Bouquet 26 Les relations de Michel Bouquet avec Edouard et Tristan Corbière

 

 

2 Les relations de Michel Bouquet avec Edouard et Tristan Corbière

Comment le peintre Michel Bouquet âgé de 53 ans en 1860 au moment où il s’installe à Roscoff pour l’été et le poète Tristan Corbière âgé de 15 ans en 1860 ont-ils pu se rencontrer et nouer une relation durable, de 1863 à 1875, mais ambivalente ?

Par l’intermédiaire du créateur du roman maritime, Edouard Corbière.

 

En effet, pendant 15 ans Michel Bouquet a fréquenté  – et ce de manière intime  –  la famille Corbière, dont Edouard, le père de Tristan, avait épousé Marie-Angélique-Aspasie Puyo, soeur d’Edmond Puyo, ce dernier étant également un ami de Michel Bouquet.

Mais si nous disposons de nombreux renseignements sur la vie du père, Edouard Corbière, que savons-nous réellement de la vie du fils Tristan Corbière ?  Pratiquement rien, surtout sur sa vie à Roscoff, où il réside quand même 10 ans, de 1863 à 1873, face à la maison de Michel Bouquet.

Second problème, les analyses dont nous disposons sont souvent contradictoires. Contradictoires car Tristan Corbière se cache derrière plusieurs rideaux de théâtre : le premier rideau de la dissimulation dont se revêt Tristan lui-même dans ses écrits et envers les autres par l’apparence qu’il se donne, le second rideau tiré par sa propre famille qui en donne une image très lisse dès sa mort : « Non, Tristan n’a pas été un poète maudit ».

Troisième rideau tiré sur le personnage, le nombre d’ouvrages postérieurs consacrés à Tristan qui est considérable renforce paradoxalement l’opacité de la personnalité  de Tristan Corbière. Si les approches littéraires faites du poète sont très diverses sur le plan des sources, souvenirs familiaux, mémoires et anecdotes d’amis qui l’ont connu et fréquenté – très peu Battine et sa maîtresse – et par le biais analytique choisi,  linguistique, sémiologique, symbolique, poétique, les aficionados sont nombreux et n’ont souvent que yeux de Chimène pour leur héros,  faisant preuve d’une admiration sans nuances, renforçant en cela la lisséité familiale.

Cette Tristanomanie fait qu’une simple lettre du poète peut aujourd’hui être vendue à plus de 46 000 euros.

Quelles relations Michel Bouquet et Tristan Corbière ont-ils entretenue ?

Dans quelles circonstances Michel Bouquet a -t-il fait connaissance avec son père, Edouard Corbière ?

 

1 Michel Bouquet et Edouard Corbière : quatre possibilités de rencontre

11 David d’Angers et sa famille au salon de 1835

12 La France maritime 1837

13 Le Havre 1856

14 Roscoff après la construction du chalet de Michel Bouquet au début des années 1860

Il est invité de manière intime

 

2 Michel Bouquet et Tristan Corbière : une relation ambivalente

21 Quand a-t-il pu faire la connaissance de Tristan Corbière ?

22 Deux personnalités fortes et radicalement différentes, sauf une certaine forme de sensibilité cachée

Ce qu’aiment les afficiionados de Tristan c’est l’apparence de marginalité qu’il se donne que l’on confond souvent avec modernité alors qu’ a contrario Michel Bouquet est quelqu’un de convenable, de

Il partagent le même goût des vers de Virgile A un Juvénal de Lait  A l’Etna « Sicelides Musae, paulomajora canamus » Virgile

littérature La Landelle qui par ses vers est un anti Brizeux, ami de Bouquet

23 Des relations ambivalentes, entre attraction et rejet

 

3 La formation picturale de Tristan Corbière et Michel Bouquet

41 Michel Bouquet ? très peu

42 Les milieux artistiques de Roscoff, Michel Bouquet et Tristan Corbière

43 Tristan Corbière et Jacques Callot

 

 

4 Michel Bouquet, Tristan Corbière et leurs relations avec les femmes

Qu’est-ce qui fait exiler Tristan Corbière à Roscoff ? Une femme, Christine

Qu’est-ce qui fait partir Tristan à Paris ? Une femme…dépendance de la vie de Tristan Corbière vis-à-vis des femmes

31 Les femmes de Michel Bouquet et de Tristan : chacun connaît les relations amoureuses de l’autre à Roscoff

311 Les femmes de Michel Bouquet

312 Les femmes de Tristan Corbière ou les déboires de l’amour

Hors sa mère, Christine, la femme d’Edmond Puyo, l’amour interdit

Sa domestique

Un couple à trois

32 Jugement de Tristan Corbière sur la relation de Bouquet et Véronique: le paradoxe

L’homme qui va vivre à trois reproche à Bouquet son non-mariage avec Véronique

33 Ivresse prostituaire

 

5 Un dandy bohème qui traverse les milieux artistes du Paris des années 1872-1873 ?

51 L’appartement de Tristan est situé dans un des coeurs du Paris artistique, à mois de

52 Les Puyo ont leurs entrées dans le monde artistique parisien

53 Tristan Corbière et les peintres parisiens

54 Bouquet pouvait le mettre en relation avec ce qui se faisait de mieux sur le plan littéraire et pictural : il ne l’a pas fait ou Tristan ne l’a-t-il pas voulu ?

 

54 Ivresse relationnelle de la Bohême ? Non Bouquet fréquente Murger

55 A cause de l’Ivresse prostituaire de Tristan ? Bouquet est un peintre, il les a fréquentées

Une autre raison qui fait que Bouquet ait mis un sas entre les milieux honorables qu’il fréquentait et Tristan ? Que peut-on envisager ?

après tout Baudelaire ne fréquentait-il pas la dont la soeur avait occupé précédemment l’appartement de Tristan 10 rue Frochot ?

6 Pourquoi le choix de Verlaine s’est-il porté sur Tristan Corbière ? Ecce homo ?

61 Tous beaux

62 Mon Battinet

A toi mon Battinet

Ce fier bouquin qui n’est

Que notre essence vraie

Sois Tristan comme moi

De tout sans nul émoi…

Libre de toute ivraie

Pas de dédicace à Herminie Marcelle

63 Marcelle n’est pas Herminie, mais Battinet

64 Qui apporte l’oeuvre de Tristan à la connaissance de Verlaine ?

65 Tristan a-t-il eu l’occasion de rencontrer Verlaine par l’entremise de Desboustins ou dautres ?

Préface de L.V. Dans les Amours jaunes de 1903

 

 

1 Michel Bouquet et Edouard Corbière : quatre possibilités de rencontre

Le courant ne pouvait que passer entre les deux hommes. Edouard a beaucoup de points communs avec Michel Bouquet.

 

Edouard Corbière dans les années 1830

Portrait d’Edouard Corbière 1793 1875,  Le Négrier, Aventures de mer, Frontispice, Paris, 1834, Tome 1 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

C’est un breton, un homme aux mille métiers, un marin, un journaliste et surtout un écrivain, voilà amplement de quoi les rapprocher.

Une très forte personnalité, n’ayant peur de rien. En témoignent ses pamphlets et ses passages devant les tribunaux pour son ironie mordante sous Louis XVIII

 

Edouard Corbière, Le Dix-neuvième siècle, Satire politique, Paris, 1819 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

C’est également un homme engagé dans des combats contre l’esclavage qui lui valent l’inimitié de certains milieux marchands portuaires

Une description précise et sans concession de la traite sur les navires embarquant des ports français

Edouard Corbière, Précis sur la traite des noirs, Paris, 1823 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Un combat qui débouchera sur l’écriture d’un roman qui le rendra universellement connu : Le Négrier

Edouard Corbière, Le Négrier, Aventures de mer, Paris, 1834, Tome 1 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

 

Quand Michel Bouquet rencontre-t-il Edouard Corbière ?  Plusieurs possibilités sont à envisager.

 

 

11 Michel Bouquet et Edouard Corbière entretiennent des relations avec David d’Angers et sa famille

Première possibilité de rencontre : Edouard connaît le sculpteur David d’Angers père décédé en 1856, Michel Bouquet ayant 49 ans à l’époque de sa disparition. David d’Angers père a créé un médaillon représentant son profil d’Edouard Corbière.

 

Portrait d’Edouard Corbière par David d’Angers

David d’Angers 1786 1856 , Portrait d’Edouard Corbière, Médaillon, 16,7 cm, signé et daté 1835 © Images-art

 

 

Michel Bouquet connaît le fils de David d’Angers, né en 1833. Celui-ci a suivi les traces de son père et a sculpté un buste en marbre de Michel Bouquet pour le Salon de 1877 dont nous n’avons malheureusement pas trouvé trace à ce jour.

« Monsieur Michel Bouquet a reçu de M. David d’Angers un buste savamment modelé. Les joues aux plans nombreux, les temps légèrement écrites modèrent l’expression des yeux et des lèvres, qui portent l’indice de la volonté. » in Henry Jouin, La Sculpture au Salon de 1877, Paris, 1877

 

Henry Jouin, La Sculpture au Salon de 1877, Paris, 1877 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Michel Bouquet lui a offert la même année une de ses créations en faïence au grand feu. C’est un indice supplémentaire en faveur des liens étroits entre David d’Angers et le peintre. Michel Bouquet a donc parfaitement pu rencontrer David d’Angers père chez Edouard Corbière ou inversement.

 

La faïence offerte par Michel Bouquet à David d’Angers quatre années auparavant

Michel Bouquet, Paysage, A mon ami David d’Angers, 23 x 17 cm, 3 juin 1873 © vente lot 103, Hôtel des Ventes de Cergy-Pontoise, 2015

 

 

12 La France maritime 1837

Le second argument, qui est plus convaincant, d’une rencontre entre les deux hommes est leur contribution à La France maritime dans la première édition de 1837 à 1842 d’Amédée Gréhan, qui rappelons-le est né à Lorient tout comme Michel Bouquet.

 

Amédée Gréhan

Truchelut & Valkman,Portrait d’Amédée Grehan, Photographie positive, 1883 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Rédacteur en chef du Journal du Havre à partir de 1826, moment où Michel Bouquet est encore à Lorient, Edouard Corbière va réussir à faire passer cette feuille du statut local à une reconnaissance nationale dans le domaine spécialisé de la marine. Mais il outrepasse rapidement les limites géographiques du Havre en participant à une autre revue, parisienne cette fois-ci, La France Maritime.

Dès 1837 en effet il signe des articles dans La France Maritime aux côtés d’Eugène Sue, un ancien élève de Gudin et à ce titre condisciple de l’apprenti peintre Michel Bouquet.

On retrouve donc Edouard Corbière et Michel Bouquet dans la même revue dirigée par Amédée Gréhan, La France maritime, 1837, vol  2 ;  le premier pour ses récits, le second pour ses dessins. Ceci ne veut pas dire que les deux hommes s’y soient physiquement rencontrés, mais il y a de très fortes chances qu’il en soit ainsi, Edouard Corbière étant un marin breton, Michel Bouquet étant fasciné par la mer et la marine dans les années 1830. Dans tous les cas, chacun connaissait les travaux de l’autre.

Edouard Corbière y livre cinq récits ;  Naufrage sur la côte de Plouguerneau ( Finistère) , Les corsaires travestis, Tableau nautique : navire fuyant vent arrière, La prière des forbans, La petite goëlette folle, Voeu de deux matelots, Les pilotes de Milford

Edouard Corbière dans la France maritime

Edouard Corbière, La petite goëlette folle, France maritime, 1837 1842, vol.2, pp. 274 275 © Source gallica.bnf.fr / BnF

La signature d’Edouard Corbière

Edouard Corbière, La petite goëlette folle, France maritime, 1837 1842, vol. 2, pp. 274 275 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Michel Bouquet y livre des vues de port : le port de Bayonne, en 1836, le port de Cherbourg en 1836, une Vue de Granville en 1837, le port de Dunkerque en 1837, un Boulogne, Vue des bords de la Liane en 1837, le port de Gibraltar en 1841, mais pas celui du Havre.

 

Dunkerque en 1837

Michel Bouquet, Dunkerque, La France maritime, gravure sur bois ou acier, 13 x 20 cm, 1837 © Collection particulière

 

 

13 Le Havre 1856

Troisième hypothèse, la recontre eût pu avoir lieu au Havre, puisque Michel Bouquet y fait donner une pièce de théâtre de sa composition en 1856. Michel Bouquet ne ferait pas donner une pièce de son cru sans avoir des relations au niveau local qui lui facilitent un accès aux salles et surtout la certitude d’obtenir une salle bien fournie avec un public choisi. Qui facilite les choses ?

