cabane construite en bois, accolée en 13 à la manufacture de porcelaines de Lorient située quasiment sur le trait de côte, avec encore une fois une belle mise en évidence de l’estran

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

En 23 le trou de terre glaise, matière première pour le façonnage et la fabrication des porcelaines

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

En 14 les fourneaux pour la cuisson des porcelaines

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

En 15 le jardin nourricier et en 16 la petite maison des jardiniers

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

En 17 un puits très profond pour le ravitaillement en eau et en 18 le chemin vers L’Orient

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

En 18, toujours le chemin vers L’Orient et en 20 la démarcation du chantier, gardé, car il faut nécessairement passer par le poste de garde pour y pénétrer

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

En 21 le projet d’agrandissement de l’enclos figuré par des lignes rouges en pointillés se croisant en angle droit

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

 

I Terres à porcelaines

Il n’est pas bien certain que la découverte des gisements d’argile kaolinique aux environs de Lorient soit due à Chaurey.

A une époque antérieure à son arrivée dans le pays, l’Académicien Macquer, à qui la manufacture de Sèvres est redevable de son établissement de porcelaine dure,  Macquer parcourut la France pour rechercher la précieuse argile nécessaire à cette fabrication jusqu’lors inconnue en France.

Ce savant vint en Bretagne, probablement à Lorient, mais certainement au Port-Louis, à la fin de l’année 1759, ou au commencement de l’année suivante.

Non seulement il découvrit dans ce pays le kaolin, mais encore, sur sa demande, un sieur Le Cordier de Port-Louis, lui adressa à Paris des quantités assez considérables de cette sorte d’argile.

Je dois à l’obligeance de M. Riocreux, Conservateur des Collections de Sèvres, la communication de quelques pièces de la correspondance de Le Cordier avec Macquer qui établissent de ce qui précède

Les copies de cette correspondance, déposées à la Bibliothèque Impériale dans les cartons de cet académicien, sont jointes à la présente notice

 

II Bailleurs de fonds

Le négociant Bertrand, cité page 18, acquéreur de biens nationaux, sera assassiné à sa terre du Liven, commune de Languidic, en l’an VI. Le Liven était une propriété dépendante du couvent des Carmes d’Hennebont. Bertrand avait occupé les fonctions d’Agent ou de Commissaire National du District d’Hennebont en 92 ou 93.

Dans l’inventaire de sa succession, j’ai relevé deux passages prouvant que Bertrand avait été l’un des principaux intéressés, l’un des premiers fondateurs, peut-être de l’établissement de Chaurey, et qu’après la déconfiture de ce dernier, Sauvageau n’avait été que le prête-nom de Bertrand, du moins durant les premières années de la Direction.

Voici les passages de cet inventaire :

« …un parti de porcelaines actuellement déposé chez M. Bijotat et partie chez Madame Desbrosses, estimé 5000 Livres

Il est encore dû pour le citoyen Sauvageau pour la cession de la manufacture de porcelaines à lui faites à la fin de l’an V une somme de 8000 Livres qu’il doit payer dans le cours de cinq années sans intérêts à commencer de l’an X… »

 

III Oeuvres d’Art. Artistes

Depuis l’impression de la notice sur la Manufacture de porcelaines de Lorient, notice hâtivement écrite, pour être jointe à temps, à l’envoi d’échantillons de cette manufacture exposée à Saint-Brieuc au mois de mai 1865, depuis cette époque, je suis parvenu à recueillir de nouveaux renseignements sur cette industrie. J’ai découvert un certain nombre de porcelaines lorientaises et me suis convaincu que dans Lorient et les localités voisines il existe encore une grande quantité de produits de l’établissement du Blanc, et notamment des vases d’ornement.

