1. Une concentration importante de blocs de pierre

La lande de Haut-Brambien : s’agit-il d’un des premiers plans-masses d’un ensemble mégalithique ? Que remarque-t-on sur le relevé proposé par Joseph Mahé ?

1 Une concentration importante de blocs de pierre.

11 Le dénombrement des blocs.

Sur le document (6) on compte près de 400 blocs de pierre. Il en manque 1600 à l’appel si l’on se réfère au décompte qu’en fait l’auteur «placée au milieu de deux mille autres dignes de fixer l’attention (7)».
Ces pierres sont placées côte à côte sur le document, mais sur le terrain Mahé parle d’une tout autre disposition «les blocs y sont entassés pêle-mêle et dans le plus grand désordre (8) », ce que ne met pas en évidence le relevé : on a l’impression de pierres qui seraient disposées les unes à côté des autres, souvent parallèlement, ce qui est loin de donner l’expression d’un entassement.

12 L’orientation des pierres.

295 pierres sont orientées nord-ouest sud-est, soit près de 75 %, 72 orientées ouest-est, soit près de 18 %, 21 sont orientées nord-est sud-ouest, soit près de 5 %, 8 orientées nord-sud, soit 2 %.
L’écrasante majorité des pierres de ce schéma est donc orientée nord-ouest sud-est. Mais cette orientation est-elle réelle ? Cet alignement dans une même direction est en contradiction avec la description de Mahé qui parle du plus grand désordre quant à leur agencement. Des choix ont-ils été faits par le ou les auteurs de ce document ? Si oui, pour quelles raisons ?

En tout cas elle ne correspond pas à l’orientation dominante de Carnac, «Les alignements de Carnac (Le Menée, Kermario, Kerlescan, Le Petit Menée) se succèdent sur plus de quatre kilomètres, selon une direction générale sud ouest-nord est (9) ». Par contre, elle correspond à la même orientation que celle des menhirs abattus de Belz «la majorité a été abattue dans une même direction : un axe nord-ouest/sud-est (10) “, qui conclut à «la probable destruction des menhirs de Belz au IIIe millénaire avant notre ère (11) », mais encore faut-il que les pierres du Haut-Brambien soient d’origine mégalithique …

2 La typologie des pierres.

Mahé classe les pierres selon qu’elles soient verticales ou couchées.
Quatre lieux où se trouvent des pierres verticales sont indiqués sur le document. Il dénombre au total sept menhirs : un menhir en A, au nord du village de la Bande et du bois de Cauzo, quatre en F au nord-est, un en G à l’est et un en H situé tout près du village de la Bande, également au nord de celui-ci.

Les pierres couchées constituent donc l’immense majorité des pierres figurant sur le plan-masse.
Selon le chanoine, certaines «pierres gisantes affectent une forme circulaire et qui paraissent avoir formé un Cromlech (12) ». Ceci apparaît sur le plan, à l’endroit indiqué I.

3 Les dimensions importantes des pierres.

On distingue sur le croquis une grande pierre en C, des pierres de taille moyenne et d’autres plus petites. Selon Mahé, «Leur longueur commune est de douze à dix-huit pieds … plusieurs en ont vingt ou vingt-quatre… On en voit un qui couvre au moins trente pieds de terrain de sa longueur et dix de sa largeur (13) ».
Procédant à une comparaison avec Carnac, il remarque que ces pierres dépassent et de loin en longueur les plus grandes pierres des célèbres alignements : «Les plus hautes fichades de Carnac ont à peine vingt pieds de hauteur (14) ».

4 Les signes relevés sur les pierres.

LE SILENCE DES PIERRES DISPARUES

Sur une autre planche (15) de son Essai Joseph Mahé mentionne la présence de signes sur les blocs de pierre.