Est-ce Edouard ? Rappelons qu’il a été Rédacteur en chef du Journal du Havre à partir de 1826. S’il est établi à Morlaix depuis 1842 , il devient la même année Directeur de la Compagnie des bateaux à vapeur du Havre à Morlaix dont il avait été l’un des fondateurs en 1839 et dont le siège social demeure au Havre.

 

Bateau de la ligne Morlaix Le havre à quai au port de Morlaix

Le paquebot à bois le Morlaisien, Le Magasin pittoresque, 1843 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

Pour ces deux raisons Edouard Corbière a dû garder un solide réseau relationnel dans la ville, y ayant dirigé un organe de presse et en tant qu’acteur de l’essor économique de la ville grâce à cette ligne maritime

 

Un des paquebots de la Compagnie créée par Edouard Corbière

Départ du paquebot du Havre, Morlaix, Carte postale, vers 1890 © Collection particulière

 

 

Toujours est-il que Le Courrier du Havre fait de la publicité pour la première création littéraire de Michel Bouquet.

Les premières représentations au théâtre du Havre ont lieu à partir du 4 décembre 1856. La pièce de théâtre de Michel Bouquet est imprimée au Havre: Michel Bouquet, Le loup et le chien, comédie en deux actes et en vers, In-8°, 60 pages, Le Havre, Charpentier et Cie, 1856. Le livret est vendu un franc. Surtout il en est fait un compte-rendu dans Le Courrier du Havre, journal dont Edouard Corbière a longtemps été rédacteur en chef de 1832 à 1842.

 

Le Loup et le Chien, comédie de Michel Bouquet

Publicité pour La pièce de Michel Bouquet, Le Courrier du Havre, 1856 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

14 La Société de sauvetage en mer

Gudin et alii

En 1838, c’est la naissance de la Société centrale des naufragés sous l’impulsion d’André Castera, Administrateur de la Marine.

Selon l’article premier de son statut, « Le But de la société est de diminuer le nombre et la gravité des accidents de mer par suite des naufrages et d’en prévenir et adoucir les catastrophes. »
Le président en est Le Marquis de la Rochefoucault-Liancourt, membre de la Chambre des Députés et de la Société de la Morale Chrétienne. On compte parmi ses sociétaires, quelques noms connus :  le Baron Jean Antoine Théodore Gudin, peintre de la Marine.

1854 :  à la pensée de son frère, alors qu’il eut pu être sauvé par la présence du moindre dispositif de sauvetage, le peintre de la Marine Théodore Gudin propose de fusionner toutes ces sociétés en une seule société centrale.

Gudin, Phare sur la Côte bretonne, Huile sur toile, 38 x 33 cm, Alte Nationalgalerie Berlin

15 Roscoff après la construction du chalet de Michel Bouquet en 1860

 

 

1844 Corbière se retire à Morlaix

marin écrivain chef d’entreprise témoigne d’une grande intelligence, souple et ouverte sur des mondes très divers

Autre coïncidence amusante : Baudin capitaine qui bombarde Saint-Jean d’Ulloa  et Corbière ont leurs noms gravés sur la colonne de Juillet

réputation d’homme extrêmement sympathique et d’une grande modestie, il aimait la solitude : Roscoff, un refuge pour oublier un peu les contraintes de sa charge et les solliciteurs de tout poil

Edouard Corbière est un libéral à forte personnalité, n’ayant pas hésité à risquer ses finances et sa liberté pour ses opinions. Et la valeur principale aux yeux de Michel Bouquet est la Liberté comme il le souligne dans son poème ci-dessous

 

D’ailleurs est-il quelqu’un sur la machine ronde

De plus riche que moi ? Les vrais biens de ce monde

Je les ai tous ici : bon appétit, santé,

Gaité, repos, et puis avant tout Liberté.

Des bonheurs d’ici-bas le plus digne d’envie.

Liberté ! Comme l’air, nécessaire à ma vie !

 

Michel Bouquet, Le château de Kérouzéré, 1884

 

 

Et surtout comme Michel Bouquet, c’est un entrepreneur  – un self-made man –  à qui tout réussit.

Edouard Corbière ne se contente pas de vivre de sa plume, mais s’engage pleinement dans l’aventure entrepreneuriale maritime en devenant armateur, après avoir été un  authentique corsaire, un journaliste au Havre où il a pu rencontrer Michel Bouquet dans bien des occasions.

Dès 1839 il crée la Compagnie des paquebots à vapeur du Finistère qui assure une ligne régulière entre Le Havre et Morlaix, prolongée jusqu’à Brest en 1855.

De par ces fonctions et cette réussite qui booste le développement du commerce morlaisien, il connaît très bien la famille Puyo – il est associé avec Joachim Puyo – qui n’hésite pas à l’intégrer dans le clan familial en lui permettant d’épouser à Brest en 1844 une très belle jeune fille de 18 ans alors qu’il en a 51, trente-trois années d’écart. Il faut dire que ce n’est pas le seul cas dans cette famille puisque Le Bris 49 ans avait épousé cinq ans auparavant sa soeur Marie-Emilie Puyo 17 ans, trente-deux années d’écart. Les femmes Puyo sont de devoir.

Marie-Emilie Puyo épouse Le Bris ; Marie-Angélique-Aspasie Puyo épouse Corbière © Marthe Le Clech, François Yven, Tristan Corbière, La métamorphose du crapaud, Morlaix 1995

 

Surtout elles font partie comme toutes les femmes de la haute bourgeoisie ou de l’aristocratie du XIXème siècle – ainsi que les classes moyennes ou paupérisées, le schéma marxiste ne fonctionnant pas dans ce domaine – de pièces sur l’échiquier de la domination économique politique et financière.

Et l’entité économique qu’est cette famille est une pleine réussite. Joachim Puyo donne ainsi le nom d’Edouard Corbière  – de son vivant –  au brick-goélette qui lui appartenait signe de l’admiration que Joachim éprouvait pour Edouard

 

Un notable très riche comme les aime Michel Bouquet puisque la succession d’Edouard Corbière s’élève en 1876 à près de 700 000 francs, dont des immeubles comme le 38 quai léon et le 15 quai Tréguier tous deux à Morlaix, la villa de Roscoff, le château de Roc’h ar Brini et la ferme de Kernabat.

 

Le 38 quai Léon à Morlaix, une des maisons d’Edouard Corbière

© Google earth

 

Edouard Corbière dans les années 1860

Edouard Corbière, Photographie format carte de visite, 90 x 52 mm, Studio Gustave Croissant, Paris, s.d. © vente lot 31, Drouot Rossini, 2013

 

 

Après son mariage, Edouard loge quelque temps au château de Coat-Congar, construit en 1832 par son beau-père Joachim Puyo, où sa jeune épouse va accoucher de Tristan, propriété où Michel Bouquet sera reçu par la suite et dont il contribuera à décorer l’intérieur.

 

Le château de Coat-Congar, lieu de naissance de Tristan Corbière

Château de Coat-Congard, Carte postale, vers 1900 © Collection particulière

 

Château de Roc’h ar brini

Château de Roc’h ar brini, Carte postale, vers 1900 © Collection particulière

 

 

Pour comparaison, une ouvrière gagne dans les années 1870 un franc par jour, soit 360 francs par an et encore c’est à Paris, et non dans une petite ville de province périphérique comme Morlaix où les revenus sont encore plus bas. Le poète maudit Tristan Corbière est tout, sauf un fils de pauvre.

 

Malgré tout on à peine à croire à la facétie de Tristan Corbière qui faisait manger à son chien des louis d’or dans de la pâtée devant les pauvres de Roscoff. Quel signe plus manifeste de mépris cela signifie-t-il pour les déshérités,  alors que les femmes de cette famille sont pleinement engagées dans l’aide aux pauvres et aux déshérités de toute nature, voir le Chapitre 25 Les réseaux : la haute bourgeoisie et l’aristocratie bretonne.

Edouard Corbière est un notable puissant comme les aime Michel Bouquet, un homme de pouvoir également membre du conseil municipal de la ville en 1855, et en 1860  –  l’année où Michel Bouquet achète sa maison à Roscoff  –  vice-président de la chambre de commerce de Morlaix en 1861, et enfin président en 1868, faisant ainsi de sa signature une graphie décisionnelle qui vaut de l’or.

 

Si Edouard Corbière et sa belle-famille contrôlent le domaine économique morlaisien, son beau-frère Edmond Puyo contrôle l’espace politique en devenant maire de la ville.

 

La famille d’Edouard Corbière réside essentiellement à Morlaix, qui à partir des années 1860 est en pleine transformation urbaine.

 

La rue des nobles en 1857

Furne, Tournier, La  rue des Nobles, Morlaix, Photographie stéréoscopique sur support carton, 1857 © Musée départemental breton

 

La place des Halles en 1857

Furne, Tournier, La place des Halles, Morlaix, Photographie stéréoscopique sur support carton, 1857 © Musée départemental breton

 

 

L’arrivée de la modernité ferroviaire à Morlaix bouleverse la ville et la met en liaison régulière avec Paris

Construction du viaduc de Morlaix, Photographie positive, 1864 © Musée de Bretagne

 

Et les Corbière ainsi que les Puyo sont de remarquables investisseurs dans le domaine immobilier

Maison de Puyo

 

 

Mais Corbière s’il est un homme très riche qui, comme Michel Bouquet,  n’oublie pas les pauvres surtout les marins dont il a fait partie comme le souligne l’officier de marine, journaliste, romancier de la mer  Gabriel de la Landelle dans l’éloge posthume qu’il prononce lors de l’enterrement d’Edouard Corbière en 1875.

« Une intelligence supérieure, un philantrope, un homme bienveillant et charitable »  Tels sont les qualificatifs que lui donne Landelle

mépris cinglant, concis, sec que l’on retrouve dans les vers les lettres et l’attitude de Tristan Corbière

 » Une plume de peintre de marine » Landelle

 » croyant en rien, croyant tout »

 

Michel Bouquet est souvent invité par Edouard Corbière et sa femme, dans l’intimité de de leur château à Morlaix ou de leurs maisons à Morlaix ou à Roscoff.

Edouard Corbière, Photographie format carte postale 135 x 97 mm, Studio Fontaine, successeur de Gustave Le Gray, Paris, s.d. © vente lot 31, Drouot Rossini, 2013

 

 

Si Edouard Corbière lui achète une toile en 1866, dès 1864 Michel Bouquet lui avait offert une faïence.

 

Côte rocheuse, Peinture offerte par Michel Bouquet à Edouard Corbière

Michel Bouquet, Côte rocheuse, Huile sur toile, 60 x 77 cm, signée en bas à gauche et dédicacée à Edouard Corbière, 7 décembre 1866 © vente Morlaix 2018

 

 

Trente années auparavant José-Maria de Heredia avait écrit dans la revue La Bruyère un poème intitulé Bretagne

L’hiver a défleuri la lande et le courtil.
Tout est mort. Sur la roche uniformément grise
Où la lame sans fin de l’Atlantique brise,
Le pétale fané pend au dernier pistil.

José-Maria de Heredia, Bretagne, Les Trophées, 1893
La même année en 1866 Heredia loge à l’hôtel du Commerce à Douarnenez, le plus souvent avec des peintres comme Lansyer et Georges Lafenestre en 1863, deux peintres qui connaissaient Michel Bouquet.
Edouard invite souvent Michel Bouquet chez lui, à Morlaix ou à Roscoff. Il a la réputation d’un homme extrêmement sympathique et d’une grande modestie, et d’aimer la solitude. Roscoff, est un refuge pour oublier un peu les contraintes de sa charge et les solliciteurs de tout poil. C’est là qu’il réside lors des beaux jours et qu’il voit très souvent Michel Bouquet.

Une de ces invitations est racontée par Tristan Corbière lui-même en mai 1869 – il n’a pas encore 24 ans – accompagnée d’un dessin de sa main. Il s’agit d’un dîner  où Michel Bouquet  –  alors âgé de 60 ans  –  avait été invité par Edouard Corbière pour fêter la Saint-Jean, mais celle-ci ayant lieu le 24 juin, on ne peut qu’être intrigué. De quelle Saint-Jean Tristan Corbière veut-il parler ? Comme la lettre a été expédiée selon le calendrier de 1869 un samedi, et que l’on fête Saint-Jean le lundi de Pentecôte, il peut s’agir de la relation d’un évènement qui aurait eu lieu une quinzaine de jours auparavant, le dimanche 16 ou le lundi 17 mai.