Parmi ces derniers, j’ai remarqué quelques pièces d’origine authentiques signées Sauvageau, qui sont des merveilles de l’art du doreur  de porcelaines, ornées de peintures d’un véritable mérite : je citerai les pièces appartenant à M. Baudoin, contrôleur de l’octroi de Lorient

et un vase médicis appartenant à M. le Capitaine de Vaisseau de Marant de Kerdaniel en la maison duquel j’habite à Lorient.

La peinture allégorique du vase de ce dernier est signée Buyon, qui était évidemment le membre de l’Académie de peinture dont il est question dans l’annuaire de Lorient de l’an XIII.

 

Il s’agit peut-être du vase suivant

Buyon, Vase, Porcelaine dure, Décor polychrome, Manufacture de porcelaines de Lorient, s.d. © Cité de la Céramique, Sèvres

 

qui fait partie d’une paire

Buyon,  Vases, Porcelaine dure, Décor polychrome, Manufacture de porcelaines de Lorient, s.d. © Cité de la Céramique, Sèvres

 

 

Dont le revers est tout aussi magnifique

Buyon,  Vases, Porcelaine dure, Décor polychrome, Manufacture de porcelaines de Lorient, s.d. © Cité de la Céramique, Sèvres

 

 

dont les paysages ont peut-être inspiré Michel Bouquet 1807 1890, qui a dû en voir dans sa jeunesse à Lorient

Buyon,  Vases, Porcelaine dure, Décor polychrome, Manufacture de porcelaines de Lorient, s.d. © Cité de la Céramique, Sèvres

 

 

Un acte de l’état civil de la Commune de Lorient, de l’An XII, constate en effet qu’à cette époque un Sieur Buyon, peintre, habitait cette ville.

 

Voici cet acte :

“Du Douze Ventôze An XII de la République française

Acte de naissance de Jean-Marie Buyon, né place de la Liberté n° 7 à deux heures trois quarts, de ce jour, fils de Charles-louis Buyon, peintre, et de Marie-Hélène Pointe, mariés à Saint-Nicolas des Champs, Commune de Paris, département de la Seine et domiciliés de cette commune. Le sexe de l’enfant a été reconnu être masculin, témoin Jean-Baptiste Reinnard, doreur en porcelaines, âgé de 25 ans, et Constant le Ruyer, garde de la Mairie, âgé de 49 ans, accompagnés d’Anne Radegonde Teste, tailleuse âgée de 16 ans, domiciliés de cette Commune.

Sur la réquisition à moi faite par le citoyen Buyon, père de l’enfant, et après lecture faite du présent a signé avec les témoins

Signé Ch. Buyon, Reinnard, Radegonde Teste, Le Ruyer

Constaté suivant la Loi par moi Jean-Baptiste Bouilly, adjoint à la Mairie de Lorient, faisant fonctions d’Officier de l’état-civil. Signé J.B. Bouilly”

 

Comme témoin de cette déclaration de naissance, on a remarqué le nom de J.B. Reinnard, doreur en porcelaine. Cet individu devint plus tard peintre en porcelaine dans le même établissement du Blanc, et il est permis de penser qu’il eut Buyon pour maître.

C’est par erreur que ce même artiste Reinnard est cité, page 29 de la notice, sous le nom de Raynal. Je ne connais aucune oeuvre de peinture signée Reinnard.

 

Cet artiste est cependant parvenu à une certaine réputation puisqu’il est cité dans le Dictionnaire des Artistes de Gabet, Paris, 1831

Voici l’article qui le concerne :

“Reinnard, Jean-Baptiste, peintre sur porcelaine à Paris, rue des Vinaigriers, 17 bis, né en Allemagne en 1778. Cet artiste s’occupe spécialement de la figure et du portrait. Il donne des leçons particulières.”

 

Il résulte d’un acte de décès de Lorient du VII Messidor an XI que Buyon demeurait à Orléans en l’an X. Ce serait dans le courant de cette année où l’année suivante qu’il vint se fixer à Lorient.

 

Je ne connais aucune pièce de porcelaine du Blanc, d’une authenticité complète, portant des ornements en reliefs : figures, fruits, plantes. De figurines, statuettes, pas davantage.

