6 Courants historiographiques et approche épistémologique

Dans quels courants historiographiques et approches épistémologiques François Jégou s’inscrit-il ?

Ses travaux s’étendent de la période des années 1860 à 1890. C’est donc trente ans, quarante si l’on prend en compte la période de ses travaux avant publication, celle des années 1850. Quarante ans pendant lesquels il va inlassablement rechercher les documents historiques originaux, les regrouper, les étudier, puis s’en servir pour écrire un texte historique. Or, ces quarante ans sont ceux qui vont voir en France la multiplication des Sociétés savantes qui ont pris essor dès les années 1830 et dans lesquelles les prêtres et magistrats jouent un rôle considérable.

François Jégou de par sa production se place dans un moment où le mouvement romantique se termine avec ses grandes fresques historiques dans les années 1830 quoique Michelet écrive encore une préface à sa réédition de l’ Histoire de France en 1869, celui où une partie des historiens prend toute son ampleur sous le second empire à savoir Victor Duruy, Ernest Renan, Hippolyte Taine, et surtout Fustel de Coulanges « Le meilleur des historiens est celui qui se tient le plus près des textes, celui qui les interprète avec le plus de justesse  » ; la création d’une revue , la Revue des Questions historiques, fondée en 1866, constituée par des aristocrates, de démarche scientifique, à visée catholique et légitimiste et enfin la volonté de mettre en place une histoire qui va se professionnaliser autour de La Revue historique créée en 1876 par le jeune Gabriel Monod – il a 36 ans – , qui se veut a-religieuse, a-politique et scientifique, mais de fait républicaine et anti-catholique dans les années 1880. Tous ces courants partagent le goût de la recherche et de l’érudition, bases sans lesquelles tous ces travaux ne seraient que l’écume de l’histoire. Voilà François Jégou bien entouré.

Si l’on regarde son ouvrage le plus connu, l’Histoire de la fondation de Lorient, paru en 1870 – l’année de la guerre franco-allemande, de la chute du Second Empire et de la proclamation de la République par Léon Gambetta – , on voit qu’il s’agitSAM_0064 d’une suite de micro-études portant soit sur des personnages, Denis Langlois, le marquis de Seignelay, Cébéret et Mauclerc, les fondateurs de Lorient, soit sur une entreprise à marché mondial, La compagnie des Indes occidentales,  des lieux, Le havre de Blavet, Le Faouëdic-Lisivy, Ploemeur, la baie de Roshellec, le lieu d’Orient, le parc et l’enclos, le Port-Louis, les faubourgs de Lorient,  des évènements à l’échelle locale, le 31 août 1666 ; une catégorie sociale, les seigneurs du Faouëdic, une organisation socio-juridique La châtellenie de Tréfaven, un port à l’échelle locale, régionale, nationale et internationale, l’arsenal royal de Lorient, le souci de replacer ces évènements locaux dans un contexte plus large, régional et national, l’impôt du papier timbré, Insurrection ou international, la guerre de Hollande avec une recherche de consécution sur le milieu local, Les effets de la guerre. Bref une histoire qui est loin de l’image traditionnelle que l’on peut avoir des histoires locales,  » monographies souvent hétéroclites remplies de petits faits placés les uns à côté des autres, sans vision d’ensemble « . On en compte près de 400 de ce type parues entre 1870 et 1875 et François Jégou d’emblée échappe au déterminisme du local. Cette démarche se retrouve dans François JEGOU,   Marine militaire et corsaires sous le règne de Louis XIV, Histoire de Lorient, port de guerre 1690-1720,Vannes, Lafolye, 1887, 452 p., un de ses meilleurs ouvrages, sinon le meilleur.

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Dans l’ouvrage ci-dessus il montre également son éclectisme et la diversité des objets historiques qu’il étudie à savoir ici des lieux, Locmariaquer et Lorient, La Lande du Faouedic, L’île de Groix, l’arsenal et le port, le bourg de Lorient, des personnages, Le comte de Pontchartrain, Antoine de Mauclerc, Carré de Luzançay, Charles de Clairambault, Cébéret, Mauclerc ; des organisations à l’échelle locale, Lorient et Lorientais, Foires et marchés, à l’échelle atlantique et de la Manche, Les travaux de défenseArmateurs et commerce malouin, et la monde des marins à l’échelle nationale et internationale La marine royale, Les Corsaires, La Compagnie des Indes orientales, Officiers et fonctionnaires de la marine ; sur le plan religieux : L’ église, la paroisse, Premier curé, Presbytère et faubourgs ainsi que l’organisation judiciaire, les problèmes sociaux Lazaret, Hôpitaux, Misère publique ; une étude au niveau national,  La Régence, international La guerre de succession d’Espagne, La Paix d’Utrecht.

Il ne s’intéresse pas qu’à une période historique. Outre l’époque moderne, il travaille sur l’Antiquité avec Loc-Maria-Kaër, étude de géographie gallo-romaine en Armorique, d’après les noms de lieux par F.J.K.R. de Broguérec, Lorient, Impr. Lorientaise, 1888.