Cette scène a lieu au domicile des parents, Edouard et Aspasie, mais où ? Au château de Roc’h ar Brini à Morlaix ou place de l’Eglise à Roscoff ? Plusieurs indices font pencher en faveur de la dernière hypothèse.

Les invités Michel Bouquet et Bonnet ainsi que la femme et l’enfant de ce dernier venaient de Saint-Pol

Tristan Corbière relève la détestation réciproque entre les deux hommes :  « Bouquet et Bonnet s’étant déjà la veille aimé plein la voiture de St Pol ». Seuls les parents de Tristan, Edouard et Aspasie, sont présents, aucun autre Puyo. Dans cette même lettre Tristan Corbière annonce que Michel Bouquet et lui doivent aller jeudi à Morlaix, c’est donc qu’ils n’y sont pas, et enfin Tristan a envoyé sa lettre de Roscoff.

Ajoutons que le lendemain même Bonnet comptait aller chez Bouquet pour lui présenter son fils, et que venir de Morlaix à Roscoff est un trop long voyage à l’époque, alors que s’il habitait à Roscoff, Bonnet n’avait que la place à traverser, s’il logeait chez les Corbière, ou 100 mètres à faire à pied s’il logeait aux Bains de Mer chez Gad, ce qui semble plus probable.

 

 

 

 

 

 

Edouard Corbière meurt à 82 ans quelques mois après le décès de son fils Tristan

 

Les relations ambivalentes entre Michel Bouquet et  Tristan Corbière

Si Michel Bouquet et Edouard Corbière entretiennent une relation amicale mutuelle, un mélange d’admiration réciproque entre ces deux libéraux tous deux créateurs de leur entreprise personnelle et acteurs de leur formidable ascension sociale, il n’en est pas de même des relations entre le vieil artiste et le jeune poète.

 

 

En 1863 Tristan Corbière est à Roscoff. Il a 19 ans, Michel Bouquet 56, Edouard, le père est âgé de 70 ans.

Le premier problème, c’est la grande différence d’âge. Bouquet pour Tristan, c’est

On peut donc considérer que Tristan a fait la connaissance de Michel Bouquet en 1863, si ce n’est avant, mais nous l’ignorons à ce jour.

En effet, ils habitent face à face

Maison de Tristan Corbère à droite, maison de Michel Bouquet à gauche, Photographie, 2018 © Collection particulière

 

 

De chez lui Tristan voit la maison de Michel Bouquet

Maison de Michel Bouquet, Photographie, 2018 © Collection particulière

 

qui lui-même voit la maison de Tristan

Maison de Tristan Corbière, Photographie, 2018 © Collection particulière

 

Michel Bouquet a-t-il été chargé de veiller discrètement sur Tristan par son père et ami Edouard ?

Ce ne sont pas les fenêtres qui manquent dans la maison de Michel Bouquet, que ce soit l’atelier au premier étage

Maison de Michel Bouquet, Photographie, 2018 © Collection particulière

 

ou le salon du rez-de-chaussée.

Maison de Michel Bouquet, Photographie, 2018 © Collection particulière

Cela est fort probable, même si Michel Bouquet, en tant qu’artiste professionnel, ne devait jeter un regard qu’au cas où les problèmes deviendraient aigus, comme l’affaire de l’incendie.

Naturellement Tristan la tourne en ridicule pour amoindrir sa gravité et mieux s’en exonérer, mais Bouquet n’est pas homme à agir pour des peccadilles, sa vie aventureuse en témoigne.

L’incident est relaté dans une lettre de Tristan à, mais Tristan savait parfaitement que sa famille serait mise au courant par Michel Bouquet

 

 

 

7 sept 1867 trumeau à mon ami Edmond Puyo

29 mai 1869 « Bouquet et moi pensons aller jeudi à Morlaix » Preuve que les relations sont bonnes

1869 Dumas à Roscoff On ne fait pas mention de l’invitation de Tristan

 

 

 

Charles Le Goffic qui a été le premier à rééditer les Amours jaunes écrivait dans la Préface du recueil de poésies de Tristan Corbière « Le 1er mars 1875, dans la trentième année de son âge, s’éteignait à Morlaix un pauvre être falot, rongé de phtisie, perclus de rhumatismes et si long et si maigre et si jaune que les marins bretons, ses amis, l’avaient baptisé An Ankou, La Mort. »

Verlaine reprenant quelques années après sa mort en a fait un poète maudit, en mettant sur le même plan François Villon et Tristan Corbière,  idée marketing géniale qui allait faire accéder Tristan Corbière à l’éternité littéraire.

Un membre de sa famille a fait paraître un ouvrage Non Tristan Corbière n’est pas un poète maudit.

Qu’en est-il exactement ?

Tristan Corbière

Tristan Corbière, 1845-1875

 

Les relations de Michel Bouquet avec Tristan Corbière sont ambivalentes. Nous possédons deux lettres de Tristan qui offrent une fenêtre sur leurs relations et le regard que le poète dit maudit porte sur Michel Bouquet. Relations ambivalentes car elles paraissent être un mélange d’attraction et de rejet.

Un mélange qui correspond à la nature profonde de Tristan « Un esprit d’une profonde originalité, un barbare raffiné, homme du Moyen-Age par la truculence, la saveur et l’abondance, mais aussi une âme inquiète, mélancolique, vouée à l’amertume, l’ironie et l’inassouvissement » selon Charles Le Goffic.

Un mélange d’imagination lugubre, d’insolence et d’ironie cinglante, mais aussi les facéties d’un montmartrois

Tristan aime la compagnie des peintres, Michel Bouquet en est un. Mais Michel Bouquet est beaucoup plus âgé que lui – 25 ans contre 63 ans en 1870 – et n’a pas le regard cynique et désabusé des héritiers fortunés n’ayant jamais travaillé de leur vie – l’archétype du parasite social que dénoncent  les militants communistes – que le privilégié, pas si laid que cela au vu de la photographie ci-dessus et maladif Tristan Corbière porte sur le monde.

La période d’acmé de création littéraire de Tristan Corbière se situe selon Le Goffic entre 25 à 28 ans. Il s’agit donc des années qui courent de 1870 à 1873, années qui correspondent à la chute de Napoélon III, les combats entre les Versaillais et les membres dela Commune de Paris, la levée d’une armée bretonne qui va croupir à Conlie, et de l’établissement de la IIIème République, une période très troublée où les évènements de toutes natures, défaite militaire, instabilité politique, guerre civile entre français se succèdent, une période grave où les morts sont nombreux. Michel Bouquet s’est réfugié à Roscoff où il va passer un temps bein plus long que les mois d’été habituels. Tristan Corbière vit en face de chez lui à Roscoff, à moins de trente mètres.

Michel Bouquet le connaît bien, parce que c’est le fils de son ami Edouard Corbière, mais nous ignorons à quelle date Tristan a pu faire la connaissance de Michel Bouquet.

 

Tristan est né dans le château de Coat-Congar qu’habitent jusqu’en 1868 son grand-père, Joachim Puyo, Président du Tribunal de commerce,  Edouard Corbière et sa femme Angélique, fille du précédent, décédée un an après Michel Bouquet, un château où le peintre a dû être invité entre 1858 et 1868

Manoir de Coat-Congar, ancienne propriété de la famille Puyo © Google

 

C’est par l’intermédiaire de Tristan Corbière que Michel Bouquet va faire la connaissance de ses deux oncles, Edouard et Edmond Puyo, et avec ce dernier entretenir une amitié durable et profonde qui perdurera jusqu’à la mort de Michel Bouquet en 1890.

deux crises rhumatismales 1ére le force à quitter lycee de st brieuc pour rester un temps à la maison

dont la seconde interrompt ses études lycée nantes

puis cannes trois fois au moins pour soigner symptômes tuberculose

puis sur conseil dr chenatais roscoff définitivement

pintre besnard sculpteur drouet louis noir

pas un sentimental mais quelqu’un de sensible

se sait laid mais pour s’en sortir l’accentue

se sait faible mais ne peut rien y faire

tendresse soif d’aimer à christine

C’est en 1863 que Tristan Corbière habite de façon permanente à Roscoff entre 1863 et 1870, en face de la maison où Michel Bouquet vit depuis trois ans en été.

Tristan Corbière habite la maison que possèdent ses parents sur la même place que celle de Michel Bouquet. L’écrivain et le peintre ont ainsi l’occasion de se rencontrer quasi-quotidiennement.

15 mètres les séparent la maison de Michel Bouquet de celle des Corbière-Puyo.

 

 

 

A gauche la maison de Tristan Corbière, à droite la maison de Michel Bouquet © Google

 

Une belle maison qui possédait un vaste jardin parmi lequel une grotte où Tristan Corbière passait de longues heures à dormir à côté de son chien Bob

 

Les premières années seul existait une pension qui recevait les touristes de passage, mais uniquement pour les repas. Le Gad y officiait déjà et aimait beaucoup la présence des artistes dont Michel Bouqte avait qui il avait fait connaissance depuis 1860. C’est dans cette pension, qui n’était pas l’Hôtel des bains de mer fondé quelques années plus tard par le même Gad que les artistes et eutres visiteurs prenaient également leurs repas.

Bouquet y prenait de temps en temps son repas, mais surtout pour échanger avec ses confrères, dont Hamon ou le sculpteur Drouet. Ces repas avaient lieu dans une salle à manger particulière. Bouquet était chez lui, écoutant les nouvelles des uns et des autres, leurs espoirs de vente, leurs d’être exposés au Salon de Paris, ce qui était déjà le cas pour

Bouquet et Tristan se connaissaient certainement avant

Tristan a pu être encouragé par Bouquet à venir. Selon dès les premiers jours, le maigre poète séduisit les rapins en griffonnant sur la nappe de la table leurs caricatures

C’est donc d’abord par l’art pictural que le lien a pu s’établir entre les deux hommes.

Le visuel également car avec sa maigreur et son laisser-aller vestimentaire et pileux, il ne pouvait que plaire à ces mondes dont la marginalité était portée comme un emblème, mais pas Bouquet

Ces relations, cette ouverture sur un monde parisien et artistique qu’il ne connaissait pas jusqu’à présnet firent qu’il décida de rester à Roscoff alors qu’il était très attaché à sa famille, qui dès l’été passé retournait à ses obligations professionnelles, mondaines et familiales à Morlaix

 

 

Roscoff est un gros bourg qui va passer de 3500 à 4500 habitants de 1860 à 1880, mais au bord de la mer, c’est un petit village, où l’on se croise en allant boire un coup ou manger une pâtisserie chez Gad, à l’hôtel des bains de mer,

Roscoff, hôtel des bains de mer © Collection particulière

 

au marché, au port, en flânant le long des rivages ou à la pêche en mer, un village d’autant plus petit que la maison de Michel Bouquet fait face à la maison de Tristan.

Attraction car grâce à Michel Bouquet, Tristan Corbière rencontre de nombreux peintres, dont Jaroslav Cermak  qui fréquentait suffisamment Bouquet que pour faire un portrait de lui, Michel Bouquet est alors âgé de 62 ans, Tristan de 24. Presque deux générations séparent les deux hommes.

Deux personnalités radicalement différentes, l’un qui incarnait une double longévité par sa solide constitution physique, et sa réussite artistique continue sur les trois quarts du siècle, l’autre voué à une jeunesse qu’il savait brève – ayant une conscience extrême de sa nature maladive – et n’ayant jusque là rien prouvé sur le plan littéraire qui le fasse sortir de l’ombre écrasante du père. Détestation, envie, admiration, rejet envers Michel Bouquet devaient étroitement s’entremêler.

 

Michel Bouquet à l’âge de 62 ans, de Tristan Corbière a 24 ans

Jaroslaw Cermak, 1831-1878, Portrait de Michel Bouquet, huile sur toile, 47 x 60 cm, signé et daté en bas à droite, oeuvre achetée à Michel Bouquet, 1869 ©  Musée municipal de la Ville de Lorient, inv. n° 83

Bouquet  s’est battu toute sa vie pour avoir un réseau relationnel et surtout pour construire sa fortune, il ne doit rien aux autres, tout à lui-même. Tristan doit tout à son père : niveau de vie et de fortune exceptionnels, réseau relationnel, logis, entretien quotidien.

Bouquet a une vie constellée de nombreux amis et acheteurs, voir La trame relationnelle parisienne du café de la Roche : un véritable Parnasse rochefoucaldien. Tristan est très souvent solitaire, du moins à ses débuts à Roscoff.

