2. L’univers des femmes

 

 Les femmes dans l’oeuvre de Chaillou.

 

 

Voici une Marie-Antoinette dans sa prison au temple ! Ou tout simplement une aimable et délicieuse personne qui a un message à faire passer.

Les détails de la broderie, la densité des motifs fleuris sur l’épaule, la couleur bleue qui descend sur les épaulières. Les femmes portaient des mitaines noires si elles étaient mariées, blanches si elles étaient célibataires.. Le visage indifférent…

 

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Portrait de femme en habit du XVIIIe, Huile sur Toile, 73 x 53 cm, 1893 © Musée de Pontivy

 

 

La gigantesque coiffure que porte cette femme encourage le tout un chacun à lui porter secours. Du taffetas, de la soie, un turban coloré, une plume, deux pinces pour arrimer le tout. Un bijou qui est suspendu à l’oreille gauche, de ravissants cheveux à l’anglaise un vêtent de velours avec un collier d’or splendide. Un décolleté qui laisse voir une grande partie des épaules. On ne peut qu’être impressionné ! Un visage d’une femme de trente ans, voire plus qui nous regarde sans baisser les yeux. Une peinture de commande ou une pure invention ? De l’humour ou de la satire. On reste admiratif.

 

 

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Portrait de femme de qualité au turban de soie et plume, Huile sur Toile, 81 x 65 cm, 1905 © Gazette Drouot

 

 

La femme de Decombe, Conservateur du musée archéologique de Rennes. Les personnages représentés sont souvent des gens ordinaires, des membres de la bourgeoisie moyenne. L’accent est mis sur le visage et la chevelure. Elle a l’air indulgente, le visage est en avant, avec deux bonnes joues et un léger sourire. Le reste est anecdotique. Mme Decombe est représentée comme elle devait l’être, au plus près de la vérité. Le peintre ici évite la caricature. C’est un tableau réalisé pour remerciements. Elle tient à être une maîtresse de maison commode et indulgente, la femme fidèle à son mari. Elle lui fait oublier les problèmes quotidiens. C’est elle qui préside aux domestiques, choisit les repas, etc.

 

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Portrait de Madame Decombe, Huile sur Toile, 73 x 53 cm, 1892 © Musée de Pontivy

 

 

 

Cette jeune fille a l’air renfrognée. Visiblement elle ne se plaît pas à sa place  et son visage nous le montre : bouche esquissant une moue, yeux rêvant d’être ailleurs. Nous avons un grand bougeoir au fond et assise sur une chaise, notre petit bout de femme. Elle porte une coiffe blanche parée de deux fines cordelettes noires, coiffe de toile de lin très fine et très blanche souvent utilisée pour la confection des coiffes anciennes, enveloppant la tête de telle façon qu’on distingue très peu ses cheveux, avec des lacets blancs qui tombent de part et d’autre sur la poitrine – les vêtements traditionnels bretons sont de plusieurs formes : de travail, du dimanche ou de cérémonie – sur les épaules une manche de velours ou une cape de soie noire, un gilet mode Pourleth avec ses deux rangées de boutons ouvrant délicatement sur un corsage noir, un gilet noir qui va jusque aux mains qui ne paraît pas brodé et une robe de tissu gris poussant sur le noir avec dessous bien d’autres combien ? de tissus qui s’amoncellent pour la protéger du froid de l’église, et on imagine aux pieds des bottines lacées qui la protègent du sol. Voilà une jeune fille diablement séduisante.

Elle tient deux bougies à la main. Que va-t-elle en faire ?

 

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Jeune femme au cierge, Huile sur Toile, 73 x 53 cm, 1890 © Vente, 19 décembre 1993

 

 

 

La peinture de genre était fort prisée de la seconde moitié du XIXe siècle aux années 1930, détrônant la peinture d’histoire. Elle faisait l’objet d’un enseignement à part dans les différentes académies des beaux-arts européennes.

Voilà une femme au costume et à l’aspect différents. Coiffée court ou porte-t-elle un chapeau ? Une robe d’un seul tenant. De soie. Elle porte un long pendant à l’oreille et une broche sur le poitrine. Ses bras nus indiquent que nous sommes en été. Elle apparaît comme ironique, mais ses yeux le démentent, sévère et inquisiteurs.