A cela il faut rajouter un autre inédit de François JEGOU, Civitas aquilonia qui porte sur l’étude de Quimper à l’époque gallo-romaine

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Pour le Moyen-Age,  nous disposons des travaux de numismatique de François JEGOU, in Lettre citée dans François AUDRAN, Découverte de monnaies baronnales et autres près Quimperlé, Finistère, Séance du 19 août 1876, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, Tome IV, 1876-1877, pp. 53-54. Toujours le Moyen-Age avec les  Annales guérandaises, Guérande, La Confrérie Saint-Nicolas, impr. V.Forest, Nantes, 1874, in 8°, 24 p. ; et l’époque contemporaine in François JEGOU, Céramique bretonne. Porcelaines et faïences lorientaises, Lorient, impr. Grouhel, 1876, 11p.

La période qu’il a le moins abordée est celle de l’époque préhistorique – ce qui est particulier vu l’engouement de l’époque pour les sciences préhistoriques dans le Morbihan – mais il n’omet pas de signaler que tel ou tel monument préhistorique est situé dans le lieu qu’il décrit.

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Ce que ne sont pas les ouvrages de François Jégou : ni une théologie de l’histoire à la manière de Bossuet, pas de cause transcendantale et pourtant il est croyant, allant même jusqu’à aller en Italie pour rencontrer le pape ; ni une philosophie de l’histoire à la manière d’Hegel ou de Comte, pas de couronnement métaphysique : il est étonnamment concret dans son approche historique, des faits, des faits et une mise en perspective de ceux-ci qui nourrissent son analyse, appuient ses idées et sa démonstration ; ni une histoire-littérature grandiloquente à la manière de – certains – romantiques des années 1820-1830.

Ce qu’ils sont : c’est l’étude et la mise en oeuvre de documents, un classement des documents par ordre chronologique, des idées-forte qu’il en retire, et, tout au long de ses travaux, une mise en perspective, en respectant jusqu’au scrupule le document quitte à en recopier certains intégralement à la main, ou mis sous les yeux du lecteur dans ses travaux imprimés. Il a toujours le souci de prouver que ce qu’il avance , il l’extrait des documents historiques en sa possession. Il relie ceux-ci – cinq volumes de notes et d’archives – pour les mettre à disposition du lecteur sous le nom de Preuves.

SAM_9861Préface de l’Histoire de la fondation de Lorient        @copyright  Médiathèque de Lorient

Par Preuves, peut-être veut-il faire ici référence au titre de Dom Hyacinthe Morice, Bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, Mémoire pour servir de preuves à l’histoire civile et ecclésiastiques de Bretagne,tirés des archives de cette province et mis en ordre, impr. Charles Osmont, Paris 1757 ? Le travail de récolement de ces manuscrits est en tout cas digne d’un vrai travail de bénédictin.

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Même si Nicole LORAUX déclare que THUCYDIDE n’est pas un collègue, – voir le compte-rendu par Max Peter GRUENAIS, Langage et Société, Année 1982, Volume 22, n°1, pp.69-73 – Jacqueline de ROMILLY, Histoire et raison chez Thucydide, Les Belles Lettres, 1967, 318 p. nous éclaire sur les trois démarche de l’historien grec : un travail critique sur l’établissement des sources et des faits ; une activité logique construisant des systèmes de preuves; une activité organisatrice constituant des ensembles cohérents, activités que l’on retrouve chez François Jégou.

La démarche de l’historien François Jégou s’inscrit aussi dans la lignée de celle de Bacon «Les empiriques, semblables aux fourmis, ne savent qu’amasser et user ; les rationalistes, semblables aux araignées, font des toiles qu’ils tirent d’eux-mêmes ; le procédé de l’abeille tient le milieu entre ces deux : elle recueille ses matériaux sur les fleurs des jardins et des champs ; mais elle les transforme et les distille par une vertu qui lui est propre »  in Francis BACON, Novum Organum, Paris, Hachette, 1857, p. 51 : c’est là l’image du véritable travail de François Jégou.

Il se fait remarquer par sa capacité de travail : le bon historien est reconnaissable par son ardeur au travail, sa modestie, son érudition ;  et son impartialité, élément central de scientificité, respect de la vérité , éléments qu’il met en oeuvre dans son approche des documents : « Mais notre devoir nous oblige à n’admettre que ce qui est prouvé ; que ce qui est probable, à défaut de preuves certaines ; et, pour cela, à peser avec le plus grand soin la valeur des documents qui nous tombent sous la main. »in JEGOU François, Le Faouëdec-Lisivy, étude introductive à l’Histoire de Lorient, 1863, p.67.

Il se situe ici dans la lignée des deux revues, La Revue des Questions historiques et la Revue historique sur le plan des exigences scientifiques, mais quoique chrétien catholique qu’il soit, il est plus proche de la Revue historique, car il ne fait jamais l’apologie de la religion dans ses oeuvres.