La famille de Michel Bouquet se réduit à une soeur vivant au Havre et à un neveu qu’il voit rarement. Celle de Tristan est protéiforme, une famille à laquelle le poète est particulièrement attachée.

Bouquet est un romantique, Tristan Corbière un contre-romantique

quoique un point commeun, une sensibilité cahée Pol Kalig »Un tendre comprimé »

Bouquet est très conventionnel, très conformiste, TC absolument pas Husmans A rebours, Des Esseintes brûle les livres de la tradition  et crée une nouvelle bibiliothèque en ne gardant que Baudelaire Verlaine Corbière et Mallarmé «  »Quolibets de commis voyageur insup-portable, puis tout à coup, dans ce fouillis, se tortillaient des con-cetti falots, des minauderies inter-lopes, et soudain jaillissait un cri de douleur ai gue , comme une corde de violoncelle qui se brise. » Huysmans, Karl, A Rebours, Fasquelle, Paris, 1929, p. 232

Laforgue, Jules, Une étude sur Tristan Corbière. Entretiens poétiques et littéraires, III (juillet 1891), p. 7.

il n’est un autre artiste en vers plus dégagé que lui du langage poétique – il a un métier sans intérêt plastique – l’intérêt, l’effet est dans le cinglé, la pointe-sèche, le calembour, la fringance, Laforgue toujours

Michel Bouquet s’occupe des autres, Tristan Corbière est occupé de lui.

Les Amours jaunes sont une autobiographie, amère et salée comme .

Rhapsodie du sourd : la surdité

 

Michel Bouquet est sur le quant à soi, dans le convenable, Tristan dans la provocation visuelle permanente

Par comparaison la jeunesse volontairement provocante de Tristan Corbière…

Portrait de Tristan Corbière allongé entre Aimé Vacher et Ludovic Alexandre, Photographie sur carton fort 128 x 92 mm sur format carte postale, 164 x 108 mm, Morlaix, Gustave Croissant, vers 1870 © vente lot 32, Drouot Rossini, 2013

 

Ludovic Alexandre (1844-1929) – dont l’exemplaire photographique ci-dessus était punaisé dans sa chambre –  était l’ami intime du poète, un camarade d’enfance, traité par Tristan Corbière comme un cousin. Le frère de Ludovic épousa la soeur d’Aimé Vacher, celui-ci avait épousé la soeur de Tristan, que le poète appelait par jeu son gendre.

 

Mais quand on dit le vieux peintre, c’est à relativiser, Michel Bouquet avait quatorze ans de moins que le père de Tristan, Edouard Corbière

De par leur vécu et leur sensibilités très différentes, ces deux hommes ont peu de chances de partager la même approche du monde pictural.

Mais il n’est pas exclu que Tristan Corbière ait échangé dans ces domaines avec le vieux peintre, car outre ses solides connaissances techniques et tous les mondes artistiques et de pouvoir que Michel Bouquet avait fréquentés, il est un homme qui possède une solide culture et surtout une importante capacité d’argumentation due à ses nombreux débats au sein de la Société de la Roche.

Les conversations entre Michel Bouquet et Tristan Corbière, du moins dans les premières années ont dû apporter au futur auteur des Amours jaunes des approches non seulement techniques  –  Bouquet étant un dessinateur remarquable et un très bon aquarelliste  –  mais aussi des vues pénétrantes des différents courants artistiques de tout le XIXème siècle, tous courants auxquels Michel Bouquet hors l’impressionnisme avait participé : romantisme, naturalisme, orientalisme, école de Barbizon et de Marcotte,

romantisme

peintres qu’avait fréquenté Bouquet :

naturalisme

orientalisme

Ecole de barbizon

 

 

Variétés techniques que pouvait enseigner Bouquet à Tristan Corbière

dessin de Bouquet

lithographie

pastel

huile

Aquarelle de Bouquet

peinture sur émail

 

 

 

Le même Cermak avait en outre acheté le bateau de Tristan Corbière, un cotre baptisé Le Négrier, du nom du best-seller littéraire de son père Edouard, un voilier qui demandait une solide connaissance de la manoeuvre. C’était un voilier rapide et maniable grâce à une grande voile et plusieurs focs. 

Michel Bouquet étant passionné de mer, ils devaient tous deux ou tous trois, si la santé et l’envie de Tristan Corbière en étaient, se livrer à de longues parties ensemble, à tirer des bords pour éviter les pointes rocheuses de Carrec ar Varz, du Roc’h zu et les plaques d’enrochements  de Roc’h ar Bleiz.

Tristan peut ainsi voir les peintres en action, profiter de leurs conseils, et pas seulement de ceux de son voisin de place.

 

Conversations sur les voyages de Michel Bouquet Capri, dont Bouquet pouvait présenter de nombreux dessins comme il en fera encore dans un de ses voyages une dizaine d’années plus tard

Michal Bouquet, Capri, Dessin sur papier brun, encre et rehauts de blanc, 35 x 45 cm, 1880 © Collection particulière

 

Michel Bouquet est aussi pour Tristan une ouverture sur les milieux parisiens. Bouquet étant admis dans la haute société parisienne, Tristan Corbière a pu en bénéficier.

Il a ainsi pu rencontrer le fils du duc de Montebello, Napoléon Camille Charles Jean Lannes, 35 ans –  Tristan en a 25 – qui était venu en juillet 1870 avec Michel Bouquet à Roscoff et qui héritera du titre  de duc quatre ans plus tard.

Naturellement un invité aussi prestigieux, descendant du Maréchal Lannes, anobli pour sa bravoure par Napoléon Ier en personne, devait voir toutes les portes des salons de Morlaix, de Roscoff et de leurs environs largement s’ouvrir.

Et bien sûr ce niveau relationnel élevé que possédait Michel Bouquet, qui était depuis longtemps l’ami du père, duc en titre, et dont ce dernier avait orné sa salle à manger de quatre peintures sur émail cru stannifère de l’artiste, rejaillissait sur lui.

 

Et n’est-ce pas Bouquet qui lui permet de revenir à Bagatelle ?

Dans la même lettre Tristan compte présenter Bouquet à Christine Puyo, femme d’Edmond,  on peut donc en déduire plusieurs choses.

La première, c’est que si Michel Bouquet a été un client d’Edouard Puyo  –  puisque ce dernier a exécuté les plans et construit son chalet de Roscoff  –  c’est qu’en 1869, neuf ans après cette relation commerciale,  il ne faisait pas encore partie des intimes de Bagatelle, château dont le propriétaire n’était autre que le maire de Morlaix en personne, Edmond Puyo, frère d’Edouard Puyo.

 

Par contre en 1869 Michel Bouquet avait déjà comme maîtresse Véronique, sa domestique, et que visiblement c’était de notoriété publique, ce qui pouvait freiner la mise en place de relations amicales entre un artiste qui commet ouvertement le péché de chair, avec horresco referens une domestique de surcroît, et le milieu très catholique de la famille Puyo qui  occupe des positions de notabilité bien en vue dans la cité de Morlaix.

Il est d’ailleurs très étonnant que les deux hommes soient devenus amis, étant l’un et l’autre aux antipodes sur le plan des relations maritales et de la conception du divin. Que Michel Bouquet ait par la suite ait noué une relation d’amitié profonde avec Edmond, et ait été reçu au domicile même de femmes dont l’engagement catholique était vécu de manière profonde en dit long sur sa capacité de séduction relationnelle. Il est vrai que Michel Bouquet et ces femmes avaient un point en commun, l’aide sociale aux pauvres et aux déshérités, une aide partagée, constante et sincère.

 

Rejet, car la différence d’âge met Michel Bouquet dans le clan des adultes amis de son père. Etait-il chargé par Edouard Corbière de veiller sur Tristan ? Il s’en inquiète en tout cas au vue des foucades du personnage comme le rappelle Tristan dans une lettre datée de novembre 1870 : « Il (Michel Bouquet) prend les mesures les plus énergiques depuis le jour où j’ai ouvert le feu hors de ma cheminée ». Cela signifie-t-il qu’il le surveille de près ou tout simplement que l’alerte a été donnée par la fumée s’échappant de la maison ?

 

Tristan Corbière est capable d’exercer une ironie mordante à l’égard de Michel Bouquet, dont les situations qu’il décrit s’y prêtent, mais non dénuée d’affection.

 

Il y manifeste aussi  un mépris de classe sociale, à la fois parce que Bouquet est obligé de travailler pour vivre, et que, sans enfants, il sait qu’il a intérêt à épargner pour ses vieux jours  » Je le savais très rat et ras encore »  – Le terme  est employé en 1846 comme « homme avare » par Balzac, dans la Cousine Bette –  ; or Michel Bouquet est quelqu’un qui tout au long de sa vie a contribué par ses dons matériels ou financiers à soulager la misère et la pauvreté.

Son neveu rappelle qu’en 1870, il vend sa montre et ses bijoux pour secourir les blessés. Céline Feuillet, sa biographe de 1890, in Céline Feillet, Michel Bouquet, Etude, 1890, dit « qu’il avait un coeur d’or, qu’il donnait beaucoup pour les pauvres, sa pêche, ses oeuvres, son argent.

Un naufrage eut lieu, près de Roscoff en 1886. Bouquet se mit aussitôt à l’oeuvre afin d’organiser les secours pour les veuves et les orphelins de ceux qui avaient péri. Grâce à ses nombreuses relations parisiennes, il peut réunir rapidement une forte somme qui sauva ces pauvres gens de la misère et du désespoir. A propos d’un autre naufrage arrivé récemment, nous avons entendu dire : Ah ! pourquoi Monsieur Bouquet n’est-il plus là ? ».

Bouquet était bon ! Voilà le secret des regrets qu’il laisse après lui, des larmes que sa mort a fait répandre. Il était bon et on l’aimait ! C’est le plus grand éloge qu’on ait à faire d’un homme, la plus belle oraison funèbre que l’on puisse prononcer sur sa tombe. » in Cécile Feillet, La Résistance,samedi 6 septembre 1890

Plusieurs autres exemples attestent de cette attitude. Chaque année, à Paris, il fait don gracieusement d’une oeuvre pour les ventes de charité. Membre de plusieurs sociétés de bienfaisance, il envoie par exemple des fonds pour un orphelinat en Champagne.

Stanislas Millet Discours 1894 « Vous le savez bien, qu’il faut pour se livrer à cet acte religieux qu’est la communion avec l’Art, avoir l’âme légère, pure, libre de tout ce qui est mauvais, et pour se maintenir en cette sorte d’état de grâce sans lequel je suis persuadé qu’aucun chef-d’oeuvre n’ jamais été produit, le meilleur, l’unique moyen n’est-il pas celui que répandait Michel Bouquet, de répandre es bienfaits, de traiter les petits et les pauvres avec bonté et charité, et de créer ainsi autour de soi, par le bien que l’on fait, une atmosphère de joie et de paix. » Le Nouvelliste du Morbihan, 30 août 1894

Même mépris de classe sociale de la part de Tristan Corbière envers Victor Hugo, le traitant dans La Fin à propos d’Oceano Nox de terrien parvenu, l’injure étant double : un terrien qui ose parler du milieu maritime sans rien y connaître, parvenu sous-entendant une fortune trop récente pour mériter d’être considérée. Or Hugo est un aristocrate, pas Tristan Corbière.

Tristan Corbière fait également preuve d’un mépris dû à ses préjugés de caste bourgeoise, parce que Michel Bouquet a une liaison avec une domestique  » je ne vous donne pas deux mois pour croire au trône et à l’autel, et trois mois au plus pour légitimer devant Monsieur Bonnet, les liens qui vous unissent à Véronique… », et se délecte d’une altercation à ce sujet lors d’un repas où Michel Bouquet est attaqué sur cet état de fait  » Bonnet et Denis, Bouquet debout, brandissant sa chaise, Mme Bouquet, moi ». L’emploi par dérision de « Mme Bouquet » signifie-t-il que Véronique ait été invité à ce repas ? La chose semble impossible au vu des conventions sociales de l’époque.

Enfin mépris envers l’étranger à Morlaix et Roscoff, parce que Michel Bouquet n’est pas morlaisien, ni roscovite, mais Parisien « le ridicule collé à sa qualité de Transfuge de Paris ».