On prétend cependant que certains bustes de Bonaparte, 1er Consul, en biscuit de porcelaine, sont sortis des ateliers de porcelaine du Blanc.

C’est dans cette conviction que Monsieur le percepteur Bouciron a acheté l’un de ces bustes 28 francs à la vente de M. Chardin, ancien médecin lorientais, mort l’an dernier à l’âge de 87 ans.

 

7 mars 1867    signé Jégou

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

D’autres productions de ma manufacture de Lorient portent sur les symboles républicains

Sauvageau,  Vase, Porcelaine dure, Décor polychrome, H. 32 cm, Manufacture de porcelaines de Lorient, s.d. © Cité de la Céramique, Sèvres

 

Sauvageau,  Vase, Porcelaine dure, Décor polychrome, H. 32 cm, Manufacture de porcelaines de Lorient, s.d. © Cité de la Céramique, Sèvres

 

 

IV Marques de Fabrique

 

Voici la marque de Fabrique de la manufacture du Blanc, de couleur bleue, que j’ai vue sur deux pièces d’origine authentique

 

Ce sont les deux lettres P. L.  Porcelaine Lorientaise disposées en chiffre

François Jégou, Marque de la fabrique de Porcelaines de Lorient, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

J’ai remarqué plus fréquemment sur des pièces que l’on m’a affirmé provenir de la manufacture du Blanc, une marque qui à première vue ressemble à celle de la porcelaine de Saxe. Ce sont deux flèches disposées ainsi, de couleur bleue

 

On sait que la marque de saxe figure deux épées disposées de la même manière.

François Jégou, Marque supposée de la fabrique de Porcelaines de Lorient, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

Mais M. Turgan dans son remarquable ouvrage sur Les grandes usines de France, article Sèvres, donne la marque des deux flèches pour appartenir à la fabrique de porcelaines de la rue Fontaine au Roi, dite de la Courtille, ) Paris.

Je n’ai rencontré aucune pièce de cette seconde marque , avec ornements peints. Toutes sont dorées, surchargées souvent de dorures finement exécutées, dans le goût des décorations des porcelaines de Sauvageau

 

Année 1870    signé Jégou

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

Michel Vannier d’Orléans, associé de Durot, manufacturier de porcelaines à pâte dure à Lille en 1784 voir Auguste Demmin, 2e partie, p.834.

Il existe à Lorient une famille Vannier, depuis la fin du dernier siècle. Je ne sais s’il y a des rapports d’origine entre elle et Michel Vannier d’Orléans, ce qu’il y a de singulier, c’est qu’actuellement il y a à Lorient un Michel Vannier, âgé d’environ 60 ans.

Peut-être les relations de famille des Vannier d’Orléans avec les Vannier de Lorient ont-elles donné lieu à la création de la manufacture Chauray qui serait provenu de la manufacture de Lille. 1874 Jégou.

 

Sauvageau a signé de son nom les lettres d’or, accompagnées d’une ancre d’or dont le Jal? est disposé de manière à former la lettre S, quelques belles pièces de la manufacture.

Une de ces pièces appartenant à M; Baudoin, ancien imprimeur à Lorient, dont la famille avait été intéressée dans la manufacture du Blanc, porte cette marque en lettres d’or

 

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

Cette pièce porte de chaque côté, en relief, deux têtes de chèvres dorées, à cornes dorées.

M. Baudoin possède en outre des porcelaines du Blanc portant seulement pour marque l’ancre d’or

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

Ces pièces ainsi marquées sont rares et d’une grande profusion de peintures et de dorures.

Cette marque a-t-elle existé sur toutes les belles pièces du Blanc ? C’est possible, car ce genre de marque en or se détériore facilement  et elle a pu être effacée sur la pièce où elle manque actuellement.

ce qu’il y a de certain, c’est que des pièces très belles comme dorures en peinture , originaires du Blanc incontestablement ne portent aucune marque d’ouvrier, de peinture ou de dorure.