François Jégou a toujours le souci d’apporter des documents qu’il exploite dans son texte et de mettre certains de ceux-ci in extenso sous le regard du lecteur, manière de lui signifier qu’il s’agit d’éléments véritables et vérifiables puisqu’on les lui met sous les yeux et qu’on fait appel à la sagacité du lecteur qu’il est. Il utilise ainsi l’appareillage du renvoi des notes et des citations pour renforcer la validité de ses écrits : plus que la simple approche rhétorique utilisant l’embellissement comme art de l’éloquence, « il la construit comme une rhétorique d’inspiration aristotélicienne qui place la preuve au cœur de l’entreprise de persuasion » in Victor FERRY, Ginzburg, Carlo, 2010, Le fil et les traces : vrai faux fictif, trad. Martin Rueff (Lagrasse : Verdier), Argumentation et Analyse du Discours [En ligne], 6 | 2011, mis en ligne le 15 avril 2011.

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Il ne figure néanmoins pas dans la Revue des Questions Historiques et aucune mention n’est faite de lui dans la Revue Historique de Monod, sauf en 1942 pour l’opposer aux travaux de Louis Chaumeil « L’histoire de Lorient est le principal objet des travaux de M. Louis Chaumeil, dans un volume non mis dans le commerce, sous le titre Histoire et petite histoire de Lorient, Mélanges, une série de huit études publiées par lui. La principale de ces études est une Histoire de Lorient au XVIIe siècle, parue en 1934, qui dans sa brièveté – 78 pages –  , repose sur une étude approfondie des origines de Lorient et se substituera à l’oeuvre, très estimable, mais moins complète de celle de son devancier, François Jégou » in Revue Historique, sous la direction de M. Monod, 1942, p.329 par A. REBILLON, Professeur à l’Université de Rennes. Celui-ci cite l’Histoire de la fondation de Lorient et Lorient, Arsenal royal, mais fait paraître tous les deux en 1870, alors que Lorient, Arsenal royal est paru en 1878, pour sa première partie et en 1883 pour la période 1704-1720, le tout relié en un volume François JEGOU,   Marine militaire et corsaires sous le règne de Louis XIV, Histoire de Lorient, port de guerre 1690-1720,Vannes, Lafolye, 1887, 452 p.., un de ses meilleurs ouvrages, sinon le meilleur.

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Huit ans après la mort de François Jégou, Langlois et Seignobos in Introduction aux études historiques, Hachette,   1898, établissent une systématique de l’étude du document en le faisant passer par le tamis de quatre opérations, à savoir 1 Collecte des documents ; 2 Critique externe du document à savoir en donner la source, la date, le lieu, l’auteur ; 3 Critique interne du document, – élucider la pensée de l’auteur, apprécier l’écart entre ce qu’il dit et ce que l’on sait, ce qui sous-entend une grande érudition ;  4 Synthèse partielle du document avec une mise en perspective dans un contexte plus général. François Jégou passe assurément par les étapes 1 et 2 dans son travail préalable de la matière historique. Au fur et à mesure qu’il trouve les documents historiques, il en indique systématiquement la date, le lieu, signale les différents intervenants ou thématiques dans le document, ce qu’il fait  avec son système de renvois dans les marges et l’organisation chronologique de ses notes.

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Il examine également s’il s’agit d’un original, ce que sont la plupart des documents historiques détenus ou étudiés par l’historien lorientais.

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Vérifier s’il s’agit d’une copie ou d’un faux est plus difficile à un historien autodidacte. Il le contrebalance peut-être par les amitiés qu’il peut nouer ici et là chez les bibliothécaires des archives locales, régionales ou nationales : une partie de ses archives provient du Ministère de la Marine, une autre de l’autorisation – qui lui a été donnée par le Ministre de la Marine – d’avoir à sa disposition les archives de l’Inspection du Port de Lorient, notamment pour écrire son ouvrage Marine militaire et corsaires sous le règne de Louis XIV, Histoire de Lorient, port de guerre 1690-1720. De par sa fonction de magistrat il a aussi accès aux archives judiciaires. Par critique interne il faut s’assurer de ce que l’auteur a voulu dire, regarder les conditions dans lesquelles cet acte a été produit et vérifier les affirmations de l’auteur, ce qui demande une méthode sûre, de l’érudition et de la prudence, ce que fait François Jégou comme il le montre ci-dessous, in François JEGOU La question Dondel, et M. Lecoq-Kerneven, Lettre à M. Larvorre de Kerperic, Lorient, Grouhel, 1878, 30 p.

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se contentant, peut-être par scrupule en cas de polysémie du document, de le soumettre intégralement au lecteur pour qu’il s’en fasse son opinion et s’en servir ensuite pour le commenter, l’éclaircir par son intuition et son raisonnement comme on peut le voir dans le texte ci-dessous. Il suit ici l’histoire apodictique de Polybe, Histoires, Texte établi et traduit par J. de Foucault, Collection des Universités de France, Paris, Livre III, 1971, à savoir un système de preuves soutenu par une démonstration .