Lettre du  novembre 1870

 » Nôtre Bouquet, à qui ses vertus civiques et militaires lui ont valu le glorieux surnom de Trochu de la Place, tient bon dans sa citadelle de faïence. Il fait même des sorties plus ou moins heureuses, dans la conversation. Je le ravitaille tant que je veux, sans compter les réquisitions. Il prend les mesures les plus énergiques depuis le jour où j’ai ouvert le feu hors de ma cheminée ; en voyant la fumée, il avait même ordonné la levée en masse de Véronique et d’une baratte d’eau, pour se préserver. »

Si Michel Bouquet d’en face a vu la fumée s’échapper de la maison, c’est qu’il y avait matière. Est-ce là une des pitreries auxquelles se livrait souvent l’immature Tristan ?

Mais dans ce courrier, il va plus bien plus loin que dans la caricature, forçant le trait de manière outrancière, voire outrageante.

« L’amour sacré de la patrie a effacé pour lui le ridicule collé à sa qualité de Transfuge de Paris, et lui a refait une virginité de Garde-national. » Tristan épouse bien les préjugés de son temps : un parisien ne saurait jamais être un roscovite de souche. Quant à la notion de transfuge, c’est-à-dire de déserteur qui passe à l’ennemi, elle est outrée comme tout caricaturiste qui cherche l’effet, mais elle ne correspond pas à la réalité.

La loyauté de Michel Bouquet n’a jamais été mise en cause au cours de sa vie, ses amitiés nombreuses et fidèles sont là pour en témoigner. Pendant les évènements de 1848, Michel Bouquet avait été nommé officiellement garde provisoire de la galerie des tableaux du Louvre, ce qui lui a peut-être valu le saccage de son atelier. Son courage a été plusieurs fois mis à l’épreuve, en Moldo-Valachie notamment.

Victor Hugo a-t-il quitté son confort douillet de Jersey et ses amours ancillaires pour se battre à Paris après la chute de son ennemi juré Napoléon III ? Ne parlons même pas de Tristan qui à cause de sa faiblesse physique certes – qui ne l’empêchait pas de faire des parties de bateau entre les récifs autour de Roscoff –  et surtout grâce aux hautes relations de son père a pu échapper au service militaire..

 

« Conscrit volontaire dans l’arrière-ban d’huîtres de la Landsturn roscovite, il en suit in petto tous les exercices. » L’emploi d’un mot allemand accentue la notion de traîtrise accolée à Michel Bouquet. C’est très méprisant, voire extrêmement méchant à l’égard de ce dernier, mais que diable ne ferait-on pour l’amour du style ? Ici on dépasse la caricature pour tomber dans l’ignoble.

J’en suis désolé pour tous les admirateurs de Tristan – plus de 300 ouvrages consacrés à Tristant Corbière ! -, mais la plupart des auteurs qui ont écrit sur le poète sont tombés en Tristanomanie, gommant certains aspects de  sa personnalité, oubliant de se distancier, oubliant le milieu hyperfortuné et socialement hyperprivilégié dont il est issu, et illustrant à merveille l’analyse profonde de George Sand quand elle a publié La Mare au diable en 1846 « Le sillon du laboureur ne vaut-il pas celui de l’oisif, qui a pourtant un nom, un nom qui restera, si, par une singularité ou une absurdité quelconque, il fait un peu de bruit dans le monde ? ».

 

Il est difficile, et je le comprends, de se détacher de la passion amoureuse qu’on éprouve pour un style poétique, ou s’identifier à la personnalité supposée que l’hagiographe prête au poète à partir de ses vers, mais jamais au grand jamais, Tristan Corbière n’a été un poète maudit. Il a toujours été pris en charge, financièrement et psychologiquement, par sa famille.

C’est, dit-on, Verlaine qui est à l’origine de ce concept marketing, ce qui a permis à ce groupe poétique d’occuper l’avant-scène poétique depuis la fin du XIXème siècle. Verlaine lui-même se mettait en scène dans les cafés en se faisant passer pour un hébété alcoolique lorsque des journalistes s’intéressaient à lui. Un membre de la famille Corbière avait déjà soulevé et traité cette question.

 

Prenons le poème de Tristan. Il est savoureux

On peut l’interpréter comme de la mansuétude,  de l’admiration , de la noblesse,  de la grandeur d’être pauvre, libre. Mais tout ceci n’est qu’un jeu de façade, le cynisme de Tristan – compréhensible à bien des égards, sa faible constitution physique et  sa remarquable laideur ne vous aident pas pour les conquêtes féminines –  joue de la pseudo-mise en valeur du pauvre, pour mieux jouir du fait qu’il ne connaîtra jamais ce sort eu égard à la fortune immense de la famille Puyo.

 » On le voit tous les matins au saut du lit, manoeuvrer au son du tambour, à vingt pas derrière sa compagnie, emboîtant le pas et échangeant des plans stratégiques avec le gendarme de la marine, un amateur aussi. De sorte qu’il a un faux-air tout à fait vrai d’un vieil espion qu’on mène fusiller. » Landsturn, espion, fusiller… des mots tirés comme des balles. Dans des situations réelles, ces mots valent dénonciation pour trahison.

 » Enfin le triste four de la France a opéré chez cette vieille guitare , une espèce de cuisson morale. Je le savais très rat et ras encore, mais je ne me serais jamais douté qu’il tînt à son territoire et à Schelestadt au point d’en refuser un dîner chez Mme Galais.  »

L’emploi du terme Sélestat en allemand ferait plaisir aux populations occupées en Alsace. Inconséquence d’un individu sans aucun souci d’assurer son quotidien, littéralement entretenu par ses parents, ne pouvant imaginer que les châteaux familiaux dans lesquels il traîne son ennui pourraient eux aussi être envahis.

 

 » Il lui est venu aussi deux manies assez innocentes il est vrai : celle de coucher en joue avec sa canne, par derrière chaque figure inconnue  qu’il rencontre, comme espions ou pouvant l’être , l’autre manie, c’est de vouloir avec rage que tout ce qu’il reçoit de n’importe où soit arrivé par ballon, hier c’était une lettre de son neveu du Havre, par ballon. J’ai timidement avancé un doute sur l’aérostabilité de cette lettre et alors il s’est mis en l’air, mais tout à fait :

 » Et je vous dis , moi, que cette lettre m’est venue par ballon ! quel intérêt avait-elle à ne pas venir par ballon ? – Parbleu, par la voie de Serquigny.-  Serguigny vous-même !

– Vous en êtes un autre !

– Mon cher Edouard il est triste à votre âge d’être sceptique jusqu’à l’absurde.

– Mon cher Bouquet, il est absurde de ne plus croire aux chemins de fer jusqu’au scepticisme

– Oui, mais vous ne m’empêcherez pas de croire aux ballons

– Non, mais je ne vous donne pas deux mois pour croire au trône et à l’autel, et trois mois au plus pour légitimer devant Monsieur Bonnet, les liens qui vous unissent à Véronique…

Sans le docteur Denis qui a jeté un peu de laudanum dans la discussion, des troubles profonds éclataient à Roscoff.

Enfin le vieux Bouquet a senti l’aiguillon. Il brûle pour cette batârde prostituée que les Garnationals appellent Patrie, et qui se nommait France en géographie, d’une ardeur d’autant plus fidèle qu’elle est toute platonicienne »

Si la caricature de Bouquet qu’en fait Tristan semble s’appuyer sur des faits réels, quid de la saillie sur la patrie et les gardes nationaux  ?

Ainsi au moment même où de nombreux jeunes français luttaient armes à la main contre les armées allemandes ou que de nombreux jeunes bretons croupissaient à Conleau, un rejeton des élites roscovites traitait la Patrie de prostituée bâtarde et considérait la France comme une entité disparue.

La pastorale de Conlie se révèle ainsi sous un autre jour. Le responsable des malheurs des jeunes conscrits, c’est la France et non l’Allemagne.

a été admirée par B l’admiration ayant toujours été pour les marginaux, qu’ils ne fréquentent jamais.

Benoît Houzé, Histoires littéraires, n° 33, janvier-mars 2008

Un autre épisode, ayant aussi la domestique Véronique pour coeur de l’affaire, est évoqué dans une lettre de Tristan Corbière un an auparavant en 1869. Michel Bouquet a 62 ans, Tristan Corbière, 24 ans.

 » M. Ed. Corbière remercie tout plein cette bonne langouste de Tolède de s’être montrée aussi pleine de homard. Mais leur  petite Saint-Jean a failli dégénérer en Saint-Barthélémy, homard et tout…Une vraie huile, du reste, que l’ouverture de cette petite fête, Bouquet et Bonnet s’étant déjà, la veille, aimé plein la voiture de Saint-Pol, le Bouquet coiffé du Bonnet et le Bonnet fleuri du Bouquet. Une vraie huile, je vous dis. Cette huile n’a cessé de régner sur le dîner jusque par le travers d’un gâteau de riz : conversation coulante : mâchoire de chien de mer, empaillage au point de vue de l’enfant – céramique – histoire de Talma – C’est alors que maman et papa organisent comme toujours un de ces épisodes conjugaux qui ne ratent jamais, vous savez. Bonnet en profite pour porter un toast aux liens sacrés du mariage qu’il déclare la seule fin de l’homme de la femme et de l’enfant, les vieux garçons sont immoraux, n’ont pas de raison d’être, et meurent abrutis à la fleur de l’âge en épousant leur servante à tout faire ! – Bouquet à ces mots se lève Solférino et évoque l’image de Véronique – Bonnet, fort de son épouse et de l’enfant, persiste et démontre qu’il est physiquement impossible qu’un vieux garçon soit vierge, par conséquent il est déshonoré ! …( Ici une pose, chacun courbe la tête et attend la foudre ) ». Corbière continue à raconter cette dispute entre ses amis qui veulent se battre… »

L’intervention des assistants évite la sortie des adversaires, Mme Bonnet explique que son mari est méridional, donc vif, et Bouquet est isolé dans la salle à manger vide, où quelques fulmigations de nicotine ont amené une réaction, un rire salutaire l’a détendu et le reste de la soirée s’est passé à appeler Bonnet du mot qui ne peut se prononcer devant les femmes ». Il évoque les suites de cette soirée animée, et dessine les convives autour de la table : l’enfant, Bonnet et Denis, Bouquet debout, brandissant sa chaise, Mme Bouquet, moi » in Tristan Corbière, L.A.S. avec dessin, signée  « Ed. Corbière » (en tête), s.d. [Roscoff 29 mai 1869], à sa tante, Mme Edmond Puyo, au château de Bagatelle, Morlaix. 7 pages in-8 à l’encre bleue sur 2 feuillets de papier vélin à son chiffre

On voit très bien que Michel Bouquet n’est pas, de par sa réaction, l’homme dont Tristan Corbière faisait la caricature comme déserteur.

Est-ce Edouard Corbière qui, ayant épousé une fille du clan Puyo, lui a présenté sa belle-famille ?

 

3 Les paradoxes de Tristan Corbière sur les relations avec les femmes

Qu’est-ce qui fait exiler Tristan Corbière à Roscoff ? Une femme, Christine

Qu’est-ce qui fait partir Tristan à Paris ? Une femme…dépendance de la vie de Tristan Corbière vis-à-vis des femmes

Tristan Corbière devant une femme à Capri. Que veut dire Jean Benner ?

Jean Benner 1836 1906, Dessin, in Tristan Corbière, Les Amours Jaunes, Nouvelle édition, Librairie Léon Vannier, 1903 © Bibliothèque les Amours jaunes, Morlaix

Et toi Graziella…Toi, lesbienne Vierge ! Tristan Corbière Le fils de Lamartine et de Graziella

 

31 Michel Bouquet et les femmes

Michel Bouquet est extrêmement discret sur ce thème, mais cela n’empêche pas d’avoir d’avoir échangé sur ce thème avec son voisin Tristan.

Nous n’en connaissons avec certitude que

Dans ses oeuvrs picturales, il ne représente d’ailleurs quasiment que des femmes

Mais nous savons qu’il aimait les femmes et qu’il aurait pu en épouser nous dit son neveu  » de beaux partis »

1840 Michel Bouquet a 37 ans

 

 

1846 jeune femme anglaise

1848 Michel Bouquet a 41 ans

1850 Michel Bouquet a 43 ans

1850 Michel Bouquet a 43 ans

1852 Michel Bouquet a 45 ans

1856 est une rupture dans la vie de Michel Bouquet. Il a 49 ans. La solitude lui pèse-t-elle ?