Cette note complète, jusqu’à ce moment le chapitre 3 intitulé Oeuvres d’art, et le chapitre 4, Marques de fabrique. Avril 1876 Jégou

 

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

 

Porcelaines Françaises et Etrangères

( Marques de Fabriques )

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

François Jégou, La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808, Deuxième partie, Notes et pièces justificatives, s.d. © CRBC-UBO-Brest

 

 

 

 

François Jégou avait également fait paraître un ouvrage sur l’entrepreneur qui avait fondé la manufacture de porcelaine de Lorient en 1790

 

La manufacture de porcelaine de Lorient
1790–1808
Industrie morbihannaise

par François Jégou
Membre de la société polymatique du Morbihan

Lorient 1865

 

 

 

Des cinq départements formés de l’ancienne province de Bretagne, le Morbihan se trouve, malgré des progrès très réels, le plus arriéré sous le rapport agricole et industriel, il faut le reconnaître humblement.

Cependant la fin du siècle dernier ce département s’était fait remarquer par son esprit d’initiative et par diverses tentatives toutes nouvelles, en dehors du serpent ordinaire du commerce breton : nous en citerons pour preuve la cristallerie de Kernével, petit village toujours cher à l’industrie, situé à l’entrée de la rade de Lorient ; la magnanerie de Plougoumelen, près d’Auray, à laquelle le village car armurier doit son nom et enfin la manufacture de porcelaine de Lorient.

Il serait utile de rechercher les causes de cet état d’infériorité et les remèdes qu’il serait possible d’y apporter. Il sera intéressant de passer en revue toutes les industries disparues, et d’examiner si elle ne pourrait pas renaître avec avantage. Mais ces questions complexes ont besoin d’être étudiées longuement pour être traitées. Une étude de ce genre est au-dessus de nos forces. Nous nous bornerons, dans cette courte notice, à l’histoire particulière de l’une des trois belles industries que nous venons de citer : celle de la manufacture de porcelaine de Lorient.

 

CHAUREY

Il y avait à peine 15 ans que l’on connaissait en France le procédé de fabrication de la porcelaine de kaolin, dites porcelaine dure, qu’un industriel sorti d’on ne sait où arriva à Lorient pour y fonder manufacture de ce genre de poteries, au moyen de la précieuse argile qu’il avait découverte dans les environs : c’était du moins ce qu’il annonçait dans le numéro du 22 avril 1790 de la Feuille hebdomadaire de la ville de Lorient.

« Le sieur Chaurey, fabricant de porcelaine et de faïence composition anglaise est arrivée depuis peu en cette ville. Il a trouvé dans les environs des terres propres à son état. Il se propose d’établir une facture et promet la réussite la plus complète. Il compose toute les couleur minérale ainsi que l’or, dans le genre de Sèvres.

Si quelques personnes désirent le faire travailler, il fera des essais satisfaisants ; il est prié de lui donner leur adresse, il aura l’honneur de converser avec elle sur son état, et proposera ses moyens. Il demeure chez le sieur D., traiteur, rue de Condé numéro trois.»

 

D’où venait Chaurey, au moment de son arrivée à Lorient, au mois d’avril 1790 ? Qui était-il ?

On l’ignore jusqu’à présent.

Nous avions d’abord pensé que cet industriel devait sortir des ateliers de la manufacture impériale de Sèvres, établissement qui a donné naissance à la plupart des porcelaines de France, et dont on s’appliquait partout à imiter les merveilleux produits.

Mais, à notre prière, des recherches très minutieuses ont été faites à ce sujet à Sèvres avec la plus grande obligeance de la part de Monsieur le conservateur Iocreux, et le nom du fondateur de la manufacture lorientaise n’y a pas été découvert. Ce serait donc vers des établissements secondaires existants à cette époque, ceux de Paris, de Lille ou de Limoges, qu’il faudrait peut-être diriger désormais de nouvelles investigations.