 

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Portrait de jeune femme assise, Huile sur Toile, 73 x 60 cm, 1894 © Musée de Pontivy

 

Les autres créations de Narcisse Chaillou

Narcisse Chaillou 1837 1916, Bouquet de Fleurs, Huile sur Toile, 42 x 54 cm, 28 mai 1893 ©

 

 

Brune, les cheveux relevés en chignon, qui montre que la jeune fille est d’un naturel sage, elle a ses vêtements repoussés sur le bas des épaules et nous montre des seins presque nus. On ne voit pas ses tétons. Elle ne nous regarde pas. Indifférente, mais une trace de rougeur sur le visage, elle porte un long stylet à sa bouche. Symbole du sexe de l’homme ?

La technique marche de pair avec la sensibilité, permettant aux peintres de scènes de genre de transformer des moments conventionnels en scènes captivantes et riches en significations. A comparer avec la jeune fille et les cierges.

 

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Portrait de deux jeunes filles, l’une décolletée, Huile sur Toile, 64 x 80 cm, 1897 © Musée de Pontivy

 

 

Moins brune que la précédente, cette fille arbore un coiffure avec de jolies boucles. Ses sourcils, ses yeux et son nez sont parfaits. Elle a un regard lointain. Son visage dénote une réflexion Elle paraît perdue dans ses pensées. Sa bouche est merveilleusement dessinée. Elle porte un collier de soie autour du cou. Le vêtement transparent ne cache rien de ses seins.

 Qui est-ce ?

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Portrait de deux jeunes filles, l’autre portant un ruban noir autour du cou, Huile sur Toile, 64 x 80 cm, 1897 © Musée de Pontivy

 

 

 

Le peintre peut créer des atmosphères spécifiques et mettre en valeur certains éléments de la scène, ici les différents objets devant un fond uniforme et sombre. Les artistes de la peinture de genre utilisent souvent la lumière, celle-ci provient de la gauche. Une nature morte, avec un livre, plutôt des écrits, ouvert, avec des pages écornées, l’ombre et la transparence de la page, l’ombre projetée, une pomme, une poire, du pain, un couteau, une serviette. Le pain est le symbole de la vie.

La pomme est l’image de féminité et de volupté. Elle est, comme tous les fruits, un produit vivant, à l’origine de joie et de plaisir. Présente sur toutes les tables en signe d’hospitalité, elle témoigne de la générosité de la nature. La poire, quant à elle, est symbole de prospérité, son fruit très agréable à manger est d’une grande douceur. Le couteau symbolise la division, le sacrifice, la mort. Par contre la serviette peut symboliser la protection et le réconfort, nous enveloppant de sa douceur et de sa chaleur.

La fabrication du pain combine les 4 éléments alchimiques :  la terre, les grains, l’eau pour malaxer la pâte, l’air, l’action du levain qui aère le pain, le feu, la cuisson. C’est un beau pain, la mie est à la fois légère et la croûte bien grillée.

 

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Nature morte, Pain, Pommes et Poire, Livre, Huile sur Toile, 60 x 82 cm, s.d. © Vente Mons Antic,

 

 

Autres oeuvres de Narcisse Chaillou

Narcisse Chaillou 1837 1916, L’arrestation, Huile sur Toile, 36 x 56 cm, 1890 © Musée de Pontivy

 

 

Le peintre de genre doit transmettre subtilement les émotions de la personne présente sur la toile.

Le portrait est peint de côté. Seuls le visage et le chapeau sont tournés vers nous. Chapeau à plume, un couvre-chef qui ajoute la légèreté des envols dans une manière de nid,  aux trois strates de l’immense béret en feutrine, avec une queue qui lui retombe au milieu du dos. Le portrait est de profil, quelle poitrine ! Le visage, celui d’une femme de quarante ans nous scrute. Les yeux, perçants, sont dans l’ombre du galure, le nez busqué, le menton et la pommette joufflues.  C’est un début d’étonnement et de surprise qui apparaissent sur la physionomie de cette personne. Reconnait elle quelqu’un ? A-t-elle déjà vu cet homme ? Un ancien amant ?

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Femme au chapeau à plumes, Huile sur Toile, 91 x 53 cm, 1898 © Musée de Pontivy

 

 

Certaines peintures de genre contiennent des symboles ou des allégories qui ajoutent une dimension supplémentaire à l’œuvre.

Devant un fond couleur de couleur verte, debout, se tient une palette de peintre. La Table est recouverte d’un tissu bleu avec des taches de couleurs en liaison avec les couleurs jaune et rose ou rouge posées sur la palette. A droite due la palette, on remarque un pot gris recouvert de zinc. A quoi sert-il ? Mystère.