1856 ressemble d’ailleurs fortement à une demande officielle qui a bénéficié à un autre

Années 1850

1870

1880

 

Il a pu comme rapin dans un milieu où les normes sociales sont beaucoup plus lâches fréquenter tout comme Tristan Corbière les prostituées

1850

 

1855

 

Mais il a visiblement préféré les amours ancillaires

Véronique, la domestique de Michel Bouquet à Roscoff

Qui était cette Véronique ? Nous connaissons le goût de Michel Bouquet pour un certain type de femme. Il en a peint sur des assiettes, et conserva chez lui jusqu’à sa mort un nu de femme, qu’il n’aurait pas conservé s’il ne représentait pas à ses yeux l’archétype de la sensualité féminine.

Victor Pollet, 1811-1882, Femme nue, Aquarelle, Collection personnelle de Michel Bouquet, acheté par la Ville de Lorient en 1895 © Réserves picturales de la Ville de Lorient, inv. n° 183

 

 

 

32 Les femmes de Tristan Corbière ou les déboires de l’amour

 

Pas si laid que cela, il plaît même à Verlaine

« Il y a quelque chose d’impassible dans ces visages..et tous les trois très beaux, – remarquez-le bien – » Paul Verlaine, Avertissement, Paris le 25 février 1884  dans l’édition les Amours jaunes de 1884

 

 

 

 

Pas si faible que cela

Bateau et femme dedans

« Nous n’irons plus sur la vague lascive

Nous gîter en fringuant

Plus nous n’irons à la molle dérive

Nous rouler en rêvant

 

Pas sympa avec Cermak

Adieu rouleur de côtre

Roule mon Négrier,

Sous les pieds plats d’un autre,

Que tu pourras noyer

 

321 Hors sa mère, Christine, la femme d’Edmond Puyo, Christine ou l’amour interdit

Apporter un coeur de mouton saignant à Christine en disant, tout en étant impassible,  « Tiens voilà mon coeur » a dû être une véritable bombe dans ce milieu si policé…

 

322 Sa domestique Marie Quémen

Initialement elle était employée des parents de Tristan Corbière à Morlaix. D’où venait-elle ? De Morlaix ? Mais alors disposait-elle d’un point de chute, une parentèle ou des amis sur Roscoff ? Ou était-elle au quotidien dans ala maison ?

Comment Tristan était-il entretenu de 1863 à 1866 ? rentrait-il chez ses parents plus souvent qu’il n’habitait à Roscoff ?

Marie Quémen est mise au service de Tristan à partir de 1866. Elle a 24 ans, Tristan 21 ans.

Etait-elle mariée ? Il est clair que c’est non, puisque quatre années plus tard le curé de Roscoff lui reproche de rester célibataire

 

Ses activités sont celles d’une domestique : chercher l’eau au puits car il n’y a pas d’eau courante,

ramener l’eau à la maison, souvent sur la tête

 

chercher la nourriture pour Tristan au marché aux poissons ou aux légumes de Roscoff, et grâce à l’eau préparer les repas de Tristan, laver la vaisselle de Tristan, récurer la maison de Tristan,

 

Façade avant  de la maison de Tristan Corbière à Roscoff

 

 

Arrière de la maison de Tristan Corbière à Roscoff

Façade arrière, Carte postale, années 1920 © Collection particulière

 

puis aller au Doué nettoyer le linge de Tristan Corbière

Michel Bouquet, Le lavoir, Faïence sur email cru stannifère, cuisson au grand feu, s.d. ©

 

 

Quelle est la nature de leurs relations ?

 » mes yeux se sont ouverts ce matin au doux rayon de votre lettre que l’aurore aux doigts de rose née Marie Quémen, avait déposée sur mon oreiller » Lettre à Christine, 13 novembre 1870

Parle-t-on aussi poétiquement d’une simple domestique ? Pourquoi pose-t-elle les lettres sur l’oreiller et non sur la table de la cuisine ? Tristan vise-t-il à rendre Christine jalouse ?

« Ma collaboration avec la blonde Marie a fait l’autre jour le tour du Doué ( le lavoir ) » Lettre à Christine

 

Elle est revenue entièrement lavée de larmes me dire qu’elle avait été retournée sur le jeu par les bonnes langues par rapport à moi.

Ce qui lui a donné surtout une ventrée de coeur gros, c’est que le curé, un homme comifaut, cependant, l’avait un jour traitée de célibataire, non seulement elle, mais moi – Le monde sont si méchant –

Et elle ajoute : comme si nous étions capable d’une chose pareille

– halte-là c’est qu’elle est capable, en coupant court au bruit de nos relations intestines, de me faire passer pour impuissant, afin de constater sa virginité dont je me soucie peu – plus aristo que çà, merci !

Lorsque Tristan part pour Paris en 1873 Marie a 31 ans, Tristan 28. De 24 à 31 ans, elle a passé sept années au quotidien avec Tristan Corbière.

 

Fille de marbre ! en rut ! sois folâtre !… et pensive.

Maîtresse, chair de moi ! fais-toi vierge et lascive…

Féroce, sainte, et bête, en me cherchant un cœur…

Sois femelle de l’homme, et sers de Muse, ô femme,

Quand le poète brame en Ame, en Lame, en Flamme !

Puis – quand il ronflera – viens baiser ton Vainqueur !

À L’ÉTERNEL MADAME

 

323 Un couple à trois avec l’actrice et Rodolphe à partir de l’été 1874 ?

Les versions diffèrent sur la description physique d’Herminie

une belle brune, que pour des raisons de discrétion Tristan Corbière la décrira comme blonde

A Marcelle

« Un poète ayant rimé,

Vit sa muse dépourvue..

Il alla crier famine

Chez une blonde voisine »

Le poète et la cigale

 

Fais claquer sur nos dos le fouet de ton caprice,

Couronne tes genoux ! … et nos têtes dix-corps ;

Ris ! montre tes dents ! … mais … nous avons la police,

Et quelque chose en nous d’eunuque et de recors.

… Ah tu ne comprends pas ? … – Moi non plus – Fais la belle,

Tourne : nous sommes soûls ! Et plats ; Fais la cruelle !

Cravache ton pacha, ton humble serviteur !…

FEMININ SINGULIER

 

Après le départ de il passe tout un hiver à Penmarc’h, dans une masure dit

noël 1872 : pas de réponse à son poème, il décide donc de partir pour Paris

 

33 Jugement de Tristan Corbière sur la relation de Bouquet et Véronique: le paradoxe

L’homme qui va vivre à trois reproche à Bouquet son non-mariage avec Véronique

 

34 Au-delà des passions fantasmées ou consommées, le recours à l’ivresse prostituaire ?

Au-delà des passions amoureuses fantasmées et non consommées : le recours à l’ivresse prostituaire ?

Le paradoxe dans les biographies successives de Tristan Corbière, c’est qu’à de rares exceptions près, tout est aseptisé, trop propre. La plupart des exégèses de la pensée tristanienne rentrent en Tristanerie comme on rentre en religion. Démolissons les idoles. Séparons l’oeuvre de l’homme.

Deux passions lui sont connues sur lesquelles nous ne reviendrons pas. Mais qu’en est-il de la femme accompagnant Cermak ?

 

le recours à l’ivresse prostituaire ?

Si le malade et souffreteux Tristan est capable de gérer son voilier même par gros temps, c’est qu’il est aussi, entre l^’âge de 20 et 30 ans capable de baiser. A Roscoff ? A Paris ?

A Roscoff la prostitution dans un port de marins doit exister. Mais les on dit, les langues font que visiblement Tristan est sur ses gardes. Il reste discret.

Les amours ancillaires ? Sa bonne ? Pourquoi n’aurait-il pas suivi l’exemple de Michel Bouquet ?

Un requin au bordel Léon Bloy Le mendiant ingrat, Journal de l’auteur, 1890 à pour Roinard, Portraits du prochain Siècle, Poètes et Prosateurs, Tome 1, Paris, Edmond Girard, Editeur

Tristan Corbière y est présenté comme faisant partie du groupe des Précurseurs en compagnie excusez du peu de Mallarmé, Vigny, Baudelaire, Poe, de Nerval, Huysmans, Lautréamont, Becque, Vallès, Renan, Taine, Tolstoï, Balzac, d’Aurevilly, le lorientais Ernest Hello, de l’Isle Adam, Ibsen, Stendhal, Laforgue, Rimbaud, Verlaine

texte envoyé au peintre symboliste belge Henri de Groux pour illustrer la prochaine parution de

Paul Verlaine Un ange qui se noie dans la boue

Jules Vallès Un voyou jetant Homère dans les latrines

Balzac un oeil immense rien qu’un oeil

Taine Un entrepreneur de maçonnerie écrasé par sa bâtisse

Les Goncourt Deux brocanteurs unis par une membrane

Stéphane Mallarmé : dessiner en marge tout ce qui peut paraître symbolique de ce qui est impénétrable

Les saillies littéraires si sévères soient-elles paraissent donc assez justes sur le plan de l’observation. Alors pourquoi choisir un requin  au bordel pour représenter Tristan Corbière par un dessin ?

Léon Bloy a 29 ans lorsque le trentenaire Tristan meurt. Ils ont donc eu l’occasion de physiquement se connaître et de partager des virées dans les bordels parisiens, puisque nous sommes dans l’acmé de la prostitution officielle ?

Ce titre par un homme – un des meilleurs stylistes de la littérature française – qui ne comptait pas ses inimitiés s’inscrivait-il dans la lignée qui lui faisait qualifier certains écrivains d’auteurs de livres «écrits dans des bordels par des enfonceurs de suppositoires» ?

Antithèse totale de Tristan Corbière par sa pauvreté et son mysticisme catholique revendiqué,

par En 1870, il est incorporé dans le régiment des « Mobiles de la Dordogne », prend part aux opérations de l’Armée de la Loire et se fait remarquer par sa bravoure. . Sa participation à la guerre lui inspirera, en 1893, Sueur de sang.

alors que Tristan Corbière – 25 ans – se contente d’écrire la Pastorale de Conlie sans y a voir mis les pieds

 

Traiter les femmes comme le fait Tristan de fille de joie5» , «demoiselle6», «fille publique7», «catin8», «femme légère9», «fille à soldats10», «Vierge-folle hors barrière11», «Belle-de-nuit12», «Cocotte13», «Grues14», «grisette15», «Carabine» ou «Frétillon16»,

Voyez à l’horizon se soulever la houle ;

On dirait le ventre amoureux

D’une fille de joie en rut, à moitié soûle…

 

 

les traiter par un hum méprisant Zulma, Marcelle19, Zoé, Nadjedja et Jane

est jugé par Léon Bloy le «mépris armé contre la femme qui est un signe si profondément caractéristique de l’homme médiocre».

Pourquoi requin ?

Quelle vision de la femme ?

 

par Emile Michelet, compagnon dans sa jeunesse du théosophe Stanislas de Guaïta, auteur de De l’Ésotérisme dans l’Art, Paris, Librairie du Merveilleux, l’année de la mort de Michel Bouquet en 1890

« — Alors, — me dit, pendant que nous sortions de la
baie de Douarnenez, le matelot François Coulloc’h qui
tenait la barre, — alors, vous êtes poète comme monsieur
Corbière !

— Hein ? Tristan Corbière ?

— Eh ! oui ! Feu mon capitaine.

Et le matelot conta la vie du solitaire que l’Art n’a pas
connu, qui n’a pas connu l’Art : les haltes à Paris, inter-
rompant la libre vie à bord du Redan, – nom que le ca-
pricieux propriétaire avait écrit Nader à l’arrière du
yacht, — les manœuvres follement audacieuses de Cor-
bière, timonier gouvernant droit sur la tempête.

Corsaire breton qui crocha dans les cordes de la Lyre, y
avec la sauvagerie héritée de la mer et du sol granitique,
Tristan Corbière passe sur les vagues des littératures
comme à bord de son Redan, isolé et dédaigneux.

Inimitable individualité, d’où s’élance la clameur
sainte de beauté des pèlerins de Sainte-Anne-de-la-Pa-
lud, et d’où l’on entend l’ironique grelot tintant si sou-
vent aux poitrines qui ont intimement souffert. »

Peut-on considérer cette anecdote comme authentique ?