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François Jégou n’est pas pour la majorité de sa production dans la lignée de l’annaliste Lucien FEBVRE, ce dernier refusant la vision de l’histoire comme un enregistrement d’une suite d’évènements à partir des seuls documents écrits ; mais par ailleurs dans le cadre de l’école des Annales, dont la revue Les Annales d’histoire économique et sociale est fondée en 1929, recourir à une méthode linguistique pour déterminer la valeur des mots s’impose.  Marc BLOCH dans son Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, Armand Colin, 1941, et Lucien FEBVRE  dans les Annales, Economies, Sociétés, Civilisations, revue parue à partir de 1946, soulignent l’importance de la linguistique, l’utilité de s’interroger sur le sens des mots et de favoriser la pluridisciplinarité. C’est un des travaux qu’a menés François Jégou dans le cadre d’un ouvrage  Loc-Maria-Kaër, étude de géographie gallo-romaine en Armorique, d’après les noms de lieux par F.J.K.R. de Broguénec, Lorient, Impr. Lorientaise, 1888.

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Cette démarche repose sur une maîtrise de l’étude linguistique, ce qui n’est pas le cas de François Jégou, qui dans l’état actuel de nos connaissances ne s’est appuyé que sur un seul ouvrage celui de HOUZE, Etude sur la signification des noms de lieux en France,1864, soit 24 ans avant la parution de son opuscule Loc-Maria-Kaër. Entretemps d’autres traités de toponymie, plus complets, ont été élaborés, comme celui du Professeur à l’Ecole impériale des chartes, J. QUICHERAT, De la formation française des anciens noms de lieu, Paris, 1867 et celui paru malheureusement trop tard pour lui de Henry d’ARBOIS de JUBAINVILLE, Recherche sur l’origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France, Période celtique et romaine, Paris, Ernest Thorin, 1890. Cette recherche étymologique non maîtrisée lui a valu un solide rappel à l’ordre du Professeur Joseph Loth de Rennes, voir le chapitre 4.

Marc Bloch suggère de ne pas utiliser seulement des documents écrits,  mais de recourir à d’autres matériaux comme la numismatique, c’est ce que fait François Jégou dans un manuscrit ( voir ci-dessous ) et dans sa Lettre citée par François AUDRAN, Découverte de monnaies baronales et autres près Quimperlé, Finistère, Séance du 19 août 1876, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, Tome IV, 1876-1877, pp. 53-54, manuscrit qui a fait l’objet d’une conférence à Lorient en juin 2014. François Jégou fait une étude absolument remarquable des pièces qui lui sont confiées, l’attribution qu’il leur donne ne se révélant problématique que pour quelques monnaies.

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Comment travaille-t-il concrètement ? Genèse d’une oeuvre historique.

Recueil des matériaux- Récolement des différents documents historiques

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Dénombrement des sources et documents historiques

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Notes de lectures, ici à partir de l’ouvrage de Joseph Dufresne de Francheville, Histoire de la Compagnie des Indes avec le titre de ses concessions et privilèges, Paris, De Bure l’aîné, 1746

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Il travaille aussi au moyen de petites fiches récapitulatives, ici pour des documents qui courent du XIVe au XVIIIe siècle

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Sans internet, copie à la main des faits susceptibles de nourrir les idées-force

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Agencement des données sur le plan chronologique

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Sélection des données – Extraction des mots-clefs – et ceci année après année

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Copie à la main de documents juridiques de dizaines de pages. Ci-dessous les actes d’un procès entre le prince de Guéméné ( Louis VI de Rohan-Guéméné ) et le Seigneur de Kermérien en 1572

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Densité des données accrue

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Copie de listes comme du temps où il était commis de marine

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Phase de correction et de condensation de ses phrases

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Extraction accrue de mots-clés permettant une mise en perspective plus rapide, ainsi qu’un classement chronologique pour passer de l’information historique brute en éléments conceptuels et signifiés qui dépassent un simple catalogue d’évènements humains, en organisant et structurant son déroulé historique, dans la droite ligne de Henri Lancelot-Voisin de la Popelinière : « l’essence d’une histoire gît à connaître les motifs et vraies occasions de ces faits et accidents » in Epistre à la noblesse, Histoire de France, 1581, pp. 542-543.

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Utilisation de plans permettant de visualiser l’espace dont il fait l’étude

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5 volumes complets de données manuscrites

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Le souci de François Jégou est, qu’eu égard à l’érudition qu’il a acquise, de rester concret, de restituer les faits de détails sans perdre de vue l’idée générale. Quel est l’intérêt de ce travail de défrichement et d’acquisition des données si votre texte est par sa complexité et son hermétisme illisible pour la majorité des lecteurs ? Autre problème, il s’agit de lier d’un côté l’ordonnancement chronologique de ses notes , et au travers du récit, de pratiquer l’alchimie de l’historien qui est de donner du sens à différentes échelles, locales, régionales nationales, et globales. Pour cela il n’utilise pas « la rhétorique, entendue comme discours qui se veut autonome, mais le commentaire qui se pose comme dépendant d’un texte premier  » in François HARTOG, Le XIXème siècle et l’histoire, le cas Fustel de Coulanges, Seuil, Paris, 2001, p. 153.