Nous manquons totalement, comme on l’a vu, de renseignements précis sur l’origine de Chorey ; nous n’en possédons pas davantage sur sa personne.

Quant à sa valeur, comme industriel, si les prétentions qu’il affichait à ce sujet dans la salle lorientaise ne sont pas exagérés, Chorey devait être autre chose qu’un simple ouvrier porcelaine et aux faïenciers, qu’un simple mouleur au tourneur de poteries.

Le fait d’avoir découvert dans le voisinage de Lorient des des argiles feldspath hic et de composer lui-même toutes les couleurs minérales, ainsi que l’or, dans le genre de Sèvres, tendrait à prouver qu’il possédait au moins pratique des connaissances d’un ordre plus élevé.

Voilà donc Chaurey faisant ses offres de services aux lorientais, mettant à leur disposition son industrie et ses talents pour fonder une manufacture de porcelaines.

 

N’était-il pas téméraire de chercher à implanter une industrie de cette nature dans le pays de France où l’on se procurait avec le plus de facilité, par les arrivages des vaisseaux de la compagnie des Indes, les belles porcelaines de la Chine et du Japon ?

À une époque où cette vaisselle était encore un objet de luxe, qui ne pouvait, par son prix élevé, se substituer de sitôt à la faïence, pour devenir habituel, même dans les classes aisées ?

Cependant Chaurey qui avait fait appel non seulement à la clientèle mais encore, on s’en doute bien à des bailleurs de fonds, réussit à trouver à Lorient des personnes qui mirent leur foi dans son entreprise, et lui prêtèrent leur concours : et après divers essais satisfaisants sur le kaolin du pays, ils put mettre ses projets à exécution.

Notre industriel fait venir de divers points de la France un certain nombre d’ouvriers entre parenthèses on dirait mieux d’artistes porcelainiers, tel qu’ébaucheur, mouleur, tourneur, trempeur, décorateur, brunisseur, etc.

 

Les uns arrivent de Paris, d’autres de Mayence, Strasbourg, Limoges et Nantes.

Il les installe au port de la ville dans un lieu appelé le bois du blanc, sur les bords du Scorff. Il construit des fours et bientôt il montre aux lorientais émerveillés de l’argile du pays transformé en porcelaines éclatantes

Voici en quels termes la feuille hebdomadaire mentionnait le début de la manufacture Chaurey, dans ce numéro du 12 août 1790, tome premier, page 348 :

« Si nous pouvions nous targuer d’avoir concours ou par notre feuille à quelque chose d’avantageux pour cette ville, nous citerons l’établissement que forme le sieur Chaurey fabricant de porcelaine et de faïence.
Cet artiste, car l’on nous assure qu’il a des talents qui le mettent au-dessus du fabricant, a trouvé les secours qu’il désirait pour lui manufacture, dans tous semblent devoir répondu succès.
Il a, dit-on reconnu soit Kernével soi-même sur le chemin dit des fontaines, des terres propres à son entreprise.
Dans divers essais qui ont déjà paru, on admire la perfection de sa pâte et le transparent qu’il lui procure.
Secondé d’un dessinateur fleuriste, on le croit capable de faire aussi bien que Sèvres.
Il a choisi pour local la métairie du bois du blanc.
On désirait que les intéressés fissent connaître même le progrès de cet établissement, dont il scelle les dispositions avec un soin bien affecté.

Ce fut avons-nous dit sur les bords du Scorff, aux portes de Lorient que Chaurey alla établir ses ateliers et ses fours.
Appelé autrefois le Bois du Fouëdic, puis le Bois du blanc, ce lieu, connu aujourd’hui sous le nom du Blanc, qui devait aux grands ateliers et aux cales de navires, dont on voit encore des traces à la compagnie, de lier les côtes de Saint-Domingue, appartenait alors à Messieurs Daudin et de Monistrol, et se trouve encore aujourd’hui la propriété des descendants de ces derniers.