 

et selon Voir Hugues Laroche, Tristan Corbière ou les voix de la corbière, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 1997 Tout s’achète dans les Amours jaunes et notamment la femme.

la «fille de joie5» et de ses avatars, «demoiselle6», «fille publique7», «catin8», «femme légère9», «fille à soldats10», «Vierge-folle hors barrière11», «Belle-de-nuit12», «Cocotte13», «Grues14», «grisette15», «Carabine» ou «Frétillon16»,

5Paris, v.73, p.68.6Titre, notamment, du poème p.162.7«À mon chien Pope», v.2, p.158.8«Paris», v.56, p.67.9«Sonnet à sir Bob», sous-titre, p.87.10«Matelots», v.107, p.246.11«À la mémoire de Zulma», sous-titre. Expression qui évoque en outre la «fille de barrière» (voir la note 2 p.97).12«Insomnie», v.25 p. 108; v.79, p.173.13«Après la pluie», v.22, p.91.14«Idylle coupée», v.3, p.178.15«Gente Dame», v.14, p. 8216«Après la pluie», respectivement v.50 et 36, p.92-93. «Frétillon» est un autre nom pour «grisette». Une «carabine» est une maitresse d’étudiant (voir note1 p.93).

Mary-Gratis» dans «Aurora», v.2, p.260), et inversement(«Mary-Saloppe» dans «Le Bossu Bitor», v.71, 181, p.254)

compensation à l’impuissance ? Aimer Christine et ne pas pouvoir la toucher ? Transfert sur une mère jeune ayant épousé un vieillard ?

Et pourtant c’est une femme Marcelle, qui  » le soigna quelque temps avec un dévouement dont les parent et amis du poète ont gardé un souvenit ému » p 76

 

4 La formation picturale de Tristan Corbière:

41 Michel Bouquet ? très peu

La majorité de sa correspondance date de cette époque où il écrit régulièrement à sa famille dont il souffre d’être séparé.
S’il n’a pas écrit, c’est parce qu’il était triste et avait le coeur gros, après la visite de ses parents. Mais bientôt ce sera Noël, puis Pâques… Il parle d’exemplaires du Négrier (roman de son père, 1832) à donner à diverses personnes, puis: J’ai eu une très bonne place en version grecque, et c’est ça qui m’a rendu probablement si guilleret et si agréable… La vie au collège n’est pas très amusante: lever à 5 heures du matin […] pour aller à l’étude, où ne pouvant garder ses gants pour écrire, on a les doigts morts de froid pendant que vos pieds gèlent sur place […] il fait un soleil magnifique mais qui ne réchauffe pas plus que les poëles, qu’on n’a pas encore songé à installer […] Arago dit dans ses voyages autour du monde que les misères d’un baleinier devraient le faire regarder comme un ange. Ils auront bientôt une fanfare au lycée: je pourrais espérer du chef de Musique une place de cymbale dans sa fanfare. Il va sans dire que c’est le Lycée qui fournit l’instrument harmonieux pour lequel j’ai tant de vocation. Il espère avoir un prix de dessin: il suffit d’avoir un bon caractère car le maître-dessinateur, qui sort du 3e régiment de zouaves […] bâcle ça comme il veut et comme il donne la première place à ses favoris, et qu’il aime les caractères conciliants, je puis espérer le prix par mon bon naturel… Il a fait des vers latins: j’en ai déjà fait dix il n’y en a que neuf et demi de faux, je ne me croyais pas si fort en vers, et si j’avais en fait de vers français une haute opinion de moi-même, il n’en était pas de même pour les vers latins. Quant à son devoir de géographie: C’est une lutte entre la paresse et le génie, et je crois que la paresse triomphera. Il pense avec tristesse à la maison paternelle: Maintenant il est neuf heures, et vous allez commencer la journée, tandis que moi il y a 4 heures que je suis debout et j’ai déjà fait 10 vers latins, j’ai déjeuné, et j’ai été à la messe, et je suis à l’étude. Sa mère ne pourrait-elle lui changer sa montre: en une minute elle fait le tour du cadran, c’est bien marcher. Il en voudrait une autre, qui marcherait modérément et avec moins d’ardeur. Il va terminer, car il a quantité de devoirs à faire: le meilleur moyen d’en finir est de faire tous ses devoirs les uns après les autres, et de ne pas se préoccuper s’ils seront finis ou non.
Les lettres de Corbière sont d’une grande rareté: «Tous ceux qui s’intéressent à Corbière ont regretté que les lettres conservées du poète des Amours jaunes soient si rares» (P.O. Walzer, p. 919).
Oeuvres complètes, Pléiade, 1970, p. 956-959 (publ. in H. Matarasso, “Lettres à son père”, Les Lettres nouvelles, sept. 1954, pp. 408-411).

 

42 Les milieux artistiques de Roscoff, Michel Bouquet et Tristan Corbière

Jean Benner

Albert Besnard 1849 1934 Grand Prix de Rome, 25 ans en 1875 selon René Martineau ? Portrait de la princesse Mathilde, auteur de nombreuses toiles sur les femmes

Paul Chenavard

Camille Dufour a épousé la fille de Jacque atelier 11 boulevard de Clichy tout près de Tristan et de Bouquet

Jean-Louis Hamon, dont nous avons déjà parlé dans le chapitre précédent

Le sculpteur Drouet

Charles Drouet

Dossier concernant le legs de Charles Drouet, pour le musée du Luxembourg, l’école des Beaux-arts, les Arts décoratifs, la Bibliothèque nationale, le musée de l’Armée. Acceptation pour le musée du Luxembourg, de deux tableaux Portrait d’Antoine Jecker par Carolus-Duran et L’homme à la pipe par J. A. Whistler (projet de donation, testament, correspondance, décret, coupure de presse, recueil des actes administratifs). 1908-1909. (121 p.).

Louis Noir

Edouard Sain

Antoine Guillemet le balcon de Manet

 

Gaston Lafenestre

Roscoff, Bretagne

 

43 Tristan Corbière et Jacques Callot

Tristan Corbière a-t-il été influencé formé par Michel Bouquet ?

 

Tristan Corbière, Portrait en pied d’un marin, Dessin aquarellé, 18 x 31 cm, vers 1865 © vente lot 117, Alde, Paris, 28 juin 2007

 

Qu’a pu apprendre Tristan de Michel Bouquet ?

 

 

 

5 Un dandy bohème qui traverse les milieux artistes du Paris des années 1872-1873 ?

51 L’appartement de Tristan est situé dans un des coeurs du Paris artistique, tout près de chez Michel Bouquet

Nous savons que Tristan habitait à une période de sa vie parisienne tout près de l’appartement de Michel Bouquet à moins de 300 mètres. Est-ce vraiment une simple coïncidence ?

Michel Bouquet disposait d’un réseau relationnel remarquable, et au plus haut niveau, dans les milieux politiques, comme dans le milieu des artistes , celui de la presse, et un réseau relationnel personnel très efficace à deux pas de chez lui, ou encore les milieux mondains

le milieu politique

Paul Casimir-Périer, Propos d’art du Salon de 1869, Revue du Salon, -Paris, Lévy, 1869 © Source gallica.bnf.fr / BnF

« Une fort bonne marine, par Michel Bouquet, Marée basse, est placée trop haut pour qu’on puisse l’apprécier à son aise. Beaucoup d’éclat et de bonne lumière, de la vérité dans les détails, un bon sentiment marin, voilà bien le signalement d’un peintre matelot, pêcheur et bourgeois de Roscoff, ayant son pignon et sa digue à même les grands et sauvages enrochements de mer qui bordent la baie de Morlaix. Au surplus, je voudrais bien pouvoir attaquer cet emploi des rares et multiples aptitudes que Michel Bouquet tient à son service. Il serait dommage de le voir se détourner peu ou prou de l’art considérable et nouveau dont il est l’incontestable et incontesté créateur. »

En témoigne celui de la presse

Un milieu dans lequel il se meut avec facilité comme le montre cet article du 10 mars 1882 :

« Le comité du cercle de La Presse a fêté hier dans un dîner intime présidé par M. Auguste Vitu, trois de ses membres récemment promus au grade d’officier de la Légion d’honneur, MM. Edouard Detaille, 34 ans, Alphonse de Neuville », 47 ans, un ancien mousse lorientais, dont la vie est un roman

Parmi les convives présents, citons au hasard MM. Michel Bouquet, artiste céramiste distingué, 65 ans »

Mais Tristan ne semble pas avoir bénéficié –  ou peut-être l’a -t-il refusée – d’une aide paternelle conséquente pour son installation à Paris » Installé plus que médiocrement dans une petite chambre d ela rue Montamartre, où dit-on il ne possédait pour tout meuble qu’un coffre à bois sur lequel il couchait tout habillé »

52 Les puyo ont leurs entrées dans le monde artistique parisien

53 Tristan Corbière et les artistes parisiens

Verlaine « Il devint parisien un instant mais sans le sale esprit mesquin : des hoquets, un vomissement, l’ironie féroce et pimpante, de la bile et de la fièvre s’exaspérant en génie et juqu’à quelle gaité !  »

« Il nous faut insister sur le Corbière parisien, sur le Dédaigneux et le Railleur de tout et de tous, y compris lui-même ».

 

« Il retrouva quelques peintres qui avaient été autrefois les hôtes de la pension Le Gad »

Il obtint d’entrer comme dessinateur à La Vie parisienne

Il se fait éditer par les Glady, dans une édition de luxe -payée cette fois-ci par son père – parution  du livre en décembre 1873

54 Ivresse relationnelle de la Bohême

« Il dormait le jour, déjeunait à minuit, traînant dans les cafés plus ou moins littéraires, travaillant en flânant ».

« Des jeunes hommes qui viennent étudier, en de shôtels garnis peu récréatifs, éprouvent un immense besoin de camaraderie et de bavardage à la française ; ils vont en chercher là on en trouve, c’est–àdire dans ce prolongement de la reu parisienne que l’on appelle un café.

Ceux surtout qui rêvent de littérature, et qui, débarqués de leurs provinces, ne connaissent personne, s’estiment heureux d’aller rôder autour des quasi-célébrités et des demi-gloires, que l’on peut coudoyer dans les lieux de réunion ouverts à tous »

Avec l’intransigeance de la jeunesse, on considérait comme de véritables ancêtres mathusalémiques, vieilles barbes, fossiles et sentant déjà le cercueil, ceux qui avaient écrit sous l’empire avant la date cabaliste et noire de 1870″

On criait à la renaissance de la poésie, d’une poésie plus vivante, moins renfermée dans les tabernacles par les mains pieuses de la riem riche.

On voulait ranimer l’impassible muse, lui rendre les muscles et les nerfs, et la voir marcher, moins divine, plus humaine, parmi les foules devenues souveraines.

J’adorais le chassé-croisé des femmes à froufrous

Emile Goudeau, Dix ans de Bohême,

La cabaret du chat noir, à 400 mètres de chez Bouquet

A Paris  un dandy bohème qui traverse les milieux artistes du Paris des années 1872-1873 ?

 

 

Milieu mondain

 

54 Ivresse relationnelle de la Bohême

La mère de Tristan Corbière voit la source de son décès dans ses fréquentations artistiques parisiennes. Elle cite trois rapins qu’elle met en cause. Marcellin Gilbert Desboutin tout d’abord. On retrouve le portrait de ce dernier dans un document qui n’est pas n’importe lequel, celui de l’ Album de portraits cartes de visite ayant appartenu à Édouard Manet. Fils d’une baronne, Anne-Sophie-Dalie Farges de Rochefort, ce qui devait le rapprocher de Tristan occupé dans un trio avec un autre aristocrate Rodolphe de Battine, il est certainement aux yeux de Tristan l’antithèse de Michel Bouquet.

Marcellin Gilbert Desboutin

Aux dires de il était donc fait pour rencontrer Tristan les philosophes cyniques d’Athènes d’Antisthène à Diogène qui proclamaient leur mépris supérieur des plaisirs de l’existence et que Tristan a dû étudier à Saint-Brieux ou à Nantes, le poète Villon, les peintres Bruandet et  Chintreuil

Une recherche de tenue dans le style de tristan

 

 

 

Marcellin Gilbert Desboutin, Autoportrait, Huile sur toile, 46 x 38 cm, s.d. © Images-art

Portraitiste, n’aurait-il pas pu faire un dessin ou une esquisse de Tristan Corbière ? Au vu du nombre de marchands américains qui achetaient ses oeuvres, il est possible qu’une image de Tristan soit aux Etats-unis.

Représenté en alcoolique dans la toile d’Edgar Degas en 1873

Edgar Degas, Portrait de Marcellin Desboutin dans L’Absinthe, Huile sur toile, 92 x 68 cm, 1873 ? Entre 1875 et 1876 ? © Images-art

 

 

6 Pourquoi le choix de Verlaine s’est-il porté sur Tristan Corbière ?

1873 parution des Amours jaunes, ci-dessous un des 490 exemplaires

Tristan Corbière, Les Amours jaunes, Première édition, 1873 © Source gallica.bnf.fr / BnF

« Le nom et l’oeuvre de Corbière, ceux de Mallarmé sont assurés pour la suite des temps…Corbière et Mallarmé ont imprimé, – cette petite chose immense.