La phase ultime est la transformation des données accumulées par la vertu intellectuelle de Jégou qui lui est propre, voir le document ci-dessous. Comment reconstruit-il le passé ? Jean-Maurice Bizière in Histoire et historiens, Hachette, Paris, 1995 convoque Dilthey :  en s’appuyant certes sur des documents, mais avant tout en exerçant la plénitude des capacités de son esprit par son expérience intérieure, pas seulement par sa raison, mais aussi par sa volonté et ses sentiments : « Die Natur erklären wir, das Seelenleben verstehen wir, La Nature, on l’explique, la vie de l’esprit, on la comprend » in Wilhelm DILTHEY, Einleitung in die Geisteswissenschaften, Introduction aux sciences de l’esprit, 1883, traduction Louis Sauzin, Paris, PUF, 1943. L’étude de la vie humaine dans le cadre de la construction du texte historien a pour corollaire nécessaire l’interaction avec l’expérience personnelle de l’historien.

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Ajoutons à cela une volonté de problématiser son approche dans un de ses meilleurs ouvrages Marine militaire et corsaires sous le règne de Louis XIV, Histoire de Lorient, port de guerre 1690-1720,Vannes, Lafolye, 1887, page 3 où il s’inscrit résolument dans une histoire-problème  : « examinons, autant que le permettront les documents à notre disposition, la nature et l’étendue des services rendus à la France par cet arsenal improvisé dans la lutte gigantesque qu’elle eut à soutenir contre de formidables ennemis » et plus nettement encore : « recherchons surtout quelle fut, durant cette période belliqueuse, l’influence de l’occupation des Bouches du Blavet et du Scorff par la marine royale sur la cité lorientaise » …à quelle approche plus problématisée rêver ?

Pour rédiger cet ouvrage il a de la chance de s’appuyer sur des documents qui ont aujourd’hui pour la plupart disparu après les bombardements anglo-américains sur Lorient pendant la seconde guerre mondiale. En voici un , très précieux, car il s’agit d’un carnet de l’ordonnateur Clairambault écrit par lui-même en 1709 et annoté par François Jégou

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C’est dans ce document de première importance que sont notamment relatées les séditions féminines encouragées par le recteur Morphy lors des débats préparatoires à l’érection de la paroisse de Lorient en 1709.

Le souci de montrer au lecteur les documents entraîne parfois un un effet pervers : le document prend plus de place que la construction du récit. C’est le cas pour le chapitre intitulé  La Compagnie des Indes Orientales qui compte 26 pages de présentation des documents bruts sur les 31 pages que comporte l’article in François JEGOU, Histoire de la fondation de Lorient, Etude archéologique, Lorient, Lorient, A. Lesnard, 1 vol. in 8°, 1870, 351 p.

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Il s’intéresse également à l’Histoire orale : « Il avait interrogé à loisir pendant de longues années, les derniers représentants de générations aujourd’hui disparues et les traditions orales sur les moindres faits de l’histoire lui étaient aussi familières que les documents les plus rares égarés dans les archives ou livrés jadis à la publicité » in René KERVILER, Le Nouvelliste du Morbihan, 1890. Que sont devenus ces entretiens ? Jean Fruchard, membre de la Chambre des députés de 1831 à 1833, Président du Tribunal  civil de 1834 à 1850 et décédé en 1874 ainsi que son frère ont-ils été sollicités pour ces entretiens ? C’est le cas du neveu du frère de Jean Fruchard qui a été sollicité par François Jégou, comme il le rapporte dans ses Preuves , article 1779 :

« Un frère de M. Fruchard père commanda l’artillerie de la garde Nationale de Lorient pendant la Révolution. Ayant pris des services dans l’armée active, Fruchard parvint au grade de colonel d’artillerie. Il commandait la place de Toul en en 1814 lorsque les Autrichiens se présentèrent devant cette place et sommèrent de se rendre. Le colonel Fruchard répondit que ses canons allaient envoyer sa réponse si l’ennemi tardait à se retirer. Cette attitude énergique sauva Toul. En reconnaissance de cet éminent service, la habitants de Toul offrirent au colonel Fruchard une épée d’honneur. J’ai recueilli ces faits honorables de la bouche du Président Fruchard, neveu du colonel. »

Tous les aspects scientifiques l’intéressent :  » Poivre, l’Intendant de l’Isle de France sous l’administration duquel furent faites pour enlever aux hollandais des graines et des plantes de muscadiers et girofliers des Moluques et en introduire dans nos colonies de l’Inde et aux Iles Bourbon et de France. L’Alréen Provot s’est distingué dans ces tentatives. » in Preuves, Année 1781.

L’histoire industrielle est un autre thème qu’il aborde au travers de la vie de trois entrepreneurs lorientais. Le fil conducteur est la thématique Aufstieg und Niedergang chère aux historiens allemands cf Aufstieg und Niedergang der römischen Welt ou Hans MOMMSEN, Aufstieg und Untergang der Republik von Weimar, 1918–1933, Berlin 1998 ;  c’est-à-dire les concepts d’essor et de chute, ou naufrage, ici  d’une entreprise lorientaise.