5 Un amoncellement de pierres confirmé par les voyageurs et chercheurs au XIXe siècle.

Cayot-Delandre décrit le lieu en 1847 : «La lande dite de Haut-Brambien présente un si grand nombre de blocs de pierre dans un périmètre de 7 à 8000 mètres (…) Ce lieu, fort peu visité et par conséquent peu connu, est véritablement remarquable par le nombre, les dimensions et la disposition des blocs énormes qui en jonchent le sol. On estime à deux mille le nombre de ces pierres. Peu d’entre elles sont verticales ; presque toutes sont renversées ou n’ont peut-être même jamais été debout. On y trouve en grande quantité de ces pierres excavées qui sont si nombreuses sur certains points de la lande de Lanvaux. Les parties les plus élevées du terrain sont celles où les blocs sont le plus pressés (16) ».

Alfred Fouquet signale en 1854 qu’«entre le bois de Misny la forêt de Guesno et le bois de Brambien on ne trouve que monuments détruits, pierres levées ou monuments renversés, autels brisés, blocs énormes dispersés, sans nom et sans destination connues, mais dont l’ensemble présente à l’oeil étonné un spectacle étrange dans un pays encore plus étrange encore car du Haut-Brambien, aussi loin que la vue peut s’étendre à l’ouest, on ne voit que des landes vastes et improductives (17) ».

Dans la description de son voyage de 1869 qui le fait passer successivement par Peillac, puis par Saint-Gravé, une expression utilisée par Demars pour décrire les amoncellements de pierres montre l’intensité du chaos pierreux, «nous approchons de la lande de Lanvaux, semée de pierres remuées (18) ». Il ajoute qu’il sort de Saint-Gravé, puis quitte la route de Malestroit pour prendre à gauche celle de Rochefort.

On n’est donc pas très loin du Haut-Brambien. «On atteint un énorme retranchement remarquable par la position qu’il occupe sur un point culminant. De là vers l’ouest jusqu’où la vue peut s’étendre sur cette lande de Lanvaux, triste, monotone, sans arbres, sans abris, apparaissent une énorme quantité de pierres arrondies ou anguleuses (19) ».

Au vu de cette description précise, que l’on peut suivre sur une carte topographique, Demars est allé sur le terrain et il atteste qu’en 1869, cette partie de la lande, dont le Haut-Brambien était recouverte d’amoncellements de pierres comme l’avait rapporté Mahé.


6  Joseph MAHE, op.cit., 1825, planche V.
7  Joseph MAHE, op.cit., 1825, p. 177.
8  Joseph MAHE, op.cit.,1825, p. 175.
9 Dominique SELLIER, Analyse morphologique de la marque des météorisations des granités à partir des mégalithes morbihannais. L’exemple de l’alignement de Kerlescan à Carnac, in Revue archéologique de l’ouest, tome 8, 1991, p. 84.
10 Stéphane HINGUANT, sous la direction de, La face cachée des menhirs abattus : les alignements de Belz, article en ligne, site de l’INRAP, publié le 30 septembre 2009, mis à jour le 13 juin 2012.
11  Ibidem
12  Joseph MAHE, op.cit., 1825, p. 176.
13  Joseph MAHE, op.cit., 1825, p. 175.
14  Joseph MAHE , op.cit., 1825, p. 174.
15  Joseph MAHE, op.cit., 1825, planche II, figure 3.
16  Alexandre CAYOT-DELANDRE, Le Morbihan, son histoire et ses monuments, Vannes, Cauderan, 1847 p. 289 et 290.
17  Alfred FOUQUET, Guide des touristes et des archéologues dans le Morbihan, Cauderan, 1854, p. 63 et 64.
18  J.DESMARS, Redon et ses environs, Guide du voyageur, Guihaire Libraire-Éditeur, Redon, 1869, p. 155.
19  J.DESMARS, Redon et ses environs, Guide du voyageur, Guihaire Libraire-Éditeur, Redon, 1869, page 156.

1. Une concentration importante de blocs de pierre