M. Rimbaud trop dédaigneux, plus dédaigneux même que Corbière – qui du moins a jeté son volume au nez du siècle –  n’a rien voulu faire paraître en fait de vers. »

« Son vers vit, rit, pleure très peu, se moque bien, et blague encore mieux. Amer d’ailleurs et salé comme son cher Océan, nullement berceur ainsi qu’il arrive parfois à ce turbulent ami, mais roulant comme lui des rayons de soleil, de lune, et d’étoiles dns la phosphorescence d’une houle et de vagues enragées ! »

 

« Admirons bien humblement, entre parenthèse cette langue forte, simple en sa brutalité charmante, correcte étonnamment, cette science, au fond, du vers, cette rime rare sinon riche à l’excès. »

 » ce faux sceptique effrayant »

 

6 Pourquoi le choix de Verlaine s’est-il porté sur Tristan Corbière ? Ecce homo ?

61 Tous beaux

 

« Il y a quelque chose d’impassible dans ces visages..et tous les trois très beaux, – remarquez-le bien – » Paul Verlaine, Avertissement, Paris le 25 février 1884  dans l’édition les Amours jaunes de 1884

Verlain aurait-il craqué pour Tristan Corbière ? Aurait-il été physiquement séduit ? L’a-t-il physiquement rencontré à Paris ?

Trois homosexuels perçus comme tels par Verlaine ?

 

Michel Bouquet connaissait très bien la nature des relations homosexuelles entre Verlaine et Rimbaud, puisque l’un de ses amis, qu’il a côtoyé plusieurs années au sein de la Société de la Roche  a été blessé par Rimbaud à la suite de la déclamation faite par le poète de leur création commune à lui et à Verlaine du poème ci-dessous

Sonnet du trou du cul

Obscur et froncé comme un œillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d’amour qui suit la fuite douce
Des Fesses blanches jusqu’au cœur de son ourlet.

Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse
Pour s’aller perdre où la pente les appelait.

Mon Rêve s’aboucha souvent à sa ventouse ;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C’est l’olive pâmée, et la flûte câline,
C’est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos !

Les deux quatrains sont de Verlaine, les deux tercets de Rimbaud, septembre 1871

 

Rimbaud  participe au Dîner des Vilains Bonshommes du 30 septembre 1871 au 2 mars 1872 où Rimbaud frappe le photographe Carjat, chez qui Michel Bouquet va poser, avec une canne-épée et est éjecté de la salle

Une autre version d’Adolphe Racot dans le Gaulois de 1876 donne « Un tout jeune homme finit par oser lire une pièce de vers  –   se moquant en le pastichant du poète Albert Mérat  –  qui dépassait tout ce que les licencieux du dernier siècle avaient écrit de plus honteux. Il y eut un froid. Le photographe Étienne Carjat, qui par hasard s’était égaré là, haussa les épaules avec dégoût. Le lecteur, à l’improviste, bondit sur lui et le frappa d’un coup de couteau. La blessure n’eut aucune suite grave, mais ce dîner des Vilains Bonshommes fut le dernier« .

 

Etienne Carjat, Autoportrait, Photographie positive, 1865 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

Arthur Rimbaud photographié par Carjat

Etienne Carjat, Carte de visite d’Arthur Rimbaud, Reproduction photographique vers 1912 de l’original photo-carte de visite Succession Paul Claudel, 6 x 10 cm, 1871 © Source gallica.bnf.fr / BnF

 

 

 

Dans Une saison en enfer, Rimbaud est L’époux infernal et Verlaine La vierge folle. Les rôles sont donc bien distribués. Ils se sont rencontrés en 1871. L’acmé de leur relation à Paris est

Quelle relation entre Mallarmé et Verlaine ?

1866 Correspondance entre Verlaine et Mallarmé

1872 Mallarmé fait la connaissance de Rimbaud

« Je ne l’ai pas connu, mais je l’ai vu, une fois, dans un des repas littéraires, en hâte, groupés à l’issue de la Guerre — le Dîner des Vilains Bonshommes,

Rimbaud y participe du 30 septembre 1871 au 2 mars 1872 où Rimbaud frappe le photographe Carjat, chez qui Michel Bouquet va poser, avec une canne et est éjecté de la salle

Une autre version d’Adolphe Racot dans le Gaulois de 1876 donne « Un tout jeune homme finit par oser lire une pièce de vers  –   se moquant en le pastichant du poète Albert Mérat  –  qui dépassait tout ce que les licencieux du dernier siècle avaient écrit de plus honteux. Il y eut un froid. Le photographe Étienne Carjat, qui par hasard s’était égaré là, haussa les épaules avec dégoût. Le lecteur, à l’improviste, bondit sur lui et le frappa d’un coup de couteau. La blessure n’eut aucune suite grave, mais ce dîner des Vilains Bonshommes fut le dernier« . Il s’agit très certainement du sonnet Sonnet du trou du cul ci-dessus écrit en octobre 1871

 

En 1896 Mallarmé fait une description physique très particulière de Rimbaud

“L’homme était grand, bien bâti, presque athlétique, un visage parfaitement ovale d’ange en exil, avec des cheveux châtain-clair mal en ordre et des yeux d’un bleu pâle inquiétant.” Avec je ne sais quoi fièrement poussé, ou mauvaisement, de fille du peuple, j’ajoute, de son état blanchisseuse, à cause de vastes mains, par les transitions du chaud au froid rougies d’engelures. Lesquelles eussent indiqué des métiers plus terribles, appartenant à un garçon. J’appris qu’elles avaient autographié de beaux vers, non publiés : la bouche, au pli boudeur et narquois n’en récita aucun. »

« ou celui d’une puberté perverse et superbe. Notre curiosité, entre familiers, sauvés des maux publics, omit un peu cet éphèbe au sujet de qui courait, cependant, que c’était, à dix-sept ans son quatrième voyage, en 1872 effectué, ici, comme les précédents, à pied »

« à l’heure où la cour interne unit, par l’arôme, les dîners, d’entendre des cris poussés à chaque étage, et, aussitôt, de considérer, nu, dans le cadre de mansarde là haut, quelqu’un agitant éperdument et lançant par-dessus les tuiles du toit, peut-être pour qu’ils disparussent avec les derniers rayons du soleil, des lambeaux de vêtements : et comme il s’inquiétait, près du dieu, de cette tenue, enfin, mythologique, « C’est, répondit Arthur Rimbaud… » qui a 17 ans à l’époque. » Mallarmé,  Lettre à M Harrison Rhodes, avril 1896, Arthur Rimbaud, Divagations, Eugène Fasquelle, éditeur,  (p. 80-92).

 

Bois mêmes, prouve, hélas ! que bien seul je m’offrais
Pour triomphe la faute idéale de roses.

Réfléchissons..

ou si les femmes dont tu gloses
Figurent un souhait de tes sens fabuleux !
Faune, l’illusion s’échappe des yeux bleus
Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste :
Mais, l’autre tout soupirs, dis-tu qu’elle contraste
Comme brise du jour chaude dans ta toison !
Que non ! par l’immobile et lasse pâmoison
Suffoquant de chaleurs le matin frais s’il lutte,
Ne murmure point d’eau que ne verse ma flûte
Au bosquet arrosé d’accords ; et le seul vent
Hors des deux tuyaux prompt à s’exhaler avant
Qu’il disperse le son dans une pluie aride,

L’après-midi d’un faune

 

La notion de modernité = succès ultérieur

Rimbaud : moderne !

62 Mon Battinet

A toi mon Battinet

Ce fier bouquin qui n’est

Que notre essence vraie

Sois Tristan comme moi

De tout sans nul émoi…

Libre de toute ivraie

Pas de dédicace à Herminie Marcelle

63 Marcelle n’est pas Herminie, mais Battinet

Les relations père fils quoi qu’en disent certains analystes sont très solides. C’est Edouard Corbière qui paie cette parution à compte d’auteur. Un père désaprouvant la conduite de son fils n’aurait jamais fait cet investissement. Edoaurd Corbière était fier de la créativité de Tristan.

Tirstan Corbière meurt le 1er mars 1875 en Son père ne lui survit que quelques mois. Il décède à son tour le 27 septembre 1875, soit 6 mois après la mort de son fils. Le chagrin causé par sa disparition a-t-il profondément ébranlé ce lutteur éternel qu’était Edouard Corbière ?

Dix ans après cette parution, Verlaine publie dans la revue Lutèce un article sur Tristan Corbière. Puis l’année suivante, le même Verlaine accole le nom de Tristan Corbière à son amant Rimbaud et à Mallarmé, les deux poètes les plus accomplis de la versification française au XIXème siècle. La machine marketing commence, l fabrication de la légende est en marche. La modernité, etc

 

C’est la bohême qui le rend célèbre cf Trezenik Léon Epinette les hydropathes hirsutes jemenfoutistes hat noir revue lutèce 1883

 

 

 

Aurélien Scholl et le cénacle de la rue de la Rochefoucaud

 

 

Une question fondamentale : un écrivain breton ? Il a écrit en français et non en breton

 

Comment Corbière est-il vu par ses biographes ? Un attachement quasi amoureux, un transfert de personnalité par projection sur le Corbière qu’ils auraient voulu être

Un corsaire ? Mais qu’a-t-il pris d’assaut ? Les cafés de Roscoff et les bordels de la capitale ?

 

III – Poèmes publiés dans les revues jusqu’à l’année de la mort de Michel Bouquet

« La Pastorale de Conlie », « Veder Napoli poi mori ». – La Vie parisienne, 24 mai 1873.

« Le Gardes-côtes » (Le Douanier). – La Vie parisienne, 23 août 1873

« Un Cabaret de matelots » (Le Bossu Bitor). -La Vie parisienne, 13 septembre 1873.

« Cris d’aveugle » (Souvenir de Bretagne). La Vie parisienne, 20 septembre 1873;

« Souvenirs de voyage » (Italie), « Le Fils de Lamartine et de Graziella », « Vésuves et Cie ». – La Vie parisienne, 27 septembre 1873.

« À une demoiselle » (pour piano et chant). La Vie parisienne, 18 octobre 1873.

« À la mémoire de Zulma ». -Panurge, 2ème année, n° 15, 7 janvier 1883. »Décourageux ». – Lutèce, 26 octobre 1883.

« I Sonnet ». – La Cravache, 19 mai 1888

. »Vers posthumes » (sous un portrait). – La Cravache, 9 mars 1889.

« je vais faire un sonnet ». – La Plume, 15 avril 1889.

 

 

 

 

Lus

), en ligne sur le site www.crp19.org, janvier 2020

René Martineau, Tristan Corbière, Essai de biographie et de bibliographie, Paris, Mercure de France, 1904

Bertrand Marquer, «Un requin au bordel»: Corbière, écrivain public in Jean-Marc Hovasse et Henri Scepi (dir) Les Amours jaunes de Tristan Corbière, CRP19 de la Sorbonne nouvelle et le CELLF (19e) de Sorbonne Université, jenvier 2020

Pascal Rannou, La présence de la Bretagne dans Les Amours jaunes in Jean-Marc Hovasse et Henri Scepi (dir) Les Amours jaunes de Tristan Corbière

Pascal Rannou, L’Image des Bretons dans Les Amours jaunes : Du réalisme à l’idéalisme, Revue d’Histoire Littéraire de la France, 118(1), 2018, p. 127-137

 

 

Quelques années plus tard en 1880, alors âgé de 73 ans Michel  Bouquet se rend à Capri. Les dernières faïences qu’il expose au Salon de Paris datent de 1882 se réfèrent à la Campanie napolitaine. Elles sont respectivement intitulées

Ile de Capri, un matin de février, Peinture sur émail cru stannifère, Cuisson au grand feu, Salon de 1882

Barques napolitaines, Peinture sur émail cru stannifère, Cuisson au grand feu, Salon de 1882

Il ne peut pas ne pas avoir une pensée pour Tristan qui est venu dans ces lieux et dont la vie a été si brève et pour  son père Edouard disparus la même année en 1875 et méditer sur le destin, le temps qui passe, les amis qui disparaissent alors que lui-même bénéficie d’une longévité exceptionnelle qui va lui assurer encore dix ans d’existence ?

 

La terre qui tous nous accueille

Michel Bouquet, Capri, Dessin au crayon, rehauts de gouache blanche, 1880 ©

 

Bouquet 26 Les relations de Michel Bouquet avec Edouard et Tristan Corbière