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Seignobos déplore en 1901 qu’on ne puisse étudier l’histoire des moeurs. Le juge de paix François Jégou était de par son métier bien placé pour en parler, ce qu’il fait dans Moeurs et crimes au XVIIIe siècle, ouvrage publié par René Maurice en 1939, ce dernier reconnaissant ci-dessous le travail mené par le magistrat.

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Ce fascicule est une histoire de la justice sur un territoire particulier, La sénéchaussée ; une histoire de l’enfermement, des geôliers , Les prisons, dans une perspective hygiéniste typique du XIXe siècle qui aurait réjoui le Michel FOUCAULT de Surveiller et punir, Gallimard, Paris, 1975 ;  l’installation de la potence en dehors de l’enclos de la Compagnie des Indes,  Les bois de justice ; les populations marginales, flottantes et les corps de répression, Le brigandage et la maréchaussée dans l’esprit d’Arlette FARGE qui étudie ces populations à partir des archives judiciaires et policières in Le goût de l’archive, Seuil, Paris, 1989 et Des lieux pour l’histoire, Seuil, Paris, 1997 ; une analyse sociale de Lorient depuis les strates les plus pauvres, les conditions de la prostitution:

« un arrêt du 13 février 1770, un arrêt qui nous paraît aujourd’hui inhumain et barbare : les directeurs de l’hôtel-dieu de Lorient s’accordaient certains droits de surveillance sur les filles grosses et les femmes grosses en interdisant à toutes ces femmes d’accoucher à Lorient sous peine du fouet après qu’elles auront accouché » passant par les mendiants, les ouvriers, les contrebandiers, les soldats et les marins, les aumôniers de vaisseau, les commerçants jusqu’aux nouveaux riches qui font d’un mariage une semaine d’ostentation festive :

« Pendant huit jours les mets les plus rares et les vins les plus exquis, et les plus recherchés étaient prodigués à profusion tandis que des choeurs se succédaient sans interruption. Pendant les nuits, les jardins, les parcs et les appartements étaient illuminés par une quantité prodigieuse de flambeaux de cire blanche in  La population et ses moeurs ;

enfin une analyse des étrangers auxquels sont accolés les juifs et les esclaves – la Compagnie étant un véritable aimant à l’échelle européenne et mondiale – étrangers et juifs étaient tenus de se présenter dans le mois de leur arrivée à l’hôtel de ville. « Le 2 juin 1720 on avait enterré dans le cimetière les corps de trois esclaves de la Louisiane tués dans le château de Tréfaven à cause de leurs révoltes. Tréfaven était à cette époque un dépôt de forçats ». Concernant le statut des Juifs :  « Le 8 octobre 1783, un arrêté ordonnait aux juifs de sortir de la ville dans les vingt-quatre heures ». François Jégou y ajoute un chapitre sur les vols et les meurtres, une thématique qui est en train de passer dans le grand public du XIXème siècle, avec l’invention du roman policier  en 1864 et l’intérêt grandissant pour le fait divers en 1869 in Xavier ROUSSEAUX, Historiographie du crime et de la justice criminelle dans l’espace français, Partie II, de la Révolution au XXIe siècle, Crime, Histoire et Sociétés, n°10-2, 2006, pp.123-161.

Les femmes sont quasi-absentes dans ses écrits, or celles-ci dans un milieu où les maris / marins sont souvent absents doivent apparaître dans d’autres registres que les naissances, mariages et décès.

Une histoire des classes sociales, terme qu’emploie explicitement François Jégou pour la période 1690-1720.  Serait-ce dans une optique marxiste ? Mais des sept classes sociales qui figurent dans le Karl MARX in Les luttes de classes en France 1848-1850, paru en 1850, François Jégou n’en retient à Lorient que quatre, et il n’emploie pas le terme de prolétariat :

celle des officiers supérieurs, dont de nombreux aristocrates, de la Marine royale et de la Compagnie des Indes

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la classe de la bourgeoisie et des artisans aisés,

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la classe de l’encadrement administratif, religieux, judiciaire

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la classe des journaliers et ouvriers

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Quant à la classe des rentiers, elle était inconnue à Lorient selon François Jégou : chacun exerçait un métier une profession un emploi une fonction. Mais quid des veuves propriétaires rencontrées dans ses écrits et quid des Dondel, seigneurs du Faouëdic ?

Il s’intéresse aussi à  l’histoire sérielle. Il met à jour dès 1876 des séries de documents portant « sur le personnel de la marine du département du Portlouis et de l’arsenal royal de Lorient, depuis ses débuts jusqu’à la révolution française », soit un siècle, ce qui donne la possibilité d’étudier l’évolution des trajectoires professionnelles dans l’espace de la rade de Lorient / Port-Louis  sur toute cette longue période de 1690 à 1790.  Il permet également la mise en évidence de la hiérarchie des emplois portuaires d’officiers entretenus par le Roi et fondée sur la valeur des  appointements réglés par le monarque, comme en témoigne la liste ci-dessous datée de 1695 :