En 1790 les chantiers étaient loués à un certain Arnoult, constructeur de vaisseaux, et l’ancienne habitation des directeurs de la compagnie de Saint-Domingue servait de corps de ferme.
Chaurey réinstalla ses ateliers et ses magasins dans ses bâtiments d’exploitation rurale et il construisit ses fours près de là.

Depuis cette époque, ces lieux ont complètement changé d’aspect, surtout depuis quatre ou cinq ans par suite des travaux du chemin de fer qui ont détruit les anciens hangars au magasin et les anciennes ateliers dont l’origine remontait ainsi que nous venons de le dire, aux premiers travaux de la campagne de Saint-Domingue en 1699 sur cette partie des bois du Faouëdic, et couper en deux ce chantier de construction navale, qui tout morcelé forme encore aujourd’hui une excellente position pour un grand établissement industriel.

Un plan des lieux, qui date de l’an III de la république, très fidèlement dressé par l’architecte Brigitte nous indique la position qu’occupait la manufacture Chaurey, dont il n’existe d’autres vestiges que des débris de gazette, que l’on ramasse sur la grève de la baie voisine.

D’après ce plan, l’édifice servant d’ateliers de magasins de la porcelaine était placé à la pointe nord du blanc, et touchait la vieille petite baraque en bois.
Ce bâtiment s’étendait sur une longueur d’environ 20 mètres parallèlement la rivière.
Il faisait face par conséquent au jardin muré que l’on connaît et avec lequel il avait une commune origine. Il était construit vis-à-vis des magasins et adossés contre le mur extérieur du jardin, à la hauteur de la maison qui existe actuellement. Cette maison a été bâtie pour les besoins de l’établissement, mais postérieurement en l’an III, car elle ne figure pas sur le plan de l’architecte Brigitte.

Ne connaissant les commencements de la manufacture du blanc, il nous est impossible de connaître la suite des opérations.
À partir du mois d’août 1790, soit par mauvaise humeur de la part du rédacteur de journal local, pour ne pas avoir été initié dans les secrets de l’entreprise, comme il s’en plaignait ;
soit pour tout autre cause, toujours est-il que l’on cesse malheureusement de trouver dans cette feuille, le moindre article, le plus petit renseignement concernant notre usine.
Et par ailleurs les documents ne manquent complètement pour découvrir ce qui s’y passa jusqu’à l’automne de l’année 1791.

 

À la fin d’octobre 1791, nous trouvons Chaurey aux prises avec de graves difficultés. Il manque d’argent pour payer ses ouvriers. À défaut d’argent, il prend des arrangements et des aubergistes pour leur fournir la nourriture et le logement, et pour assurer ses aubergistes paiement de leurs fournitures, il leur souscrit des obligations.

Le 31 octobre 1791, c’est une obligation de 550 livres, consentie par le sieur Jean-Charles Nicolas Chaurey, fabricant de porcelaine, demeurant acquérant, paroisse de Plœmeur, au sieur Jean-Baptiste Dufour, aubergiste , pour pension qu’il a pris, lui et ses journaliers, chez ledit sieur Dufour jusqu’à ce jour ; disant ledit Chaurey que le bail des appartements qu’il a loué verbalement dudit sieur Dufour dans sa maison qui rentrait n’est pas compris dans ladite obligation (Le Tronc, notaire à Lorient) »
.
Le 7 novembre suivant autre obligation de 400 valises consenties par le même, Auxerre Jean-Baptiste Humbert aubergistes acquérant trek, pour pension lui fournit à ses ouvriers. (Robert, notaire à Lorient).

 

Quelles furent les causes qui amenèrent le directeur Chaurey dans une situation si périlleuse ?