Dans les rituels amoureux, les chandelles sont utilisées pour créer une ambiance intime et propice à la connexion, mais ici elle est éteinte. Les bougies blanches symbolisent la pureté. Posé sur les partitions de musique, le violon indique, alors qu’il est immobile, un état de perfection et la difficulté d’en maîtriser le long chemin qui mène à sa maîtrise partielle ou totale.

 

 

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Nature morte au violon et à la partition de musique, Huile sur Toile, 41 x 29 cm, 1859  © Vente Euvrard Fabre, lot 58

 

 

L’ensemble de la scène baigne dans une couleur bleue, allant du fond de la pièce aux vêtements de la jeune femme. avec comme couleur idoine ce même bleu qui irradie toute la scène. Le bleu comme couleur froide, triste. Il s’agit d’une femme de trente ans aux cheveux bruns plaqués autour du visage

Cette femme, forte, dont les yeux expriment un sentiment de tristesse, un sourire mélancolique à la bouche, présente par opposition une robe avec des noeuds de retenue sur les épaules, avec une transparence pour les bras et décolleté profond avec un tissu blanc, une sorte de balconet qui ne demande qu’à être enlevé.  Elle semble être amèrement déçue par le temps qui passe. Par l’être aimé qui s’est évanoui.

 

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Portrait de femme, Huile sur Toile, s.d., 1890 © Conservation des Antiquités et des Objets d’Art

 

 

Autres oeuvres de Narcisse Chaillou

Narcisse Chaillou, L’assistance publique à Paris, Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 1873 © Salon de Paris

Narcisse Chaillou 1837 1916, Composition aux fleurs, Huile sur toile, 33 x 24 cm, s.d. ©

Bonne étude, mais modeste carte de Salon

Narcisse Chaillou, Portrait de M***, Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 1878 © Salon de Paris

Narcisse Chaillou, Portrait de Mlle C…, Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 1882 © Salon de Paris

Narcisse Chaillou, Portrait de Mme L., Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 18 ©

Narcisse Chaillou, Portrait de Mme D., Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 18 ©

Narcisse Chaillou, Portrait de Mme G., Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 18 ©

Narcisse Chaillou, Portrait de Mlle H., Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 18 ©

Narcisse Chaillou, Portrait de Mlle R., Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 18 ©

Narcisse Chaillou, Portrait de Mlle S., Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 18 ©

Narcisse Chaillou, Portrait de Mme Chaillou, Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 18 ©

Narcisse Chaillou, Portrait de Mme B., Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 18 ©

Narcisse Chaillou, Portrait de Mlle C., Huile sur Toile, 50 x 82 cm, 18 ©

 

 

Un bouquet de fleurs, c’est le pot qui mérite toute notre attention

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Bouquet de fleurs, Huile sur Toile, 42 x 54 cm, 23 mai 1893 © France-Estimations

 

 

Autres oeuvres de Narcisse Chaillou

Narcisse Chaillou 1837 1916, Composition à la coupe de raisins, Huile sur Toile, 36 x 56 cm, 1890 ©

 

 

 

L’élaboration d’une scène de genre exige une maîtrise technique impeccable, ici les roses et les bleus forment la majorité des tons pour animer cet espace. La lumière provient de la droite et illumine le personnage central. Les artistes doivent non seulement représenter fidèlement les scènes, mais aussi transmettre subtilement les émotions, les atmosphères, ici de douceur. La technique va de pair avec la sensibilité artistique, de transformer des moments banals en scènes captivantes et riches en significations.

Une femme debout porte deux enfants, tandis qu’assises derrière elle, chaque mère porte un enfant sur ses genoux, ou le tient dans position verticale, face à elle. L’une d’entre elles allaite son enfant. La femme debout va installer les deux enfants – dont l’un ressemble à une poupée – sur une table, disposant à côté d’elle d’un bac d’eau et un linge posés sur une chaise. On suppose qu’elle va monter comment déshabiller l’enfant, le laver, puis le langer. La scène a l’air calme malgré les cris des enfants que l’on peut supposer dans cette pièce.

 

Narcisse Chaillou 1837 1916, Femmes et bébés à Rennes, Huile sur Toile, 53 x 73 cm, 1890 © Musée de Pontivy

 

 

Autres oeuvres de Narcisse Chaillou

Narcisse Chaillou 1837 1916, L’assistance publique à Paris, Huile sur Toile, 53 x 73 cm, 1869 ©

 

 

2. L’univers des femmes