Cébéret, Commissaire général de la marine, 6000 livres par an ; Chamillard , Commissaire au Bureau des classes, chargé du détail du port, 2400 livres; Renault, Commissaire aux soldats et aux vivres et hôpitaux, 2400 livres ; Barilly, Contrôleur, 1800 livres ; De Beauregard , capitaine de port, 1800 livres ; Allain Quentreg, lieutenant de port, 1000 livres; Delalane, garde-magasin, 1200 livres ; Du Trion, commis de Céberet, 1000 livres ; Le Roy de la Potterie, écrivain principal aux ateliers de l’arsenal, radoub, magasin général, corderie, mâture et forges, 800 livres ; Ambroise Le Vasseur, écrivain ordinaire pour servir à la mer, et à la suite des bataillons et pour remplacer les fonctions qui vaqueront dans le port, 600 livres ; Jouvant, autre écrivain ordinaire aux ateliers de l’arsenal de Lorient, 600 livres ; Marié, idem au radoub à Lorient, 600 livres ; Fournier, idem à l’hôpital et au Portlouis, 600 livres ; Michel, idem au contrôle à Lorient, 600 livres ; Berger , commis aux classes servant au magasin général de la marine à Lorient, 800 livres ; La Roque, chirurgien major, 900 euros ; de Merville, Prévôt de la marine, 900 livres , soit un total de 24 000 livres.

Etat des écrivains, chirurgiens, maîtres d’ouvrages et autres bas-officiers choisis par le Roi pour être entretenus extraordinairement dans le port et arsenal pendant l’année 1695:

Aumônier du port, Charles Chambon, 600 livres ; Sercin, commis aux classes servant au bureau dans le port, 800 livres ; Bigot, commis aux classe, 600 livres ; Mineray, écrivain aux hôpitaux, vivres et soldats, 600 livres ; Vabois, aide garde-magasin, 600 livres ; De la Cureture, autre écrivain servant au bureau de l’Ordonnateur, 600 livres ; La Placelière, écrivain servant au magasin général, 480 livres ; Marin, autre écrivain au magasin général, 480 livres ;  Chalons, écrivain pour servir à la mer, 600 livres ; Latour, idem, 480 livres ; Biet, idem, 480 livres ; Cossé, écrivain au Bureau des ouvriers et recettes des bois, 600 livres ; Du Bois, idem, 600 livres ; De Lasse, autre écrivain au bureau des classes, 480 euros ; Latouche, écrivain, 480 livres ; Maupas, autre écrivain servant à la corderie, 600 livres ; Pierre Coulomb , maître constructeur, 1200 livres ; Amourette, sculpteur, 900 livres ; Nicolas Léger, maître voilier, 600 livres ; Mottelonde, maître mâteur , 600 livres ; Belz, aumônier de l’hôpital, 480 livres ; Du Fay, chirurgien servant audit hôpital, 480 livres ; Cordier, apothicaire, 360 livres ; trois archers de la marine, 1080 livres, une approche très fine de l’encadrement portuaire et ce ainsi de suite, année par année, sur un siècle..

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Fidèle à sa tradition de chercheur systématique François Jégou joint à ces travaux la liste des vaisseaux construits et armés à Lorient de 1690 à 1720 ainsi qu’une table nominative alphabétique.

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Un travail fondateur qui sera mené plus d’un siècle après par René Estienne en 1996

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François Jégou était-il franc-maçon ? L’une des premières études relatives aux rues et propriétés de Lorient s’ouvre sur l’emplacement de la Loge des Françs-maçons au 1 rue du port à Lorient. C’est peu probable chez ce catholique pratiquant eu égard au combat que menaient les loges contre l’influence religieuse et plus particulièrement celle de la religion catholique à la fin du XIXème siècle. Les plans ci-dessous montrent qu’il avait commencé à rassembler des documents dans le cadre d’une histoire des rues ou peut-être d’une histoire urbaine. Que signifient les flèches ? Montrent-elles la circulation possible dans les lots ? Ou tout simplement le lien de propriété entre la maison et les lots construits et non-construits  ? Ces dessins s’accompagnaient-ils d’une liste des propriétaires des différentes parcelles ? Si nous n’avons pas retrouvé à ce jour la liste de ces propriétaires, nous pensons avoir trouvé l’origine de ces plans : ils sont issus du cadastre napoléonien de la ville de Lorient. Croisés avec les données que possédaient les administrations de Lorient à l’époque, il y avait moyen de reconstituer intégralement le Lorient des années 1860.

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Il préparait une suite à l’histoire de Lorient pour la période de 1720 à la fin de l’époque révolutionnaire. En témoignent les nombreuses fiches qu’il avait remplies pour cette période, mais la mort l’a frappé avant qu’il ait pu terminer cet ouvrage. Les éléments sur la période révolutionnaire sont fort peu nombreux, mais cet infatigable collecteur avait quand même commencé à les rassembler.

fiches 1793 1@copyright Archives particulières

fiches 1793@copyright Archives particulières

Un exemple des archives personnelles qu’avait commencé à constituer François Jégou pour son futur chapitre Lorient pendant la période révolutionnaire : une adresse en français et en breton de la Société populaire du port de la liberté ( Port-Louis) aux citoyens marins de l’armée navale du 14 octobre 1793, impr. Lorient, Veuve Baudoin, 10 rue du port.

adresse revolutionnaire 1793

@copyright  Archives départementales du Morbihan 54 J art 20

Ou encore un Recueil des actions héroïques et civiques des républicains français destinées aux armées de la campagne du Rhin, aux sociétés populaires, aux municipalités et aux écoles de la République, l’an II de la République Une et Indivisible,

décret convention

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Ou un document manuscrit dont nous entamons la retranscription ci-dessous:

 » Rapport  sur l’Orient , commune montagnarde, par Marc-Antoine Jullien, Commissaire du Comité de Salut Public de la Convention Nationale. Voir à ce sujet la partie 7. Quelques thématiques abordées par François Jégou, le chapitre 12 consacré à Lorient et la Révolution.