Était-ce le chômage de sa manufacture ?
On ne peut le supposer, en présence de la dépense assez forte qu’il avait réglé avec deux aubergistes pour la nourriture de ses ouvriers : elle prouve que ceux-ci étaient nombreux et que par conséquent les ateliers étaient toujours en activité.

Était-ce le résultat d’une rupture des associés ou l’épuisement d’un crédit auprès des personnes qui s’étaient intéressées à son œuvre ?
Était-ce enfin le manque de débouchés pour l’écoulement des produits de la manufacture qu’il laissait un coffre vide en présence de magasins pleis de marchandises ?

Ces dernières causes nous semblent avoir dû peser à la fois sur Chaurey et amener la détresse dans laquelle il était plongé, 15 mois après le commencement de ses travaux.

En effet, au nombre des intéressés, pour nous servir de l’expression du rédacteur de la faillite de Madère, tout demeurait inconnu jusqu’à ce jour, qu’ils aient été protecteurs, bailleurs de fonds associés, mais plusieurs raisons, qu’il est inutile d’examiner ici nous font penser que Chaurey devaient compter sur l’un des propriétaires du Blanc, le négociant Julien Louis de Monistrol.

Mais celui-ci mourut au mois d’août 1791, laissant plusieurs enfants trop jeunes pour la plupart pour continuer toute ces opérations commerciales.
De sorte que notre manufacturier dut perdre en lui son principal appui.

D’un autre côté, une industrie nouvelle rencontrait dans tous les temps des difficultés réelles dans ses commencements.

Quelle peine pour le placement des premiers produits, surtout s’il s’agit d’objets qui ne sont pas de première nécessité !

Et, dans cette catégorie, il fallait en 1790 ranger des porcelaines ; car nous le répétons ces objets étaient à cette époque tout à fait une poterie de luxe, fort peu répandue, ne sortant pas des vaisseliers des personnes riches, qui n’estime encore que les produits de la Chine et du Japon.

L’entreprise de Chaurey eut donc été basée sur des calculs chimériques, s’il n’avait compté pour le placement de ses porcelaines que sur le marché de la Bretagne, et même sur ceux de France en substituant brusquement la faïence des produits de sa manufacture.

Mais cet industriel était arrivé à Lorient avec des projets plus vastes.

Pour principaux débouchés, il avait en vue les États-Unis d’Amérique et les colonies françaises.

Pour moyen de transport il voyait des fenêtres de ses ateliers les navires de la compagnie des Indes amarrés dans le Scorffet, les navires amis qui nous protégeaient des périls qui fréquentaient alors la rade de Lorient.

Les calculs de Chaurey étaient théoriquement sérieux. Mais malgré leur exactitude, leur exécution comportait un danger réel, même en admettant le plein succès.

C’est que pour pouvoir se livrer un commerce d’exportation, il faut généralement engager un capital considérable, eu égard au long délai qui s’écoule nécessairement quand il s’agit des pays d’outre-mer, entre le moment de l’expédition des marchandises et celui du recouvrement du produit de la vente.

Ce fut là peut-être la pierre d’achoppement de la spéculation de Chaurey car il est certain que la manufacture du Blanc expédia ses produits aux colonies en Amérique.

 

Quoi qu’il en soit, plus ou moins de fondements de chacune de ces suppositions, l’on voit que dès le mois d’octobre 1791, la situation de la porcelainerie lorientaise était peu rassurante.

Sans argent, sans crédit, avec 30 ou 40 ouvriers sur les bras, chargé de dettes criantes, telles que celles de logeurs et cabaretiers, le directeur de cet établissement à bout de ressources voyait en perspective la fermeture de son usine s’il ne trouvait immédiatement un soutien quelconque, et à Lorient il était inutile d’en attendre.

À tout hasard, il s’adresse au directoire du département et lui demande un prêt à intérêt de 3000 livres, en fournissant caution.
Chaurey espérait que cette haute administration du pays s’intéressant à sa belle industrie lui viendrait en aide de ses deniers et lui permettrait ainsi de continuer l’exploitation.

C’était en outre acquérir l’appui d’une influence morale qui ne pouvait manquer d’attirer sur sa fabrique l’attention du public.
Sa demande de fonds n’avait d’autre but probablement que de lui permettre d’attendre à l’époque du retour de navires expédiés en Amérique. Sans cela que pouvaient faire 3000 livres ?

Mais le département avait lui-même à lutter contre de véritables embarras, dont le moindre n’était pas l’impulsion à doner à de nouveaux rouages administratifs.

L’agitation, le désordre des premiers moments de la révolution était passé des villes dans les campagnes, où il est toujours plus difficile de les réprimer. L’argent devenait rare il recouvrait l’impôt avec plus de peine à mesure que les besoins publics augmentaient.

Cependant malgré la pénurie de son trésor, le conseil du département accueillit favorablement la demande du manufacturier lorientais.

Dans sa séance du 6 décembre 1791, présidée par un ancien maire de Lorient, Esnoult Deschatelets, le conseil général accorda un prêt de 1500 livres à Chaurey :
« l’ordre du jour amenait la discussion de la demande faite par le sieur Chaurey, d’une somme de 3000 livres à titre de prêt, pour soutenir la manufacture de porcelaine qu’il vient d’établir à Lorient.

L’assemblée, le procureur général syndic, arrêta d’accorder, à titre de prêt, sans intérêt, au sieur Chaurey, la somme de 1500 livres, moyennant bonne et suffisante caution qui sera reçue par le district d’Hennebont, et après qu’il aura été préalablement constaté par la municipalité de Lorient que la tasse et le sucrier remis par le sieur Chaurey pour échantillons sont véritablement de sa fabrique. »

Les recherches faites dans les archives du département, pour parvenir à la connaissance des suites données à cette affaire ont été vaines.

Il faut d’autant plus le regretter que l’on devait espérer trouver dans la pétition de Chaurey des véritables motifs de sa détresse, et ceux qui les faisaient persister dans son entreprise, et espérer dans l’avenir. Cette pétition devait évidemment contenir sur cette manufacture des détails précieux qui nous manquent.

En présence des événements politiques qui se préparaient, ce n’était ni 1500 ni 3000 livres qui pouvaient tirer cette manufacture d’embarras. Au printemps de l’année suivante, la guerre déclarée à l’Autriche rendait imminent une guerre générale, et déjà le commerce français se voyait à la veille de perdre la liberté des mers.

À l’intérieur, en Bretagne surtout, l’agitation religieuse des campagnes allait dégénérer en soulèvement général est en guerre civile.

Toute confiance avait disparu. L’argent se cachait, et bientôt on allait assister au cours forcé du papier-monnaie. Malgré tout, Chaurey tenaient face à l’orage, faisant de nouvelles dettes, et souscrivant des billets, il réussissait quand même à maintenir le travail dans ses ateliers.

 

Ainsi se passa toute l’année 1792. Mais enfin cet état de choses devait avoir un terme.Au commencement de la terrible année 1793, notre manufacturier fut assigné devant le tribunal de commerce par un sieur Daniel, menuisier, et un sieur Deruer, couvreur, en paiement de deux billets souscrits le 10 mars 1792, pour travaux de menuiserie exécutés à son établissement du Bois du blanc, fournitures de marchandises.

Un jugement par défaut rendu contre lui le 15 février, prononçant sa condamnation au paiement des billets avait contrainte par corps. Mais Chaurey avaient déjà quitté le pays et l’assignation lui avait été signifiée à Kerentrech, son dernier domicile.

Telle est l’histoire de la manufacture du Blanc sous son fondateur. Chaurey ne revint plus à Lorient et si on ignore d’où il venait, on est pas plus renseigné sur ce qu’il devint par la suite.

 

 

 

( A bientôt pour la suite du texte )

17 La manufacture de porcelaines de Lorient 1790-1808