Lu en séance de la Société Populaire et Montagnarde de l’Orient, le décade 10 Nivose de l’an II de la République Française, ( 30 Décembre 1793 ), une et indivisible, et imprimé par ordre de la Société

La Convention nationale, citoyens, a chargé son Comité d’Instruction publique de recueillir tous les essais de dévouement à la Patrie, auxquels la Révolution a donné naissance, et de réunir dans un seul et même cadre le tableau des scènes touchantes, dont les différentes Communes de la République ont successivement été les théâtres. C’est aux Sociétés Populaires qu’est réservé de remplir cette tâche glorieuse, et bientôt les Annales de la République Française n’auront plus rien à envier aux Annales de la Grèce et de Rome. Vous avez désiré vous associer à ce bel ouvrage; et , comme votre Commune a été aussi témoin de scènes vraiment républicaines, vous avez voulu que le récit pût en être transmis à la Convention, et que le rapport de mes opérations à Vannes, avec le Représentant du Peuple, Prieur de la Marne pût être suivi du Rapport de mes Opérations à l’Orient, avec son collègue Tréhouart.

En vous traçant les détails des heureuses journées qui ont signalé la régénération de votre Commune, je vous présenterai moins notre ouvrage que le Vôtre, et peine à pouvoir offrir un hommage public aux services qu’a rendus cette Société, où la constance générale d’un petit nombre de Montagnards  a déjoué les projets liberticides des sectateurs du Fédéralisme ; il en existait , Citoyens, même dans vos murs ; et si j’avais dès le jour de mon arrivée, entendre retentir les cris de Vive la Montagne ; si l’expression fortement prononcée de principes Républicains et anti-Fédéralistes, avait reçu les plus vifs applaudissements dans votre enceinte :

à la Maison Commune qui n’était pas encore la Maison du Peuple, une différence de sentiments bien marquée avait éclaté dans la différence du langage ; j’avais vu, d’un côté, la Municipalité, de l’autre , la Société Populaire, et l’Assemblée des Magistrats du Peuple ne m’avait point offert de spectacle touchant qui m’avait frappé dans la réunion des Amis du Peuple. Le contraste ne m’étonna point, presque partout je l’avais remarqué ; il m’apprit seulement que la Loi Générale, qui frappe de destitution toutes les autorités corrompues, devait avoir ici son application particulière, et que le Peuple était mûr pour la sanctionner.

Je commencerai par la séance où la dénonciation franche et publique contre la Municipalité provoqua son renouvellement ; vous veniez d’installer, au milieu de tous, les bustes de Marat et de Pelletier ; vous aviez entendu leur oraison funèbre ; vos yeux s’étaient ouverts sur les calomnies dont leurs noms avaient longtemps été flétris ; vos coeurs avaient reçu avec avidité le souvenir touchant qu’on vous avait retracé de leur dévouement à la Patrie, et vos mains avaient applaudi avec enthousiasme à leur éloge. La Couronne civique, posée sur leurs têtes, avait été le gage de la reconnaissance populaire.

Un si beau jour, qui donnait à juger des progrès de l’esprit public devait éclairer une opération plus belle encore, et plus utile au peuple ; la Municipalité devait être destituée. Le Représentant Tréhouart avait été présent à la dénonciation ; il consulta le peuple, dont la réponse fut franche et vraie ; il proclame l’exécution de la Loi, et cet acte de justice fut sanctionné par des acclamations unanimes. Les Municipaux, témoins des inculpations faites contre eux, n’eurent rien à répondre, et demandèrent un délai pour se justifier ; mais ce délai n’eut rien pu changer à leur conduite ; les faits étaient connus, le Peuple avait parlé ; les Assemblées Primaires furent de suite convoquées, pour s’occuper de la nomination d’une Municipalité nouvelle. Il appartenait à la Société Populaire, qui avait garanti le Peuple de l’erreur, provoqué la destitution des Magistrats coupables, de l’éclairer dans des nouvelles élections et de prévenir les menées de la cabale qui aurait voulu rendre vain l’effet de la destitution prononcée. Le mode de réélection laissait encore des ressources à l’intrigue, toujours active et féconde en moyens pour égarer le Peuple (…)

Quel dommage qu’il n’ait pas envoyé quelques-uns de ses articles dans une revue à diffusion nationale comme La Revue historique de Gabriel Monod, sa postérité en eût certainement été changée.

 

6 Courants historiographiques et approche épistémologique